Le blog de Dionnet

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APRES SUPER DUPONT: D'AUTRES SUPER HEROS TRICOLORES

J’ai arrêté de lire un peu dégoûté « Nous les Maîtres du Monde » de Nicolas Jaillet aux éditions Après la Lune dans la collection Thriller car il s’agit d’un écrivain français qui essaye de renouveler le thème du super héros.
J’ai arrêté en route pour ne pas être influencé puisque je suis moi-même sur ma série de super héros à la française « Des Dieux et des Hommes » mais le début est vachement bien.
Tout comme d’ailleurs en bande dessinée l’excellente série « La Brigade Chimérique » de Serge Lehman, Fabrice Colin et Gess qui est de mieux en mieux et j’essaye de ne pas être jaloux.
En fait je ne le suis pas car leurs super héros de début du siècle nés de la mythologie populaire n’ont rien à voir avec les miens mais la synchronicité est une chose curieuse.
Pourquoi les français se mettent-ils à faire du super héros maintenant? presque tous en même temps car je sais qu’il y en aura d’autres. Mystère.
Ladite « Brigade Chimérique » d’ailleurs avec son Dr Mabuse et sa Marie Curie vient d’ailleurs de s’achever en beauté avec un super épilogue, c’est aux éditions de l’Atalante et il faut que vous vous jetiez dessus.
C’est un des meilleurs comic books de ces dernières années, un des deux ou trois, et pour une fois il est français.
La manière dont ils ont brassé l’histoire de l’Europe jusqu’à la seconde guerre mondiale et ses horreurs en incluant toute la mythologie populaire française mais pas seulement, est pour moi une totale réussite.
De plus, Gess, dessinateur que j’aimais bien jusqu’à présent, a fait des progrès considérables et son dessin est tout à fait passionnant.
POUR ETRE DANS LA LUNE

C’est il y a deux ans, à Saint Malo, au Festival Etonnants Voyageurs, que je me suis aperçu, peut-être parce que je connais mieux l’autre domaine, qu’il y avait plus de renouveau ces temps-ci dans ce qu’on appelle « le livre pour enfants » que dans la bande dessinée :
de nouveaux talents (ou alors nouveaux pour moi) et des images magnifiques.
C’est le cas de « Poèmes à la lune » d’un illustrateur que j’ignorais, Gianni de Conno, italien et apparemment très connu là-bas.
Une succession d’images dédiée à l’astre des nuits.
La lune, le visage féminin, de lourds chevaux, arcades sous la lune, une promenade avec des croissants de lune, une espèce de Napoléon qui regarde la lune, une femme lune et une sorcière (pour moi) sous la lune, une femme et un loup sous la lune et deux femmes partageant le même masque lune et les baleines qui volent autour de la lune.
Je ne vous citerai pas tout.
Ce qui est très malin par ailleurs, c’est que ce livre pour enfants qui est évidemment pour adultes est illustré de poèmes dédiés à la lune de Pierre Reverdy à Lorca, de Soupault à William Carlos Williams en passant par Pessoa.
C’est Yves di Manno (que je n’ai pas vu depuis bien longtemps) qui a choisi les poèmes et évidemment le choix du directeur de la collection Poésie chez Flammarion est impeccable mais je ne vous en citerai qu’un, le plus court :
« Mais, même plus de rimes à Lune…
Ah ! quelle regrettable lacune ! »
L’auteur est évidemment le très lunaire Jules Laforgue et l’éditeur Casterman.
GAHAN WILSON: LE PRINCE DU GLUANT
Magnifique cadeau pour les fêtes, Fantagraphics Books vient de sortir un coffret superbe en trois volumes consacré à Gahan Wilson « Fifty Years of Playboy Cartoons ». 
Il n’existait pour l’instant sur cette période de son œuvre qu’un petit volume devenu rare et là on a tout.
Comme il s’agit de dessins de « Playboy », il y a une préface de Hugh Hefner.
Comme il le dit, lui qui aimait tant les illustrateurs et les dessinateurs de bandes dessinées, voir sa longue collaboration avec Jack Cole jusqu’à son suicide, ou avec Harvey Kurtzman, il cherchait un prince du macabre comme Chas Addams, l’auteur de « La Famille Addams ».
Curieux de voir que nous avons eu en France nous aussi notre période de dessinateurs humoristiques à l’humour macabre, que ce soit Bosc ou Chaval et le grand Topor mais que l’écurie ne s’est pas renouvelée.
