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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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La bibliothèque de Bebel - 5ème partie

mardi 9 février 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je retrouve l’édition originale du « Golem » de Gustav Meyrink illustré par Hugo Steiner- Prag.

Je ne vous parlerai pas trop cette fois de Meyrink, cet étrange personnage, regard fiévreux à la Carlo Molino, dont la vie fut fort bousculée suite à son dédain affiché de la Kultur allemande qui lui attira vite l’antipathie des nazis : ce sont ses livres en premier qu’ils brûlèrent, parce qu’il avait choisi comme premier sujet la légende du Rabi Lowe.
Il y eut ses duels frivoles (il était un grand coureur de jupons), les persécutions dont il fut l’objet et son séjour en prison pour fraude.

De lui Thomas Mann disait dans « Tonio Kröger » :
« Je connais un banquier, un business man aux cheveux gris qui a le don d’écrire des histoires, il fait ça quand il a le temps et son travail est souvent excellent. Malgré ses facilités, il n’a pas très bonne réputation car il a fait de la prison, il le méritait ».
En vérité, c’est la prison où il était enfermé et son expérience de la prison, qui ont fait naître son œuvre et c’est en prison, avant de se retrouver, autre lieu d’isolement, dans un sanatorium, qu’il entreprit sa conversion à toutes sortes de mysticismes :
Il alla chercher partout et surtout dans les cercles ésotériques qui alors florissaient à Berlin et à Vienne.
Il accoucha de son œuvre au sanatorium, alors que contrairement à ce que pensait Thomas Mann, il avait été innocenté après son séjour en prison car il rencontra le beau-frère de Kubin, qui le poussa à écrire des histoires.
C’est d’ailleurs à Kubin qu’il demanda d’illustrer « Le Golem », qu’il mit trop d’années à écrire.
Kubin perdit patience au bout de deux ans et utilisa ses illustrations pour « Le Golem » dans son roman « Die andere Seite », paru chez nous sous le nom de « L’Autre Côté ».
Par chance, il rencontra alors Hugo Steiner-Prag qui d’ailleurs inspira le directeur artistique de Murnau pour « Nosferatu », Grau, c’est lui qui l’a dit.

Hugo Steiner-Prag est né à Prague en 1890 et il mourut à New York en septembre 1945, il s’était enfui, à l’ascension des nazis.
Regardez ces images, elles sont éblouissantes et une grande partie de l’Expressionnisme allemand vient de là. Car que ce soit « Faust », « Nosferatu » ou « Le Cabinet du Docteur Caligari », tout était d’abord dessiné, souvent en bois gravé, ou à la manière charbonneuse de Steiner-Prag.


Le travail essentiel du metteur en scène, ce n’est aucunement diminuer son talent, au contraire, c’était de rendre vivante ces impossibles visions.

Voici quelques images de Steiner-Prag et puisque vous avez été sage, voici quelques images aussi de Kubin et de « L’Autre Côté ».

 

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Sept chevaliers

lundi 8 février 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "


Voici enfin la suite de ce qui fut sans doute la meilleure série d’aventures et de fantastique de l’an passé.

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Pour ceux qui s’intéressent à d’autres domaines, disons que nous sommes dans le film « Mongol », le magnifique film épique de ce grand metteur en scène mésestimé qu’est Sergei Bodrov, mais aussi un peu chez Buzatti, avec cette adaptation d’un roman de Jean Raspail, ce grand oublié des histoires de la littérature récente.
Jacques Terpan a fait un travail d’adaptation, je me répète, admirable.
C’est donc la suite, et nos sept cavaliers ne seront bientôt plus que six, comme ils vont aux marches de l’empire découvrirent que tout a changé et que peut-être l’empire est mort.

On attend avec impatience le tome 3, c’est vraiment un des rares chefs-d’œuvre de la bande dessinée française contemporaine et moi qui n’aime pas les séries qui s’étirent à l’infini, je suis presque malheureux qu’il y aura le tome 3 et puis ça s’arrêtera.

