Le blog de Dionnet

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Après trop de space opérettes une retour au space opéra ! - 2ème partie
mardi 2 mars 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "
Le héros est un prince qui a tout pour lui, un prince charmant en quelque sorte, il s’appelle Raoden, et lorsqu’arrive, comme dans tout bon conte de fée, sa fiancée Sarène, avec qui il n’a pu communiquer que par images virtuelles – nous sommes aujourd’hui et l’électronique remplace le miroir magique – pour qu’il l’épouse, elle apprend sa mort.
Tant pis, je vais vous gâcher un peu l’histoire (je n’aime pas ça), mais quand vous lirez, vous verrez que je n’ai rien dévoilé vraiment,
Raoden n’est pas mort : il est devenu une de ces ombres frappées par la terrible maladie qui incapacite les dieux, ils gisent désormais dans la poussière, immortels, tandis que leurs corps s’abandonnent à la douleur et à la putréfaction car malédiction suprême, ils ne peuvent pas cesser de vivre.
Ils sont désormais parqués derrière les murailles d’Elantris qui fut « la cité magnifique » et qui n’est désormais qu’un ghetto effroyable où l’on peut entrer mais dont on ne doit pas sortir, comme le « New York 1997 » ou le « Los Angeles 2013 » de John Carpenter.
Evidemment, Raoden et Sarène vont finir par se retrouver.
Ce qui est important c’est que les méchants sont grandioses, très intelligents, très méchants, extrêmement sophistiqués : comme tous les grands méchants de la littérature et du cinéma, particulièrement les deux inquisiteurs principaux dont les agissements en apparence cohérents, vont provoquer un schisme considérable quand on découvrira leurs motifs véritables.
Il y a tout ce que je demande à du space opéra : du souffle, de l’épopée, des images grandioses, et pour certaines, nouvelles.
S’il manque quelque chose, c’est plutôt une question d’époque et de circonstances, puisque « Dune » était quelque part l’enfant de « Lawrence d’Arabie » et qu’il y avait les préoccupations d’alors, à la fois écologiques et nomades, qui nous ont instantanément frappées, et la prescience du destin compulsif de l’Afrique du Nord, idem pour « Ender », roman mormon comme son auteur, et histoire de l’initiation du jeune héros à la manière des « Désarrois de l’élève Toerless », qui lui aussi tombait pile.
C’était le moment du film « Jeux de Guerre », on pouvait penser désormais, voir les actualités, que les enfants guerriers bientôt ne seraient plus seulement les pauvres gamins du tiers monde à qui l’on confie une kalachnikov, mais que dans les combats virtuels, on chercherait les meilleurs combattants possibles et que ceux-là seraient des enfants.
On va voir ensemble, le succès aidant ou pas, si Brandon Sanderson correspond à l’ère du temps, répondant à des questions que nous ne nous étions pas posées à temps : nous le saurons plus tard.
La suite demain.
Après trop de space opérettes une retour au space opéra ! - 1ère partie
lundi 1 mars 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "
Annoncé mensongèrement au dos de la couverture comme un chef-d’œuvre de la fantasy par rien moins que Orson Scott Card, voici « Elantris » dont sont parus en même temps les deux volumes : excellente idée pour qu’on n’attende pas.
« Chute » et « Rédemption », sous des couvertures, il faut le souligner, extrêmement réussies et dignes des grands japonais actuels, dûes à Alain Brion qui a fait des progrès considérables. C’est un grand space opera au premier degré comme je n’en avais guère lu depuis « Dune » et, justement, « Ender » de Orson Scott Card.
L’éditeur citant Orson Scott Card au dos de la couverture (je ne sais pas si sa traduction est bien littérale), a donc été amené à mentir ou alors c’est Card qui a menti, en disant que c’était un chef-d’œuvre de la fantasy, peut-être parce que c’est la fantasy qui se vend le mieux en ce moment, mais ces temps-ci les pauvres éditeurs doivent y perdre leur latin puisque le meilleur livre fantastique récent que j’ai lu était dans une collection de thriller, et qu’en littérature générale je me suis retrouvé avec un excellent bouquin de science fiction, « Nord-Absolu », sur lequel je reviendrai, et puis souvenez-vous de « Black Man », l’an dernier, annoncé comme un roman cyberpunk, qui était en fait un bon gros polar de black exploitation, charmant au demeurant, avec des gadgets : c’est cela qu’on pouvait qualifier de science fiction.
Attention, je ne vous dit pas que c’est du niveau de « Dune » ou de « Ender », d’abord parce que trop de livres paraissent désormais et qu’ils ne provoqueront forcément pas la même onde de choc que ces ouvrages un peu isolés, venus à un moment précis, si bien qu’on ne vit qu’eux.
