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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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LA COLLECTION POESIE DES EDITIONS LA DELIRANTE (2ème partie)

vendredi 17 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Le dernier ouvrage que j’ai lu dans la collection de La Délirante est « La jouissance littéraire » de Jorge Luis Borges, avec quelques dessins rapides mais pas insignifiants de Fernando Botero. Suite à un de ces mystères dont il vaut mieux ne pas connaître les organisateurs, Borges, longtemps édité chez Gallimard, l'est maintenant à La Délirante. Nous ne verrons sans doute jamais le tome 3 de son œuvre complète à La Pléïade, tandis que les tomes 1 et 2 retirés de la vente, valent désormais une fortune.
Et puis, dans La Pléïade, j’ai toujours eu l’impression de peiner, avançant tout doucement et n’ayant pas de plaisir à tourner le papier bible, un reste d’anticléricalisme ou de souvenirs de pensionnat catholique où j’ai été élevé, sans doute.
Je préfère ces opuscules minces de grand format qu’on peut plier en rond dans la poche et emmener partout avec soi.

Dans l’ouvrage précité, Borges enfourne un de ses chevaux de bataille : le fait que les poèmes soient bons ou mauvais suivant le contexte et la manière dont ils sont cités les uns par rapport aux autres et par rapport au moment où on les lit. Pour lui, le même texte, selon qu’il est ancien ou nouveau, a une valeur différente, car dans les anciens des figures poétiques apparaissent, alors que dans les nouveaux, elles sont simplement ressassées.
Et puis aussi le moment où on lit a son importance : il ne dit là rien d’autre que les scientifiques qui ont appris désormais que l’observateur et les conditions d'observation étaient aussi importants que le sujet observé.

Devenu aveugle, il parle mieux, citant de mémoire approximativement parfois et inventant même quelquefois, arrondissant les angles et avec un humour que peu de gens ont remarqué. Il invente même des citations attribuées à d’autres, des gens plus connus dit-il, afin de leur donner du poids.
Et il donne envie de lire des poètes qu’on ne lit pas comme Quevedo. Et il n’aime pas Gongora que j’adore, tant pis.

Il dit qu’il est plus facile d’écrire sur le malheur que sur le bonheur, ce qui semble après coup une évidence.

Il y a d’ailleurs un autre Borges dans la collection, « Rythmes rouges », gentiment illustré par Antonio Segui chez le même éditeur mais hélas pas en bilingue.
Il y a aussi un recueil d’aphorismes d’Ernst Junger et des sonnets de Gongora justement, en bilingue heureusement car sa langue est incroyable et je vous citerais, chez Gongora, un aphorisme qui vous donnera peut-être envie :

« Les lampes merveilleuses et les anneaux magiques.
Des contes orientaux sont les symboles
Du despotisme parfait »

Si vous voulez vous mettre à Yeats, ce qui est vital (il a changé plus d’une vie dont la mienne), vous pouvez commencer dans cette collection par « Dix-sept poèmes » en édition bilingue. C’est quand même mieux en anglais même si le traducteur Fouad El-Etr a pour une fois magnifiquement fait son travail, mais traduire la poésie est si dur…

Toute la collection est magique. Ce sont de jolis objets, un tout petit peu trop grands pour mettre dans la poche, mais minces, et qu’on peut toujours avoir avec soi pour butiner chaque fois qu’on en a l’occasion.

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