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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Dieu est mort - Le notaire a ouvert ses testaments - 4ème Partie

vendredi 8 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Robert Crumb est un résistant français, pardon ma langue a fourché, un américain venu habiter dans le sud de la France, et peut-être naturalisé français, qui s’est isolé dans le sud pour résister à l’Amérique telle qu’il l’a vue changer, et même à la partie mondaine de la France, Paris et autres grandes villes, où apparemment il ne se rend qu’en apnée.

Je ne vais pas vous raconter sa carrière, vous la connaissez sûrement, mais disons que de sa génération, il est un survivant à de nombreux points de vue : survivant physique, parce qu’il a peut-être moins expérimenté que d’autres ou alors pas du tout, dans cette époque lysergique où l’on disait que tout ce qui pouvait transformer la conscience ne faisait pas de mal – et on l’a cru.

Nombre de ses frères de combat sont morts depuis, que ce soit dans de bêtes accidents de moto ou de voiture, ou simplement d’abus de drogue ou de foie qui lâche, et je pense, même si ce n’était pas la même mouvance, à  Vaughn Bode, au sommet de son talent, qui succomba stupidement à une pendaison à but érotique.

Lui il est toujours là, il est donc un survivant, mais il est aussi beaucoup mieux, quelqu’un qui n’a jamais cessé d’évoluer. Depuis ses premiers croquis éblouissants, mais à l’encrage un peu besogneux qui avaient leur charme, en passant par l’explosion de la grande période hippie, où il aura la chance très vite de réussir à s’isoler.

Marrant de le comparer avec Kris Kristofferson, fils de bonne famille qui avait fait Yale et était destiné à de hautes fonctions, et qui partit d’abord chez les hippies : il écrivit pour Janis Joplin « Me and Bobby Mc Gee » et Crumb, lui, fit une pochette pour Janis Joplin.

Kris Kristofferson voyant que tout le monde se détruisait autour de lui, partit faire du country, et Crumb, lui, n’aimant pas le rock (il préférait le jazz), lui aussi s’éloigna : en fait, tous les deux ont eu de la chance, ils n’étaient plus là quand le rêve hippie tourna au cauchemar mansonien.

Survivant, il l’est aussi, puisqu’il a pu cohabiter avec des catastrophes comme le film
« Fritz The Cat » de Ralph Bakshi et même s’il a continué d’œuvrer, régulièrement, tout le monde soudain l’a redécouvert grâce au documentaire qui lui était consacré, à lui et à sa famille. Cela l’a rendu paradoxalement public, lui qui voulait se cacher.

Comme la tortue, il n’a pas eu peur des projecteurs : il s’est simplement refermé dans sa carapace.

Et puis ils sont deux dessinateurs seulement à toujours me surprendre, deux et pas trois, hélas. Il y a Moebius et il y a lui.

Je pense quant à lui, à certains portfolios « déjeuners de soleil » avec ces femmes magnifiques aux corps disproportionnés, dans de superbes paysages panthéistes, je pense à son auto-dénigration extraordinairement narcissique et rigolote qui vaut bien celle de Woody Allen, et par exemple au dernier numéro de « Zap Comics » où l’on voit sa version des faits sur la séparation du groupe fondateur de ce magazine qui ne l’était pas moins : il ne voulait pas participer à ce numéro de « Zap ». Il dessine le comment et le pourquoi et les autres racontent leur version des faits.

C’est « Rashomon ». Ce mince magazine, avec ses contradictions, ses non-dits, ses mensonges, ses incompréhensions, est un des chefs-d’œuvre absolus de toute l’histoire de la bande dessinée. Maintenant il a vieilli, comme nous tous, et il est à un de ces moments où l’on réfléchit forcément, sachant que le compteur tourne. Peut-être dans l’espoir vain de se rendre dans un paradis auquel il ne croit pas – je suis comme lui - il a décidé de s’attaquer à un monument religieux que d’autres illustrateurs avant ont choisi et qui quelque part, qu’on le veuille ou non, nous a tous un peu formés ou déformés.

« La Genèse » est dédié à sa femme, ce qui me semble tout à fait biblique.

