Le blog de Dionnet

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DE CRITERION A CARLOTTA (3è partie)
Chez Carlotta donc, le deuxième coffret des grands mélodrames de Douglas Sirk est une splendeur puisqu’ils ont eu la bonne idée de récupérer les interviews que Pascal Thomas avait faites à Lugano du maître, certes âgé alors, mais ayant encore toute sa lucidité. Ce qui est rigolo d’ailleurs, c’est qu’il y soit allé d’abord avec sa compagne de l’époque et qu’ils ont volé des images, un peu baveuses parfois, un peu tremblées souvent, mais que ces images-là, plus que dans le vrai reportage qu’il fit ensuite pour « Cinéma Cinémas », contiennent des moments intenses : comme Sirk oublie qu’il est filmé, son esprit brille davantage.
Tous les films de Sirk sont indispensables et il y en a maintenant pas mal chez Carlotta, et j’attends maintenant ces grands chefs-d’œuvre d’aventure comme l’admirable « Le Signe du Païen » avec Jack Palance ou « Taza, fils de Cochise », un autre chef-d’œuvre toujours avec Rock Hudson.
Dans le deuxième coffret des mélos donc (mieux vaut les coffrets que les DVD’s à la pièce : ils sont minces et ça prend moins de place), je n’ai pas encore tout vu, mais j’ai été sidéré par « All I desire » qui est une merveille, et par un autre que je n’avais jamais vu, « Demain est un autre jour », qui est superbe.
Etonné aussi de voir que « Les amants de Salzbourg » dont j’avais un souvenir ému mais sur lequel j’avais un doute, tenait parfaitement la route et que tous ces films avaient en commun des lumières magnifiques dûes généralement à Russell Metty et que Sirk, très pratique, dit que ce qu’il aimait le plus chez Russell Metty, c’est qu’il allait vite.
Dans ce coffret donc, il y a « La Ronde de l’Aube », vague adaptation de Faulkner qu’il traite comme un écrivain de best-seller, c’est-à-dire qu’il ne respecte que l’histoire, avec la trilogie d’acteurs magnifiques qui jouaient dans « Ecrit sur du vent » :
Robert Stack dont on a l’impression que son regard ne se fixe pas, qu’il est aveugle, enfermé à l’intérieur de ses obsessions.
Rock Hudson dont il faudra se rendre compte un jour qu’il était un immense acteur, il suffit de voir la manière dont il écrase l’hystérique James Dean dans « Géant » et qui a eu bien de la chance de mourir sinon sa légende en aurait pris un coup. Il y a aussi Dorothy Malone qui saute en parachute, si bien que l’on voit sa culotte. J’ai adoré son interview (je ne savais pas qu’elle était encore vivante), elle parle de son mambo salace : elle fête la mort de son père ivre dans « Ecrit sur du vent », elle parle aussi de « La Ronde de l’Aube » et elle explique que, bonne chrétienne qui va à la messe tous les jours, elle a dû se forcer dans tous les sens du mot pour jouer la salope immortelle de Douglas Sirk et que, terrible destin, cela lui a collé à la peau, elle qui était une si bonne chrétienne, etc., etc.
En fait, le diable et le bon Dieu sont souvent proches et je ne pense pas que Dorothy Malone était une hypocrite mais qu’elle avait enfermé en elle l’autre Dorothy Malone et que c’est celle-là que Douglas Sirk est allé chercher, faisant de celle qui voulait être une sainte, une des garces les plus torrides de l’histoire du cinéma.
Regardez les 8 films des deux coffrets en oubliant les analyses un peu oiseuses, mais en ne manquant pas les autres suppléments, tous les petits bouts de « Quelques jours avec Sirk » de Pascal Thomas et Dominique Rabourdin et les images volées, précédemment citées, de Pascal Thomas. Il doit rester du matériel encore de tout ce qu’ils ont tourné et j’espère que nous le verrons un jour.
Et puis, Douglas Sirk, dans l’interview, a une définition du mélodrame qui m’a bouleversé,
Je vous en parlerais demain.
DE CRITERION A CARLOTTA (2è partie)
J’ai dit que Sirk était le prince du mélodrame car à ce moment là, pour nous, le maître était Minnelli avec « Comme un Torrent », « Celui par qui le scandale arrive » ou « Les quatre Cavaliers de l’Apocalypse » et c’est une grande tristesse que la plupart des Minnelli ne soient pas tous disponibles et réapparaissent tout doucement, sans faire de bruit, dans une indifférence quasi générale les majors n’étant pas toujours très forts pour faire vivre leur fond. Oui, Minelli fut un prince de la comédie musicale mais il fut avant tout l’autre roi du mélodrame.
