L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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LAPIN ETERNEL

mardi 28 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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Le numéro 42 de « Lapin » contient des merveilles absolues, le détournement par Anne Baraou et Jochen Gerner d’une vieille histoire de Francisco Hidalgo et Victor Mora parue dans « Mystic » en 1958.

Cela fait un peu penser à du Cathy Millet, à propos, qu’est devenue Cathy Millet ? C’était admirable, en plus radical, avec la folie douce et tranquille des dernières bandes dessinées finlandaises de Rosse.

C’est ce que j’ai lu de mieux depuis des mois.

J’aime beaucoup aussi « Les bâteaux n’aiment pas l’eau » de Mazen Kerbaj. J’aime beaucoup aussi « Cixite la grosse impératrice » de Anne Simon, récit à suivre. « Pursue and legs », accumulation un peu Mark Beyer de François Jonge.

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Et l’histoire à suivre de Henninger et Gosselin « lutte des corps et chute des classes » qui a quelque chose de l’art brut Draeger mais aussi du manga des origines.

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Bref, je n’ai pas cité tout le monde mais je m’aperçois que j’ai presque tout aimé dans ce « Lapin » y compris les comics ténus de Manuel.

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Ca tombe bien car en même temps j’ai reçu le numéro 43, hasard postier sans doute, et soudain je réalise que l’Association a vingt ans : comme le temps passe.

Et puis comment se fait-il que moi qui aime la bande dessinée réaliste, voire pompière, la seule revue que j’attends c’est chez l’Association qui est loin des critères que j’ai défendus un moment.

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Je ne vois nulle endroit où l’auteur du dessin de l’édito, sublime, et digne du meilleur de Pierre La Police, est nommé. D’autant que le même est l’auteur d’un beau dessin en page 2 de l’édito.

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On y retrouve pour partie les mêmes avec la suite de « lutte des corps et chute des classes » par exemple, la suite de « Pursue and legs » et il y a encore du Mazen Kerbaj en couleurs qui est aussi bien que du Muzo, pour ceux qui ont un peu suivi l’histoire de la bande dessinée des dernières années, et on retrouve Manuel.
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L'O10SSEE

lundi 27 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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L’O10ssée Folio en dix nouvelles est un livre gratuit, c’est-à-dire offert pour l’achat de deux folios SF et qui fait bien le point du genre au travers de nouvelles souvent inédites et de textes divers d’auteurs de science-fiction mais pas seulement, qui parlent de l’empreinte de la SF sur eux.

C’est absolument formidable.

A TOUTE BERZINGUE

dimanche 26 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Vite, car parfois il faut aller vite, j’avais râté lors de sa sortie en grand format le dernier Norman Spinrad, « Il est parmi nous », qui est digne de son chef-d’œuvre absolu « Jack Baron et l’Eternité », l’histoire d’un présentateur de télé ringard venu soi-disant du futur qui est peut-être Dieu, je ne vous en dirais pas plus sinon que c’est un livre absolument incontournable.

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Vite encore, James Thompson est américain mais élevé en Finlande et le deuxième tome de sa série autour de l’inspecteur Kari Vaara est aussi impressionnant que le fut le premier, « La nuit glaciale du Kaamos », un thriller dans un pays où il fait presque toujours nuit, ça change tout d’autant qu’ici on réveille les fantômes de la seconde guerre mondiale et l’étrange manière dont la Finlande, on l’oublie, cohabita avec le nazisme un temps contre la menace communiste, chose qu’on a plus ou moins occultée ensuite mais que le roman ressasse à foison.

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Vite encore, « La Main du Mort », anthologie de Otto Penzler dans la collection Rivages / Thriller, préfacé par un champion de poker, Howard Lederer, est à la fois pour les fans de poker mais aussi pour ceux qui comme moi n’y jouent jamais ayant estimé pendant longtemps qu’ils pouvaient faire autre chose de leur temps, ce que parfois je regrette.

Il y a tout le monde à bord, de Jeffrey Deaver à Walter Mosley, de Connelly à Lustbader, et j’avoue avoir un faible pour l’incroyable nouvelle de Joyce Carol Oates, « Strip Poker », étrange histoire malsaine d’une petite fille qui s’embarque avec des plus grands qui vont l’emmener irrémédiablement vers un vol collectif sauf que, dans les toilettes, ou peut-être est-ce inconscient, lui vient une idée de génie qui fait qu’elle va soudain leur faire peur.