« Elantris » risque, et ce serait dommage, de passer inaperçu, mais il pourrait changer de jeunes mentalités car le but du space opéra comme celui du grand roman d’aventures, c’est d’apporter des réponses aux questions qu’on se pose au moment le plus important de la vie : l’adolescence, l’âge où on a plein de questions et qu’on va cesser de se poser ensuite. On doit faire des choix, et les livres vous aident.
« Elantris », c’est l’histoire de dieux qui sont soudain apparus et qui déjà ne sont plus.
Ils ont perdu leur pouvoir d’un coup et sont menacés, ainsi que le reste de l’humanité désormais, par des espèces d’inquisiteurs fous qui ont décidé de convertir par le fer et par le feu tous les empires moribonds.
Et comme les nouveaux dieux n’ont pas tenus longtemps, ils reviennent à des dieux plus anciens.
La suite demain.
The Japanese film : Art and Industry de Donald Ritchie
vendredi 26 février 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "
Les livres de fond pas trop idiots sur le cinema asiatique sont pas si nombreux car, en gros, c’est la faute à ma generation qui a choisi de defendre d’abord le trash et progressivement de s’ouvrir à des metteurs en scène plus exigeants.
Il y a eu heureusement bien d’autres gens qui, depuis le début, et cela date des années 30, ont été moins polémiques et plus impartiaux dans leur vision du cinéma asiatique, que ce soit les incontournables, malgré tout le mal qu’on en dit aujourd’hui : Bardèche, Brasillach et Georges Sadoul dans leur Histoire du Cinéma, la revue « Positif » qui ne s’est jamais trompée, les travaux fondateurs de Tony Raynes en Angleterre ou ceux de Pierre Rissient en France.
Aujourd’hui, presque tous, moi compris, nous faisons de l’anecdotique ou alors nous parlons de ce qui sort, ce qui est une manière de parler de choses qui intéressent les gens immédiatement bien sûr, mais pas toujours de creuser profondément.
Si vous ne deviez lire dans votre vie qu’un livre sur le cinéma japonais, de fond, ardu, difficile parfois, car parlant du cinéma japonais, du point de vue de quelqu’un qui connaît parfaitement le Japon, vous ne pouvez pas manquer le livre de Donald Ritchie, « Le Cinéma Japonais » aux éditions du Rocher qui est une merveille absolue.
On lui doit aussi un livre magnifique sur Ozu, le livre fondateur sur le cinéma nippon : « The Japanese Film : Art and Industry », épuisé, un autre livre formidable sur Kurosawa et Donald Ritchie a aussi publié récemment ses carnets de vie au Japon où il est installé depuis 1947.
Il a édité maintenant près de quarante livres sur ce pays, aussi bien sur ses expériences personnelles que sur la société et la culture. Ce livre est totalement indispensable, d’autant qu’il contient deux merveilles : un Index qui vous permet de vous retrouver et même des pages blanches à la fin pour ajouter vos notes personnelles.
Le livre, de plus, est traduit par une des rares personnes qui comprenne bien le cinéma japonais, qui parle japonais et qui vit quelque part dans sa tête en japonais, Romain Slocombe.
Reflex de Steven Gould aux Mango
mercredi 24 février 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "
C’est un petit roman de science fiction pour adolescents, bien foutu :
Donc à priori, un ouvrage mineur mais aussi quelque part un livre majeur, dans la ligne mythique de « Peter Pan » et de « Alice aux Pays des Merveilles ».
Je vous explique :
« Reflex » est la suite de « Jumper », si vous n’avez pas lu le livre vous avez vu le film.
Un gamin découvre un jour qu’il peut jumper : Sauter d’un point à un autre tout autour du monde et évidemment, théorie du complot, tous les gouvernements et toutes les sociétés secrètes qui s’occupent des affaires sales du monde et tous leurs ennemis terroristes, veulent s’emparer de lui, car il est une arme redoutable.
« Reflex », c’est la suite, il va se faire enlever dès le début de l’histoire.
Heureusement, sa femme part à sa recherche.
Je ne vous en dirais pas plus sinon qu’en fait l’auteur va puiser dans nos rêves d’enfants :
Qui ne s’est pas, quand il était petit, dit que : s’il marchait jusqu’à l’école en sautant au-dessus de toutes les fêlures du béton et sans respirer sur cent mètres, s’il voyait trois voitures rouges, etc… il se passerait forcément quelque chose d’extraordinaire.
Qui n’a pas rêvé aussi dans l’enfance, et surtout au début de l’adolescence, de devenir comme par magie un personnage d’exception.
