Le blog de Dionnet

Liste des billets
Derniers billets
Archives
Liste des billets
CATALOGUES DE LIBRAIRES : DES REVUES IDEALES
Je vous l’ai déjà dit à propos de la formidable librairie Godon, mais il y en a d’autres, certains catalogues de librairies sont indispensables et mieux que la plupart des revues par leur substance : les images qu’on peut découvrir, toutes ces merveilles qu’on avait jusqu’à présent ignorées et les notes d’accompagnement qui, quand elles sont bien faites, ressuscitent toute une époque.
C’est le cas de « La Nef des Fous » avec son catalogue 34 d’avril 2010 où par exemple il y a le « De generis humani varietate nativa liber » de Johann Friedrich Blumenbach, en édition originale, et j’y apprends qu’avec von Linné, « Blumenbach fut le premier scientifique a considérer l’homme comme une espèce à placer dans l’étude des sciences naturelles ». Je les cite (ils sont précis) : « Précisant l’écart morphologique entre l’homme et l’animal, il démontre l’hypothèse de Buffon selon laquelle l’environnement modifie la morphologie des organismes vivants qui transmettent cet héritage aux générations suivantes. Il divise l’espèce humaine… en 4 races distinctes : caucasienne, mongole, africaine et américaine…Il mène campagne pour réhabiliter les Noirs victimes d’une discrimination raciale. Nous lui devons le terme « type caucasien », qui désigne pour les Américains le type « européen ». La publication de cette thèse marquera la rupture définitive d’avec la vision chrétienne de l’apparition de l’homme. Elle ouvrira les voies vers de nouvelles disciplines scientifiques qu’emprunteront Darwin et bien d’autres ».
Ah ! ça vous en bouche un coin.
Plus loin dans le même catalogue, tout en couleurs qui plus est, il y a deux ouvrages fondamentaux sur la Chine. Un, « L’Ambassade de la Compagnie Orientale des Provinces Unies vers l’Empereur de la Chine, ou Grand Cam de Tartarie… », traduction du hollandais datant de 1865, et c’est un des premiers livres non dû aux jésuites sur la Chine. Et toujours sur la Chine, il y a « La Chine, ilustrée de plusieurs Monuments… » d’Athanase Kircher, traduit du latin (il avait été édité à Amsterdam).
Celui-là est le tout premier livre consacré à la Chine. Kircher, « linguiste confirmé, il est le premier à tenter une traduction des idéogrammes chinois et le premier occidental à donner une reproduction de l’alphabet sanskrit »…. « Il contient une description des villes et des architectures les plus remarquables dont un pont de pierre qui enjambait le Quan-Sé, aujourd’hui disparu… ».
Et je finirais, puisque je vous en ai déjà parlé, en vous avouant mon ignorance, à propos de « Les Papillons – Métamorphoses terrestres des peuples de l’air » de Amédée Varin et Eugène Nus, il y a une image, elle est magnifique et oui, ça ressemble à du Grandville et oui, je vous le dis ailleurs, Varin avait travaillé avec Grandville.
Il y a aussi les catalogues anglo-saxons, et anglais surtout, riches en iconographies et en longs textes d’explications comme celui de la librairie « Sotheran’s of Sackville Street » dont le catalogue « Spring Miscellany 2010 » contient par exemple un dessin signé Max Beerbohm, ex-libris pour l’auteur dramatique Harley Granville-Barker. Max Beerbohm, écrivain extraordinaire dont je vous reparlerai et auteur d’un certain nombre d’ouvrages magnifiques de caricatures des auteurs et artistes anglais du début du siècle dernier : d’Oscar Wilde et de sa mouvance, de tous les écrivains anglais des années 20, mais aussi, au préalable, de portraits chargés et de caricatures charmantes du cercle pré-raphaélite, donne ici à penser qu’il était aussi un ancêtre de Glenn Baxter. Vous verrez le dessin, il est prodigieux, s’il était signé Baxter vous croiriez que c’est de lui (page 34 n° 35).
Et il y a par exemple en page 400, un livre de R.S. Surtees, « Jorrock’s Jaunts and Jollities » : « the hunting, shooting, racing, driving, sailing, eating, eccentric and extravagant exploits of that renowned sporting citizen, Mr John Jorrocks. With an introduction by Joseph Grego », avec de nombreuses illustrations de H. Alken, Phiz, and W. Heath, qui porte un autographe de Orson Welles à Bernard Herrmann : « For Benny : with love and merry Christmas from Orson », avec en-dessous deux dessins d’Orson Welles, portraits approximatifs d’Orson Welles et de Bernard Herrmann. Un cadeau de Noël de Welles à Herrmann qui avait commence à travailler avec lui en 1937 pour la production radio de « Macbeth », Herrmann était à l’époque le chef de la musique chez CBS. Le programme radio ne vit pas le jour mais Herrmann commença à travailler pour le Mercury Theatre avec « First Person Singular », une série d’adaptation radio de livres fameux d’alors, écrit, mise en scène, produit et joué par Orson Welles. Herrmann était sensible mais de caractère ombrageux, Welles était insensible mais de caractère ombrageux et comme le dit ailleurs John Houseman, scénariste de « Citizen Kane » : « Parmi les cris, les coups de bâton, les accusations de sabotage et les jets de scénarios ou de partitions de l’un à l’autre, ils se comprenaient parfaitement ». Puis vint « Citizen Kane ». Welles envoie un télégramme à Herrmann à propos de la prestation théâtrale, qui sera un échec, de la femme de Kane, Susan Alexander : « on retrouve Kane dans la salle pendant qu’on voit sa femme sur scène, la représentation a lieu, le rideau tombe et la musique s’achève.
La caméra sera fixe et le compositeur doit rendre cela vraie et naïf. Une chance pour vous de faire quelque chose d’amusant, c’est le moment pour vous de faire ça, je vous aime », signé Orson. Herrmann écrivit alors « Salammbô », un faux opéra français. Il écrivit d’ailleurs toute la musique du film et peu de temps avant sa mort, Welles disait que la musique avait représenté cinquante pour cent du succès du film.
Puis il travailla sur les « Ambersons », Herrmann eut une longue carrière de son côté, retrouvant Welles sur « Jane Eyre » où Welles jouait Mr Rochester, il fit les musiques entêtantes de deux films atmosphériques et terrifiant de John Brahm, le second fut l’inoubliable « Hangover Square » avec Laird Cregar, puis la musique inoubliable de « L’Aventure de Mme Muir » (« The Ghost and Mrs Muir ») de Mankiewicz.