A part ça pour les gens qui ne pratiquent pas le poker comme moi, ça reste tout à fait lisible et on comprend tout.

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Ensuite, un anglais, Daniel Barber, vient de nous donner son « Gran Torino » avec Michael Caine qui s’appelle ici « Harry Brown », c’est un ancien marine et un jour il en a assez. C’est un chef-d’œuvre et on voit ici que le grand Michael Caine n’a rien perdu de son charme vénéneux et de sa force unique dans ce qui se révèle être un thriller crépusculaire tout à fait bouleversant. Le metteur en scène s’appelle David Barber.

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MESSAGE DANS UNE BOUTEILLE (20)

vendredi 24 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Comme d’habitude je ne répondrai pas à tout le monde sinon pour dire que le très beau film de Herbert Brenon est effectivement un des plus beaux « Peter Pan » d’autant que le directeur de la photo, un chinois, qui fut un des premiers grands et qui eut une carrière longue et belle (puisque c’est lui qui inventa les effets psychédéliques au cinéma avec des films comme « L’Opération diabolique » de John Frankenheimer plus tard et qui fit des choses sublimes en technicolor entre temps), était James Wong Howe et « Peter Pan » était interprété par la belle chinoise Myrna Loy.

Grande nouvelle si Abrams sort bientôt un livre sur Robinson, j’espère que les « Black Terror » y seront.

Philippe Gindre de « La Clef d’Argent » me rappelle, comme je parle de ses livres, que ces chefs-d’œuvre incontournables sont toujours à leur prix d’origine, le coffret sublime à 72 euros et le recueil à 12 euros.

Pas feignant et pas gâteux, JLF vous dit ce que je ne savais pas forcément sur certaines rééditions récentes de Kipling et j’applaudis à sa description de cet écrivain qu’on ne peut pas simplement ramener à une baderne, il fut plusieurs écrivains tous passionnants.

Renaud Leroy fait bien de souligner qu’il y a un coffret Bunuel de neuf films au Studio Canal avec Jean-Claude Carrière son scénariste de la grande époque qui s’y colle et qui raconte des tonnes d’anecdotes.

Cher hors champ, on s’est croisés donc on se recroisera.

JDB, je ne peux pas t’aider car je n’ai pas gardé ma collection de « Spectre », quelqu’un d’autre pourra le faire peut-être.

Cher Sigismund, j’ai été voir, tu as raison de recommander le lien http://thehorrorsofitall.blogspot.com

Cher Lodvig, non je ne suis pas mort, simplement j’ai eu un coup de mou, ce blog prend tant de temps.

Merci à Lefeuvre de ses précieuses informations sur le comics « 3-D Danse Macabre ».

J’espère que vous n’avez pas fait comme moi (arrêter de lire vos emails) car Raùl Mora nous disait d’aller à Ivry pour une expo Helios Gomez qui était sans doute indispensable.

Et merci à Sigismund de me remettre les pendules à l’heure. Oui, Vince Locke n’a pas disparu puisqu’il a écrit le livre dont fut tiré le film, tous les deux impeccables, « The History of Violence ».

Par ailleurs, on va aller voir sur ton blog http://george-leblogdegeorge.blogspot.com d’autant que tu as apparemment des opinions tranchées.

Cher Gabriel Gomez, merci de tous ces renseignements encore sur Helios Gomez et sur l’association crée par son fils.

A Sigismund encore, je lui dirais oui, je ne suis pas non plus un fou du papier glacé pour les comics, je préférais le vieux papier qui jaunit et craque mais on finit par s’habituer.

Et non, pour l’instant je ne cherche pas d’auteurs mais ça peut venir.

A Mantichore je dis merci sur les renseignements sur la première couverture de « Shield » qui était différente de celle qui m’a bien plu.

A Florence, Ah ! merde, quelqu’un se souvient de mon cocquelet / jardinière de légumes à l’époque où j’avais encore le temps de cuisiner, ce qui ne nous rajeunit pas, mais je vais m’y remettre bientôt.

A john mac pudead je dirais non, je ne pense pas que les super héros meurent rapidement.

Simplement leur mythologie s’est maintenant dévoyée sur d’autres supports, que cela soit jeux vidéo ou films ou séries télé de plus en plus nombreuses. Il y a dilution et je crains bien que les très nombreux spectateurs de Heroes ne soient plus des lecteurs de comic books de super héros. Par contre, comme Warren Ellis, je mets de l’espoir dans une continuation sur iPad ou autrement où il semblerait que les super héros soient bien réceptionnés.

