Le blog de Dionnet

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Enfin le dictionnaire de la mode
L’histoire de la mode est un de mes dadas et je peux être assez pointu dans le genre. Pour l’instant, aucun dictionnaire ne m’avait satisfait.
Et bien ça y est.
C’est le « Fashion Dictionary » édité par Guido Vergani chez Baldani Castoldi Dali editore, Inc. en Amérique et qui existe aussi bien sûr en édition italienne.
J’ai été par exemple y chercher l’extraordinaire illustratrice qui travaillait pour « Donna » et qui avait un moment, au début de sa carrière, été l’objet de l’attention de René Gruau. Il la fit travailler un an dans son atelier à côté de lui avant de lui dire de s’envoler. Elle tenait de Gruau d’ailleurs dans la précision et l’économie du trait, mais faisait tout à fait le contraire, accumulant des dizaines de personnages sur des pages qui ressemblaient à des « pilotoramas », avec des numéros indiquant quel couturier avait habillé tel personnage dans la scène recomposée.
Je cours donc dans ce dictionnaire, immédiatement, à cette illustre inconnue qui s’appelle Maria Pezzi. Et oui elle est là, elle a même droit à deux longues colonnes. On parle bien d’elle et de sa relation privilégiée avec Dino Buzzati.
Je cours à Dino Buzzati, l’auteur de « Le désert des Tartares » qui curieusement était un grand amateur de mode et n’hésitait pas à commettre des articles sur les couturiers italiens au moment des défilés. Il est là.
Je cours ensuite à Cifonelli, mon couturier de prédilection, il est là et cela me fait penser que les magnifiques costumes de Catherine Frot dans le dernier film de Pascal Thomas « Le crime est notre affaire » sont signés Cifonelli. Ah ! la magnifique copie de robe de Grace Kelly modifiée pour Catherine Frot : voilà enfin quelqu’un qui a compris ce qu’était le costume de cinéma, ce qui n’est pas le cas de la plupart des couturiers qui créent des costumes pour un film, un jour ou un autre.
Si je cherche un peu la petite bête, je dirais qu’il manque Oliver Messel, le couturier de théâtre anglais, qui fit la chose la plus étrange du monde pour le cinéma, pour le
« Roméo et Juliette » de George Cukor : tous les costumes de femmes étaient d’Adrian et tous les costumes d’hommes de Messel, en contradiction absolue, et ça fonctionnait.
Il manque Travilla, grand couturier classique d’Hollywood qui, à la fin de sa vie, ne trouvant plus de travail, accepta de travailler pour une série télé où on lui demanda s’il pouvait faire des costumes vulgaires. Il répondit bien sûr, et lui qui avait habillé Ann Sheridan de grands fourreaux noirs classiques, se retrouva à costumer
« Dallas ».
Il manque aussi Ruth Rose, costumière de cinéma conséquente américaine, Walter Plunkett et Jacques Manuel qui non seulement fut un grand costumier, mais fit avec le dernier numéro de « La Revue du Cinéma » le 19/20, le premier ouvrage fondamental sur le costume de cinéma (inexplicablement oublié d’ailleurs dans la récente réédition soi-disant complète de cette revue), Carlo Mollino qui, en dehors de créer des meubles, des voitures, des avions, des maisons et de faire des photos polaroïd torrides, fit aussi quelques costumes anonymement pour des boutiques sexy de Pigalle, l’immense Irène Sharaff et par exemple le costumier de Wong Kar-wai qui à une époque était aussi son monteur !
Il manque dans les grands couturiers de théâtre anglais Charles Ricketts, il manque dans le « kinky », Frederick’s of Hollywood, et parmi les photographes je suis étonné de l’absence de Jean Larivière.
Quand on en arrive là, ça veut tout simplement dire que le dictionnaire est formidable car j’ai vraiment dû chercher la petite bête, pour faire mon malin.





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