Plus tard… On sait qu’il travailla avec Hitchcock pendant bien longtemps avec les musiques, entre autres, de « Marnie », de « Vertigo » et de « Psychose », et qu’ils ne se séparèrent qu’au moment de « Le Rideau déchiré ».
A ce moment là Herrmann retrouva une seconde vie puisqu’il fit la musique de « Fahrenheit 451 » pour François Truffaut, de « Sisters » et « Obsession » pour De Palma et de « Taxi Driver » pour Scorsese, qu’il finit d’enregistrer la veille de sa mort.
Et Scorsese dit alors la même chose que Welles, peut-être ne savait-il pas qu’il répétait l’histoire : « si ce film a du succès, ce sera en grande partie à cause de la musique ». Il ajouta plus tard : « C’est cela qui amena toute la psychologie des personnages ».
OUROBOROS LE SERPENT QUI SE MORD LA QUEUE QUAND INTERNET PROVOQUE DES LIVRES
Si vous allez sur Wikipédia, je m’y rends souvent ces temps-ci car les choses s’arrangent : il y a de plus en plus d’articles bien faits et quand ils ne le sont pas ou incomplets ou insuffisamment documentés, cela est souligné.
Anerie au départ, c’est en train de devenir une vraie encyclopédie, ce qu’il faut souligner, prenez le mot « Ouroboros » vous verrez que l’article est bien. « Ouroboros » c’est donc le serpent ou le dragon qui se mord la queue et veut dire littéralement « qui se mord la queue », le symbole du cycle éternel de la vie, en grec ancien.
La notule fait le tour de cet archétype qui existe dans plusieurs cultures, de l’Egypte aux chinois par exemple, mais je vous laisse vous rendre sur Wikipédia qui désormais le mérite.
Tout cela pour vous dire que je suis tombé récemment sur livre totalement aberrant, « BibliOdyssey – Amazing archival images from the internet », based on the Weblog by PK. C’est le premier livre qui fait le point sur les nombreuses institutions, bibliothèques ou autres, qui commencent à mettre leurs collections en ligne alors qu’ils n’ont jamais sorti de livres sur l’intégralité desdites collections ou souvent pas de livres du tout. C’est édité par Fuel qui est distribué par Thames & Hudson et hélas pour l’instant en anglais seulement. On y fait bien le point sur le web visible, n’oubliez pas que soixante quinze pour cent du web, parce qu’on ne peut pas s’y raccorder facilement, parce que ce sont des sites payants ou tout simplement inaccessibles pour des raisons de mauvaises manipulations ou de mauvaise volonté ou de mauvaise dénomination ou d’encryptage déficient, est ce qu’on appelle « le web invisible », autres sources d’informations sur lesquelles on ne peut tomber que par hasard, avec de la chance. Internet c’est un iceberg dont on ne voit dépasser qu’un bout.
PK est allé fouiller loin, évidemment il n’a pas pu tout trouvé et puis il y a un moment qu’il a écrit ce livre, depuis certains sites se sont enrichis, quelques-uns ont disparus et beaucoup sont apparus. Profitons-en pour saluer le travail de Fuel, formidable petit éditeur qui a par exemple publié trois livres sur les tatouages de la mafia russe, « Russian Criminal Tatoos encyclopédia », volumes 1 et 2, et d’un autre auteur donc complémentaire « Russian Criminal Tatoos encyclopédia ». Ils font d’ailleurs beaucoup sur la Russie et tous leurs livres sont formidables. Pour en savoir plus sur la maison d’édition, allez sur www.fuel-design.com
Imaginez donc que vous décidiez d’abandonner les livres, c’est possible aujourd’hui et il y a par exemple un formidable site sur les illustrateurs de Jim Vadeboncoeur à l’enseigne de « Budplant Illustrated », qui ne deviendra peut-être jamais un livre et qu’il ne cesse de mettre à jour : c’est la meilleure encyclopédie actuelle, en couleurs, sur l’illustration. Le bout de l’iceberg qui dépasse chez lui c’est la formidable revue « Images » mais évidemment il y a beaucoup plus sur son site. Imaginez donc que vous abandonniez les livres et que vous ayez une petite imprimante et de jolis classeurs (je recommande ceux transparents de Muji qui sont très élégants) et partiez à la chasse.
Vous y verrez par exemple un formidable dessin que je ne connaissais pas de George Cruikshank de 1845, « The Triumph of Cupid », cet illustrateur de magazines comme « Punch » et de Dickens, un peu fou et tout à fait formidable, il a des côtés Robida mais aussi parfois un dessin plus moderne,
déjà Panique, trouvable sur « Coconino Classics Museum » (www.coconino-classics.com). Vous trouverez de merveilleux incunables comme le « Python » de Giovanni Battista Nazari, de 1600, une illustration de texte alchimique qu’on trouve sur le site de la « Beinecke Rare Book and Manuscript Library Yale University » (www.libary-yale.edu/beinecke/index.html). Plus loin, c’est l’illustrateur de science et sculpteur Benjamin Waterhouse Watkins qui est à l’honneur avec « Man, Stag and Antelope » (« L’homme, le Cerf et l’Antilope »), vous verrez qu’il y a ses squelettes légèrement habillés, qu’on peut trouver sur « History of science and Technology Collection, University of Wisconsin » (http://digicoll.library.wisc.edu/HistSciTech). Comme je ne peux pas tout citer (le livre est excessivement riche), je vous conseillerai par exemple, parmi d’innombrables dessins anatomiques, « L’œil de la mouche » de Robert Hooke de 1966, un scientifique qui a travaillé avec Robert Boyle sur « la loi de Boyle », et qui utilise la photographie pour ses divers sujets d’étude, ici l’œil d’une mouche, qu’on peut trouver sur « Specialized Libraries and Archival Collections, University of Southern California » (www.usc.edu/libraries).
Vous verrez qu’on peut trouver toutes « Les Fleurs animées » de Grandville sur le site de « Missouri Botanical Garden Library » (www.botanicus.org). Et un cousin de Grandville dont j’ignorais tout, Pierre Amédée Varin, avec des images de son « Empire des Légumes » et de son livre « Les Papillons – Métamorphoses Terrestres des Peuples de l’Air », qu’on peut trouver auprès de « Panteek Antique Prints » (www.panteek.com), et oui surprise,
il a travaillé avec Grandville sur « Les Fleurs Animées ». C’est donc peut-être pour cela qu’il lui ressemble beaucoup. La quête est sans fin,
je vous laisse faire la vôtre.