Ceci dit, c’est vrai qu’on en a un peu fait le tour et c’est pour cela qu’avec ma série prochaine, trente albums sur cinq ans chez Dargaud avec une pléthore de dessinateurs, j’essaye à ma manière de renouveler le genre.


Cher lupo mnema, tu es un peu sévère avec « Shield » mais il est vrai qu’un des gros problèmes du comic book américain récent est qu’il a perdu sa force première kirbyesque, qu’il y avait le dessin qui racontait tout et les textes en plus, et que maintenant on est obligés de lire les textes parfois pour comprendre.

Et à Alex je dirais que pour l’instant j’ai remis au placard l’idée d’une adaptation de « Dragon’s fin soup ». En effet le metteur en scène devait être Takashi Miike puis il est parti sur un autre projet et moi aussi.

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POETES DE L'IMAGINAIRE. Aux Editions "Terre de Brume"

jeudi 23 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

4ème Partie

Puis vient, nous y voilà, la quatrième partie de « Poètes de l’Imaginaire », « Merveilleux Scientifique (Science-Fiction) », avec l’admirable « La Conquête » d’Emile Verhaeren extrait de « Les Forces tumultueuses » :

« Et les voici portés, sur leurs vaisseaux, ces hommes

Dont l’âme fit Paris, Londres, Berlin et Rome,

- Prêtres, soldats, marins, colons, banquiers, savants –

Rois de l’audace intense et maîtres de l’idée

Qui projettent les traits de leur force bandée

Aux buts les plus lointains des horizons vivants ».

En introduction l’auteur reprend un texte de Jean-François Marmontel, « secrétaire perpétuel de l’Académie française, dans ses Eléments de littérature » :

« Si Homère revenait aujourd’hui avec ce feu divin, quelles couleurs, quelles images ne tirerait-il pas des grands effets de la nature, si savamment développés, des grands effets de l’industrie humaine, que l’expérience et l’intérêt ont porté si loin depuis trois mille ans ? La gravitation des corps, l’instinct des animaux, les développements du feu, les métamorphoses de l’air, les phénomènes de l’électricité, les mécaniques, l’astronomie, la navigation, etc. ; voilà des mines à peine ouvertes, où le génie peut s’enrichir ».

L’auteur fait remonter à un texte qui raconte en gros la fin du monde, le « Dernier Homme » de Jean-Baptiste Cousin de Grainville qui devait être un poème mais l’auteur mourut et ce fut un roman, et il annonçait déjà l’épuisement de la terre.

L’auteur y voit la naissance de « l’épopée scientifique » puis il rappelle Versins et son « Encyclopédie de l’Utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction » pour dire que c’est dans les voyages imaginaires, les contes philosophiques et l’utopie littéraire que tout aussi commença.

« Le troisième fil » dit l’auteur, c’est Edgar Poe qui invente le merveilleux scientifique. Il explique bien comment, venu d’Angleterre ou de France, c’est en Amérique avec la science-fiction écrite et aussi la bande dessinée, voir « Flash Gordon », que la science-fiction n’est plus une bizarrerie qui apparaît ici et là dans les magazines, mais devient un genre avec ses revues.

Le premier chapitre « En Mer » cite l’anthologie de Yves La Prairie « Les plus beaux poèmes sur la mer » mais dit que, ce qui sera mis en exergue ici, c’est la manière dont cette mer pour nous étrangère peut devenir émerveillement ou terreur d’ailleurs, à cause de la surface de l’eau, des tempêtes et de tous ces monstres cachés sous les flots que nous devinons sans les voir. La mer c’est déjà les étoiles.

L’essentiel des textes les plus brillants vient de ce grand oublié qu’est Jean Richepin et de son recueil « La Mer ».

Le deuxième chapitre s’appelle « Outremer » et il choisit en gros la manière dont les pays étrangers encore difficiles à atteindre pour nous, pouvaient représenter quelque chose de merveilleux, des voyages de Marco Polo au Pierre Benoit de « L’Atlantide » ou à « King Kong ».

Là-bas, dans l’exotique imaginaire tout était possible.

Là comme souvent c’est Victor Hugo qui triomphe avec un poème extrait de « Les Rayons et les Ombres » :

« L’intérieur du mont en pagode est sculpté.

