Le blog de Dionnet

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Roman Graphique - 1ère partie
Ca y est, nous l’avons enfin, le livre sur les romans graphiques que nous attendions tous puisque les quelques articles que j’ai lus en France étaient soit totalement idiots; j’ai déjà parlé d’un article aberrant paru dans une revue dont je peux maintenant dire le titre, l’excellent par ailleurs « Le Collectionneur de Bandes Dessinées » dont l’absence se fait cruellement sentir, qui rejetait loin de la bande dessinée les romans graphiques des origines puisqu’ils n’avaient pas de bulles : c’était idiot puisque c’était l’époque du cinéma muet, l’absence de bulles semblait logique d’autant qu’aujourd’hui un certain nombre de gens comme Ott ou Kupper ne sont pas rejetés pour autant du monde de la bande dessinée, voir l’excellent Nicolas de Crecy dans certaines de ses œuvres.
Toujours est-il que ce livre, enfin, est dû à quelqu’un qui connaît son sujet. Il s’appelle « Le Roman Graphique. Des origines aux années 50 » de David A. Beronä, paru aux éditions La Martinière.
Il en fait brillamment le tour et pas seulement dans les œuvres américaines puisque le graphic novel naquit en Europe en vérité.
L'auteur prend même le soin de souligner qu’il a ignoré, faute de place, certains Masereel car l’homme était trop prolifique, tout ce qui était biblique et lié à la vie du Christ comme « The Life of Christ in Woodcuts » de James Reid ou les œuvres biographiques magnifiques de Charles Turzak (là c’est vraiment dommage) comme son « Abraham Lincoln : A biography in Woodcuts » et son « Benjamin Franklin : A biography in Woodcuts », ainsi que « Mitsou 40 images » par Balthus (œuvre de jeunesse de Balthus, il avait treize ans) ou de Helena Bochorakova-Dittrichova, ou de Scottsborro Alabama « A Story in Linoleum cuts », mais il en oublie également d’autres, j’y viendrai plus tard.
A propos de la précocité de Balthus, signalons parmi les essais enfantins prodigieux les tentatives avortées très Edward Lear de Maxfield Parrish, le futur grand illustrateur dont on peut voir des bouts dans « Young Maxfield Parrish » de John Goodspeed Stuart, édité à compte d’auteur, hélas, mais trouvable sans doute.
En tout cas, il raconte bien Masereel qui inventa le genre avec une succession d’images qui créée davantage une ambiance qu’une continuité narrative même si sur la fin de sa vie il était devenu davantage raconteur. Il évoque évidemment le génial Lynd Ward qui, je le rappelle, était le maître de Will Eisner et en aparté, se demande à propos de Masereel et des autres si ceux ne sont pas les dessins de certains décorateurs expressionnistes allemands, bois gravés qui ont tout déclenché.
Ce n’est pas idiot.
Mon seul regret est qu’il n’ait pas inclus le dernier roman graphique de Lynd Ward, inachevé et paru à titre posthume, qui n’était pas le moins intéressant et dont j’oublie le titre à la seconde. A noter que Lynd Ward était contemporain de grands graveurs sur bois comme l’immense Rockwell Kent, qu’il avait la même sensibilité socialisante mais qu’à l’un comme à l’autre, on ne reprocha jamais leurs amitiés communistes, ils eurent cette chance : l’un, Lynd Ward, parce que son œuvre s’arrêta avant le Maccarthysme, l’autre, Rockwell Kent, parce qu’entre temps il était devenu une icône incontournable de la culture américaine, puisque illustrateur de grands ouvrages des pères fondateurs, et put se permettre de continuer à publier en Union Soviétique, chez Aurora.
L'auteur donne leur place à Milt Gross qui était peut-être un comique mais dont les romans graphiques étaient poignants et à Myron Waldman qu’il m’a fait découvrir et dont je vous montre quelques images (c’était un animateur qui fit un roman graphique sur les fantasmes d’une secrétaire qui se rêve une vie d’aventures à Hollywood).
Il y a aussi Istvan Szegedi Szüts que je ne connaissais pas, qui naquit à Budapest, travailla à Hollywood et rejoignit certaines expériences graphiques qui parurent dans la presse française avant-guerre, dues à ce qu’on appelait alors « les artistes du livre » (Charles Martin et Eddy Legrand entre autres) qui firent ainsi certains commentaires graphiques d’évènements comme les expositions universelles sous forme de récits.
Il parle ensuite longuement de Giacomo Patri, l’auteur de « White Collar » qui vient d’être édité en France, une histoire en bois gravé, introduite par Rockwell Kent, œuvre militante sur laquelle je reviendrai.
Il donne également sa place à Laurence Hyde (Laurence Evelyn Hyde), anglais qui partit au Canada et dont l’unique graphic novel a également été réédité, ça s’appelle « Southern Cross ». Je vous en parle un peu plus loin.
(C’est une œuvre magnifique qui rejoint d’ailleurs curieusement le travail de gravure sur bois de cet artiste multi-cartes et sous-estimé qui va de la peinture au bois gravé et vice-versa et sur lequel je prépare quelque chose puisque rien n’existe, qui s’appelait Kent Anderson et qui fut aussi un grand peintre symboliste et parfois un précurseur de l’hyper réalisme)…
Ce livre est indispensable pour qui s’intéresse au roman graphique et donc à la bande dessinée.
Tous les dessinateurs de la nouvelle génération qui essayent de briser le cadre de la narration traditionnelle de la bande dessinée et tous ceux qui travaillent en petit format, peut-être à cause de « Maus » ou de Will Eisner ou de « l’Association », se doivent de lire ce livre, de le connaître et de chercher les œuvres qui ne sont pas reproduites ici in-extenso, pour ne pas réinventer l’eau chaude car tous les auteurs précités et particulièrement le géant Lynd Ward leur permettront des progrès considérables dans cette narration fragmentaire qu’est le graphic novel et que personnellement, je préfère souvent aux bandes dessinées car le pouvoir de suggestion de certaines de ces images est tel qu’on peut les relire sans cesse, ce qui n’est pas le cas de beaucoup d’albums de BD.
La suite lundi.










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