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La suite lundi.

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Dieu est mort - Le notaire a ouvert ses testaments - 3ème Partie

jeudi 7 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

A noter d’ailleurs que Yeats est sévère car lui qui aimait Blake, n’hésita pas à fustiger certains ouvrages que celui-ci illustra, parce que c’était de simples commandes ou parce que le sujet ne lui convenait pas.

J’ai tout Blake et je dirais qu’à bien y regarder, 40% à 50% de sa production, qui est énorme, a perdue une grande partie de son intérêt, surtout dans ses premières œuvres et parfois dans certains ouvrages de circonstances tardifs.

Mais l’ensemble, est peut-être ce que l’Occident a fait de plus beau en art religieux depuis le Moyen Age, même si, un peu fou, il montait sur une échelle pour parler avec les anges et tutoyait Dieu, l’invectivant quand il n’était pas d’accord.

Sa vision de l’église, église intérieure, Yeats la rappelle avec deux citations :

« Je ne connais pas d’autre Christianisme, ni d’autre évangile, que la liberté, pour le corps et l’esprit, d’exercer les arts divins de l’imagination, le monde réel et éternel dont cet univers végétal n’est qu’une ombre pâle, où nous vivrons avec nos corps éternels ou imaginatifs quand ces corps végétaux mortels ne seront plus »

« Et souvenez-vous que celui qui méprise et tourne en dérision le don intellectuel d’un autre, l’appelant orgueil, égoïsme et péché, tourne en dérision Jésus, qui donne tous les dons intellectuels qui paraissent toujours des péchés aux hypocrites amants d’ignorance. Mais ce qui est un Péché aux yeux de l’Homme cruel ne l’est pas aux yeux de notre bon Dieu. Que chaque Chrétien, pour autant qu’il est en lui, s’engage ouvertement, publiquement devant le Monde dans une œuvre Intellectuelle pour l’Edification de Jérusalem ».

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Evidemment, je ne vais pas continuer avec le livre de Yeats, sinon vous ne l’achèterez pas et je pense que La Délirante a besoin de votre argent pour continuer à faire son travail épatant, mais simplement sachez que ce mince ouvrage contient tellement de merveilles, qu’on peut le relire d’innombrables fois. Excellent rapport qualité / prix.

A demain donc, pour parler vraiment de « La Genèse » et de « La Bible ».

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Dieu est mort - Le notaire a ouvert ses testaments - 2ème Partie

mercredi 6 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Wolverton comme Kurtzman, fut un des pères fondateurs de l’underground et donc de ce que, après un long combat, on admire aujourd’hui chez Robert Crumb.

Et le petit ouvrage de Yeats, les idées de Yeats, j’ai soudain eu envie de les employer pour comparer ces deux livres qui sont en quelque sorte un voyage dans, suivant le point de vue que l’auteur adopte, la mythologie ou la religion de l’Occident.

Puisque nous sommes trois ou quatre groupuscules à nous entretuer, depuis toujours, autour d’une partie de ces écrits magiques : tous les monothéismes catholiques, protestants, orthodoxes, mahométans et juifs, en gros à peu près d’accord sur tout, jusqu’à Abraham.

Je reviens une seconde sur le livre de Yeats pour vous dire qu’il a bien d’autres usages, sa théorie de l’art peut s’appliquer à l’art contemporain car il nous somme de choisir entre le naturalisme et la simple représentation, les tableaux qui sont avant tout discours et non peinture, et, pour lui, la seule forme d’art possible : un art quasi médiumnique qui nous ouvre la porte d’un au-delà intellectuel ou spirituel. C’est donc un livre d’actualité, à un moment où l’art a un peu perdu ses marques ne faisant que refléter un monde désemparé.

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Demain donc, je reviendrai sur tout cela en détails ou plutôt sur les deux ouvrages précités qui sont aussi deux objets qui bizarrement se ressemblent, ce qui donne définitivement envie de les traiter en parallèle.

La suite demain.

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Dieu est mort - Le notaire a ouvert ses testaments - 1ère Partie

mardi 5 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je me répète, je rabâche, je sais.