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Questionnaire de Prout - suite

vendredi 5 février 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Encore une réponse à mon questionnaire de Prout.

Voici donc une partie du texte de M. Canard. L’intégralité du texte est sur son blog : http://ca-minteresse-pas.over-blog.com/

Comment êtes-vous devenu libraire, il y a combien de temps et est-ce que ça vous amuse toujours et quel est votre spécificité, l’orgueil n’étant pas interdit ?

Je suis devenu libraire par hasard. Après avoir péniblement décroché une licence de Lettres Modernes, j'ai vu arriver à grand pas le terme de mon pionnicat et donc de ma source de revenus (à cette époque le salaire d'un temps plein de pion permettait de vivre - chichement). Comme je venais de passer sept ans coincé entre les élèves, les profs et l'administration scolaire, dans des établissements très différents, je savais à quel point je ne voulais pas devenir enseignant. Or, que faire d'autre avec une licence de Lettres Modernes, un des diplômes les plus inutiles du monde ?
J'aimais lire, et il y a avait à Bordeaux III un IUT de bonne réputation qui délivrait en un an un diplôme professionnel de libraire. J'ai tenté le concours d'entrée, j'ai été reçu, et hop, c'était parti. En assistant au premier cours, j'ignorais si libraire était un métier d'avenir, combien c'était payé, quelles étaient les conditions de travail, si je pourrais trouver facilement du boulot. Difficile de parler de vocation, hein ?

J'ai débuté le samedi 19 décembre 1998, ça va donc faire 11 ans.
Le terme "amusant" est assez surprenant de mon point de vue. Travailler n'est pas "amusant", quoi qu'on fasse. Le travail, même consenti (et pour qui l'est-il ?), est un asservissement.
Disons "passionnant", plutôt. Ça a commencé à l'être quand je suis arrivé dans un rayon BD / SF. Mais au moment où j'écris ces lignes, je dirais de mon métier qu'il est devenu fastidieux, fatiguant aussi bien physiquement que nerveusement, et pour ajouter un troisième f, futile.

Quant à ma spécificité... Je suis spécialisé en SF, Fantasy et Fantastique, et je commence à toucher un peu ma bille en BD. Je travaille dans une immense librairie générale dont chaque rayon est (presque) aussi profond que celui d'une librairie spécialisée. Donc, quand un client s'adresse à moi, il a affaire à quelqu'un qui sait de quoi il parle (ça, c'est pour l'orgueil autorisé), contrairement à lui, la plupart du temps. Je ne peux donc pas laisser parler ma passion, mais plutôt cerner le besoin ou l'envie de mon interlocuteur et y répondre au mieux. Même si ça consiste à lui vendre le tome 10 des Blondes. J'imagine que si je travaillais dans une petite librairie spécialisée, je pourrais vendre Fin de chaîne (la meilleure BD sur la bêtise auto-destructrice de l'espèce humaine) à toute personne qui passerait la porte du magasin. Pas là où j'opère. Là, je dois rester à l'affut pour repérer les gens , curieux, éveillés et de bon goût qui sauront se laisser séduire par ces dindons. Et ça, oui, c'est amusant.


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Questionnaire de Prout

jeudi 4 février 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Ca y est, j’ai la première réponse à mon questionnaire de Prout.

C’est un ex-libraire qui s’y colle mais pour moi ça compte car personnellement je me considérerais toujours comme un ex-brocanteur (même si je ne le fus que quelques mois), et comme un ex-libraire (même si je ne le fus que l’espace d’une année, une année et demie).

Voici donc le texte de Xavier :

Je suis devenu libraire sur le tas, dans une petite librairie indépendante rennaise (Critic). J'y suis resté six ans. Je suis ensuite devenu responsable BD/SF d'une grosse librairie rennaise (Le Forum Privat), rachetée par une grosse chaîne que je ne nommerai pas, parce que je ne cautionne pas, mais pas du tout, sa macabre évolution. Ce métier m'amuserait encore s'il existait toujours dans ces grands groupes... en librairie indépendante, pas de problème pour remettre le couvert...