Puis vient enfin le jour de la solennité.

On brise la porte murée.

Le peuple accourt poussant des cris tumultueux ;

L’idole alors, fœtus aveugle et monstrueux,

Sort de la montagne éventrée ».

Si je vous avais dit qu’il s’agissait d’un texte de Lovecraft, sans doute m’auriez-vous cru.

Le chapitre trois est consacré aux Résonnances Cosmiques, en gros la poésie de l’espace avant qu’on lui rende visite, celle que chantait dans ses innombrables ouvrages Camille Flammarion qui soulignait qu’il y avait déjà en 1865 une cinquantaine de romans et de nouvelles consacrés au voyage spatial dont l’auteur, c’est son droit, dit avoir volontairement écarté le plus célèbre « Plein Ciel » de Victor Hugo mais l’on retrouvera de vrais oubliés comme Louis Fontanes, Antoine-Léonard Thomas, Pamphile Le May.

Le chapitre quatre est consacré aux Horizons Nouveaux. A l’époque, dixit l’auteur, Marcelin Berthelot, chimiste, dit (nous sommes en 1885), que le monde est désormais sans mystère.

C’est déjà le space opéra, voir le poème de Sébastien-Charles Leconte « Défi lyrique » :

« Qu’importe ! Défiant l’Empyrée en ruines,

La colère lyrique armera nos poitrines,

Et, si même, pour nous peser,

La Destinée apprête en riant ses balances,

Et, dans un grondement fait de mille silences,

Si le Ciel veut nous écraser…

Nous recevrons le Ciel sur le fer de nos lances ».

Puis viennent les Angoisses Modernes, l’envers de la même pièce, la manière dont la Taylorisation et le progrès vont créer une nouvelle forme de misère, celle des ouvriers, celle que chante Fritz Lang avec « Métropolis ».

Avec le Verhaeren des villes tentaculaires justement.

Puis viennent les Fins du Monde, chapitre six, où l’auteur voit, c’est neuf pour moi, une vengeance des humains sur la nature indifférente, aux espoirs et aux malheurs des humains, si bien que l’homme se venge en voulant détruire la terre pour lui prouver qu’elle aussi est mortelle.

Avec « Le Dernier Homme », de Cousin de Granville qu’Auguste Creuzé de Lesser entreprit de mettre en vers, le récit de la fin du monde dans « Le Dernier Homme ».

Le chapitre sept est consacré au Réenchantement du monde, la manière dont en vérité il pourrait y avoir une tierce voix et que peut-être la science et le divin pourraient se retrouver. Il fait bien de citer Robert Silverberg, immense auteur de science fiction épique, capable de ne pas avoir peur de la science et au contraire chanter les au-delà qu’elle pouvait provoquer.

Je fermerai en citant Henri Cazalis, dit Jean Lahor, avec la première strophe du poème « Le Tourbillon » :

« Vois-tu les danses des atomes,

Les tourbillons d’astres au ciel,

Et tous les vivants, ces fantômes,

Roulant dans le cercle éternel ? »

Il y a ensuite une table des auteurs, bien utile, mais j’espère que dans l’édition suivante on nous en dira plus sur certains que j’ignorais, un index des thèmes extraordinairement utile et une bibliographie d’autres livres consacrés à la poésie de l’imaginaire.

C’est donc un livre totalement indispensable et contrairement à ce que dit l’auteur quelque part, ce n’est pas un livre de métro, lire un poème le temps d’un voyage c’est l’idéal mais on risquerait de vous le voler ou de vous l’abîmer et il vaut mieux que ça, mais pour moi un formidable livre à emmener en vacances en lisant un poème par jour, ou deux, et en l’absorbant lentement.

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POETES DE L'IMAGINAIRE. Aux Editions "Terre de Brume"

mercredi 22 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

3ème Partie

La troisième partie de « Poètes de l’Imaginaire » est toute entière consacrée au Fantastique tel que Todorov l’aurait accepté, à un monde réel décrit qui soudain explose et part à la dérive comme Guy de Maupassant en proie à ses visions délirantes et bien sûr l’incontournable maître du glissement du réel vers l’horreur qu’est Algernon Blackwood et forcément, comme l’auteur n’a pas d’œillères, il nous rappelle que plus récemment nous eurent dans le genre Lovecraft, certes, et plus récemment encore Clive Barker.

