Le Blog des Auteurs

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Making of Sanctuaire Redux T3 - Tiré du journal de bord de Stéphane Betbeder
La réprésentation de l'horreur : MOTH
On s’est beaucoup questionné avec Rick sur la façon de représenter Moth. Rick pensait au départ lui donner une apparence protéiforme, de sorte qu’il puisse changer d’apparence selon ses apparitions et ses victimes. L’idée était de se démarquer un peu de la représentation originale, car on ne pouvait pas lutter avec le Moth de Christophe. Mais, tout bien réfléchi, protéiforme, Moth l’est déjà. Il prend la forme du pire cauchemar de ses victimes. Tout au contraire, Moth doit être représenté comme un Dieu puissant, maléfique, majestueux. Nous avons fait une recherche iconographique dans des illustrations, des films et nous nous sommes arrêtés sur des planches anatomiques représentant des écorchés vifs ainsi que sur le film La Forteresse Noire de Michael Mann. Du coup, notre Moth a au début l’apparence d’un écorché, les nerfs à vifs, et il prendra corps, sa chair se régénérant à chaque victime supplémentaire. Moth se nourrit de leurs peurs pour reprendre corps.
Le personnage de Black Dante.
Je me souviens que, lors de la conception du personnage, Rick a griffonné quelques croquis pour qu’on se mette d’accord sur son physique. Voici un extrait de mon scénario dans lequel je lui décris l’idée que je me fais de ce nouveau protagoniste :
Black Dante en légère contreplongée. Il n’est pas du tout impressionnant OU il fait « vicieux », à définir. Il a ses grandes lunettes épaisses, d’un design horrible. Il a un bec de lièvre. Il a le type asiatique avec de tout petits yeux et une tête ovale verticalement, comme un sumo. On dirait un gamin.
Le représenter avec un bec de lièvre me semblait important. J’imaginais que ce petit gars au visage ingrat avait souffert toute sa vie de sa déformation physique, subissant depuis l’enfance les railleries des autres. Méprisé par les femmes, moqué par les hommes, il a développé une haine viscérale pour le genre humain et s’est réfugié dans le monde virtuel où il pense régner en maître.
Le décor extérieur : un souci de réalisme.
J’ai bombardé Rick de documentation: tous les lieux extérieurs existent réellement. Je me doutais de la difficulté de mettre en images et je voulais, au moins, alléger Riccardo de la recherche laborieuse de décors. J’étais particulièrement soucieux d’atteindre un certain niveau de réalisme et je suis allé en repérage virtuel sur place, à New London dans le Connecticut, pour m’immerger dans les décors réels et humer l’atmosphère de la pointe Est de cet état.

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Sanctuaire Redux chap. 4 : God save you, America !
L’enjeu de ce chapitre, après m’être approprié l’univers de Sanctuaire, était de récupérer le fil du récit d’origine. Et cet exercice périlleux était particulièrement angoissant. Je m’étais bien lâché sur les chapitres précédents et, là, je me heurtais de plein fouet à l’adaptation avec un grand A. En fait, ça s’est fait en douceur, j’ai gardé ce que je jugeais nécessaire à la compréhension de l’action en rajoutant par touches des répliques qui me ressemblent. Passé l’appréhension du « Serai-je à la hauteur ? », ça a été un vrai bonheur de puiser allègrement dans les pages concoctées par Xavier Dorison et Christophe Bec, comme un chemin balisé, sans risquer d’être qualifié d’innommable plagiaire.