Par exemple dans le dernier numéro de « Le Magazine du Bibliophile », numéro 83, on signale qu’il y a maintenant à Marseille une association « Toth » qui est en train de mettre en ligne tout ce qu’elle peut sur l’Occitanie et sa tradition hermétique (Association Thot, chez Thierry E. Garnier, 29 Bld de la Lise, 13012 Marseille – www.thot.arqa.org).
Je vous dirais (même si je ne devrais pas vous le dire), qu’en clips, extraits de films et autres, entre « Dailymotion » et « You Tube », on trouve fugacement des milliers de choses. Parfois libre de droits, parfois ce n’est pas le cas et au bout de quelques jours les images sont retirées, il faut aller vite, l’ayant-droit s’étant manifesté… Par exemple, j’ai aimé l’émission de la BBC où Christopher Walken récite « Poker Face » de Lady Gaga comme si c’était du Shakespeare et aussi la scène ahurissante dans sa cuisine où il nous apprend à faire du poulet aux poires.
J’ai aussi attrapé du Adriano Celentano, du Mina, et un duo des deux avec la plus belle version de « Paroles » dont nous ne connaissons chez nous que la version française de Dalida, un clip sublime d’Edda del Orso, la voix (la voce), celle qui illuminait les partitions de Morricone comme « Il était une fois la Révolution », en montant haut en pureté et en douceur, mais qui a travaillé avec tous les grands autres compositeurs italiens de musiques de films, c’est un vrai défilé de mode où l’on voit que cette artiste qui a toujours voulu être discrète, était une superbe « fashion victim » seventies.
Il y a aussi un clip récent mais comportant des images d’archives d’un des premiers rap vitaux, toujours aussi important aujourd’hui, « The Revolution will not be televised » (« La Révolution ne sera pas télévisée »)
de Gill Scott Heron. Et on peut voir Paul McCartney qui chante dans le métro, Ray Davies et son « Sunny Afternoon », et plein de versions de la plus belle chanson du monde « Little Green Apples » ou bien alors un extrait d’une comédie musicale que j’avais râtée avec Cyd Charisse et Ricardo Montalban qui est encore fringant et pas encore le vieux monsieur de « L’Ile Enchantée ». Il lui apprend à danser à la mexicaine : elle s’avance vers lui commençant ses entrechats, il lui fait signe d’arrêter de bouger et c’est lui qui danse autour d’elle.
Plein d’images disparaissent trois jours après être apparues, d’autres soudain surgissent, heureusement que j’ai actuellement pour moi les séries télé, drogue qui a créé une grave dépendance, sans ça je passerais ma vie dans mon téléphone, cela m’évitera de cumuler deux drogues addictives et quelque part, comme toutes les drogues, jamais complémentaires sans risque. Un « speed ball » de la tête en somme.
GLENAT ? OUI, MAIS GLENAT Espagne (2)
Dans la collection Parapapel, Salvador Vasquez de Parga a consacré un gros ouvrage de textes aux romans populaires espagnols, « Héroes y Enamoradas », que nous ne connaissons pas, puisqu’ils ne sont pas arrivés chez nous. L’auteur s’y connait et il brasse large, depuis des fascicules populaires qui ressemblent aux nôtres et qui souvent ont été traduits « de l’étranger » comme chez nous, des livres d’aventure de Curwood à Simenon en passant par Edgar Wallace, il y a même quelques pulps, quasi à l’identique dont « The Shadow » qui s’appelle là-bas « La Sombra ». « The Shadow » n’est pas paru chez nous ce qui aurait peut-être changé bien des destins, mais d’un autre côté nous avions « Fantomas »…
Puis on en vient aux auteurs locaux qui ont fait des pulps locaux et très vite dans les années 40, on voit surgir des romans populaires au format de poche, de science fiction, de western, de polar et des espèces de super héros dont un s’appelle tout simplement Hercule, mais aussi des romans sportifs et encore et toujours, Edgar Wallace. N’oublions pas que son règne fut long dans toute l’Europe et même au-delà, et que dans les années 60/70, il fut adapté par exemple avec un énorme succès par le cinéma allemand de l’ouest où il y a là des choses admirables et nombre de ses films mériteraient d’être exhumés.
Puis vient un héros que je connaissais en bande dessinée mais dont je ne connaissais pas la genèse en roman, un peu comme « Zorro », c’était d’ailleurs son concurrent postérieur, il s’appelait « El Coyote ». Il avait un grand chapeau ridicule et provoqua une floppée de concurrents directs à son tour comme « El Alcon ». Comme les aventures de « Zorro », « El Coyote » se déroulait en Californie, à l’époque où elle était encore espagnole, mais l’auteur m’a aussi donné envie de connaitre davantage un autre auteur qu’il encense : Guillermo Lopez Hipkiss et son « El Encapuchado » Il fut apparemment publié dans tous les pays de langue espagnole et ses protagonistes divers, masqués, comme « La Antorcha » ou « Mascara Negra » sont peut-être une des sources de l’iconographie des catcheurs mexicains.
Et puis il y a des histoires de pirates comme « El pirata negro », des histoires de jungle, des westerns encore mais vus désormais du côté indien, et de la science fiction.
J’ai été un peu malheureux car des couvertures épatantes sont reproduites en noir et blanc d’autant que certaines, surtout pour les romans de cœur, sont très belles. On y parle aussi, à partir du moment où le franquisme commença à s’écrouler, de romans érotiques pseudo-américains mais dûs à des auteurs espagnols.
Avec « Naviatom », je vois qu’ils avaient leur « Brantonne » qui avait l’air aussi bon que le nôtre, il y eut aussi dans les années 70 aussi, libéralisation des mœurs encore, des romans de terreur avec femmes dévêtues face aux monstres, et plein de sous « James Bond » tout à fait croquignolets, comme « Scum » qui me fait penser, en tout cas pour la couverture, à notre « Doberman ». Et curiosité, un nommé « S.O.S » dont les couvertures sont un copier/coller de notre « S.A.S ».
Salvador Vasquez de Parga a publié une floppée d’ouvrages sur les comics du franquisme, sur le roman policier, sur les espions dans la fiction, sur le roman noir, des monographies sur les auteurs de BD, Alex Raymond, Harold Foster mais aussi le grand auteur espagnol Emilio Frexas, il est extrêmement agréable à lire et tout à fait passionnant.
