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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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DE CRITERION A CARLOTTA (4è partie)

mardi 16 juin 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Pour moi, le mélodrame est le plus beau genre qui existe même si le nom est devenu péjoratif. Il ressemble à la vie. C’est tout le contraire d’un genre artificiel et il me semble justement, selon la règle bien française des trois unités, que la comédie et le drame sont, eux, univoques et artificiels. Les pays anglo-saxons, grâce à Shakespeare, savent que le mélodrame est la vie avec ses hauts et ses bas, yoyo extraordinaire de l’existence, où le malheur et le bonheur peuvent se conjuguer en un même instant, l’un étant nécessaire à l’autre pour que nous profitions au mieux de notre courte existence.
C’était ça mon idée du mélodrame.

Or, Sirk a une définition beaucoup plus intéressante à laquelle j’aurais dû penser. Il dit que « mélo » vient de « musique » et « drame » de « drame » et qu’en gros, le mélodrame est un drame où la musique vient souligner les moments de passion ou de tension.

Dès que l’on remarque ça, on redécouvre que tous les mélos - de Sirk mais aussi de Minnelli (avec l’incroyable roulement de tambours de guerre indien, quand le bus arrive, au début de « Comme un torrent »), ou la musique ludique mais déjà fêtée des instants joyeux dans le début de « Le jour du vin et des roses » de Blake Edwards, dûe à Mancini - disent des choses qui ne pouvaient pas être dites autrement.

Cela m’a fait repenser à une jolie conversation que j'eus il y a bien longtemps, où j’avais réussi à mettre l’un en face de l’autre Joe Hisaishi et Olivier Dahan qui allait collaboré sur « Le Petit Poucet » et Olivier a dit à Hisaishi qu’il avait bien de la chance de faire de la musique, car lui pouvait communiquer directement avec l’âme tandis qu’au cinéma, la lourdeur des machines, les acteurs et toutes ces sortes de choses ne lui permettraient jamais d’arriver à un tel absolu.

Et c’est un autre japonais, Hidéo Nakata, qui m’avait dit un jour qu’il avait mis des mois, avec Hisaishi d’ailleurs, à trouver le son exact du téléphone qui sonne dans « Ring » car il ne voulait pas d’un téléphone qui ressemble aux autres, à celui d’une série télé japonaise, et que c’était ce téléphone qui était la principale musique du film.

Regardez donc les deux coffrets Douglas Sirk, le premier contenant : « Le Secret Magnifique », « Tout ce que le ciel permet », « Le Temps d’aimer et le Temps de mourir », « Mirage de la Vie » et le second : « All I desire », « Demain est un autre jour », « Les Amants de Salzbourg », « La Ronde de l’Aube ».

Vous verrez aussi l’évolution dans la manière de filmer l’âme humaine de Sirk, depuis ses films les plus anciens en noir et blanc, très expressionnistes qui renvoient à Fritz Lang ou à Siodmak, utilisant les contrastes de la lumière et des ombres pour dire les désirs, à la période couleurs avec Russell Metty et au milieu « La Ronde de l’Aube » avec sa belle photo en noir et blanc.

Sirk se demande dans les interviews s’il n’aurait pas dû le faire en couleurs et comme il vient de le revoir, dit que non après tout : il fallait qu’il soit en noir et blanc, il est comme un enfant, content de lui, comme s’il regardait le film d’un étranger. C’est un enchantement.

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