On commence avec un chapitre sur les frénétiques, les enfants du roman gothique, du « Moine » et du « Château d’Otrante ».

L’auteur a bien raison de remonter jusqu’au XVIIIème siècle : l’époque où sans le savoir Pixie Court faisait du théâtre d’horreur sur les grands boulevards que des illettrés allaient voir en foule.

Les mêmes auteurs encore, décidément, mais aussi Jean Moréas, avec du Charles Cros :

« Au son du funèbre langage,

Ils moururent à mi-voyage.

Et la morte reprit son gage ».

Le chapitre deux est consacré aux Mystiques. Il nous rappelle que Nerval ou Hugo s’intéressaient à l’occultisme et aux tables tournantes, s’en servant pour construire des mondes cohérents comme plus tard Lovecraft.

Il achève avec « Le Rêve de la mort » de Léon Dierx, extrait de « Les lèvres closes » :

« Je reposais dissous dans l’éternel sommeil,

Et je comptais sans fin, ainsi que des secondes,

Les siècles un par un tombés des mornes cieux,

Les siècles morts tombés de l’amas des vieux mondes,

Tombés dans le néant noir et silencieux ».

Puis viennent « Les Romantiques », ceux qui se réunissaient, gilets rouges pour se reconnaître et effrayer le bourgeois chez Nodier. Tous s’inspiraient, venu d’Allemagne, de ce que faisait Hoffmann, la fin du rationnalisme et l’expression du désespoir face à la disparition de la transcendance.

Ca se ferme sur l’admirable poème de Sébastien-Charles Leconte, « Des fleurs pour ma tombe » :

« Elles se flétriront très vite au cimetière :

A travers mes six pieds de terre, mon désir

Aspirera leur vie et leur douleur entière,

Et mes dents grinceront de peine et de plaisir ».

Viennent ensuite les Bucoliques qui sont d’ailleurs nombreux dans la peinture romantique et qui sont des rêveries de citadins qui pensent qu’à la campagne tout est possible.

Belle idée que de citer ici conjointement Seignolle, Lovecraft et le film « The Wicker Man » ou « Délivrance » : tout le cinéma gore sait que lorsqu’on sort des autoroutes puis des petites routes par les chemins à peine entretenus, tout est possible, le pire surtout.

Dans ce chapitre Emile Verhaeren est roi, à l’aise nulle part semble-t-il, puisqu’àprès les villes tentaculaires il oeuvra quelques années sur les campagnes hallucinées et les villages illusoires.

Et puis il y eut les Décadents autour de 1900, pervers plus ou moins sincères, obsédés sexuels mais d’une sexualité forcément outrageante, un peu ce que fera plus tard en photographie et en peinture Pierre Molinier.

Evidemment il y a Baudelaire qui toujours aime à choquer.

En chapitre six viennent les Macabres : ceux qui n’ont plus besoin de monstres mais qui dérivent dans leurs rêves devenus cauchemars, dans leurs états psychotiques, dans leurs dépressions expressionnistes :

Verlaine forcément et les mêmes coupables.

Ma découverte, Emile Nelligan, un poème extrait de ses poésies complètes 1896-1899, « Le Cercueil » qui s’ouvre ainsi :

« Au jour où mon aïeul fut pris de léthargie,

Par mégarde on avait apporté son cercueil ;

Déjà l’étui des morts s’ouvrait pour son accueil,

Quand son âme soudain ralluma la bougie ».

La suite demain.

POETES DE L'IMAGINAIRE. Aux Editions "Terre de Brume"

mardi 21 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

2ème Partie

Le chapitre cinq de « Poètes de l’Imaginaire » est consacré aux esprits de la nature venus du cabinet des fées, de Perrault donc, de Madame D’Aulnois ou de Madame Leprince de Beaumont, et il est bien que l’on cite ici hors de France ce merveilleux poète fantastique sur les esprits de la nature que fut Lord Dunsany à qui Lovecraft, encore une fois, doit beaucoup.

On y retrouvera les coupables habituels mais aussi Georges Rodenbach, le petit frénétique Philothée O’Neddy, les oubliés totals ou totaux, je ne sais pas comment on dit, comme Charles Dovalle ou Louis Bouilhet, François Coppé ou Maurice Rollinat ou Léon Dierx et Théophile Gautier.

J’ai découvert là l’étrange Jean Rameau et ses poèmes fantasques :

« Leurs corps ont pourri là comme une chose impure.

