Le blog de Dionnet

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Les Photographes italiens - Arturo Ghergo
L’art de la photographie reste à découvrir car si en France, en Angleterre, en Amérique, il y eut d’une part une reconnaissance très rapide des grands photographes mondains et de mode et si d’autre part, grâce à des écrivains de poids, cette reconnaissance également des photographes du monde réel et de la vie quotidienne, que cela soit photo anecdotique, photo militante, photo de faits divers et autres photos sérieuses dont évidemment et surtout la photo de guerre, grande reste l’ignorance où nous sommes tous, des autres pays.
Je pense aux photographes chinois qui furent extraordinaires dans les années 30, entre autres à Shanghaï (je possède quelques œuvres de maîtres oubliés récupérées lors d’un voyage pour un film qui ne se fit pas, de Robert Florey et Cecil B. de Mille et jointes à un manuscrit de Florey, et on voit que « In the mood for love » par exemple est très directement inspiré de chinois qui faisaient du Man Ray avant Man Ray).
De la photo russe on connait surtout les débuts puis les exilés.
Et deux pays surtout sont sous-estimés pour des raisons compréhensibles mais avec le temps devenues étranges : l’Allemagne où il y eut après la guerre (tout le monde est d’accord pour encenser les grands photographes d’avant le nazisme) des photographes passionnants tout comme il y eut un cinéma passionnant qu’on a préféré ignorer jusqu’à en gros Werner Herzog et Fassbinder, et l’Italie, qui eut toujours des photographes admirables méconnus presque toujours car peu exportés.
C’était le cas de Carlo Mollino, le Léonard de Vinci érotomane du XXème siècle, que tout le monde ou presque devrait connaître désormais, c’est le cas de Arturo Ghergo, photographe de mode et portraitiste mondain qui est enfin l’objet d’un ouvrage publié par SilvanaEditoriale « Arturo Ghergo – L’immagine della bellezza – Fotografie 1930-1959 ».
La connaissance des photographes italiens serait d’ailleurs très utile entre autres à ceux qui se passionnent pour le cinéma italien, car il y eut entre les auteurs de photographie de l’immédiate après-guerre qui constataient le désarroi de l’Italie occupée et le cinéma de Rossellini, d’étranges interférences, et plus tard d’incroyables coïncidences entre ce que faisait Fellini de son côté et certains photographes de l’autre : il y a une belle qui se plonge dans la Fontaine de Trevise avant la « Dolce
Vita » de Fellini et quelques photos de Vitellonis contemporaines desdits
« Vitellonis ».
Ma photo préférée de l’époque et dont je retrouverai un jour l’auteur étant une belle paysanne, de dos, dans un champ qui regarde la carcasse d’un avion brûlé et fait penser au « Christina’s World » de Andrew Wyeth, comme aux photos de mode et de guerre faites pendant le Blitz à Londres par l’immense Cecil Beaton.
Essayez de vous procurer ce catalogue qui correspond à une exposition qui a eu lieu en 2008 à Milan au Palazzo Reale et qui est une merveille.
Ghergo a photographié toutes les dive et toutes les stars, de Isa Miranda à Sophia Loren en passant par Silva Koscina, en un style très personnel influencé par, sans doute, les pré-raphaëlites, comme le remarque avec justesse le Commissaire de l’exposition Vittorio Sgarbi.
Il n’utilisait pas d’effets alambiqués ni de décors grandioses, ni de cadrages sursignifiants, sinon des effets de lumière et ses photos de Cinecittà sont (je cite encore une fois le préfacier) à cause des lumières justement, de l’ordre du réalisme magique et parmi les plus belles que j’ai vues tous pays confondus de la période, avec en plus l’avantage que nous revisitons l’Italie des années 30 à 59, mais qui était par exemple la superbe Luciana d’Avack ? j’aimerais bien le savoir.
Et puis il y a ses photos couleurs de la fin en ferraniacolor, procédé qui avait l’avantage de s’éloigner de la réalité, un peu comme le technicolor du début, où parfois il rejoint le surréalisme pondéré d’Outerbridge.






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