L’humour dans les quotidiens désormais en France et dans les hebdos (quand ils daignent donner une place au dessin) est généralement politique et de bon aloi.
Gahan Wilson, on l’a retrouvé plus tard dans le « New Yorker », à un moment il fut dans le « National Lampoon » mais sa plus longue collaboration fut avec « Playboy » puisqu’il commença à faire ses somptueux dessins en couleurs pleine page en décembre 1957 et cela fait cinquante ans que cela dure.

Son dessin très particulier n’a rien à voir avec celui de Charles Addams ni avec celui de Gorey non plus.
Il est plus rond, plus « joli », délicatement aquarellé, mais les histoires sont des horreurs.
Il y a la femme qui balaye son ombre, il y a les abominables hommes des neiges qui regardent ce qu’ils appellent « l’abominable alpiniste », le loup-garou qui va chez le barbier au moment de la pleine lune, et tout ça dans le tome 1.
Dans le tome 2, il y a une préface de Neil Gaiman qui dit que contrairement à tout ce que les gens disaient : qu’ils lisaient « Playboy » pour les textes, dûs aux plus grands écrivains du temps et pas pour les images, lui c’était pour les images mais pas celles auxquelles vous pensez, c’était pour Gahan Wilson. Il finit d’ailleurs par travailler avec lui à l’initiative de Art Spiegelman et de Françoise Mouly pour le livre « Little Lit » qui devint plus tard un dessin animé.
Et il souligne que cette édition est la première, complète, sachant que jusqu’à présent le petit livre rare dont je vous ai parlé, je ne sais plus s’il y en a eu un ou deux, reproduisait certains dessins couleurs en noir et blanc. Or, la douceur des couleurs de Gahan Wilson augmente l’horreur desdits dessins.

Il y a les radiologues qui s’aperçoivent que leur client est possédé par des démons, au sens propre, qui habitent son œsophage, des malédictions « à la Toutankhamon », le serial killer qui téléphone à sa femme avec devant lui tous ses instruments de torture et sa malle sanglante pour lui dire qu’il ne pourra pas rentrer à temps pour dîner, le bébé qui arrive au ciel deux ans avant sa naissance présumée, laissant la mort interloquée, le squelette qui se réveille à côté de sa femme, qui a les yeux exhorbités, en disant qu’il a fait un mauvais rêve, tout ça c’est pour le tome 2.
Le tome 3 s’ouvre sur, entre autres, un gentleman en train de se pendre et qui demande à son valet de l’aider, et la farandole continue avec l’enfant bardé de jeux vidéo à qui son père explique que ce qu’il tient à la main est un livre, le couple bien comme il faut avec la femme qui lit et le mari qui lui dit qu’il faudrait sortir sa belle-mère du freezer car elle prend toute la place et il y a en complément quelques histoires macabres car il en produisit quelques-unes, de Gahan Wilson, pour « Playboy », absolument délicieuses et évidemment illustrées.
C’est le livre d’humour indispensable de la fin de l’année.
Et même si vous ne parlez pas anglais, car souvent les dessins se passent de commentaires.
FANTAX: FANTASTIQUE!

Il fallait bien qu’un jour on réédite « Fantax », un fou ou alors un proche puisque je ne pense pas que l’entreprise soit appelée à en faire un best seller, même si ça devrait.
Dans le cas familier, c’est deux proches, les descendants de Mouchot, Danièle et Tanguy.
Voici donc le tome 1 de « Fantax », « Le Gentleman Fantôme », avec l’intégralité des numéros 1 à 8 et donc des années 1946-1947, avec une qualité impeccable.

Ils ont bien repris les pages bleues en bleu et les beiges en beige et, n’ayant peut-être plus accès aux originaux, il y a eu tout un travail de restauration signé Reedman qui a fait de l’excellent travail.
« Fantax » je l’ai connu sur les marchés où j’ai eu la chance d’en trouver quelques numéros toujours en mauvais état. J’arrivais trop tard puisque la bande dessinée avait fini de paraître en 1947 au moment où je naquis.
Et plus tard, à l’époque de Jean Boullet, c’était trop cher pour moi déjà et la chose est devenue rare si bien que si j’ai des œuvres de Chott c’est plutôt d’autres albums chez le même éditeur.
Pierre Mouchot signait Chott et faisait aussi des couvertures pour « Robin des Bois » (c’est la que j’en ai le plus) et pour le très rigolo « Gus et Gaëtan ».