Dans mon cas particulier, comme je ne faisais pas d’efforts pour m’intégrer au collège où j’étais enfermé, le collège de Juilly dont j’ai au bout du compte d’excellents souvenirs, je n’étais pas parmi les plus sociables et il m’arrivait de regretter de ne pas avoir été choisi comme enfant de cœur alors que j’aurais détesté ça.
N’empêche que pendant la messe, à genoux (ça faisait mal et ça réveillait), je me disais qu’il ne serait pas mal que Dieu, qui déjà dans mon esprit n’existait pas, me soulève en l’air au milieu de l’église pour que les autres soudain me remarquent : je voulais faire mon jumper.
A signaler pour ceux qui ne seraient pas bilingues, que « jumper » veut dire « sauter », ce qui a amené le traducteur Yann Egly à ne pas traduire le mot parfois :
Je vous cite une phrase de la page 10 où l’héroïne pense à son jeune mari absent : « Au lieu de ça, ils faisaient la navette : David la jumpait de leur appartement de Stillwater pour leur habitation haut perchée au Texas, et vice versa ».
Bien évidemment, s’il avait traduit « David la sautait », cela aurait amené une nouvelle proposition de position au Kamasutra, l’accouplement successif et quasi simultané, en deux endroits très éloignés.
Ce qui laisse rêveur…

Gianni De Luca, encore et toujours
mardi 23 février 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "
Je reviens à De Luca encore à propos du livre « De Luca – Il Designo Pensiero » chez Black Velvet, écrit par la Hamelin Associazione Culturale.
(Un groupe de gens à qui l’on doit, entre autres, un livre sur Magnus et autres, dont un sur « Bonaventura » de Toffano, ce merveilleux héros lunaire de la bande dessinée italienne, scandaleusement ignoré chez nous jusqu’à aujourd’hui, cousin du Petit Prince et ancêtre involontaire de Tati, graphisme merveilleusement élégant, dynamique et cependant contemplatif).
Le livre sur De Luca est plein d’images de toutes les incarnations de cet artiste protéiforme et surtout réalise l’exploit de faire bien le tour de l’œuvre en choisissant des angles et des auteurs différents, un peu comme le faisait en littérature à leur époque les formidables « Cahiers de l’Herne ».
De l’élégance savante et pédagogique d’un article consacré aux années « Il Vittorioso » aux couvertures du « Giornalino », à De Luca analysé comme convergence de la bande dessinée populaire et de la bande dessinée d’auteurs, ou à propos de la noblesse du mouvement dans la seconde partie de l’œuvre du maître, en passant par le fait que Spada chroniquait l’Italie du moment pendant que l’histoire elle-même, glauque, se déroulait, et en finissant par « le mystère De Luca » qui reste entier comme tout vrai mystère, malgré les explications brillantes de Luca Rafaelli, voici une belle Bio-bibliographie qui devrait aider encore à remettre De Luca à sa place, en haut du podium
et c’est encore grâce à Black Velvet.
PS 1 : Et puis il y a toutes les couvertures pour Comic Art autour du personnage de Brick Bradford (Luc Bradefer chez nous rappelons-le) où il fait un peu comme Pinter sur Maigret : c’est « son Brick Bradford » mais en même temps il ressuscite toute la magie de la bande dessinée d’origine, dans toutes ses facettes.
PS 2 : J’oubliais « da Botticelli à de Luca » où l’on découvre que le Shakespeare stroboscopé de De Luca vient de Botticelli !
La nouvelle image mystère
lundi 22 février 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "
Attention, la nouvelle image mystère est dûe à trois artistes qui vont se succéder sur 3 semaines et qui ont un point commun.
A vous de trouver lequel.
Le petit monde de Francis Valéry
vendredi 19 février 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "
Pour en revenir à Francis Valery et à ses micro éditions indispensables, sachez qu’il vient de rééditer le tome 1 des « Strange Sports Stories » écrit par Gardner Fox, dessiné par Carmine Infantino et gentiment encré par Joe Giella.
Ce sont donc des histoires de sport et de science fiction, curieux mélange, et ce sont aussi des œuvres étonnantes, au même titre que certaines histoires de Steve Ditko de la même période sur laquelle je reviendrai, où le narrateur apparaissait entre les cases et même dans les cases, racontant l’histoire qui se déroulait…
Chez Infantino c’est différent, puisqu’il y a une utilisation systématique de silhouettes en noir et blanc entre les cases, destinée à augmenter la dynamique du récit et à trouver une narration et une grammaire légèrement différentes de celles des comic books habituels.
Pour que cela soit clair, je vais vous en montrer une ou deux planches.