La source s’est tarie. Et, sous les mornes cieux,

On voit à peine un trou verdâtre qui suppure,

Comme un œil de vieillard pleurant, silencieux ».

Puis viennent les fééries chrétiennes bien expliquées au travers de films comme « Le ciel peut attendre » ou « Les ailes du désir » : il y en eut tant à Hollywood.

Les mêmes auteurs encore plus Verhaeren ou Sully Prudhomme, avec un curieux poème d’un inconnu encore pour moi Vincenslas Dupont qui fut publié de manière posthume en 1889 /

« Et puis, en souriant, elle entre dans la tombe.

J’entends murmurer le sable pur de l’onde,

La branche s’agiter au baiser du zéphyr,

A la femme mon cœur demandait un sourire ».


La deuxième partie est consacrée aux Fantaisies et Fantasmagories, ce que l’auteur appelle « La Transfiction ».

Là-aussi l’auteur balaye large en disant que cela regroupe des œuvres qui oublient tout souci de vraisemblance du « Philémon » de Fred au « Alice » de Carroll en passant par « Roger Rabbit ».

Le chapitre un, « Le Crépuscule des Dieux », raconte en gros que la deuxième révolution industrielle donne soudain un coup de vieux aux dieux d’avant et ces poèmes sont des adieux à des divinités auxquelles on ne croit plus.

Ici les mêmes coupables toujours mais aussi Ephraïm Mikhaël, il y a Charles Cros avec un texte extrait de son tout entier merveilleux « Le Collier de Griffes », Léon Dierx.

Le chapitre deux donne la parole aux « Allégories, fables et paraboles » et là l’auteur, finement, nous dit que l’allégorie a toujours été là, voir « Le Roman de la Rose », mais que malgré l’arrivée de l’âge industriel son principe métaphorique persiste, voir « La Peau de Chagrin » d’Honoré de Balzac, et plus tard Julien Gracq même coupable toujours.

Puis viennent « Les allégories intimes » dans le chapitre trois, les précédentes parlaient de la condition de l’homme, ici on parlera de destins individuels à la manière du « Grand Meaulnes » ou du « Portrait de Dorian Gray ».

Et l’on retrouve Théodore de Banville et les mêmes toujours qui décidément ont souvent emprunté la route jaune de Dorothée, loin du Kansas.

Puis viennent « Les Paysages Intérieurs », on n’est même plus dans l’individuel, on est dans le moment fugace d’un état d’âme de l’individu.

Avec les mêmes toujours bien sûr mais aussi Armand Silvestre.

Le chapitre cinq est consacré aux désirs fous, aux rêveries chimériques, avec les mêmes dont beaucoup de Baudelaire mais aussi des oubliés toujours comme Jean Lahor ou Joseph Lenoir.

Le chapitre six est consacré aux visions et forcément mis sous l’égide de Rimbaud : « je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant » et comme il est agréable de voir citer dans le genre Philippe K. Dick à côté des « Champs de Maldoror ».

Puis vient le chapitre sept sur l’Etrange avec ce qu’on peut appeler des visions décalées d’une réalité qui soudain nous perturbe et devient horreur. Ici l’auteur rapproche les diaboliques de Barbey d’Aurevilly et David Lynch.

Le chapitre huit est consacré au Grotesque, celui de Bosch ou de Goya en peinture, celui de « L’Homme qui rit » de Victor Hugo ou de « Festin Nu » de William Burroughs en littérature et n’oublie pas Tim Burton.

Les mêmes coupables encore dont Jean Rameau et surtout le poète humoriste noir Xavier Forneret :

« Quand il n’était pas grand, on lui avait dit :

Si tu as faim, mange une de tes mains ».

La suite demain.

POETES DE L'IMAGINAIRE. Aux Editions "Terre de Brume"

lundi 20 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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1ère Partie

« Poètes de l’Imaginaire – Fantastique, fantasy, science-fiction », anthologie proposée par Sylvain Fontaine, est le livre que j’ai toujours attendu parce que pour moi, les conquérants de José Maria de Heredia c’est de l’héroic fantasy, parce que certains poèmes de Clark Ashton Smith me font plus peur que certaines histoires de Lovecraft, parce que Endymion et Hypérion sont, avant d’être des livres de Dan Simmons pour moi et définitivement, des poèmes de Keats. Et n’oublions pas Edgar Poe.