Et surtout, il m’a laissé rêveur car il y a deux ou trois ans au Portugal j’ai vu quelques romans populaires qui m’avaient l’air étonnants mais je ne parle pas le portugais. Et comme maintenant j’ai fait le tour de presque toute l’Europe, je m’aperçois que partout, en même temps, il y a eu des fascicules puis des romans populaires puis des livres de poche à grand tirage autour des genres précités. Et je rêve d’un regroupement de fous de tous les pays, une espèce d’Unesco ou d’ONU du bis qui trouverait un éditeur, fou lui aussi, qui recenserait tout ça et nous verrions d’étranges correspondances et aussi de bien curieuses différences. Les ressemblances nous en diraient beaucoup sur ce que nous avons de commun, (souvent une influence américaine, plan Marshall aidant), et les différences nous en diraient beaucoup sur la manière dont l’Europe est en fait un groupement d’états heureusement très différents, un peu comme en Amérique du Nord, les gens de Miami et les texans n’ayant pas grand chose à dire à ceux qui habitent Chicago.
Et pour les fous furieux, il y a un bel index à la fin, des collections de romans populaires par ordre alphabétique, la liste des auteurs qui, comme en France dans les années 50, et cela se prolongea en Italie jusqu’aux années 80, prenaient systématiquement des pseudonymes américains pour se vendre : il y a un Fred Williamson, mais ce n’est évidemment pas l’acteur, il s’appelle en vérité Guillermo Garcia Lopez, il y a deux Jack Gray mais l’un s’appelle Juan Llop Selliarez et l’autre Rafael Segovia Ramos. Un geek futur, un jour, se penchera sûrement sur ce grave problème en nous expliquant pourquoi il ne faut jamais les confondre.
Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, ce livre m’ayant fait rêver de son équivalent en couleurs, le même auteur, Salvador Vasquez de Parga a publié en grand format « Las Novelas de Aventuras en 250 portadas » dans la collection Pulpa toujours chez Glénat, avec une mise en page superbe, qui contient une sélection des plus belles couvertures couleurs des grands romans d’aventures espagnoles ou des grands romans d’aventures étrangers parus en Espagne.
Et là encore que de surprises admirables, ils ont un illustrateur de « Fantomas » qui s’appelle C. Daro et qui a fait de belles couvertures différentes de celles françaises de Starace, un merveilleux dessinateur des années 20 qui s’appelle Ribas et qui a fait dans la science fiction comme dans le policier, Arturo Ballester, incontournable, et d’autres illustrateurs dont un formidable pour « Tarzan ». L’auteur nous montre ensuite les grands romans policiers et populaires, Sax Rohmer là-bas aussi incontournable avec « Le Scorpion d’or » (« El scorpion d’oro »), et Victor Aguado m’est apparu immédiatement comme un des meilleurs illustrateurs du créateur de « Fu Manchu ». Comme c’était aussi l’époque où l’Espagne publia des espèces de pulps en reprenant les couvertures américaines, il y en a, puis viennent plein de romans populaires de petits formats dans tous les genres évoqués et j’ai été ébloui par « Agus » au trait quasi photographique. Pendant la guerre civile, les affaires continuant, il y eut par exemple un nommé Cobos qui dessinait déjà très exactement comme Torres le fera dans les années 70/80 en BD.
Et puis on passe au gros morceau, au plus grand éditeur populaire d’alors, aux éditions Molino à la collection La Biblioteca Oro.
Tous les genres étaient abordés et on revenait aux pulps parfois, « Doc Savage » avec sa couverture américaine, il y a un nommé Bocquet qui fait de beaux avions pour une collection d’aventures aéronautiques, et même un roman de Sheckley que je ne connaissais pas, qui s’appelle « El Agent X Action », la couverture est signée par un nommé Noiket, qui fait penser à l’illustrateur américain Bob Peake.
Il y a d’innombrables illustrateurs de westerns qui valent ceux de la formidable collection belge « Westerns » aux éditions Dupuis, dont l’épatant Salvador Mestres qui fait auusi penser à certains illustrateurs mexicains. Et puis il y a tous les polars espagnols, le succès de Edgar Wallace dont j’ai déjà parlé était tel, qu’il y eut même une collection « Wallace » mais le roman dont on voit la couverture est signé Tono Hattaway et ressemble aux « giallos » à couvertures jaunes italiens de la même période.
Et puis il y a forcément « El Coyote » avec son chapeau trop grand et mes préférés : un justicier urbain équivalent des super héros des origines, « Doctor Niebla » que je connaissais déjà en bande dessinée et dans la même collection Superhombres, « El fantasma » et le fameux « Encapuchado ». Et qui était Mary Ann qui faisait d’étranges couvertures entre mode et terreur de « Los Enigmas del Inspector Vega » ?
On finit en beauté avec les pirates et les aventuriers réactionnaires ou révolutionnaires à la manière du « Mouron Rouge », avec de petits fascicules vendus en kiosque à partir des années 50 et édités par Bruguera, où il y a aussi des histoires de guerre, de l’exotisme avec des noirs forcément méchants, forcément féroces, comme « Bwana » et une série appelée « Keeper film », adaptation apparemment de films en romans ou édition de romans qui étaient devenus films, ici : « La Dame de Shanghai » d’Orson Welles avec une jolie image de Batet et évidemment il y a la science fiction avec Parera Ribas et Jose Luiz.
Un voyage au pays des merveilles ibériques,je reviens donc demain à d’autres livres indispensables de Glénat, Espagne.