Fantax encagoulé, terrifiant, digne héritier de « Fantômas », dynamique et violent ne pouvait qu’attirer les foudres de la censure d’autant qu’il y avait aussi des femmes fatales.
Cela fut le cas et l’on en parlera sans doute à propos de la réédition des volumes suivants.
C’était définitivement violent et il est dur aujourd’hui d’imaginer l’impact sur les enfants de ce presque demi siècle qui le virent la jambe en sang, prise dans un gigantesque piège à loups.
Chott n’était pas le plus grand dessinateur du monde et parfois, souvent même, il a emprunté quelques images à Hogarth pour illustrer les aventures du « Gentleman Fantôme » d’après je cite un reportage de J.K. Melwyn-Nash. Et, je cite encore, « publié avec l’autorisation spéciale de Lord Neighbour ».
On est là devant l’équivalent exact mais français de ce que fut en Amérique à peu près à la même époque, les Planet Comics.

Polar ou aventure exotique, « Fantax » avait bien entendu une double personnalité ou plutôt un alias comme « Superman ». Il était le Lord Horace Neighbour qui encagoulé devenait Fantax, un pressentiment du futur gentleman boîte de conserve de chez Marvel qui s’appelle « Iron Man ». Les amateurs de comic books devraient donc y trouver leur pitance.
Il y a moults poursuites, comme dans un serial d’avant-guerre, des avions qui s’écrasent, un méchant chinois cousin de Fu Manchu et des gorilles loués sans doute à la famille « Tarzan ». « Fantax » est d’une force herculéenne, heureusement, car ses ennemis sont particulièrement vicieux. Il y a encore des avions à réaction, mais futuristes, il y a la belle moto de « Fantax » qui ressemble un peu à une Indian, des bagnes : on s’évade évidemment, on va terroriser New York mais « Fantax » sera là, il y aura du grabuge, « Fantax » devra aller régler leur compte à quelques méchants en Allemagne ou en Suisse.
C’est bavard car « Fantax » parle tout seul quand il ne pense pas, dans des bulles encore, si bien que quand il rame sur un canot pneumatique, quand il escalade un bâteau, quand il tire sur un filin, ça parle beaucoup. Dans le premier volume vous retrouverez aussi l’Inde mystérieuse et des tortures réjouissantes avec corbeau disneyen qui picore les pieds de « Fantax » et de méchants hindous,
mais ne sont-ils pas tous méchants ?
On attend la suite.
D’autre part et cela ne manque pas d’intérêt bien sûr, il y a en accompagnement la vie de Pierre Mouchot, une vie d’aventures puisqu’il traversera la guerre dans la Résistance, fut aussi soldat et dû feindre d’être devenu aveugle pour échapper à l’armée, il se débrouilla après la défaite et via de multiples péripéties très Fantax.
Il ne doit pas être facile à trouver, il peut se commander avec le numéro zéro que je vous laisse découvrir ici chez www.editionchott.com
Il faut vous jeter sur ce numéro zéro de « Fantax » puisque Marcel Navarro (c’est lui qui signait J.K Melwyn-Nash) et Chott publièrent une première aventure de « Fantax » dans un éphémère journal lyonnais « Le Petit Monde Illustré ».
Et de plus il y a un nouveau magazine, le retour de « Fantax » en somme, en Organic Comics qui s’appelle « Reptile », avec une jolie histoire à la manière de Kirby signé Arnon, pas mal du tout et qui avait commencé sa parution dans « L’Echo des Savanes », une aventure de « Fantax » issue de la troisième série du « Gentleman Fantôme » dûe à Rémy Bordelet et un autre enfant de Kirby un nommé Tom Sciolia avec le début de la série « Les sept frères ».
Le numéro 1 de « Reptile » est daté de juillet 2010 mais on apprend dans le bon de commande que ces braves gens ont fait plein d’autres choses dont un retour de « Strange », qui se commande chez www.organic-comics.fr
(Et chez Organic Comics par exemple, le dernier de « Strange » contient à la fois une checklist francophone de Jack Kirby où je vais vérifier qu’ils n’ont oublié ni « Skymasters » ni les quelques fascicules de l’immédiate après-guerre, les histoires du fantôme d’acier et le premier épisode de « Fantax »).
CRAIG YOE MON HEROS
2ème PARTIE
Et pour finir sur une note gaie, il y a le chapitre central de « The Great Anti-War Cartoons » qui s’appelle « Colors of War » (« Les Couleurs de la Guerre »), forcément pimpant même quand les sujets sont terribles, car dehors la vie continue, malgré la guerre.