Je suis comme ce vieux professeur qui vous a assommé, enfant, mais que vous regretterez un jour car de toutes ses répétitions vous aurez retenu quelque chose : il faut dé-cloi-son-ner, il faut que vous alliez vers d’autres domaines que ceux qui vous intéressent pour comprendre mieux ce que vous aimez.

Le plus bel exemple est récent : il faut aimer la poésie, anglaise de surcroît, la bande dessinée dite underground et les graphismes excentriques, aux limites de la folie.

Pour commencer, j’ai acheté il y a quelques mois un ouvrage aux éditions La Délirante qui s’appelait « William Blake et ses illustrations pour la Divine Comédie ».

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Il faut souligner d’ailleurs que ledit ouvrage est superbement traduit par Martine de Rougemont qui a sans doute quelque chose à voir avec d’autres de Rougemont auxquels je voue la plus grande admiration, et que de surcroît l’éditeur a merveilleusement fait son travail car les aquarelles de Blake sont imprimées sur papier mat qui boit bien la couleur, retrouvant ainsi la magie des aquarelles de Blake souvent mal reproduites, surtout sur papier glacé.

Dans cet ouvrage définitivement fondamental, il compare tous les illustrateurs de Dante y compris certains extrêmement obscurs, ce qui donne à penser qu’il était un peu compilateur car si il parle de Botticelli, il va aussi vers d’autres, beaucoup moins connus, comme Geneli ou Schuller dont je confirme à Yeats par delà la tombe, qu’il était bien allemand.

Il parle de Flaxman, que j’aime beaucoup, mais qui effectivement n’a pas senti Dante et même de Stürler et d’un certain Giulio Clovio qu’il me donne très envie de découvrir à mon tour. Mais il parle surtout de Blake et de Gustave Doré.

En fait, en attaque et pour faire court, il dit que Dante était moins intéressé dans La Divine Comédie par le Divin que par son prolongement séculier et par les pompes de l’église romaine.

Ce qu’il aimait, ce n’était pas Dieu, mais l’apparat du clergé.

Et c’est cela même qui a fasciné Gustave Doré qui rend bien au travers de ces cercles ordonnés, avec ces lumières parfaites et de tous ces détails soigneusement ombrés et mis en lumière via les supplices, longuement énumérés et longuement décrits : magnifique nomenclature visuelle de toutes les inventions qui peuvent procurer de la douleur et du malheur aux damnés et qui tiennent, pour certaines, des brillantes inventions sadiques et la très sainte Inquisition.

Et curieusement, bien davantage que les torturés, c’est l’architecture, les lumières et l’ensemble que l’on regarde, un peu comme l’on regarderait Saint-Pierre de Rome éclairant savamment les statues du Bernin et tous ces immeubles alentours, magnifiques, qui abritent depuis toujours les proches du Pontife ou l’enfer de la bibliothèque vaticane.

Yeats étant Yeats, il préfère Blake et ses illustrations transcendantales car Blake croit aux enfers et au paradis et va au-delà des visions de Dante : au cœur de la religion, d’une religion sans Dieu nommé, mais qui contient cependant quelque chose de divin, qu’il sent confusément.

Hors, donc voici que sortent en même temps, comme par hasard (je ne vais pas vous parler encore de synchronicité), deux ouvrages parfaitement complémentaires : « La Genèse » de Robert Crumb qui sort en France chez Denoel Graphic et qui est d’ores et déjà un beau succès de librairie, et en Amérique, chez Fantagraphics, « The Wolverton Bible » (« La Bible de Wolverton »), livre illustré par ce dessinateur de bandes dessinées fou : chez moi, ceci est un compliment. Pour les moins informés d’entre vous, je dirais qu’il est aux sources de l’underground et quelque part de Crumb.

Il eut une très étrange carrière dans des journaux parodiques divers, de « Mad » à
« Plop », et il fit des bandes dessinées de science fiction sidérantes qui font penser aux films soviétiques d’anticipation des années 50 dans leur lourdeur granitique. Mais il fut aussi l’un des dessinateurs les plus connus de son temps puisqu’il gagna par exemple le concours de la femme la plus laide du monde organisé par Al Capp, autour de son « Li’l Abner » qui était la bande dessinée la plus célèbre à ce moment là. Les jurés étaient Boris Karloff, Frank Sinatra et Salvador Dali.