La version Sanctuaire Redux
L'original
Les pages « Nom de dieu ! »
Et que serait une adaptation de Sanctuaire sans les fameuses pages « Nom de Dieu ! » ? Ah oui, pour les profanes il faut que je m’explique : les pages « Nom de Dieu ! » sont des doubles pages à bords perdus qui s’ouvrent sur un décor gigantesque qui en impose. Sans ces pages, Sanctuaire ne serait pas vraiment Sanctuaire et Sanctuaire Redux ne serait pas vraiment une adaptation digne de ce nom.
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Sanctuaire Redux chap. 3 : Merry Christmas, happy new year!
L’humour dans la série.
J’avais l’idée, dès le début, de confectionner un personnage principal qui aurait un passé d’enfant star. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais fichtre rien ! J’avais pour référence le souvenir de Macaulay Culkin, le héros de Maman j’ai raté l’avion. En lisant de-ci de-là ses interviews sur son enfance de star, j’ai trouvé qu’il y avait vraiment matière à composer un personnage complexe et riche. Voilà comment est né Jake Culkin.
Pour le programme jeunesse dont il était le héros, j’ai mélangé les images que j’avais en tête des Teletubbies – qui m’ont toujours fait flipper – et Happy Tree Friends – qui me font bien ricaner. Comme Rick avait beaucoup sévi en Italie dans le dessin d’humour, il a été facile de trouver un terrain d’entente satisfaisant pour réaliser les pages 10 à 15 de ce chapitre.
Guillaume Dorison, l’éditeur, après lecture des chapitres 2 et 3, m’a suggéré d’insérer, par petites touches, des répliques humoristiques, second degré, dans la bouche de Jake. Le personnage s’y prêtait. Christophe Bec, dessinateur de la série d’origine, avait peur que la tonalité horreur-fantastique de Sanctuaire se perde. Il est vrai que le fil est ténu, si Jake peut être cinglant, il ne doit pas passer pour un petit con. Sanctuaire est une série fantastique d’horreur, il ne faut pas que ce qui fait la substantifique moelle de la série, les effets « horrorifiants » soient déverrouillés par l’humour. Là est tout le challenge !

Un exemple parmi d’autres de l’emploi de la documentation. Quand un appui photographique permet de faire une sacrée belle case.
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Sanctuaire Redux chap. 2 : kill me cleanly
Il est communément admis qu’un dessinateur ne dessine pas ex nihilo, surtout lorsqu’il est contraint à un certain réalisme. Et comment dessiner la vie dans un sous-marin lorsqu’on est vissé sur son fauteuil, derrière sa table à dessin ?
Pour le scénariste c’est encore pire, il doit s’immerger (c’est le cas de le dire…) dans un univers qui lui est totalement étranger. Le secret, pour l’un comme pour l’autre, et il n’y en a pas d’autres (à moins d’avoir un oncle sous-marinier), c’est la documentation !
Alors, pour connaître la vie dans un sous-marin, le scénariste lit des livres dans son lit, lit des articles sur Internet, regarde des films dans son salon. Il est là le travail le plus long, en apprendre assez sur le sujet pour ne pas être à côté de la plaque, et ne pas s’assommer de documentation non plus afin de garder suffisamment de fraîcheur et laisser libre cours à son imagination.
Et puis, au hasard de surfs, notre ami Internet nous permet de dégotter de petites perles qui font le bonheur du dessinateur, qui se demande à quoi ressemble une cantine dans un sous-marin. Ou : c’est comment un poste de contrôle d’un sous-marin nucléaire ?
La recherche iconographique a aussi cet avantage, phénomène pas si exceptionnel que ça, d’être à l’origine de scènes inédites. Les images qui suivent ont été glanées ça et là, et une fois agencées dans un certain ordre, elles forment un jeu de piste qui deviendra, comme par magie, des scènes. Parce qu’une image qui a un fort impact visuel a de grandes chances de faire une bonne case de BD, alors pourquoi s’en priver !
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Sanctuaire Redux chap. 1 : Sain de corps et d'esprit
Dès le début de notre collaboration avec Rick dans ce premier chapitre, nous avons eu des challenges importants à surmonter !
D’une part, je devais m’approprier l’univers créé par Xavier et Christophe ; d’autre part, Riccardo devait trouver un style graphique qui s’adapte à l’histoire et au cahier des charges (en gros : faire différent, mais tout en respectant l’univers d’origine... ). Pas une mince affaire !
Xavier et Guillaume – respectivement auteur de la version originale et éditeur – avaient des doutes, à la lecture de mon découpage, sur le fait qu’un bosquet puisse être effrayant. Le bosquet dans le parc d’à côté, certes, mais un bosquet comme dans l’Île des morts d’Arnold Böcklin, leur rétorquai-je, photo à l’appui…
Riccardo non plus ne visualisait pas très bien ce que je cherchais à susciter comme image, jusqu’à ce que je lui envoie une reproduction du tableau de Böcklin, sur laquelle il s’est appuyé avec maestria. Car il n’est pas donné à tout le monde de savoir digérer une documentation et d’en soutirer une image forte !
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