Ah, que j’aime le dessin de Albert Hahn, une cathédrale qui ressemble à un char ! ou le dessin de John T. McCutcheon où les champs orangés de la moisson deviennent les champs verts du printemps dans un même lieu où désormais il n’y a plus que des tombes.
Il y a un démon vert, des soldats bleus morts, un bourreau jaune, et un ciel jaune encore comme les soldats lassés bottent le cul des profiteurs de guerre et de leurs officiers.
Le livre est beau mais extrêmement désagréable à lire, c’est tant mieux.
Contrairement aux historiens qui refont forcément l’histoire après coup et aux utopistes qui disent qu’il ne faudrait pas qu’il y ait de guerres, mais elles ont lieu quand même, les dessinateurs d’humour constatent et frappent droit au cœur.
Vous êtes en droit de ne pas acheter ce livre, ce qui serait une grosse bêtise.
Simplement il faut l’absorber doucement, parcimonieusement, en se laissant faire et à chaque fois en mourant un peu.
CRAIG YOE MON HEROS
1ère PARTIE
Décidément Craig Yoe ne fait que des livres indispensables : cela en devient presque lassant.
C’est ainsi qu’il vient de publier chez Fantagraphics un très joli livre qui s’appelle « The Great anti-war cartoons » consacré au travers du monde à tous les grands dessins pas forcément pacifistes mais en tout cas tous anti-guerres.
Il y a une préface courte mais nécessaire du docteur Muhammad Yunus qui écrit de Dhaka au Bangladesh : il fut récipiendaire du Prix Nobel de la Paix 2006. Il met l’accent sur le fait qu’il ne s’agit généralement pas ici de dessins contre la guerre, autour de grands principes, mais de dessins faits à chaud par des gens qui allaient subir, subissaient ou venaient de subir la guerre, frontalement : la blessure était profonde et le message fort car imprégnés par la terrible réalité.
Il y a une seconde préface de Sarah W. Duke qui travaille à la « Librairie du Congrès » et qui apparemment est spécialisée dans les arts graphiques et dans la photographie et qui rappelle entre autres que ces dessins en disaient plus que des milliers de mots, bien sûr, en Europe ils correspondent à tous ces conflits qui nous endeuillèrent jusqu’à en gros la première guerre mondiale et ainsi de suite, mais que pour l’Amérique cela fut plus long du fait de la tradition d’isolationnisme et du refus de s’intéresser aux conflits de l’extérieur.
L’œil de l’Amérique changea lorsqu’elle décida de participer avec les résultats que l’on sait, aux conflits mondiaux ensuite, en ne demandant pas toujours l’avis des pays intéressés, ce qui culmina dans un genre nouveau avec la guerre du Vietnam et toutes ces guerres où l’Amérique désormais s’impose en pataugas.
Il y a de beaux dessins sur la guerre planétaire, je veux dire sur la planète elle-même, en son entier, représentée de manière humanoïde ou comme un ballon sanglant, il y a des dessins tendance préhistorique sur la manière dont l’homme contient toujours en lui un singe, forcément méchant, il y a les enfants de la guerre et les dieux de la guerre qui, rappelons-le, dans nombre de religions ont toujours eu un double visage, étant souvent dieux de la guerre mais aussi parfois de la paix ou d’autres choses encore : cycles de vie en somme.
Il y a, et ils ont toujours eu, ils ont ma préférence, énormes et veules, les profiteurs de guerre :
ceux qui s’engraissent sur les conflits et qui font leur bonheur de la misère des autres dont ceux qu’on a appelé « les marchands de canon », il y a le terrible moment de la conscription et comment des jeunes gens innocents, par nécessité (mon père lui s’engagea à quatorze ans puisqu’il était né en 1900, pendant la guerre de 1914, fit croire qu’il en avait dix huit, car disait-il, il savait qu’on mangeait bien quand on était soldat), il y a dans ceux qui vont signer pour la guerre, ceux qui se révoltent contre leur famille, ceux qui ont l’envie de voyager et de voir d’autres mondes, et les idéalistes.
Viennent ensuite les officiers qui, rappelons-le, jusqu’au XVIIème ou XVIIIème siècle, étaient souvent au premier rang de la bataille et menaient le combat à l’avant, c’est ensuite qu’ils se replièrent à l’arrière dans des tentes magnifiques, puis plus tard dans des abris ou dans des bunkers, et parfois à des milliers de kilomètres de là, pour observer les corps dont ils ordonnaient l’ordre et le désordre, qui s’affrontaient et se mutilaient.