Le client : en fait, une cliente fan de SF, adorable. Elle revient tous les deux mois de Conakry ; c'est une dame d'une cinquantaine d'années qui visiblement adore mes conseils et tous les deux mois rapporte chez elle pour quelques centaines d'euros de livres achetés après une bonne heure de discussion. C'est souvent ainsi que ça se passe avec mes meilleurs clients. On discute pendant un bon moment et au final, le client se retrouve avec une pile dans les bras. Quant à une anecdote autour d'un livre : A la sortie du roman de Flynn, Effelheim, trouvant la couverture d'une laideur absolue, j'en ai réalisé une alternative, avec l'aide d'une amie caissière... il a très bien marché (les petits lapins sont vendeurs, qu'on se le dise), la couverture alternative a circulé sur le net, et j'ai même eu un prof de com qui m'a demandé l'autorisation d'utiliser ma couverture pour l'étudier avec ses élèves...

Pour les livres que l'on vend beaucoup, oui, il y en a et effectivement d'autres qu'on ne parvient pas à vendre, parfos pour d'obscures raisons. Comme je suis éclectique, je me suis rarement cantonné à vendre quelques livres. Mais bon, j'ai cartonné des romans comme L'affaire Jane Eyre de Jasper Fforde, Une Porte sur l'été de Robert Heinlein, La Terre Sauvage de Julia Verlanger, Gagner la guerre de Jaworski, le déchronologue de Beauverger, Spin de RCW... à l'inverse, j'arrive pas à vendre du Gene Wolfe, malgré des millions d'essais, du Steven Erickson, du Fritz Leiber (le cycle des épées)... je dois mal m'y prendre pour ceux-là^^

Sur une île désert, j'emporterais La Terre Sauvage de Julia Verlanger...

Le livre de cette année, hum, allez : Le déchronologue de Stéphane Beauverger aux éditions La Volte.
Je n'attends pas de livre en particulier...

Le livre ne va pas mourir, je n'y crois pas une seconde. Mais si c'était le cas, oui, ça me ferait de la peine...
Accessoirement, je me positionne pour l'e-book. A mon sens, il s'agit plus d'un support de complément qu'un support de remplacement
...

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Le petit Léonard

mercredi 3 février 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Parmi les revues pour enfants, il y en a une assez gonflée qui s’appelle
« Le Petit Léonard », qui est un magazine d’initiation à l’art.

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C’est une bonne idée car cette revue qui prend les enfants au sérieux et qui en est déjà au 139ème numéro, parle ici de l’art roman mais aussi de la bande dessinée.
Elle en parle comme un « 9ème art », de Franquin à Bécassine en passant par les pères fondateurs, et de Nana (ça au moins les enfants connaissent), de Mickey bien sûr et du Concombre Masqué, et de Calvo et des mangas.

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Ca va vite mais c’est bien foutu et contrairement aux adultes à qui il faut savamment expliquer que la bande dessinée est un art, alors qu’ils n’en lisent plus peut-être depuis longtemps, on prend ici le parti inverse, puisque les enfants lisent déjà des bandes dessinées ou des mangas et qu’on leur explique qu’il n’y a pas à avoir honte, que c’est aussi un art, on essaye ensuite de leur donner envie de découvrir les ancêtres des personnages qu’ils connaissent déjà.
Belle initiative donc.


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Humbug, enfin - suite et fin

mardi 2 février 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Le numéro 10 a une couverture couleur de vrai magazine, un aspect presque Life.

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Une femme pose devant une émeute un peu floue avec à l’intérieur une parodie de « Flash Gordon » devenu communiste.