GLENAT ? OUI, MAIS GLENAT ESPAGNE (1)
Ca y est, vous allez vous dire que j’ai pété un plomb et que je vais vous raconter que Glénat éditent de la bande dessinée. Si ça continue comme ça, je vous dirais que Larousse publie des dictionnaires. Ce n’est évidemment pas de cela qu’il s’agit puisque je vais vous parler de Glénat Espagne qui n’est pas qu’une déclinaison de Glénat France mais qui a aussi ses particularités et qui publie des livres épatants sur l’histoire de la bande dessinée, sans équivalence chez nous, grâce à l’éditeur Joan Navarro. A commencer par « Los comics gay » de la biblioteca Dr Vertigo de Santi Valdez qui recense les coupables habituels de « Tom de Finland » à « Anarcoma », la magnifique héroïne ou le magnifique héros, comme on voudra, de El Vibora, la grande revue underground barcelonnaise née en pleine Movida et qui est indubitablement le chef-d’œuvre de Nazario et la meilleure bande dessinée transgenre avec ce que fait Baldazzini et en underground américain « Horny Biker Slut » qui d’ailleurs a été publié en France il y a quelques temps dans l’indifférence générale. Il y a bien sûr « Ralph Koenig », quelques BD espagnoles ou américaines underground que ne n’avais jamais vues et évidemment, (mauvais esprit nécessaire), « Batman et Robin » et le « Tarzan » de Hogarth. Mais aussi « Den » de Corben que j’ai publié à son époque. Et j’ai réalisé tout d’un coup que cela se tenait car, même si le « Tarzan » de Hogarth était destiné à un public généraliste, même si le musclor de Corben était destiné aux amateurs d’heroic fantasy, « Den », avec son gros zizi qui balance dans tous les sens a quelque chose de « Tom de Finland ». Petite aparté, à propos de Hogarth ou plutôt d’Edgar Rice Burroughs, certains on fait bien plus fort.
Voici quelques images extraites du volume 2 numéro 48 et de mes greniers de la revue « Amra », fanzine qui ne parlait en gros que de Edgar Rice Burroughs et de Robert Howard, l’auteur de « Conan » et dont je vous montre quelques images : décidément, pour les amateurs d’héroic fantasy purs et durs, les frontières se brouillent car voici quelques dessins (non, ce ne sont pas des photos mais des dessins après photos) de Paul Gerrior et puis aussi à propos de « Conan », quelques images de Georges Barr. Vous verrez que « Tom de Finland » n’est pas loin et que décidément à partir du moment où on fait dans le musclé, dévêtu ou au contraire à peine, vêtu d’un slip en fourrure ou en cuir, on attire forcément des sensibilités diverses.
C’est à ma connaissance le meilleur ouvrage publié, tous pays confondus, sur la BD homo et ils n’oublient pas par exemple les innombrables comics bishonen japonais sur lesquels je reviendrais un jour. Mon seul regret est que ce livre ne parle pas des comics lesbiens sur lesquels il n’y a pour l’instant, nulle part d’ouvrages de référence conséquent.
Et demain je vous parlerai de deux ouvrages qui se complètent parfaitement et qui sont comme un continent oublié ou comme un coffre aux trésors ou aux souvenirs devenus précieux qu’on découvre au fond d’un débarras, à la cave ou au grenier.
TROIS ROYAUMES, VERSION LONGUE, UN CHEF-D’OEUVRE
La durée d’un film est objective. J’ai pendant quelques temps travaillé dans une grande maison de presse et d’édition, assez laxiste quant aux horaires de ses employés. Il suffisait de laisser sa veste sur une chaise, la veste prouvait qu’on était dans le coin, dans un autre bureau du dédale éditoriale, et certains en profitaient énormément. Cela n’empêchait d’ailleurs pas les journaux de sortir et d’être bien faits. Je pense que les instances dirigeantes s’étaient rendues compte, théorie que plus tard Pierre Lescure reprit à Canal+, qui disait qu’il fallait laisser à quelqu’un qui travaillait de l’air du temps, le temps de « glander », lui y compris. Toujours est-il qu’il y avait le rédacteur en chef d’un journal qui vendait des tonnes à l’époque, qui parfois partait pour se payer une toile. Quand il le faisait il me demandait toujours si je voulais l’accompagner au cinéma en disant, je refusais toujours, préférant aller au cinéma seul et ne pas faire un débat à la sortie même de deux personnes : « je vais perdre deux heures au cinéma ». Une phrase qui m’énervait. Parce qu’il n’y a pas de temps perdu.
Et aussi à cause de la notion de « deux heures », notion évidemment subjective car je savais bien que le film qu’il allait voir, suivant la manière dont il le manipulerait, durerait vingt minutes ou trois ans.
Car les films c’est une manière subjective pour le metteur en scène, de dilater ou de concentrer le temps.
Un bon metteur en scène, qu’il choisisse la lenteur extrême et nous donner l’impression, comme certains japonais dans les années 70, que le temps s’est arrêté, ou comme les grands maîtres des années 30 hollywoodiens qui brossaient une fresque en une heure trente cinq, voir plus tard, apogée du genre, de petites fresques qui duraient moins de deux heures et qui vous donnaient l’impression de durer des années, comme « Tulsa » de Stuart Heisler.
Nous sommes alors prisonniers du temps, du temps que choisit le metteur en scène, pour nous la durée du film est objective. La première fois que je m’en suis aperçu : cela remonte loin.
Nous avions vu « Le Crépuscule des Dieux » (ou « Ludwig ») de Visconti, en version courte qui durait moins de deux heures et cette version courte, maladroite par obligation, commençait en gros avec la déchéance de Ludwig, et finissait autour de son trépas : elle semblait d’une longueur inhabituelle. On s’ennuyait un peu.
Un jour j’ai vu la version longue qui durait plus de quatre heures, le film donnait l’impression de durer dix minutes, entre la première partie, Ludwig jeune et beau, compagnon de Sissi, et la seconde, la déchéance justement, et des tas de beautés annexes qui avaient disparues de la version courte. C’est cela la magie du cinéma, la magie objective. Il y a la durée du film dans l’absolu et il y a sa durée subjective. Et donc objective puisque ce n’est pas nous qui décidons, mais le metteur en scène.
J’espère que je me suis fait bien comprendre.
Cette impression m’est revenue en voyant, enfin, la version longue de « Les Trois Royaumes ». Le film passe comme un éclair et il dure pourtant quatre heures et demie.
La version courte, j’avais mis du temps à la voir, car le retour de John Woo je n’y croyais guère. Magnifique à Hong-Kong, son parcours américain m’avait horriblement déçu. Son meilleur film là-bas avait été « Face Off » qui était en fait un condensé de toutes ses obsessions du passé, un « Best Of » en somme, le reste j’avais préféré l’oublier. Qu’il soit reparti en Chine c’était une chose, qu’il revienne sur le devant de la scène… Je n’y croyais guère.
Donc, j’ai râté « Les Trois Royaumes », version courte, et puis je l’ai enfin vu un jour.
J’ai trouvé ça bien, en me disant qu’il s’était repris mais je n’avais pas encore vu le film tel qu’il doit être vu, en deux parties et dans toute son étendue nécessaire. Je n’en suis pas encore revenu.
