Le Blog des Auteurs

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Le Manoir des Murmures : interview du scénariste David Munoz
-Comment est né le projet du Manoir des Murmures?
Eh bien, j'ai toujours voulu écrire une série fantastique très sombre.
Le problème, c'est qu'il y'a déjà trop d'histoires de ce genre sur le marché en ce
moment. Trop de "Twilights” ou de “Harry Potter". Le monde est saturé
avec les élus, les monstres romantiques, etc. J'ai donc voulu essayer
quelque chose d’un peu différent.
Alors oui, bien-sûr, nous avons des loup-garous, des
vampires et aussi un enfant, Sarah, dont les actions peuvent changer le monde
dans lequel elle vit, mais les monstres sont des créatures vraiment dangereuses, et cet enfant ne vit pas dans un monde simple où tout est noir ou blanc. Pendant longtemps, elle ne sait pas ce qui
est bien ou mal, qui sont les méchants ou les gentils ou comment les
différencier dans ce monde.
Je ne veux pas gâcher la fin pour les lecteurs,
mais je pense que le dernier album montre clairement que nos personnages ne
vivent pas dans un monde simple. Il n'y a pas de
leçons faciles à apprendre ici. Notre moral,
s'il y'a une, est sûrement que le monde est un endroit très compliqué, et vous
devez savoir que tous ceux qui tentent de vous vendre une vision simple dissimulent une vision secrète.
Obi Wan-Kenobi, Morpheus, Dumbledore ne détiennent pas la vérité et vous pouvez sympathiser
avec Darth Vader ou encore Voldemort. Je pense que c'est la raison pour laquelle certains
lecteurs adultes qui généralement n’apprécient pas la fantaisie
aiment cette série.
J’en ai vraiment marre de toutes ces histoires pour enfants et adolescents qui se terminent avec un héros triomphant dans un monde totalement débarrassé du mal. Le monde n'est pas comme
ça, il ne le devriendra jamais. Et
plus tôt vous le découvrirez, mieux cela vaudra.
Et ne vous méprenez pas. J'adore
Harry Potter. Mais même si cela devenait plus
sombre cela n'ira jamais au-delà d'un point de vue moral. Et ça s'est bien. La naïveté fait partie du charme de
Potter, mais le nôtre est d'un genre très différent.
-Comment vous est venu l’idée d’une collaboration avec le dessinateur Tirso?
Je l'ai rencontré à Comic Con où nous étions tous les deux invités. Nous avons déjeuné avec d'autres artistes et écrivains et dès que nous avons commencé à parler, nous avons découvert que nous nous entendions très bien. Et je pense que c'est ce même après-midi que Tirso m'a demandé si j'avais une idée que nous pourrions envoyer à son éditeur, parce qu'il était à la recherche d'un nouveau projet. Quelques jours plus tard je lui ai envoyé un bref sommaire de ce qui allait devenir Le Manoir des Murmures . Il a aimé ... et ce fût tout.
-De quoi vous êtes vous inspiré pour la création du script?
Cette partie de l'interview est la plus difficile à expliquer pour un écrivain!
D’où viennent les idées? Pour le Manoir, tout ce dont je me souviens c'est que j'étais en avion entrain d'écrire des
idées sur mon ordinateur portable, en essayant de trouver la meilleure pour
Tirso et moi. Je devenais très impatient car je n’arrivais pas à trouver
quelque chose que j’aimais vraiment.
Oui, nous avions tous les deux
envie de travailler sur une série fantastique très sombre, et nous savions que
nous voulions des monstres et même un enfant, mais…de quoi parlerait
l’histoire? Il fallait trouver quelque chose qui
nous tiendrais vraiment à cœur parce que si tout fonctionnait, nous aurions à
vivre avec, pour les prochaines années.