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Il y a plus de dessins d’humour, plus de textes, plus de collages photos aberrants, de belles femmes qui posent dans des lieux inhabituels selon le procédé inventé par Cecil Beaton pendant la guerre quand il filma des modèles de couture sur fond de Blitz, avec derrière des maisons détruites, ce qui devint la norme dans les années 50 de la mode en général, sauf qu’ici les deux belles posent dans un saloon où derrière, flous, des cow-boys s’entretuent.

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Et enfin le numéro 11, le dernier numéro, prophétie accomplie, car sur fond rouge, un petit homme doucement coule : il y a moins de BD, plein de fausses pub, des gags en demie page, des photos de mariages effrayantes prises par un idiot à une union de crétins, dessinées par Al Jaffee, deux pages pour les lecteurs « intelligents », un court extrait très légèrement dénaturé des voyages de Gulliver et un test : « Etes-vous conformiste ? ».

 

Le second volume s’achève encore par un beau cahier de notes de John Benson, qui vous aidera à comprendre ce que vous avez lu car certaines des parodies sont très américaines et parlent de choses que nous avons soit oubliées, soit jamais connues, comme TV Guide ou Confidential Magazine ou sur certaines stars de la télé qui ne l’ont jamais été chez nous, vous aurez besoin d’un lexique ce qui est vrai aussi pour les jeunes lecteurs américains. Un peu comme récemment cet auteur qui a fait un ouvrage consacré à Je me souviens de Georges Pérec, pour expliquer de quoi parlait Pérec, dans ce livre pas si lointain, mais déjà très loin de nous : au dernier millénaire.

 

C’est publié par Fantagraphics, c’est un objet sublime, en deux volumes, indispensable.

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Humbug, enfin - suite

lundi 1 février 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Puis il y a le second volume, avec une couverture inédite d’Arnold Roth qui est décidément un des plus grands dessinateurs d’humour de ce temps, l’équivalent pour moi de Saul Steinberg même s’il n’a eu droit pour l’instant qu’à un ou deux recueils.

 

Il y a un numéro Noël avec forcément une couverture « dickensienne » qui se moque joyeusement de Noël et donne envie de ne pas y participer en quelque sorte.

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La couverture suivante est une femme nue, fort pudique en vérité, observée par des caméras espions : je crois que Harvey aurait beaucoup aimé nos téléphones portables grâce auxquels maintenant on peut tout photographier, tout filmer, et qui suppriment totalement la notion de vie privée. Il en aurait tiré quelque chose d’épatant.

D’ailleurs, il l’a déjà fait avec cette couverture.

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Il y a une parodie de Frankenstein où l’on revient à l’esprit de Mad, c’est Elder qui s’y colle, et un beau projet de satellite américain, typique du design de l’époque, histoire de concurrencer les Sputniks et l’invention d’un genre, le détournement de tableaux avec par exemple deux peintures de Picasso utilisées pour représenter les grands mystères irrésolus de l’histoire américaine, comme le premier grand vol de train postal, un procédé que tout le monde a repris depuis : ils inventaient là le détournement graphique, celui des situationnistes, et de Cavanna dans Hara-Kiri, mettant des bulles dans des tableaux pompiers.

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La couverture suivante c’est le Washington des billets de banque, avec aussi une jolie parodie d’Elvis Presley qui, de retour de l’armée, bouge tellement vite, qu’il prend trois attitudes dans le même dessin. 

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Il y a un cours pour transformer sa voiture qui anticipe sur les voitures customisées et les hot-rods qui feront partie de la culture underground, et une vision du Miami de demain.

Puis viennent des images bibliques dûes à un cousin de Flaxman et de Doré qui sont théoriquement le récit de la chute d’un Sputnik, détournement encore.

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Pour le numéro suivant, la couverture représente un homme en chapeau, qui vole, parmi des chapeaux : c’est encore Magritte et c’est déjà Folon et on annonce que le prochain numéro sera chic.