Le film dure maintenant deux cent soixante seize minutes et m’a fait penser à une expérience terrible, que j’ai vécue. Quand j’ai distribué « Seven Swords » de Tsui Hark.
Il y avait un scénario magnifique, pas tellement éloigné des « Trois Royaumes », une grande fresque historique qui se déroulait dans la Chine ancienne et l’histoire coulait de source : la rencontre progressive de ces sept épées, une manière de revisiter en somme « Les Sept Samourais » mais à l’aune de la mythologie chinoise, puis les affrontements divers, la découverte progressive de personnages secondaires, apparemment passifs qui s’avéraient personnages principaux ensuite, et l’histoire telle qu’on pouvait la lire et la deviner au travers dudit scénario, s’avérait palpitante. Le film est arrivé, il ne durait que deux heures et quelques. Et il était long, embrouillé, trop elliptique parfois, des séquences entières manquaient, et l’on se demandait comment tel personnage était arrivé là et où était passé tel autre.
Le film était long, lent, malgré d’innombrables splendeurs.
J’ai alors demandé à Nansun Shi et à Tsui Hark s’ils n’avaient pas envie de faire la version longue.
Ils ont renâclé pour des raisons diverses.
La première évoquée fut que cela aurait coûté une fortune de remonter le film en gardant toutes les séquences qu’ils avaient tournées, il y avait de quoi faire six heures de film en vérité, pour sortir une version longue.
Ils ont renâclé donc, prétextant, car je crois que c’était un prétexte, du prix que cela aurait coûté et qu’ils voulaient que je porte unilatéralement, puisque j’étais le seul apparemment à me passionner pour ladite version longue. En vérité je crois que Tsui Hark était déjà parti ailleurs, sur un autre projet.
Il a un côté Orson Welles, c’est son démon. Quand il fait un film, il est déjà dans le suivant.
Et je regretterai toujours de ne pas avoir vu le vrai « Seven Swords ».
Et maintenant donc j’ai vu « Les Trois Royaumes », adaptation d’un immense classique de la littérature chinoise qui raconte un moment de l’histoire de la Chine et qui est une histoire de stratégie, autour de la manière dont vingt mille hommes, puis dix mille, puis vingt mille à nouveau, peuvent en vaincre trois cent mille, parce qu’ils ont raison, mais aussi parce qu’ils savent tenir compte de facteurs impondérables extérieurs alors que le premier ministre de l’Empereur qui vient pour les envahir et les annihiler, lui a perdu de sa force car il a trop souvent gagné et ne se remet plus en question.
Dans cette version longue les acteurs principaux, Tony Leung, Takeshi Kaneshiro et les autres, ont tout l’espace nécessaire pour développer leur personnage et leur caractère, et surtout ce qui m’a fasciné dans le film c’est son montage extraordinaire. Profitant de la magie du digital et de la manière dont on peut, sur des séquences éventuellement manquantes, qu’on découvrirait après coup, ralentir l’image, la figer, profitant aussi de la manière presque subliminale dont ledit montage s’il est bien fait aujourd’hui, permet davantage qu’auparavant d’accélerer ou de ralentir le temps. Un peu comme les expériences que faisait Friedkin dans les années 70 mais où à l’aune de l’ancien cinéma, certaines de ses audaces n’étaient pas apparentes, trop discrètes, John Woo nous donne, et c’est une bonne nouvelle, et c’est la preuve de son retour, et c’est aussi la preuve du fait qu’un grand metteur en scène ne doit jamais être oublié même s’il a un passage à vide, il nous donne un chef d’œuvre du troisième millénaire où entre les effets spéciaux qui, oiseaux qui volent traversant l’univers ou flammes qui s’étendent à l’infini, est l’opposé de ce que font la plupart des américains en utilisant les effets digitaux pour la surenchère. John Woo l’utilise pour créer un nouveau vérisme lyrique.
Il n’est plus tout jeune mais il a totalement compris ce que permettaient les nouvelles technologies et nous donne donc un des premiers films du cinéma tel qu’il est désormais possible.
Et ce qui m’a fasciné dans ce magnifique coffret sorti chez HK Vidéo, en deux parties avec livrets, « Les Trois Royaumes » version longue : ça m’a donné l’impression de durer une demie heure à peine, je l’ai regardé tétanisé, les deux parties à la suite, et c’est au soir quand j’ai eu faim que je me suis rendu compte que j’avais passé l’après-midi.
C’est ça la magie du cinéma.
Un temps subjectif pour le metteur en scène qui a étiré certaines scènes à l’infini et à l’opposé quelques images presque subliminales, à peine perceptibles et qui pourtant viennent enrichir l’action : pour nous ce temps devient objectif, le film passe comme un éclair alors que dehors il ne fait plus jour et déjà nuit.
UN MINUSCULE RUISSEAU DEVENU RIVIERE BLANCHE
Les éditions « Rivière Blanche » font de l’excellent travail. Pas tout car ils rééditent un certain nombre de classiques qui pour moi ne l’ont jamais été. Du « Fleuve Noir » essentiellement.
Dans leur séries d’anthologie sur les différents pays exaltantes, ne manquez pas « Dimension URSS » présentée par Patrice Lajoye qui fait bien le point sur les grands maîtres de la science fiction du passé, on connaissait déjà, mais aussi sur la nouvelle vague celle qui est apparue dans les années 70 et qu’on ignore encore ici.
Il y a aussi le formidable « Dimension Latino » consacré à la science fiction latino-américaine par Sylvie Miller qui sait bien séparer les pays car pour nous l’Amérique du Sud c’est un tout et un pays lointain.
Elle a laissé dehors le Brésil, normal ils parlent portugais et elle peut-être pas, mais il y a bien l’Argentine, le Chili, la Colombie, le Mexique, Cuba où un nouveau nom d’importance est apparu récemment, Yoss, en Argentine elle n’oublie pas Carlos Gardini qui aurait dû depuis longtemps être publié en France par un éditeur classique, ça serait mieux passé pour lui : il a eu un Prix en 1982 pour une nouvelle décernée entre autres par Jorge Luis Borges et il est proche de ce qu’on appelle le réalisme magique.