Il n’était pas le seul d’ailleurs. Nous étions quelques-uns à penser, quand nous vîmes « L’Arrangement » de Kazan, que Richard Quine avait fait mieux de manière évidente et avec un message moins lourd avant, avec l’admirable « Les liaisons secrètes ». Quoi que si l’on projetait à la suite « Les liaisons secrètes », « L’Arrangement » et « Ordinary People » de Robert Redford, on verrait qu’après la fin du rêve on peut reconstruire. D'ailleurs, admirable Donald Sutherland dans ce dernier film, dans le rôle du père. Nous pensions aussi que « Le jour du vin et des roses » de son complice Blake Edwards, étaient parmi les plus grands mélodrames du monde.
Je suis fou, personnellement, du mélodrame américain, celui d’avant, de pendant et d’après-guerre. Léo McCarey (qui n’était pas que ça bien sûr) qui se paya le luxe de refaire deux fois, sans qu’on ait à choisir car les deux sont superbes, le seul mélodrame qui fait forcément pleurer les gens qui ont un cœur, « Elle et Lui ».
Il y avait même des petits maîtres comme Mark Robson qui, avec « La vallée des Poupées », su faire quelque chose d’un peu neuf en attribuant en quelque sorte le rôle de Sharon Tate à Sharon Tate et je fus furieux quand Russ Meyer que j’aimais tant par ailleurs, fit une suite complètement dégénérée à ce qui était tout simplement un grand film. Et j’oublie John Stahl et sa flamboyance dont les films furent souvent refaits très différemment, parfois mieux, parfois moins bien, par Douglas Sirk.
Mais revenons demain à Sirk à propos, justement, de Carlotta.
DE CRITERION A CARLOTTA (1ère partie)
En DVD, pendant longtemps, Critérion régna sans partage.
Ils étaient les seuls qui rééditaient certains films français tout à fait évidents dans des copies neuves. Ils choisissaient le meilleur dans le monde entier et les portes s’ouvrant progressivement devant eux dans les majors, faisaient des objets parfaits avec des suppléments nécessaires, jusqu’à ce que leur catalogue devienne pléthorique, on achetait tout.
Maintenant, le nouveau Critérion est français, il s’appelle Carlotta, ce que je dis surtout pour nos amis américains qui me liront en langue anglaise. Ils ont en plus un catalogue d’un éclectisme formidable, quoique seulement en apparence, car il y a une grande cohérence à rééditer Fassbinder et Douglas Sirk.
Pour ma génération qui succéda aux mac-mahoniens, l’endroit magique fut le Studio Action Lafayette. J’avais même avec mon frère pris un appartement à côté afin de ne rater aucun film. On allait voir et revoir sans cesse certains cycles comme le cycle Douglas Sirk avec des copies somptueuses. Nous comprenions les mac-mahoniens, les Cahiers du Cinéma ou certains critiques et non des moindres comme Godard qui avaient vanté son génie, mais aussi je connaissais par cœur « Présence Cinéma », ma revue préférée, qui savait à l’occasion, sous la plume de Jacques Lourcelles, parler de ce prince du mélodrame.
J’ai essayé de convertir certains de mes amis comme Philippe Druillet à « Ecrit sur du vent » par exemple. Il m’a bien déçu quand il n’y a vu qu’un gros mélodrame lourdement symbolique. On s’est presque fâchés. Je peux lui redire aujourd’hui qu'il avait tort.
Douglas Sirk est maintenant à la mode, c’est tant mieux.
Mais quid des autres princes du mélodrame ?
On en reparle demain.

CORBEAU A HOLLYWOOD de Joseph Wambaugh
aux éditions du Seuil Policiers
Il y a un nouveau Wambaugh, alléluia, ça s’appelle « Corbeau à Hollywood ».
Je ne vous en dirai rien car je me le garde pour les vacances comme une chose précieuse que je lirai au soleil ou au froid, les temps sont si changeants, mais vous n’avez pas besoin de m’attendre.
Val Lewton de Kent Jones, présenté par Martin Scorcese
Un superbe documentaire qu’on trouve en DVD, en import, fait par TNT sur Val Lewton et présenté par Martin Scorsese qui voit en lui, ancien collaborateur de Selznick, l’auteur véritable de la série des grands films d’horreur avec Tourneur, mais aussi avec Mark Robson et Robert Wise. Tous ces gens qui avaient commencé avec la RKO et la plupart du temps avec Orson Welles, qui soudain faisaient des films à petit budget et qui grâce au génie de Lewton, restent les plus beaux films d’horreur du monde.