Sur le reste de sa carrière, je reviendrai demain.

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L'Image mystère 3

lundi 4 janvier 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Oui, Romuald avait raison, c’était bien une peinture de Néo Rauch que j’avais mis en troisième image mystère.

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La préface de Markus Brüderlin du formidable livre – il y en a d’autres – « Néo Rauch – Neue Rollen » qui regroupe ses peintures de 1996 à 2006, à propos d’une exposition qui a eu lieu au Kunst Museum Wolfburg, à Cologne, fait bien le point sur cet artiste singulier qui retrouve un peu de l’esprit des grandes bandes dessinées excentriques du début du siècle publiées par Hearst essentiellement et de Fenninger, entre autres : un dessin « réaliste » déformé par la logique du rêve, ce que Néo Rauch appelle des « ballastes figuratifs » destinés à nous faire rebondir.

Le préfacier revient à George Baselitz et à Gerhard Richter qui venaient de l’Allemagne de l’Est où le réalisme socialiste avait été banni soudainement et qui retrouvèrent en Allemagne de l’Ouest un art conceptuel qui était forcément l’ennemi de ceux qui voulaient de la peinture qui ouvre des portes vers un ailleurs figuratif.

Elève de Heisig jusqu’en 1990, Néo Rauch était fasciné par ce qu’on avait appelé la première école de Leipzig qui regroupait donc Werner Tübke, Wolfgang Mattheuer et Bernhard Heisig, qui faisaient de l’art figuratif derrière le rideau de fer, malgré les lourdes contraintes de la censure de l’art officiel. Et qui, comme le dit Néo Rauch, racontaient des histoires.

On rejoint donc un peu la figuration narrative qui, à un moment, fit le pont avec la bande dessinée, celle de Erro, de Monory et des autres.

Et l’auteur rappelle un article que je n’ai pas lu dans le New York Times de Roberta Smith, intitulé justement « L’homme qui venait du froid » (« The man who came in from the Cold »), puisqu’il commença dans cette Allemagne de l’Est riche en mythologies négatives.

Il fait des peintures qui sont aussi quelque part des collages, de toute cette mythologie collective qu’est devenu notre monde global et surtout il nous embarque chaque fois, quelque soit le sujet et quelque soit l’intention, qui parfois est explicite et parfois même assez matérialiste : voir sa réaction au tsunami, au-delà des portes du sommeil comme l’aurait dit Lovecraft.

Il est définitivement un des peintres les plus importants d’aujourd’hui et on reviendra sur lui un de ces jours, et même si il cite parmi ses influences Hergé ou Jacobs, la vérité est qu’il a repris en quelque sorte, là où George Hoffmann, encensé à la fin du XIXème siècle par Delacroix et qui continua à faire de la peinture fantasmagorique et romantique au XXème siècle, s’arrêta : une peinture figurative presque classique où certains détails cependant, dans les proportions ou les décors, ou quelques objets traités hâtivement et d’autres en détails, nous ramènent immédiatement à la logique du rêve.

Et il ne serait pas mal maintenant que la France se réveille et découvre Néo Rauch.

En attendant, vous pouvez le faire en allant acheter ces livres à la librairie « Un Regard Moderne ».

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Deep Depp - 2ème partie

jeudi 31 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

David Spandau est formidable (c’est lui le détective qui se prend pour un cow-boy), Bobby Creeve, la vedette, a quelque chose des angoisses que doit avoir son demi-frère Johnny Depp, mais quelque chose aussi de River Phoenix, entre autres.

Les gens que j’ai croisés et que je croise parfois encore à Hollywood sont souvent comme ça.

Et stars et inconnus croient tous faire partie d’Hollywood : ceux qui en vivent vraiment et ceux qui, vivant dans la rue, se voient un jour prochain tout en haut de l’affiche : la dernière fois, je suis tombé sur plein de taxis russes qui avaient tous un scénario dans leur boîte à gants : le même, l’arrivée d’un russe à Hollywood chauffeur de taxi qui deviendra star.