Elle nous explique bien tout au long du livre la différence justement entre tous ces pays qui parlent tous l’espagnol mais qui n’ont pas grand chose à voir entre eux. Je me souviens, il y a longtemps, j’avais un ami panaméen que je voyais souvent et d’autre part un ami colombien. Un jour je les ai présentés l’un à l’autre, ils en sont presque venus aux mains, le colombien fils de diplomate démarrant sec en disant : « Ah ! Vous venez de la grande Colombie » le panaméen rétorquant je ne sais plus quoi…
Il y a de plus une belle postface qui fait le point justement entre les ressemblances et les divergences et des différents auteurs, ce qui m’amène à vous parler de l’anthologie précédente de Sylvie Miller, « Dimension Espagne », où nous connaissons davantage d’auteurs bien sûr puisque quelques-uns sont arrivés chez nous comme Juan Miguel Aguilera mais nous avons encore beaucoup à découvrir.
A propos par exemple de la couverture, superbe, signée Juan Miguel Aguilera, on découvre avec surprise et ravissement que celui-ci était aussi un excellent dessinateur dans la lignée de Tibor Csernus. Par contre j’ai du mal avec la couverture de Guevidal pour « Dimension Latino » mais l’illustrateur russe de « Dimension URSS », Alexei Kondakov a bien du talent.
J’oubliais : dans les deux autres livres aussi, il y a une postface éclairante : des anthlogies où il n’y a rien à jeter.
PS : Par ailleurs, dans « Dimension URSS », il y a la couverture d’un « Science et Avenir » local : « Teknika molodegi » (« La Technique des Jeunes »), avec des équivalents de Paul, et autres illustrateurs d’ « Astounding », mais soviétiques.
MESSAGE DANS UNE BOUTEILLE (14)
C’est la mort dans l’âme que j’ai décidé, pour l’instant, de ne plus répondre systématiquement à tous vos courriers.
En fait je suis assez étonné.
Vos réponses circonstanciées valent souvent très largement les quelques réflexions dont je vous ai fait part, les complètent, les contredisent, parfois les améliorent souvent et quand vous vous répondez les uns aux autres, je pense que je pourrais disparaitre sans que vous ne vous en aperceviez, et cela est bien.
Il m’est arrivé une chose extraordinaire à Saint-Malo. Je m’étais allongé sur une pelouse pour prendre le soleil et j’ai rencontré un, puis plus tard un deuxième, de mes « correspondants » réguliers. Je me souvenais de ses textes et nous avons parlé comme si nous nous connaissions déjà. Il y a donc une magie particulière d’internet puisque nous n’avons pas perdu de temps, simplement nous avons mis un visage sur une âme que nous connaissions déjà et continué la conversation.
Disons pour la faire bref que j’attends maintenant quand il aura fini, le brillant essai de Jean-Alain Moens.
Je dirais à Olivier qu’en vérité je sais depuis longtemps que la fin du monde a déjà eu lieu puisque je l’avais annoncé en 1975 ou 1976 dans la revue « Métal Hurlant » et que je suis d’accord pour ces choix graphiques.
Par contre à Jacques Dutrey je suis obligé de répondre que oui, confondre Gertrude Stein et Gloria Steinem : je n’ai qu’une excuse, je suis gâteux.
Et puis il donne plein de renseignements sur les parutions prochaines de Kurtzman auxquelles je vous renvoie (billet « Humbug, enfin (suite) du 10 avril 2010).
A Sara je dois dire que non, la sortie de « Les Chaussons Rouges » n’a été que française grâce à l’épatante maison Carlotta.
A Juju Collector, mon vieux complice (interneteux), non il n’y a pas de pochette de Wolfmother.
A Foreau D., oui j’aurais dû aller voir pour Lelong dans les Osterwalders.
Cher Kaze, j’attends donc de lire les nouvelles éditions des fumettis français puisqu’ils reviennent. Mon seul regret est que le meilleur actuellement, « Brendon », n’est pas trouvé d’éditeur car c’est là-bas que se sont réfugiés un certain nombre de dessinateurs espagnols des années 70 tout à fait intéressants comme Sio ou Marotto et qu’il y a surtout l’épatant Franzella.
Par ailleurs, toujours à toi Kaze, je dirais qu’étant actuellement sous l’eau (au sens figuratif), ayant tant de fers au feu, si tu peux attendre pour ton projet scolaire, que tu me recontactes à la rentrée. Peut-être alors aurais-je le courage de te répondre mais en ce moment, impossible.
Cher Juju Collector, tu verras que j’ai fait amende honorable (à ma manière) en ce qui concerne Buscema. Je n’avais peut-être pas été clair dans un premier texte et d’autre part, oui, Tristan Lapoussière a écrit un certain nombre d’articles tout à fait intéressants dont un sur un bon philippin, Ruben Yandoc.
A Lupo Mnema, je dirais que je suis bien triste de la disparition de Kees Kousemaker et à ce propos, parmi les pères fondateurs, c’est-à-dire ceux qui parlent le mieux de ce qui se passe chez les illustrateurs ou les dessinateurs obscurs, je n’arrive plus à joindre mon ami Jim Vadeboncoeur dont le mail rebondit sans cesse. Est-ce quelqu’un a une information ?
A Peter 12, je dirais que je ne sais pas quand on va se croiser. Peut-être à Japan Expo mais si c’est comme l’année dernière et si la queue dure encore des kilomètres, je vais peut-être abandonner, à moins que mes filles, deux jumelles de douze ans, otakus déjà, ne m’y obligent.
Cher Romuald, content que vous soyez d’accord sur Loomis qui est un génie et je pèse mes mots.
A Renaud Leory, je le remercie infiniment pour me citer tous ces livres sur la police et dès que j’aurais fini mon déménagement, je lui en signalerai un ou deux autres qu’il doit absolument connaitre.
Entre autre un tout à fait aberrant publié en 1946 à la Bibliothèque de Criminologie et que je garde pour plus tard tant le sujet est sidérant.
Si je ne réponds ni au Baron Rouge, ni à David Murail, car je n’ai pas vu les rééditions de Poivet chez Taupinambour, ce n’est pas parce que je n’ai pas lu leurs textes.
Merde, Frazetta est mort me dit Gilles. Je sais qu’il allait très mal depuis quelques temps mais c’est bien triste et ce qui est encore plus triste, c’est qu’à une époque lointaine, ça aurait fait la Une de « Libération ».
Quant à Mantichore, oui bien sûr, Salieri en son temps fut encensé et pas Mozart. J’ai vu l’opéra rock, je sais tout ça.
Je plaisante, j’ai vu l’opéra rock et j’ai trouvé la mise en scène d’Olivier Dahan admirable, si admirable même que je n’ai pas entendu la musique ce qui est bien.