Il y a les progrès dûs à la guerre : car il faut toujours se rappeler que c’est grâce aux guerres que la science toujours fait des progrès, car dans l’espoir de pouvoir en tirer quelque chose d’utile pour écraser l’ennemi, on donne aux scientifiques, enfin, les moyens pour faire leurs recherches.
Les scientifiques, eux, ne veulent pas savoir ou préfèrent ignorer que leurs découvertes serviront à autres choses qu’à faire avancer la science.
Ca a toujours été comme ça et nous vivons désormais dans un monde qui date de la seconde guerre mondiale, du code Enigma et de la machine de Turing d’où sont venus l’informatique, le monde virtuel et votre iPhone.
Il y a les batailles, les longues marches et les exodes, il y a les conséquences immédiates de la guerre : famine, corps mutilés, de civils surtout, enfants morts ou regardant des morts, et puis après les guerres, ce qui reste : les champs rouges de cadavres empilés et soudain dérisoire : la victoire célébrée qui pour certains veut certainement dire la fin de la souffrance, et pour d’autres triomphe soudain, où on devient singulier, on devient un héros, éphémère.
Et puis il y a les résistants de tous bords, les médaillés, et ensuite la paix, mais une paix sans joie, au milieu des décombres, un peu abasourdis.
Quant au choix des artistes, il va aux plus grands dessinateurs du monde, d’abord les dessinateurs français de « L’Assiette au Beurre » ou du « Figaro », et plus tard leurs continuateurs puisqu’on retrouvera des dessins d’humour dans la grande presse française jusqu’aux années 60 et à « Paris Match ». Avec en parallèle l’apparition de « Hara-Kiri » qui rejoignit dans ses excès « L’Assiette au Beurre » des débuts.
Je ne pourrais ici tous les citer mais depuis les grands initiateurs comme Caran d’Ache, qui vont du XIXème au XXème siècle, jusqu’à Bosc qui inventa une autre manière extraordinaire de faire de l’humour désespéré dans « Match », il y a eu nombre de français, nous sommes peut-être le pays où il y a eu le plus de créateurs graphiques anti-guerres avec l’Allemagne sans doute, et juste après l’Angleterre où il y eut même des préraphaélites comme Walter Crane.
Yoe n’oublie pas les dessinateurs underground comme Ron Cobb, un des rares auteurs de San Francisco qui faisait régulièrement dans le politique, et même les grands peintres comme Réginald Marsh qui n’hésita pas à faire de la caricature, à un moment, pour montrer les cercueils.
ROGOSIN : LA TRILOGIE
Chez Carlotta toujours, indispensable, une trilogie de Lionel Rogosin de fictions documentaires (à la manière de Flaherty son maître) que John Cassavetes et Jonas Mecas n’avaient pas tort de mettre au-dessus de tout.
Il y a d’abord « On the Bowery », bouleversante ballade dans le milieu des alcooliques dans la zone qui deviendra plus tard le World Trade Center, puis plus tard, circulairement, deviendra le Ground Zero.
C’est un émerveillement d’autant que l’acteur principal, alcoolique, s’avère être une espèce de Robert Ryan aussi fort d’ailleurs mais il succombera à sa maladie un peu plus tard.
Juste derrière il y a le merveilleux « Come Back Africa » qui se passe au Cap et qui est un des seuls films sur l’Afrique du Sud tourné « on the spot » et dans le plus grand secret, avec là aussi un acteur amateur principal qui vaut bien des professionnels et qui dans une scène de colère fait ce qu’on aura toujours attendu des acteurs de l’Actor’s Studio.
C’est merveilleux.
Et on découvre Miriam Makeba qui chante, dans un bar clandestin. Ensuite elle accompagnera le film en Amérique mais elle ne s’occupera pas de sa promotion car elle va tomber sur Harry Belafonte, laissant tomber Rogosin en cours de route.
Belafonte est malin mais pas assez, il va la présenter à Marlon Brando qui va la lui piquer.
Entre temps elle deviendra la chanteuse que tout le monde connait, occultant toujours la place que le film eut dans sa révélation et dans sa carrière ensuite.
Le dernier film que je ne connaissais pas, c’est l’incroyable « Good Times, Wonderful Times ».
Une partie dans la haute société londonienne où l’on dit les âneries habituelles qu’on dit dans ce genre de soirées pendant qu’en parallèle on voit des documentaires sur la guerre, en Occident comme en Asie, et sur le cataclysme nucléaire.