Je me suis toujours dit qu’il avait dû inspirer Minnelli pour « Les Ensorcelés » et pour le personnage de Jonathan Shields.
Cela me fait penser aussi à Selznick, auteur véritable à n’en point douter de « Autant en emporte le vent » mais pour partie aussi du « Rebecca » de Hitchcock car dans un livre espagnol, j’ai vu les dessins préalables qu’il avait demandés pour les deux films à William Cameron Menzies, très détaillés, il y avait tout d’indiqué : les costumes, les décors, les lumières et les déplacements des personnages.
Les mémos maniaques de Selznick donnent à penser qu’il se voulait lui aussi un producteur/auteur mais que ne jouant pas comme Lewton le jeu de la collaboration sur le plateau, il aboutit pour le meilleur et pour le pire à une collaboration frénétique et imparfaite avec un certain nombre d’auteurs - quatre ou cinq metteurs en scène, je crois, se succédèrent sur le tournage de « Autant en emporte le vent » - avant d’obtenir ce qu’il voulait.
Drôle de bonhomme que ce Selznick et étrange cette manière dont, plus que le succès (il en a eu énormément), il voulait voir les films tels qu’il les aurait faits mais ne voulait pas les faire, déléguant à des gens de talent et parfois de génie, sa vision, ce qui évidemment était impossible, car ils avaient la leur.

Tous Ces Mots A Jamais Egarés (2ème partie)
Les dictionnaires, pour faire place à un certain nombre de mots nouveaux, certains mots nécessaires mais aussi des néologismes qui seront démodés demain, suppriment sans cesse un certain nombre de mots considérés comme désuets, alors même qu'ils devraient logiquement grossir au fil du temps. Malheureusement, pour garder le même prix, ce qui est logique, ils conservent le même volume global, ce qui est logique.
Héloise Neefs a écrit le livre « Les Disparus du Littré » qui est quand même le plus respectable des dictionnaires respectés. Sur chacune de ses 1300 pages, figurent 25 mots portés disparus et tombés en désuétude (je ne l’ai pas encore lu et je vous en parlerai à l’occasion).
Mais j’aimerais bien que chaque fois qu’un dictionnaire se vante d’avoir fait la place pour cent mots nouveaux, il nous dise aussi quels sont les cent mots qu’il a fusillés pour l’occasion.
Tuer un mot pour qu’un autre se mette à vivre me semble être une forme d’euthanasie de la pensée extrêmement grave. Quand je repense à un de mes auteurs préférés, parcimonieux, car il écrivait trop peu mais toujours brillantissime : Alexandre Vialatte, je me dis que quand il se battait avec véhémence dans « Spectacle du Monde » ou dans « La Montagne », je ne sais plus, disant qu’il ne fallait pas dire « tant qu’à faire » mais « à tant faire », que le combat est désormais perdu puisque l’on ne dit désormais plus ni l’un ni l’autre.
C’est aussi grâce à lui que je me suis intéressé à certains instruments baroques, comme il parlait du sarrussophone :
allant fouiller un peu, j’ai découvert une dizaine de parents du saxo aux noms bizarres qui correspondaient à des instruments oubliés, rares désormais, mais que je retrouve parfois dans certains orchestres pop ou folkloriques, et je suis bien content en voyant l’instrument de pouvoir lui donner un nom.
PS 1 : Il y a quelques années, Tom Waits avait fait un recueil de musique, livre et CD, uniquement consacré à ces instruments méconnus : c’était un régal. Certains morceaux étaient difficiles certes, car les sons pour nous étaient nouveaux, mais j’y revenais sans cesse et il m’arrive encore d’y revenir. Ce coffret, je l’ai passé à d’autres qui l’ont passé à d’autres, en une longue chaîne. Qui pourra me rappeler le titre pour m’éviter de rechercher dans mes piles ?
PS 2 : Attention, je suis nul en informatique et il m’a fallu bien longtemps pour démarrer ce blog. Est-ce que quelqu’un qui s’y connait, qui aurait soit le Larousse, soit le Robert, soit un autre dictionnaire dans ses fichiers, pourrait m’aider en me disant par exemple entre l’édition 2008 et l’édition 2009, quels sont les mots qui sont rentrés (de ça ils se vantent), et quels sont les mots qui sont partis ? On pourra alors constater sur le fait s’il s’agit de choses regrettables mais inévitables ou de mauvaises actions commises impunément.
traité de Faerie Suivi d’autres recueils fameux de Féérie et d’Elficologie de Ismaël Mérindol
Présenté et adapté par Edouard Brasey
aux éditions Le Pré aux Clercs.
