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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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L'Art de Noel Sickles

mercredi 16 septembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Enfin, joliment préfacé par Jim Steranko, voici un livre sur l’ensemble de l’œuvre de Noel Sickles qui s’appelle « Scorchy Smith and the art of Noel Sickles ».

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Pour ceux qui auraient tout raté, rappelons que Noel Sickles inventa, avec « Scorchy Smith », la manière impressionniste de dessiner dont sont issus Milton Caniff (son ami et collègue d’atelier), Hugo Pratt, Alex Toth et les autres.

Il y a dans l’album l’intégrale de « Scorchy Smith », et on le voit évoluer constamment, même quand il a trouvé le style qui fit le succès de bien d’autres dessinateurs (j’oubliais Frank Robbins : son meilleur disciple de mon point de vue) mais il avait la bougeotte. Dès qu’il trouva son style en bande dessinée (c’est vrai qu’il était moins intéressé par les histoires que Caniff), il partit vers l’illustration et ne cessa jamais sa vie durant d’évoluer. Il y a les images de guerre puis sa longue collaboration au plus prestigieux des magazines illustrés d’alors, le « Saturday Evening Post ».

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L’étendue de sa palette est sidérante d’images fouillées qu’on pourrait attribuer à Robert Fawcett, à des quasi esquisses, minimalistes, voir son adaptation de « Le vieil homme et la mer » (Hemingway ne voulait pas qu’on l’illustre, il a fallu que Sickles lui montre les dessins pour qu’il dise oui).

Constamment, toute sa vie durant, il a été novateur.

J’ai la chance d’avoir quelques dessins de lui. Un qui ressemble à du Breccia, mais c’est avant Breccia, un extrêmement fouillé qui montre l’armée allemande en déroute qui emmène des œuvres d’art, tandis que dans l’autre sens une grande décapotable ramène un officier sur le front de l’Atlantique. L’œuvre est à la gouache, en couleurs, et à un format très inférieur à celui de la parution. Je ne connais qu’un autre artiste qui a osé ça parfois avec le même résultat détonnant (il faut un sacré contrôle), c’est Moebius.

A la fin de sa vie et comme les grands hebdos passaient à la photo, il a eu la chance, comme beaucoup d’autres grands illustrateurs, de se retrouver à « Sélection du Reader’s Digest » où il fit là aussi des merveilles, et au « Club du livre de sélection », comme Briggs ou Lynd Ward. Et il continua de faire des choses passionnantes en se basant sur les deux couleurs d’appoint « à plat » qui étaient la norme dans
« Sélection ».

Que de merveilles ai-je ainsi découvert étant jeune dans la production de
« Sélection » : mensuels, albums des jeunes, livres condensés, qui m’ont influencés durablement, et qui furent en fait ma principale source de réflexion artistique : je m’en suis rendu compte après tout, mais ceci est une autre histoire.

En tout cas, achetez absolument le bouquin sur Sickles qui est peut-être, avec Moebius donc, et avec de Lucca en Italie, un des trois artistes « mineurs » qui ont pris le plus de risques dans leur carrière, et qui ont suivi le plus de chemins différents, en arrivant à pratiquement dans toutes ces tentatives, à se recréer toujours semblables et toujours différents.

Ce livre là est peut-être le livre d’art le plus important de l’année sur un immense dessinateur, un immense illustrateur et un grand peintre aussi sur le tard.

Achetez le et passez votre vie dedans, surtout si vous êtes dessinateur, car vous y apprendrez des milliers de choses.

Le livre est édité par Idea & Design Works Publishing.

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