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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Toujours Carlotta et toujours Douglas Sirk

vendredi 11 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Capitaine Mystère » est un de mes films préférés de Douglas Sirk.

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Il ressort enfin chez Carlotta avec une tripoté de suppléments dont un beau documentaire où Bertrand Tavernier revient sur le tournage de ce film, pour une fois en décor naturel, presque entièrement, et hors d’Amérique, ce qui réussit fort bien à Douglas Sirk qui n’était donc pas qu’un homme de studio.

« Capitaine Mystère » est un des plus beaux romans de William Riley Burnett, qu’on peut trouver en poche chez Folio Jeunesse, que vous devriez tous lire, « Le Capitaine Lightfoot » (Il y a bien des merveilles que les adultes devraient lire en Folio Junior ou alors à l’Ecole des Loisirs comme les romans prodigieux de Cormier, qui sont des œuvres vitales pour les grands aussi).

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D’abord je voudrais vous dire ma faiblesse pour Burnett.

Parmi les amateurs de série noire qui sont de moins en moins nombreux semble-t-il, au niveau des grands classiques, on en revient toujours à Chandler ou à Hammett, d’autant que les éditions massacrées d’époque permettent, sur Chandler surtout, de faire à la suite une succession d’éditions dites définitives, en rajoutant quelques pages et semble-t-il désormais, des traductions vraiment complètes. Je n’ai rien contre, au contraire.

Mais il y a aussi les autres : Horace McCoy qui n’a rien perdu de sa force, David Goodis qui n’a rien perdu de son angoisse existentielle, James Cain, l’auteur de « Le Facteur sonne toujours deux fois » que je considère avant tout comme un romancier tout court puisque ses plus belles œuvres comme « Serenade » sont de fabuleux mélodrames qui s’adressent à tout le monde, un peu comme Evan Hunter quand il n’écrivait pas, sous pseudo, des polars. Je ne reviens pas souvent désormais à ces maîtres fondateurs.

Il y en a un pourtant que je peux relire tout le temps, de ses débuts et en gros de
« Little Caesar », son premier roman, à « Good Bye Chicago », son dernier, magnifique adieu à l’écriture et au polar en même temps, et dans son œuvre « Le Capitaine Lightfoot » est en gros une histoire de révolte en Irlande mais aussi un roman à la manière de Stevenson ou du Falkner de « Moonfleet », il y a des choses qu’on a jamais retrouvées ailleurs chez lui dont une certaine alacrité, une joie triste, mélancolique à la manière de « l’homme tranquille » : et il est bien sûr du côté de Lightfoot, bandit de grands chemins libertaire et tenancier de bordel à ses heures.

Le film de Sirk est une merveille.

Burnett, maintenant réédité régulièrement chez Rivages, a eu la chance et la déveine d’avoir fait partie de tous ces grands écrivains américains qu’on alla chercher pour en faire des scénaristes, de Faulkner à Fitzgerald en passant par presque tous les auteurs précités.

Les premiers  producteurs d’Hollywood qu’on prend pour des idiots n’étaient pas bêtes : pour adapter un livre très cinématographique, ils allaient chercher l’auteur et souvent ne s’en trouvaient pas plus mal lotis.

Cela a parfois donné des résultats rigolos comme « High Sierra » adapté trois fois, de trois manières différentes et magnifiques et dont Burnett fut l’auteur du premier et du troisième scénarios.

Pour la petite histoire, cet amateur de Maupassant et de Mérimée, comme tant d’autres américains qui découvrirent chez eux l’art de la concision, fut adapté une autre fois par un jeune metteur en scène dont c’était le premier film, il s’appelait Michael Cimino (il avait déjà œuvré comme scénariste avec Steven Bochco sur un film de science fiction écologique formidable « Silent Running »), dans son « Thunderbolt and Lightfoot », appelé imbécilement chez nous « Le Canardeur », il y avait dans le rôle du Capitaine Lightfoot, Clint Eastwood, impeccable, et dans celui de son disciple, magnifique, et un moment en travelo, Jeff Bridges. Il n’avait pas tout à fait respecté le roman puisque Lightfoot continuait sa vie tandis que c’est Thunderbolt qui était blessé et se mettait à mourir tout doucement, mais le film était très bien et plus tard, lorsque Cimino s’écroula avec « La porte du Paradis » qu’on peut revoir aujourd’hui comme un grand film malade mais magnifique, Eastwood, sévère, dit que ce type qui avait coulé une compagnie avait pourtant réussi avec « Le Canardeur », un premier film impeccable et pas cher.

« Le Capitaine Mystère » fut encore adapté de manière pirate, sournoise, dans un film étonnant, un western mexicain fait par des anglais et produit par Sir Lew Grade,
« Barbarossa » où un bandit de grands chemins au grand cœur terrorisait la frontière entre Mexique et Amérique jusqu’au moment où il trouvait un successeur, dans le cas précis c’était Gary Busey.

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