Dans cette ville de fous, Spandau retrouvera forcément son chemin grâce à sa morale, celle des  personnages de Chandler et de Hammett, une morale simple car dans la star qui a des ennuis, il voit au-delà des apparences ce gamin paumé qui demain sera peut-être super star mais après-demain rejeté aux orties.

Je ne vous raconterai pas l’histoire mais j’ai aimé la galerie des personnages principaux, presque tous bizarres au départ et s’avérant beaucoup plus dingo ou faussement dingo, manipulateurs : ils sont touchants y compris les plus mauvais.

Et dans ce livre j’aime tout, les tueurs, les salopes de studios, les mafieux minables, les gros bandits, les héros et forcément le détective dont j’attends maintenant la prochaine aventure.

Et puis, il y a cet acteur anglais ennobli par la reine qui me fait penser à tous ces lords anglais qui se commirent à Hollywood, depuis Sir Laurence Olivier et Sir Alec Guinness en partant désormais par Sir Ben Kingsley, tous ces acteurs qui viennent prendre de l’argent et qui regardent Hollywood avec snobisme mais qui en même temps y laissent des plumes, sombrant parfois dans l’alcoolisme par mépris d’eux-mêmes.

Ce livre est en odorama, ça sent la sueur des centres de remise en forme, des Spa pour chiens, des annabolisants, de la drogue mal coupée qui sort par les pores de la peau, parfois heureusement le savon frais d’une jeune femme qui vient de se laver et qui ressemble à une maîtresse d’école.

Daniel Depp, miracle, avec du vieux fait du neuf.

C’est paru aux Presses de la Cité dans la Collection Sang d’Encre, c’est une formidable surprise.

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Deep Depp - 1ère partie

mercredi 30 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Au jeu des 7 familles, dans la famille Johnny Depp, je prends le demi-frère, Daniel Depp.

J’ai testé sur mon épouse, la photo au dos, en lui demandant de quel acteur célèbre cet homme pouvait-il être le frère : elle m’a répondu John Malkovich. Ca se tenait.

Mais en fait c’est bien le demi-frère de Johnny Depp avec qui il travaille parfois comme producteur ou comme scénariste.

C’est la tendance en ce moment à Hollywood pour quelques auteurs qui ont quelque chose à dire et n’en peuvent plus d’être rabotés par le système hollywoodien et ne voulant pas comme les générations précédentes, se retrouver un jour, devenus médiocres, un verre à la main, contemplant la piscine gigantesque où l’eau tiède clapote, en se demandant comment ils en sont arrivés là.

Parmi ces écrivains de talent, je vous ai déjà dit que certains choisissaient les séries télé. Lui choisit, comme Richard Price qui est revenu au roman même si depuis il est passé à la série télé, le roman donc, et peut ainsi, légèreté du roman qui n’a pas le problème de budget par rapport au cinéma et interlocuteurs moins multiples, aller au bout de ses idées.

Il dit qu’il passe désormais son temps entre les Etats-Unis et la France et je le vois bien aller de l’un (les Etats-Unis) où il doit travailler avec des gens qu’il connait, à la France où personne ne le connait et où il est tranquille pour réfléchir.

Son livre s’appelle « Les Losers d’Hollywood », en anglais « Loser’s town », qui me paraît être un bien meilleur titre et j’adore les deux citations qu’il met en exergue qui résument bien l’ouvrage :

« Je suis venu à Los Angeles dans les années trente, pendant la grande crise, parce qu’on y trouvait encore du boulot. L.A est une ville de losers, et ce, depuis toujours. On peut réussir ici même quand on n’est capable de rien ailleurs ». (Robert Mitchum)

« Se comporter dans la vie en se prenant pour un cow-boy ne pose guère de problèmes, jusqu’au jour où on rencontre quelqu’un qui se prend pour un indien ». (Kinky Friedman)

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Par contre la note de l’auteur :