Ce livre fait partie de la série de livres épatants de Edouard Brasey que j’ai lus mais, phénomène nouveau, que mes filles de onze ans (une paire de jumelles) relisent tout le temps, que ce soit « l’Encyclopédie du Légendaire », « l’Encyclopédie des Elfes » ou surtout, car elles sont très « Charmed », le « Traité de Vampirologie » où j’ai juste regretté l’absence des vampires turcs, dont j’oublie le nom, qui se promènent en talons aiguilles et qui étaient évoqués dans un autre livre de vampirologie il y a bien longtemps.
Dans une préface stupéfiante, Edouard Brasey dit comment il est devenu elficologue, rappelant que c’est la science des elfes et du petit peuple : comme Pierre Dubois et d’autres il est tombé dans la marmite. Il cite abondamment ses sources en signalant qu’entre autres dans ses ouvrages « l’Encyclopédie du Merveilleux », « Le guide du chasseur de fées » et « Le guide du chasseur de fantômes », il avait emprunté nombre de citations à Maître Mérindol, l’auteur du « Traité de Faërie » qu’il reproduit ensuite intégralement, illustré de très jolies images venues d’un peu partout, de toutes les époques.
Il y a aussi des textes comme « Le Comte de Gabalis ou entretiens sur les sciences secrètes de l’abbé Montfaucon de Villars », « La République mystérieuse des elfes, faunes, fées et autres semblables de Robert Kirk », « Le Sylphe amoureux, Anonyme ».
Je regrette juste que certaines images ne soient pas attribuées à leur auteur (il y a quelques illustrateurs formidables, que je ne connaissais pas), dont une signée d’un mystérieux David H. sur lequel je vais essayer d’en savoir davantage et une autre qui me fait penser aux frères Doyle, soit à Charles Altamont, soit à Richard, soit même à James E., le plus mystérieux et celui sur lequel on sait le moins de choses.
J’espère qu’il sera réédité en citant les sources précisément de cette image, cela serait bien utile.
En attendant, comme je vois qu’il a participé à ladite iconographie, je demanderai quelques éclaircissements à Jean-Michel Nicollet.

Tous Ces Mots A Jamais Egarés (1ère partie)
Vous remarquerez que dans ce blog, sciemment d’ailleurs, mais parfois simplement parce que je viens d’un autre temps, j’utilise des mots peu usités, vous obligeant peut-être à marcher jusqu’à votre dictionnaire.
Car chaque fois qu’un mot se perd, chaque fois qu’un mot disparaît, une idée précise disparaît qu’on ne pourra plus exprimer exactement autrement. Je me souviens d’une productrice de télé, dite intellectuelle, lors d’un très bref passage sur TF1 dans une émission de cinéma, qui m’avait dit que j’employais parfois des mots trop compliqués. Les gens n’ayant qu’un vocabulaire réduit, il fallait - même si nous en savions davantage - utiliser moins de mots. En gros, elle me demandait de réduire le vocabulaire des gens qui déjà en manquait, sans leur demander leur avis d’ailleurs.
J’ai pris l’habitude et je l’ai transmise à mes enfants, d’ouvrir le dictionnaire au hasard, comme quand j’étais petit et que mes parents me le faisaient faire, pour apprendre un mot que je ne connais pas.
D’autre part, la littérature actuelle est coupable puisqu’elle a choisi par démagogie et soi-disant pour créer un style vivant (j’appellerais plutôt ça un style mort surtout quand il est commun à plusieurs auteurs), un vocabulaire réduit ou ce trop fameux vocabulaire commun.
Et c’est désormais dans les ouvrages historiques, dans les grosses thèses poussiéreuses et dans les ouvrages théoriques où l'on est quand même forcé - si on fait son travail - d’utiliser le mot juste, que je trouve parfois des mots superbes, jamais utilisés.
Mais le peuple dont on veut le bien malgré lui, heureusement, continue à créer un langage vivant.
Il y a toujours dans certains cafés la culture gouailleuse issue des années 50, proche de Michel Audiard et de Maurice Tillieux, qui réinvente l’argot et il y a dans le nouvel argot des rappeurs - Ah ! le génie de NTM – des inventions verbales éblouissantes.
Car pour qu’une langue vive, il faut certes qu’elle conserve son passé mais aussi qu’elle invente son avenir et sa métamorphose (j’emmerde les académiciens français et les dictionnaires les plus huppés qui refusent certains anglicismes), mais j’en veux surtout à tous les dictionnaires révisionnistes, ce à quoi je viendrai demain.




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