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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Sans dessus-dessous The Upside Downs - 1ère partie

lundi 14 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Sans dessus-dessous
The Upside Downs
Le chef-d’œuvre de Gustave Verbeek

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La nouvelle génération de critiques de bande dessinée, qu’ils soient superficiels et disent des énormités, voire des contre vérités (parfois volontairement ce qui est pire, certains travaillant pour des éditeurs qu’ils poussent, renvois d’ascenseur habituels en littérature mais situation nouvelle pour la bande dessinée), ou qu’ils soient théoriciens, auteurs d’essais et d’ouvrages plus conséquents avec un beau bagage théorique ou universitaire, ont en commun de ne pas être historiens de la bande dessinée et ils devraient réviser leurs classiques.

L’unanimité autour de « Krazy Kat », chef-d’œuvre absolu, et de « Little Nemo », autre chef-d’œuvre absolu, est fort discutable car cela veut dire qu’on ignore les autres œuvres majeures qui parurent simultanément dans les journaux de l’époque, essentiellement du groupe « Hearst » et le « Chicago Tribune », Hearst n’était pas du tout l’imbécile qu’a dépeint Orson Welles dans « Citizen Kane », c’était au contraire un homme de goût et de culture qui avait entre autres la plus belle collection de Benvenuto Cellini du monde et il imposa à ses lecteurs, au début rétifs, qu’il voyait adultes plutôt qu’enfants, d’innombrables chefs-d’œuvre.

A « Little Nemo », on peut comparer « Bringing up Father », cette histoire de parvenus dûe à Georges McManus, qui était mieux dessinée et qui reste sans égal, incroyablement riche en détails sur la mode et l’architecture du début du siècle jusqu’aux années 30. Ensuite, cela se gâta un peu. Et les histoires étaient dignes des grandes comédies du Hollywood d’alors, entre Léo McCarey et Gregory La Cava.

Il fit d’ailleurs, en même temps que « Little Nemo », des bandes dessinées très proches sur les rêves et les cauchemars : c’était une mode du moment inspirée par les illustrateurs anglais ou des dessinateurs de livres pour enfants, aux limites de la bande dessinée, comme Palmer Cox qui avait fait la même chose avant.

A « Krazy Kat », on peut comparer « Polly and her pals », bande dessinée un peu plus cubiste mais tout aussi brillante où le chat, contrepoint incontrôlable de l’action qui se déroule, joue une autre histoire en quelque sorte. C’était formidable et ça inspira peut-être Franquin et Greg pour « Les aventures  du Marsupilami ».

Hearst faisait le tour du monde comme Disney plus tard et il alla chercher un allemand, Lyonel Feininger, qui devint pendant un temps auteur des planches du dimanche avant de retourner à la peinture et en Allemagne.

Et il y a bien d’autres merveilles graphiques tout aussi passionnantes, aussi inventives que toutes les précitées, qui parurent dans les journaux du groupe Hearst mais aussi, compétition, dans d’autres quotidiens dont on trouve d’ailleurs un bon résumé à la fois dans le grand livre « Funnies on Sunday » mais aussi dans l’incontournable « Art out of Time » chez Abrams.

J’ajouterai aussi par rapport aux critiques de bandes dessinées, un gros reproche, qui est qu’ils méconnaissent la porosité qu’il y a entre tous les arts dès qu’un artiste est curieux.

Leur méconnaissance, souvent, des arts dits « nobles », fait qu’ils ne savent pas mettre en parallèle les arts décoratifs, la peinture, l’architecture du moment et la bande dessinée et manquent parfois des évidences.

Ainsi, pour Alex Raymond, tout ce qu’il a emprunté au peintre illustrateur mondain, La Gatta, et aux « Villes Volantes » de Franklin Booth qui sont exactement celles de
« Flash Gordon ».

Ils ne voient pas non plus que le style du grand Noël Sickles (c’est lui qui l’a dit) et donc de Caniff et donc de Pratt, vient de Harold von Schmidt, peintre de l’ouest américain qui a par ailleurs beaucoup inspiré le travail de Jean Giraud pour
« Blueberry » à une époque, mais ceci est une autre histoire : Harold von Schmidt, le temps d’un livre en noir et blanc, « Death comes for the Archbishop », une de ses rares œuvres illustratives, inventa la grammaire de toute une part de la bande dessinée moderne, qu’imprudemment certains, dont moi, attribuèrent à la découverte de l’impressionnisme.

Apparemment, ce n’était pas le cas : ils ne connaissaient que quelques tableaux de Renoir et consorts, et plus tôt l’influence par ricochet, que la découverte du Paris
« Belle Epoque » eut sur certains peintres américains, comme Sargent qui vinrent chez nous en pèlerinage.

Si vous tombez un jour sur le livre d’Harold von Schmidt, vous comprendrez ce que je veux dire, c’est frappant.

Heureusement, il y a quelques éditeurs qui font admirablement bien leur travail et qui de temps en temps ressuscitent, de manière parfaite, ce qui doit être.

La suite demain.

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