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Interview de Gobi pour Tequila 2

lundi 25 mai 2009 par "Mat "

Téquila se passe dans le sud des USA, chez les rednecks. Comment retranscrivez-vous l’ambiance et les décors ? Travaillez-vous d’après référence photo ? Y êtes-vous allé ou est-ce que vous utilisez plus votre imagination ?

La plupart du temps j’essaie de travailler avec le moins de documentation possible, primo c’est moins contraignant, ou plutôt pas contraignant de la même manière, deuxio ça force à se fier à ce que l’on ressent vis à vis de ce que l’on doit dessiner et à l’image mentale qu’on s’en fait. Le résultat est souvent en décalage avec la « réalité », c’est ce qui m’intéresse (sans exagérer bien sûr, si j’avais dessiné une forêt de séquoias pour le nouveau Mexique, ça aurait été moyen). En ce qui concerne Téquila, pour ce qui est du désert c’était pas franchement compliqué et d’ailleurs en regardant des films qui se passent là-bas après coup, je me rends compte que je suis tombé assez juste, par contre, pour tout ce qui est dinner de bord de route et petites villes j’ai utilisé pas mal de photos envoyées par Jerry, je trouve intéressant de placer des éléments réalistes dans un environnement un peu plus fantasmé, ça crée du contraste. Dans « tant pis pour le sud » téquila arrive très vite à « Bottleneck City » une sorte de ville-décharge encaissée entre des canyons, c’était l’occasion pour moi de me lâcher un peu niveau décors vu que cette ville est censée avoir été construite par une famille de dégénérés avec les moyens du bord, donc pas de logique et de style architectural à respecter, même si ça reste un travail ardu, c’est très agréable.

Comment se passe votre journée type ? Vous fixez-vous un planning que vous essayez de tenir ou travaillez-vous plus selon l’envie ou l’inspiration ?

Dans la mesure du possible j’essaie de respecter un programme, ça marche au début puis très vite je suis obligé de prendre sur mon temps perso, de travailler la nuit, parfois ça coule tout seul, parfois je passe 2 jours sur une case, bref….
Je commence toujours avec un planning en tête et je finis souvent sur les rotules, récemment j’ai été pour la première fois obligé de rationner mon temps de sommeil, c’était assez extrême quand j’y repense (même au moment où je le faisais en fait) et c’est surtout lié au fait que je prends toujours le temps qu’il faut pour faire les choses au mieux, y compris les choses que je maîtrise mal…. Une fois le travail fini, la seule chose que j’espère c’est que le résultat en valait le coup (point sur lequel je suis assez mauvais juge).

Comment abordez-vous une planche, faites-vous un story-board, des thumbnails… Ou attaquez-vous directement la planche ? De plus, suivez-vous l’ordre de l’histoire ou dessinez-vous dans le désordre selon vos envies de dessiner de l’action ou du dialogue ?

Je commence par un petit story-board papier un peu sommaire juste pour voir les plans dont j’ai besoin, ensuite j’attaque un brouillon de la page, au départ je faisais ça à la main puis récemment je me suis mis à la tablette histoire de pouvoir modifier sans tout refaire (c’est censé me faire gagner du temps mais je passe des heures a tout rebidouiller au pixel près). Une fois le brouillon ( qui n’en est plus vraiment un à la fin) satisfaisant, j’imprime et je fais mon clean à la table lumineuse, je scanne ensuite pour faire des réglages sur le trait et mettre la couleur.
Je préfère dessiner l’histoire dans l’ordre où elle se déroule pour être dans la même dynamique, en plus les démarrages sont souvent très laborieux quel que soit notre point de départ, donc autant que la qualité des pages s’améliore au fur et a mesure de la lecture plutôt que l’inverse.

Comment se passe votre collaboration avec Jerry Frissen ? Quel type de scénario vous envoie-t-il (détaillé, assez synthétique et vous laissant beaucoup de liberté…) ?

Depuis le volume deux, je suis coscénariste avec Jerry. Pour le moment, la méthode de travail est à mon avis encore a roder, nous discutons beaucoup de la structure globale du récit et des diverses idées à y incorporer ( il y en a souvent trop, ce qui est à la fois bon signe et très frustrant quand on doit trancher dans le tas). Jerry écrit ensuite un premier script dont les dialogues sont toujours très précis. Après relecture du script, je modifie tout ce qui me semble avoir besoin de l’être, Jerry relit, modifie mes modifications, je relis, etc.
C’est donc finalement pas mal de travail en plus pour nous deux pour arriver à un bon compromis mais le résultat est , je trouve, assez intéressant de par sa densité et sa mixité de ton, y a plus qu’à trouver la méthode pour avoir un résultat similaire et moins de travail pour nous deux...

Discutez-vous beaucoup avec lui pour faire des modifications ou des précisions ? Si vous lui demandez d’apporter des modifications, de quel ordre sont-elles, généralement ?

La plupart des modifications que je fais sont des réagencements des scènes d’actions et des dialogues lorsque je sens qu’il n’y aura pas assez de place pour tout dessiner. J’opère aussi pas mal de changements sur l’aspect et la manière d’être de certains personnages secondaires, il y a aussi quelque petites incohérences de dernière minute a régler parfois, dues a des quiproquos entre nous à la lecture du script.

Quels sont vos futurs projets ?

Je dois avoir une bonne dizaine d’histoires et designs sous le coude, mais pas une minute pour m’y atteler (a mon grand désespoir), je n’éprouve pas un amour sans borne pour le média bande dessinée en particulier mais il faut bien reconnaître que c’est la mise en œuvre la plus facile d’accès pour raconter en images, ce sera donc certainement de la bd. Avec Téquila et les Zblucops (avec bill chez glénat) j’ai vraiment beaucoup appris sur le plan du langage séquentiel et de la rigueur au niveau dessin et couleurs (l’enculage de mouches pour parler plus franchement). J’aimerais maintenant mettre cet expérience au profit d’un truc plus lâché, plus spontané, sans couleurs, et surtout en format japonais, format qui je trouve est le plus agréable autant pour raconter que pour lire. Et aussi, et surtout, dans une optique de zéro compromis je me dis qu’il est vraiment temps que je tente un projet seul, ce qui est une sacrée décision quand on ne l’a jamais fait avant.

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