Je me suis
souvenu d'un article que j'avais lu il y'a quelques années au sujet d'orphelins malades qui vivaient dans un orphelinat en Afrique. Certains d'entre eux avait le sida, d'autres le cancer, mais ce qui m'a le plus impressionné c'est que tous ces enfants ont refusé de laisser
leur maladie définir le cours de leur vie. Ils parlaient volontiers de leurs amis et
de leurs rêves qu'ils partagaient avec eux. On pouvait sentir leur amitié et
c’est ce qui rendait leur vie complète.
J'ai alors pensé que c’était de ça que je voulais parler. Avant tout, ce devait être
l'histoire d'un groupe d'amis séparés du reste du monde en raison de leur
«maladie», apprendre ce que c'est que de grandir quand la seule chose que vous
avez est "l'autre". Et je voulais utiliser la création fantastique pour parler
métaphoriquement de ce sujet. Mais je me rends compte maintenant quand j'en parle, que le processus semble beaucoup plus cérébral qu'il était vraiment. En fait, tout s'est passé très vite et à un niveau d'illogisme très instinctif. Je savais que je devais raconter cette
histoire. Aussi, parce qu'il existait une raison
très personnelle pour que je me souvienne de cette histoire. La connexion était là
depuis un certain temps et elle a germé dans Le Manoir des murmures.
-Quelles sont les étapes de l’élaboration de votre scénario?
J'écrivais synopsis après synopsis et j’en parlais encore et encore avec
Tirso et Philippe Hauri (l'éditeur original du Manoir) qui m'a vraiment aider à écrire le meilleur scénario dont j'étais capable.
Après en avoir discuter avec eux, j'ai essayé d'incorporer leurs suggestions. Ce fût un processus très satisfaisant mais
très long. Et j'ai beaucoup appris sur la route. J'avais
écrit quelques comics avant, mais jamais de saga de trois
albums, j'ai donc eu quelques difficultés au départ pour insérer l'histoire que je voulais raconter dans les 52 pages du
premier album. Un film ou un épisode de TV donne plus d'espace pour
laisser le récit respirer. Mais Tirso m'a beaucoup aidé pour cela.
De plus, j'aime la
nature synthétique de la bande dessinée écrite et le fait d'avoir un
budget illimité. Le cliché est vrai: la seule limite est votre
imagination.
Peut-être que la chose la plus intéressante au sujet de l'élaboration du script est notre ancienne intention de confiner les personnages dans le manoir, cela serait devenu un récit sur des "étudiants bloqués dans un sinistre orphelinat" comme dans le film que j'ai écrit pour Guillermo del Toro, mais
très vite nous avons réalisé que nous voulions que l'histoire soit plus grande et plus
épique.
-Pourquoi avoir particulièrement choisi cette époque de guerre pour le scénario?
Il n'y avait pas les téléphones portables en 1949!
Les téléphones portables sont le fléau des écrivains! Blague à part, nous
voulions juste mettre l'histoire à une époque où l'on pourrait croire à
une guerre secrète entre les hommes et les monstres. Ce serait plus
difficile à croire aujourd'hui, quand tout le monde a un téléphone portable
avec une caméra. Aujourd'hui, s'il y avait vraiment des vampires, nous serions malade
de les voir discuter sur ce que c'est de vivre éternellement à la télé! Il n'y aurait plus rien de secret à leur sujet.
Si nous avons choisi la République Tchèque c'est à cause de son histoire et sa
place inconfortable que le pays occupait à la fin de la Première Guerre
mondiale sous l'occupation soviétique (qui d'une certaine façon fait écho à la lutte
de nos personnages). La guerre était terminée, mais il y avait encore une guerre en
cours, celle ci silencieuse, mais aussi dangereuse que l'autre.
Nous pensions
aussi que nous avions l'obligation de donner à nos lecteurs des
endroits jamais visité auparavant ou du moins, rarement. Toutes les histoires fantastiques n'ont pas lieu aux Etats-Unis, en Angleterre ou
dans des mondes inventés. Et qui pourrait résister à la possibilité de détruire
une partie du pont Charles à Prague, dans un combat de monstres?
De toute
façon, tout comme moi, Tirso aime l'esthétique de l'époque. Tout
avait l'air mieux ensuite.






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