Parfait contrepoint au « gossip » et aux banalités et aux contrevérités des convives émêchés. C’est un film anglais car déjà Rogosin ne peut plus tourner en Amérique, il s’est avéré trop social pour le temps.
A noter que comme Pascal Thomas, mais différemment, il a un extraordinaire talent pour tirer le meilleur d’acteurs inconnus ou de non acteurs. Mais à la différence de Pascal Thomas, chez Rogosin, ceux-ci deviennent des acteurs véritables. Et le plus amusant (on le retrouve dans les commentaires) c'est que les principaux protagonistes encore vivants s’avèrent être presque tous des personnes tout à fait honorables qui ont pris un plaisir infini, c’est le cas de « Come Back Africa », à jouer des ordures et des imbéciles.
Ce sont donc devenus des acteurs.
Un coffret indispensable chez Carlotta.
J.X. WILLIAMS RESSUCITE
5ème Partie
Quand J.X. Williamsl reviendra en Amérique au bon moment en 1966, il profitera de la vague du cinéma hippie pour nous donner des films bien aberrants comme « Mondo Vietnam », juste retour des choses car j’ai toujours trouvé que dans « Mondo Cane » et tous ces films d’exploitation italiens, il y avait une influence évidente de J.X Williams dans la manière de nous faire perdre pieds donc, en mélangeant des images d’archives et des reportages inventés totalement faux, mais forcément plus frappants encore que les images venues du monde réel.
Oui, comme le dit Wiki, on ne verra jamais « The Virgin Sacrifice » qui devait être produit par Samy Davis Junior qui devait en faire la musique et qui arrêta, effrayé, tout comme il arrêta un jour de fréquenter des blanches, que ce soit Kim Novak ou les autres, parce que la mafia le lui avait demandée, de manière insistante.
Ce film a disparu et on ne le reverra jamais et Peter Bogdanovich a bien raison à son propos, vu les circonstances aberrantes de la production, de le comparer avec un autre furieux du cinéma américain dont l’aura est également demeurée intacte, peut-être à cause de l’arrêt brusque de sa carrière au temps du muet :
Eric von Stroheim.
A-t-il été le premier a introduire la pornographie dans le cinéma d’avant-garde, pas sûr, mais peut-être.
Et puis ce qui me plait le plus, c’est que là, maintenant, aujourd’hui, J.X Williams est un auteur maudit.

Maudit ça a des avantages.
Je vous parlais de James Dean, star et maudit, mais j’aurais aussi bien pu vous parler de Rimbaud ou de Jim Morrison, morts depuis longtemps forcément pauvres ou dans l’embarras : si on est un maudit, on a de grandes chances de devenir un auteur de best-seller après sa mort, ce qui fait une belle jambe au défunt.
Et là aussi, Williams n’a rien fait comme tout le monde :
il est encore vivant, quelque part en Suisse, à Zürich exactement et toujours présent pour profiter de sa malédiction.
Pour une fois, on n’attend pas qu’il soit mort pour l’encenser.
Vous allez donc voir des nonnes, des papillons, des soleils électroniques et des femmes nues solarisées, des diables ridicules comme doit l’être le vrai.
Et par exemple avec « Sex Crime from the 21st Century », le brouillon de ce que seront plus tard des films respectables comme « THX 1138 » de George Lucas et même « 2001 : l’Odyssée de l’Espace » de Kubrick : c’est le propre des maudits, il sème des graines dont d’autres récoltent les fleurs, de serres.
Maintenant je vous laisse avec les archives (et avec le DVD), que vous vous fassiez à votre propre idée et je vous conseille de ne pas les lire avant d’avoir regardé les films et de ne pas regarder les films à la suite puisqu’ils n’ont pas été conçus à la suite, mais d’alterner savamment la vision d’un film de J.X Williams puis la lecture de quelques pages de « The Big Footnote » puis de revenir au DVD, afin de profiter mieux de l’ensemble car chers lecteurs, chers spectateurs, si vous avez acquis le livre et le DVD, vous avez bien de la chance.
Williams va vous emmener de l’autre côté du miroir, qui est bien celui d’Alice, mais aussi de tous les dévoyés des années 60-70 qui ne croyaient pas comme Cocteau que « les miroirs feraient bien mieux de réfléchir davantage » mais que miroir de poche, ils étaient idéaux pour se faire des rails de psychotropes divers,
pour rejoindre Alice.
























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