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La suite demain.

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Humbug, enfin - suite

vendredi 29 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Au 2, ils décidèrent de revenir au format magazine mais il y avait toujours 32 pages et seul le dernier numéro, le 11, passa à 48 pages pour avoir, comme on dit, « de la main » : ils durent pour cela reprendre quelques planches de Trump que Heffner leur donna, mais il était trop tard.

 

C’est alors, sans doute, que cet immense éditeur qui était avant tout un immense scénariste, décida de ne plus s’occuper que de lui et de ne plus faire qu’œuvre personnelle, même si elle demeura quelque part collective, car à part quelques bandes dessinées trop rares où il faisait scénarios et dessins, ce fut le temps de « Little Annie Fanny », collaboration entre copains avec Will Elder surtout, mais aussi avec Frazetta, Russ Heath, Mike Royer, Howard Nostrand, Jack Davis et d’autres.

On pouvait croiser Gertrude Stein qui était son assistante et travaillait avec lui comme une bête sur cette histoire de filles à grosse poitrine qui perdaient leurs vêtements au moindre prétexte et qui n’était pas encore devenue la tête pensante des féministes qui allaient brûler leurs soutiens-gorge, puis (voir Valérie Solanas) dire qu’il fallait couper les couilles aux mecs.

Les temps changaient.

 

Parfois, Kurtzman me fait penser à moi, car si nous nous étions entendus, c’est parce qu’il aimait bien Métal qui lui semblait être une nouvelle aventure passionnante et casse gueule, et comme à lui, parfois, on me demande quand je referais un magazine de bandes dessinées.

Et comme lui, je réponds désormais qu’un magazine est un cauchemar : 63 cm de haut en tout pour une collection de Métal Hurlant qui m’a pris plus de dix ans de ma vie, plus cinq de préparation, avec une famille recomposée d’artistes névrotiques, l’impossibilité d’une vie de famille véritable (heureusement je n’en avais pas, ma femme travaillant au journal avec moi).

Un magazine dévore votre temps, votre âme, votre vie, apporte d’immenses joies mais aussi d’immenses peines et soit continue et perdure, ça arrive et un jour perd son âme, soit il s’écroule tout d’un coup et c’est vous qui perdez alors un peu de votre sang.

 

Voici donc dans un boîtier parfait avec une présentation sublime, l’intégrale de Humbug, éditée par Fantagraphics.

 

C’est Mad, mais en plus sophistiqué, avec la parodie de Baby Doll par Jack Davis qui n’a jamais aussi bien dessiné dans le 1, avec sa belle couverture qui annonce la fin du monde.

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Le numéro 2 est barré du mot « radiation », avec d’étranges affiches prémonitoires où l’on voit des canons braqués sur un bateau de croisière et alors qu’il est dit « Partez pour Israël en traversant le golfe d’Aqaba ».

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Le numéro 3, parodie « O.K. Corral » et anticipe sur les magazines d’humour futurs avec son côté « back to school », Jack Davis de nouveau fait des merveilles - c’est l’époque où il fera aussi quelques livres illustrés dont un superbe Lincoln -.

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Le numéro 4 avec la reine d’Angleterre en couverture est proto-punk : on va accueillir la reine avec tous les honneurs qu’elle mérite.

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Le suivant, a une couverture en coupons à découper, pour des supermarchés fictifs, pour avoir des primes et des choses gratuites.

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Ainsi finit le premier volume avec ensuite une interview passionnante des survivants de l’aventure (interviews datées de 2005). Arnold Roth et Al Jaffee qui continuent à rire, jaune parfois, autour du perfectionnisme de Harvey à qui ils remettaient un dessin sur lequel ils avaient passé un temps fou et qui leur renvoyait au bout de quatre jours avec dix corrections, les obligeant à tout reprendre. Ce qu’ils appelaient déjà « le syndrome Annie Fanny ».

 

La suite lundi.

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