L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Avec la Clef d'Argent, ouvrez d'autres serrures

mercredi 23 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

La Clef d’Argent fait décidément du travail merveilleux et pour prendre quelque chose qui sûrement n’est plus disponible, pour vous faire envie en somme de ne pas rater leurs productions futures, je vais vous parler de l’édition de luxe (j’ai l’exemplaire 24 sur 54), sans doute plus disponible, qui contenait son beau livre de poèmes
« Nostalgie de l’Inconnu », dans un joli coffret il y a une photographie de Clark Ashton Smith, le facsimilé de la première de couverture de Ebony and Crystal « Recueil de vingt-huit poèmes » de Clark Ashton Smith, le facsimilé de la parution du poème vision fantastique, l’achevé d’imprimé de Ebony and Crystal, la parution du poème « La Princesse Almina », une aquarelle de Clark Ashton Smith consacrée au royaume d’Hyperborée, des manuscrits en facsimilé de Clark Ashton Smith pour « Les
Cristaux », « Dans les cryptes du souvenir » ou « Ennui » et prise plus récemment la photo du rocher sous lequel sont enfouis ses cendres.

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Je ne me permettrais pas de dire ce que je pense de Clark Ashton Smith, Lovecraft l’a fort bien dit, c’est au dos de la couverture : « M. Smith a échappé à l’obsession de la vie et du monde, et a entrevu la beauté perverse, titanesque de la mort et de l’univers ; prenant l’infini pour toile de fond, il décrit avec respect les terrifiants caprices des soleils et des planètes, des dieux et des démons, et des horreurs aveugles et amorphes qui hantent des jardins de champignons polychromes plus lointains qu’Algol ou Achernar. C’est un cosmos de flamme vivante et d’abysses glacials qu’il célèbre, et la luxuriance colorée avec laquelle il le peuple ne pourrait se trouver ailleurs que chez un pur génie ».

J’ajouterai seulement qu’il a été fort marqué par Beaudelaire en anglais et qu’il est beaudelairien d’esprit, faisant le pont entre les mondes vénéneux, d’une part, et les mondes putréfiés et plus vénéneux encore, d’autre part, de Lovecraft.

Si vous connaissez mal Clark Ashton Smith, vous avez tort.

Ses nouvelles et ses contes fantastiques furent traduits pour la plupart il y a déjà pas mal de temps chez Christian Bourgois et voici que La Clef d’Argent s’attaque à ses poèmes, il était temps, c’est ce qu’il y a de meilleur dans son œuvre.

Le préfacier, Christian Hibon, le compare à Gustave Moreau, c’est bien vu : il a le même nihilisme chatoyant, le même goût hérité de Blake aussi peut-être pour essayer de montrer en dessins parfois et en textes souvent, l’inmontrable, et pour décrire l’indescriptible avec une obsession : la laideur de la beauté ou la beauté de la
laideur : un frère de lai de Lovecraft en somme.

Ce qui est formidable dans « Nostalgie de l’Inconnu », c’est la traduction de Philippe Gindre qui  donne l’impression que les textes ont été écrits en français, ce qui n’arrive presque jamais avec les traductions.

Ces poèmes en prose décadents nous décrivent généralement d’autres mondes, bien plus étranges et bien plus pervers que le nôtre : du Beaudelaire vous dis-je, mais de science fiction.

Il faut vous jeter sur ce livre pendant qu’il est encore disponible.

Demandez-le à votre libraire, qu’il le commande, ce qui l’obligera à prendre connaissance de l’existence de La Clef d’ Argent, mais s’il ne veut pas, commandez directement à l’éditeur sur son site www.clef-argent.org.

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