La plupart des noms que j’évoque ici sont absents de cette merveilleuse anthologie qui fait près de sept cent pages car l’auteur a choisi le domaine français.

C’est bien suffisant.

Quand j’étais adolescent et que je lisais certains poèmes de Hugo, pour moi cela se reliait très directement à ce qu’il y avait dans les romans du « Rayon fantastique ».

Et voilà le livre existe et il est magnifique.

Sous une préface de Michel Viegnes, professeur de littérature française du XIXème et XXème siècle à l’université de Fribourg qui évacue assez bien les problèmes, la manière dont le structuralisme et Todorov en particulier ont banni le poème hors du chemin du fantastique pour la raison valable d’ailleurs qu’il faut un point de départ réaliste pour aller ensuite vers le fantastique.

Mais alors c’est presque toute la science fiction que l’on pourrait remettre en question aujourd’hui et surtout la fantasy qui commence souvent dans l’irréel le plus absolu pour continuer et qui n’essaye pas souvent de nous donner de base quotidienne.

Sylvain Fontaine raconte comment l’idée de l’anthologie lui est venue et il dit qu’il y a trop peu d’auteurs hors de France et trop peu de femmes, ce qui me fait penser aux poétesses pré-raphaélites comme Christina Rossetti qui est définitivement une des premières prêtresses de la fantasy mais on se contentera de ce qu’on a et on a déjà beaucoup.

Le choix a été fait par genre, ce qui n’est pas idiot.

En préface on rappelle qu’avant le déclencheur, pour la plupart d’entre vous, Tolkien, il y eut quand même entre autres Wagner et sa tétralogie fantastique, les utopistes et les Charles Perrault, et je retrouve ce que j’ai découvert jeune en lisant les livres scolaires de Castex et Surrer qui m’amenèrent à la poésie fantastique. Je ne savais pas à l’époque que Castex était l’auteur d’un livre mémorable chez José Corti sur « Le conte fantastique de Nodier à Maupassant ». Ils sont bien tous là ceux que j’ai traqués alors, les Nodier, les Balzac (qui fut frénétique avant de devenir réaliste), les Dumas, les Théodore de Banville, les parnassiens et les symbolistes comme Schwob et Lorrain que je mettrais plutôt dans les décadents, c’est histoire de goût.

Evidemment on retrouve Heredia mais aussi Albert Samain et Henri de Régnier qui raconte des fresques barbares.

Mais aussi des auteurs moins connus comme Sébastien-Charles Leconte, Milosz ou René Vivien.

Chapitre 1 : on est là dans le geste héroïque qui va de L’Illiade à Robert Howard (ah ! ça me fait penser aux poèmes de Howard justement). Ca s’appelle « Les héros, la guerre, la mort ».

Le chapitre deux est consacré à « Les terres sauvages d’Hellas ». Il constate la manière dont reviennent toujours, en eux-mêmes ou inconsciemment parodiés, les héros de la mythologie grecque.

On y trouvera les mêmes coupables que précédemment plus Victor de Laprade, Victor Hugo et Jean Lorrain souvent, et Louis Bouilhet qui a des accents qui rappellent Heredia :

« Un souffle impétueux entraînait le navire ;

Il allait, il allait aux magiques îlots,

Comme va la colombe au serpent qui l’attire.

Et les mâts s’inclinaient, et la rame en délire

D’elle-même frappait les flots ».

Puis viennent en chapitre trois « Les Poèmes Apocryphes » qui, comme les écrits apocryphes, ces textes antiques qui furent rejetés du canon biblique, sont l’œuvre en proses ou en poèmes d’une bible prolongée, voir « Le Paradis Perdu » de Milton.

Et j’avais oublié que Gérard de Nerval fit « Le Christ aux Oliviers », je n’avais pas lu les contes épiques de Catulle Mendès et j’avais oublié Albert Samain et forcément autour de la tristesse du diable il y a Leconte de Lisle.

Et on finit, mais c’est dédié à Villiers de l’Isle Adam, par un étrange poème de Verlaine où le Christ croise de bons démons et des satans adolescents.

Puis viennent en chapitre quatre « Les Epopées Gothiques », héritières entre autres de La Table Ronde avec le conte de Lisle forcément beaucoup mais aussi des oubliés comme Louise Ackermann ou Catulle Mendès ou Sébastien Charles Leconte, mais aussi Baudelaire, Heredia et Hugo.

La suite demain.