Ce chemin intéressant a été un peu oublié depuis Ditko et Infantino, même si c’est de cela qu’il s’agit quand Moebius se met en scène à côté de ses personnages : chez Infantino, ça consistait en gros à mélanger deux traités contradictoires, un hérité du théâtre d’ombres et un autre venant de la bande dessinée, sachant qu’il y a ici d’autres audaces de mises en pages très « infantiniennes » comme ces cases allongées et étroites où l’on suggère dans un espace inhabituel des images intermédiaires apparemment gratuites mais qui ne le sont pas.
Il peut y avoir par exemple sur une demie page, huit cases avec énormément de textes mais pourtant le visuel incroyablement suggestif, l’absence de décors et le minimalisme du dessin, font que tout est dynamique, parfaitement lisible et aucunement verbeux, malgré d’énormes pavés de textes.
Le seul défaut c’est que c’est du Valéry, donc tiré à 99 exemplaires, il faut se dépêcher.
Pour la petite histoire, ces histoires sont parues dans « The Brave and the Bold », magazine d’essais de DC Comics dont Infantino était le patron.
A un moment il mit la pilée à Marvel mais quand ça ne marchait pas, ce qui fut le cas de certaines de ses propres histoires, il arrêtait.
C’est ainsi que « Strange Sports Stories » ne dura qu’un temps, alors que le procédé aurait pu être applicable à l’infini y compris, ça aurait été amusant, par d’autres dessinateurs.
Il essaya, après « The Brave and the Bold », de continuer un peu la série mais comme ça ne décollait toujours pas, l’interrompit définitivement.
C’est une œuvre singulière d’un dessinateur singulier qui considère qu’il n’est jamais parvenu comme deux autres dessinateurs qui commencèrent avec lui, Alex Toth et Joe Kubert, à une maîtrise absolue de son dessin.
Quand il a approché de ce qu’il voulait faire, il est devenu le grand patron de DC, puis un jour a été viré et remplacé par quelqu’un de moins bien que lui, ça arrive, et depuis il s’est tu, c’est bien dommage.
Si vous avez envie d’en savoir plus sur Infantino, je vous en reparlerai.
Message dans une bouteille (9)
jeudi 18 février 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "
Merci à Olive de m’en dire plus sur René Lelong : il serait né en 1871 et mort en 1938.
Cher JDB, ta madeleine devient la mienne car je me souviens tout d’un coup d’un Clive Barker débutant au festival d’Avoriaz, peut-être était-ce même avant au festival de Chamrousse : il était tout content d’avoir eu le prix pour « Hellraiser » et il avait des étoiles plein les yeux.
Et merci de me dire que akileos, un éditeur que je ne connaissais pas, va nous sortir « Blazing Combat », c’est une bonne nouvelle.
Cher Juju Collector, hélas, il n’y a pas de différences entre le livre anglais et l’édition française de l’histoire du graphic novel américain, qui est une simple traduction.
C’est pour ça que j’ai voulu apporter un complément d’informations de ce côté-ci de l’Atlantique.
Et quant à ton blog Blanquet, on va tous aller y jeter un œil un jour.
Je vois que Travis est aussi circonspect que moi devant « Au-delà du mal »
Salammbobo, revenant à mon obsession des mots qui disparaissent du dictionnaire : « Tous ces mots à jamais égarés », fait bien le point. Il faudrait maintenant qu’un hacker de génie rentre dans l’ordinateur des différentes maisons d’éditions spécialisées pour voir tous les mots qu’ils ont fait disparaître.
P.M., tu es bien gentil avec le Evanier qui est avant tout un recueil de belles images.
Cher Gilles Poussin, content de voir que tu es en activité. Si tu vois Max de temps en temps, dis-lui qu’il serait temps qu’il fasse un beau livre pour enfants, peut-être que j’aurais un éditeur pour lui.
Blanquet encore : Antoine Frémon va l’exposer à Tokyo, bonne idée,
là-bas ça devrait plaire.
Et quant aux « Moutons électriques vont à Hicksville », les auteurs eux-mêmes m’ont répondu mais cela ne vaut pas le coup d’y revenir.
J’ai lancé ma pierre, elle roule le long de la pente et je vois que vous avez pris le relais.
Oui Serge, je pense que « La Possibilité d’une Ile » est bien, parce qu’il dit du bien des sectes.
Tout simplement parce tout le monde en dit du mal. Je ne suis pas sectaire, ni au sens propre, ni au sens figuré, mais je suis incapable de faire la différence entre religions et sectes, l’une devenant l’autre parfois, et je pense que la liberté de parole est nécessaire et qu’un peu d’humour ne peut que faire du bien car actuellement, nous sommes un peu tous trop d’accord sur tout.
Pardonnez si je ne réponds pas à tous : souvent ce que vous dites se suffit, surtout quand vous n’êtes pas d’accord avec moi.