Goodies75 m’a doublé car je comptais parler un de ces jours de « Breaking Bad » et je le ferais sûrement, et aussi de « La Fureur dans le Sang », je le ferais sûrement.
Quant à Jean-Luc Fromental puisque je t’ai croisé depuis, je vais tancer les gens de Rivages Poche qui ne m’ont pas envoyés « Paroles de Chiens » et la prochaine fois qu’on se parlera je pense que ce sera encore en se croisant au coin d’une rue, sachant que maintenant tu es méfiant puisque je peux confondre, tu le sais désormais, le Yacht Club de Saint-Malo et celui de San Diego. Il est vrai que ce sont deux saints.
Vous m’avez tous repris en me disant que Conan Doyle n’avait pas photographié les fées mais authentifier simplement les photos des fées de Cottingley.
Là j’ai commis une ânerie considérable et répétitive car longtemps j’ai cru que c’était lui qui avait fait les photos puis on m’a appris que non, et pourtant je m’entête, car l’idée me plait bien.
A serial, je dirais qu’il a maintenant les deux plus beaux livres de Poïvet s’il ne doit en avoir que deux. Le « 30 x 40 » était un travail d’amour, pas seulement de moi mais de Robial, d’où la couverture magnifique, et de Paul Gillon qui a participé à la chose.
A Mantichore encore, je dirais que « Life on Mars », c’est bien le titre, et que c’était une faute de frappe, et lui aussi me double encore puisque ça fait longtemps que je voulais parler de « MI-5/Spooks ».
Quant au fait que nous soyons incapables de faire des séries télé du même niveau que les anglais, je crois qu’une des raisons, et c’est pareil en Amérique, est que certaines idées, si on les proposait en France, vous feraient immédiatement enfermer chez les fous.
Imaginez que vous disiez un jour : j’ai une idée, ce serait de faire une série uchronique qui se passerait dans un monde parallèle, qui ressemble beaucoup au nôtre et où un homme médiocre et caractériel est couronné par des papillons.
Un signe de dieu qu’il doit devenir roi.
Dans une Amérique en guerre qui est aujourd’hui et à New-York avec des immeubles en verre en plus mais qu’on appelle Shiloe, souvenir de la guerre fratricide de Sécession, il est donc roi mais un nouveau souverain va apparaître couronné à son tour par les papillons : on vous foutrait dehors.
Et bien en Amérique, chez une Major, « NBC », venant donc contredire ce que je vous ai dit, ça existe et c’est formidable, ça s’appelle « Kings ».
Et je finirais pour John mac pudead en disant que bien sûr que « True Blood » est très bien, simplement je commence à en avoir aussi marre des vampires que des zombies.
Et voilà, j’ai répondu malgré moi et je regrette déjà tous ceux à qui je n’ai pas répondu mais c’est mon choix et je le respecte.
L’ART C’EST DU LARD
Décidément, j’aime bien « Le Magazine du Bibliophile » et dans ce numéro 84 particulièrement un article de Jacques Desse qui ne mâche pas ses mots et qui me rappelle un article que j’ai commis il y a longtemps et qui me valut bien des ennuis : j’avais comparé le prix d’un dessin dans sa période réaliste de Paul Klee, magnifique, représentant une petite rue en escalier au Maroc et son prix, à mon sens ridiculement bas, et celui d’une gouache de Mézières pour Valérian, en disant qu’on pouvait s’acheter quatre Klee pour le prix d’un Mézières.
Plus tard j’en ai parlé avec Mézières que cela avait choqué et je me suis excusé d’être tombé sur lui : il ne tenait pas à vendre ses originaux et n’acceptait de les vendre que cher, d’où un effet contraire, ses originaux valaient cher. Je lui ai dit que cela n’avait rien de personnel, que j’avais toujours aimé son travail, que j’aimais toujours autant, mais que je l’avais choisi au hasard comme j’aurais pu choisir la plupart de ces contemporains, auteurs de bandes dessinées.
Et c’est exactement ce que dit Jacques Desse dans « Chers, les livres anciens ? », en disant, je cite : « pour le prix d’une planche originale de Tintin, on peut s’offrir un tableau d’un des plus subtils peintres français du XVIIème siècle ; pour le prix d’une figurine de BD en plastique, comme il s’en vend des millions chaque année, on peut posséder une petite pièce de l’antiquité romaine ou égyptienne, voire de la préhistoire… ».
Je ne peux évidemment qu’acquiescer.
Ce qui m’interpelle le plus, c’est aussi quand il parle du livre, en octobre c’est la période des beaux livres où paraissent des tonnes de livres impressionnants par leur poids, leur nombre de pages, leur grand format, plus ou moins intéressants, souvent fort cher et souvent aussi dix fois plus cher que des ouvrages magnifiques de la fin du XIXème ou du début du XXème, qui feraient, puisqu’il s’agit de présents, des cadeaux autrement somptueux.
Pour l’anniversaire d’un ami à qui je voulais offrir un truc pour son anniversaire, il y a quelques temps, il est photographe et je savais sa passion pour la marine, je n’ai eu qu’une hâte, retrouver l’exemplaire de « La France au travail » consacré à la marine.
Il n’a pas ouvert son paquet le soir même mais quatre jours après, m’a laissé un message ému. Ca valait le coup que je me casse la tête.
Si je n’avais su l’avoir de vers moi, je sais que je l’aurais cherché car je savais que ça lui plairait, il fallait aussi que ce soit un photographe très différent de son style à lui mais riche en enseignement. Et je n’aurais pas pu, pour raison de coût, acheter la collection complète que vendait il n’y a pas longtemps Denis Ozannes, mais pour les anniversaires prochains de mon camarade qui a un certain nombre de passions hors la photographie, je sais déjà quel volume suivant de « La France au Travail » j’offrirai.
Quand j’étais enfant, ils étaient dans la bibliothèque familiale, je ne les ai pas souvent feuilleté jeune car l’idée de travail ne me plaisait guère, c’était les années 60, on nous parlait d’efforts et ça nous ennuyait par avance, quand je l’ai retrouvé je me suis dit que j’allais le garder, et puis non, je ne l’ouvrais jamais, il valait mieux l’offrir à un ami qui lui l’ouvrira souvent.
Du destin des livres en somme autour de ce qui pourrait être une simple chronique mais qui est bien davantage, comme souvent avec « Le Magazine du Bibliophile », s’envoler autour d’une idée.







































Partager