« « Ils » ne sont pas ces « ils »-là.
« Elle » ou « lui » n’est pas « vous ».
Toute ressemblance dans ce récit avec des personnes existant ou ayant existé serait purement fortuite et l’auteur n’y verrait qu’un témoignage de son génie
».

me semble totalement mensongère mais très maligne, car moi qui ai fréquenté le Los Angeles des années 70 et 80, et recroisé là-bas la bande du « National Lampoon » pas encore célèbre à l’époque où ils faisaient de la radio à New York et où certains traduisirent « Heavy Metal »  en même temps qu’ils faisaient le « National Lampoon ».
Il y avait John Bellushi, Dan Ackroyd et quand je vais au Château Marmont, j’aime bien prendre le bungalow numéro 2 ou numéro 3, je ne sais plus, où il est mort, qui est encore plein, curieusement, de bonnes vibrations.

Daniel Depp en parle, d’ailleurs avec humour, car il est vrai que cet endroit très vivant est devenu un cimetière merveilleux.

De ce monde là, des mystères qui entourèrent ces années là et les suivantes : à l’époque, De Niro habitait à l’année au Château Marmont, on croisait River Phoenix au Viper Room mais avant la fameuse boîte qui avait une minuscule boîte ultra privée qui s’appelait « Up on the Rox », nous étions quelques-uns grâce au producteur de « The Mamas and the Papas », Lou Adler, son propriétaire, à en avoir la clef. Si le club était bondé avec une queue infinie qui attendait patiemment son tour devant, il fallait avoir sa clé pour aller au-dessus.

Je me souviens d’un soir où j’y suis allé.

Nous étions trois, tout seuls, à une table au bout Warren Betty, à une autre Barbra Streisand, et la troisième, moi : je suis redescendu parmi les gens.

Et je peux vous dire qu’il y a plein d’info véritables au travers de ces pages sur cette époque et sur, entre autres, les financiers très particuliers qui furent aux sources de quelques-uns des plus grands  films des années 70/80 justement.

Le livre, je l’ai commencé avec beaucoup de réserve  car les histoires de détectives privés « à la Chandler », j’ai l’impression d’en avoir déjà lues beaucoup, d’autant que tout a été dit par Altman dans « The Long Goodbye », avec l’immense scénariste qu’était Leigh Brackett qui était aux origines puisqu’il avait collaboré avec Howard Hawks depuis le début et avec le couple Lauren Bacall et continue jusqu’à  « Rio
Lobo » en gros.

Et dans ce film de Altman, elle avait immergé le détective classique dans le Hollywood dégénéré d’hier qui annonçait déjà le Hollywood plus dégénéré encore d’aujourd’hui mais moins rigolo.

C’est un peu ce que fait Depp à sa manière, son héros a des valeurs mais autour de lui on ne sait plus ce que ça veut dire.

Et puis je me suis fait attraper et j’ai passé une formidable nuit, blanche, ce qui au bout du compte est le but d’un livre noir.

La suite demain.

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Dean Koontz a un fils - 2ème Partie

mardi 29 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Au début de l’histoire donc, les parents de Jack Spark décident, vu ses notes, de l’envoyer en vacances dans un établissement spécialisé dans le cancre.

Lui souhaitait rejoindre son grand-père, la seule personne qui le comprenne, la seule personne sans doute qu’il comprenne également. C’est raté.

En chemin, il va rencontrer d’autres gens de son âge, plus ou moins sympas, plus ou moins réglos, avec qui il aura des mots : eux-aussi se rendent au même endroit : cette terrible « colonie de vacances » ou plutôt ce « camp de rattrapage », mais ce n’est que le début de l’histoire…

Il va découvrir ensuite que tout ce dont on peut avoir peur quand on est enfant, et même plus tard, existe vraiment, que toutes les terreurs enfantines ont une base vraie, beaucoup plus terrible que racontent les contes.

C’est mené à un rythme trépidant et ça enterre par exemple quelques séries américaines récentes pour ados que j’avais trouvées honnêtes, comme « True
Blood », qui tout d’un coup paraissent convenues.

Je ne peux vous en dire plus, ce serait tout gâcher.

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