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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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DAVID MORRELL, LA MORT DE CAPTAIN AMERICA ET LE COMA DE LA BANDE DESSINEE (3ème partie)

lundi 6 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Il n'y a eu dans la culture que deux révolutions : l'une avec Gutenberg et l'imprimerie de masse, bref la communication du savoir à tout le monde, ce qui a peut-être provoqué la révolution... Le savoir n'est pas sans danger.
Et une deuxième avec la télévision, qui est arrivée chez nous sans nous demander d’efforts avec ensuite Internet et les livres qu’on peut acheter sans les avoir vus et les DVD et jeux vidéos que l’on peut recevoir chez soi par la Poste.


L’avantage c’est qu’on peut les trouver, l’inconvénient c’est qu’on ne découvre jamais que ce qu’on cherche déjà. Il y a donc désormais, par rapport aux arts actifs, une attitude active et aux arts passifs, une attitude passive.

Certains hésitent entre les deux, comme moi, allant plutôt chez les libraires chaque fois que cela est possible et leur commandant les livres, mais dans certains cas, ne pouvant les trouver, surtout pour les œuvres étrangères, allant sur internet pour éviter un long parcours du combattant avec les librairies d’import sur Amazon…

Et certains n’ont pas ce choix car ils habitent dans un désert de Gobi quelconque.

Quand on regarde un DVD chez soi, on peut s’arrêter au milieu pour pisser ou pour aller boire une bière et l’on reprend un peu plus tard ou le lendemain sous la couette : on est dans le passif, même si on a fait un choix actif.
A la télé, on est vraiment dans le passif, puisqu’on zappe en se laissant porter par le hasard : essayez de demander à quelqu’un devant sa télé ce qu’il regarde, généralement il vous répondra qu’il ne sait pas.

Par contre, aller au cinéma aujourd'hui, surtout à plusieurs ou en famille, avec le McDo et les transports, est devenu toute une aventure avant tout onéreuse.
Heureusement, il y aura toujours des jeunes pour qui la vie est une aventure, ainsi que les fêlés retardataires qui préfèrent aller dans une salle périphérique pour voir enfin, sur grand écran, un Michael Curtiz qu’ils n’ont vu qu’à la télé ou en DVD, et dont ils n’ont qu’un souvenir flou et qui soudain, dans une vraie salle, avec un véritable écran, redécouvrent vraiment le film.

Je me souviens d’une aventure qui m’est arrivée au Studio Action après la sortie du DVD de « Il était une fois en Chine », tout le monde me disait que c’était bien dommage qu’il ne soit pas sorti en salles. Nous avons eu 50 000 spectateurs au Grand Action, en l’espace de quinze jours, qui connaissaient le film par cœur mais qui voulaient le voir enfin dans ses grandes largeurs.

Heureusement que certains vont toujours (actifs !) dans les librairies spécialisées et en cherchant un livre en trouvent un autre, en cherchant une bande dessinée en trouve une autre.
La bande dessinée a d’ailleurs là un énorme avantage. Avec le roman, on ne sait pas toujours, mais avec la bande dessinée, il suffit d’ouvrir, de feuilleter et on sait où on va, et où on ne va pas d’ailleurs.

Pourquoi toutes ces périphrases ? C'est parce qu'on parle toujours d'arts en train de mourir depuis, me semble-t-il, une éternité.
Les conteurs ont disparu, sauf des parvis des centres culturels et des cafés littéraires.

On a dit qu'avec l'arrivée du cinéma, le théâtre allait mourir. Et c'est vrai qu'il a perdu de sa prééminence, mais il n'est pas mort pour autant.

On a dit aussi dans les années 50, avec l'arrivée de la télé, que le cinéma allait mourir. Pour l'instant, il va seulement mal.

En cinéma, en BD, en littérature, en art, il y a toujours un pays, et souvent un seul pays à la fois, qui tout à coup réveille les autres. A un moment ce fut Hong-Kong, à un autre la Corée, maintenant c’est le Mexique et bientôt la Russie : cela je vous le garantis.

En ce qui concerne la bande dessinée en revanche, je suis plus inquiet car ceux qui parlent de son décès imminent sont souvent ses créateurs, éditeurs et auteurs, rejetant toujours la faute sur les autres qui surproduisent.
Jamais un éditeur n’a dit de lui-même qu’il produisait trop, c’est toujours, toujours la faute des autres. Et le lecteur doit avancer à la machette pour s’y retrouver dans des rayons trop pleins.

Je me souviens avec nostalgie de certains critiques de bande dessinée des années 70 qui avaient un beau bagage académique et qui connaissaient l’histoire de l’art et de la littérature et de l’histoire tout court en général, les Goimard, les Couprie.
Ils connaissaient aussi par cœur l’histoire de la bande dessinée et pouvait juger un livre à son aune véritable.

Aujourd'hui, le critique de bande dessinée, comme auparavant le critique de cinéma, se sent obligé de choisir et il ne dira du bien que des nouveaux auteurs en noir et blanc à couverture souple, genre « l'Association », ou que des albums cartonnés classiques ou que des mangas ou que des comic books traduits par Panini.

Et ces écoles ne communiquent pas pour s’échanger des infos et pour se dire qu’en fin de compte, cela n’a pas d'importance : qu'il y a partout, dans tous les domaines, dans tous les styles graphiques, de bons et de mauvais livres.
Et que personne n’est obligé de faire un choix.

Ah ! Il est loin le temps où les Gide et les Cocteau disaient que le meilleur du roman c'était le roman noir ; où Boris Vian défendait des comédies musicales avant l'heure avec son complice Jean Boullet ; où Marcel Brion de l'Académie française parlait de « Félix le chat » et où Jacques Goimard encore, pouvait prendre la Une du journal « Le Monde » pour défendre Arzach, disant que c’était une révolution.

Suivant le médiocre exemple des réseaux littéraires, la petite intelligentsia bédéesque pratique désormais le renvoi d’ascenseur, les critiques étant eux-mêmes parfois des directeurs et défendant surtout les copains des coquins.

Je n’aurais qu’un conseil à vous donner, c’est de faire comme je faisais en mon temps.
D’une part, on peut toujours aller dans les librairies de bon conseil et il y en a quelques-unes.
Quand elles sont de mauvais conseil ou avec un vendeur amnésique dont vous remarquez immédiatement qu’il ne sait pas de quoi vous parlez, rien ne vous empêche de passer une heure dans les rayons jusqu’à ce que vous ayiez découvert le livre qui vous sied. D’autre part, vous pouvez également, comme je le faisais aussi, prendre les critiques à l’envers.

J’étais par exemple, en mon temps, fasciné par les critiques de cinéma de « Télérama » qui, au bon temps de la censure catholique, disaient pourquoi il ne fallait pas aller voir tel ou tel film, décrivant en détails les scènes « à déconseiller ».
Evidemment, plus on déconseillait un film, plus j’y allais et puis certains critiques fiables qui affichaient un goût totalement opposé aux miens, me servaient de guide, à contrario. Tous les films qu’ils détestaient, j’allais les voir, tous les films qu’ils encensaient, je les évitais.
Et il y a toujours quelques critiques auxquels on peut se fier : on se reconnait en eux.
A vous de trouver les vôtres.

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