Le blog de Dionnet

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Ce vice impuni : la lecture - 1ère partie
Le poète (je crois que c’était Paul Valéry), a dit un jour : « ce vice impuni de la lecture ».
Bien
sûr il avait tort ou
plutôt il a tort désormais. Car
oui c’est un vice et
il peut être puni et
la sanction peut être même immédiate.
Il
vivait à une autre époque où on avait beaucoup de place et où les livres
pouvaient s’accumuler et s’accumuler encore jusque sur les marches des
escaliers : un
jour on fouillait et on retrouvait un livre oublié et cela devait être un
bonheur extrême, mais aussi parfois, comme aujourd’hui, quand la personne
passait l’arme à gauche, tout était dispersé et pour peu qu’il y ait une
mésentente dite ou non dite entre les héritiers ou envie de se venger du
défunt, de l’effacer, ceux-ci prenaient et prennent toujours un malin plaisir à
les vendre pour rien, histoire de prouver que décidément papa ou maman avaient
eu tort : peut-être
étaient-ils jaloux de ces livres qui avaient attirés plus d’attention qu’eux-mêmes
et peut-être était-ce pour cela qu’ils étaient devenu des non lecteurs. On
ne peut pas juger.
Moi
qui vit dans le monde d’après, je sais que ce vice est puni car
après avoir accumulé 40 000 bouquins, j’ai commencé à me débarasser de
certains et
je continue un
peu comme un homme préhistorique qui voudrait accéder au fond de la caverne qui
est bouchée par des détritus et des roches divers et le squelette d’un auroch.
On
peut donc être punis par l’envahissement des livres. On
peut aussi être récompensés parfois par le fait qu’en étant obligés de trier, on
peut redécouvrir des merveilles qu’on n’avait pas lues ou à peine, rouvrir
certains ouvrages qui n’ont peut-être pas changés mais
comme nous, nous avons changé, nous
les lisons différemment, et
puis il y a ceux qu’on peut transmettre à ses enfants en
même temps que le goût de la lecture.
La deuxième punition que provoque les livres, c’est la connaissance.
A force d’accumuler des informations qui se superposent et s’entrecroisent, je me demande parfois si on ne finit pas par perdre l’essentiel, c’est-à-dire l’instinct, le savoir inné, toutes ces choses enfouies au fond de nous qui sont aussi dans les livres mais que nous possédons sans doute et qu’il suffirait que nous allions chercher.
Et puis la lecture c’est aussi une maladie mentale.
Un
jour, Moebius m’a dit qu’il connaissait quelques personnes qui ne pouvaient
pas voyager sans livres.
Je
l’ai pris dans la figure et
je me suis reconnu immédiatement.
Il
y a des pays où je suis allé avec 10 livres pour 8 jours et au bout de 5 comme
certains étaient mauvais, je les finissais quand même par peur de manque et
c’est comme ça que j’ai fini par lire des bottins de téléphone.
Sans doute ai-je ainsi râté pas mal de choses dans le monde extérieur, tout comme aujourd’hui je vois dans le métro certains jeunes penchés sur leurs textos et sur internet et qui râtent eux-aussi ce qui se passe autour.
Mais
là où ce vice peut devenir rédhibitoire, c’est quand la passion des livres
amène au vol.
J’avoue
que comme tout le monde, par
deux fois j’ai
été tenté.
La
première fois, j’avais 14 ans et
j’étais à Livry Gargan et
je suis passé à l’acte pour
une raison absurde et pourtant évidente : je
voulais acheter des revues naturistes mais j’étais trop petit (ces
revues où on voyait tout, croyait-on, mais les poils pubiens étaient effacés si
bien qu’on ne savait pas très bien ce qu’il y avait entre les jambes des femmes et
je l’ignorais encore), alors
je les mettais dans mon manteau, dans la doublure boutonnée. Et
puis comme j’achetais aussi de vrais livres, j’ai
commencé à en glisser un ou deux dans le manteau, et
le libraire du coin à
Livry Gargan qui
devait avoir repéré mon manège depuis longtemps m’a
pris à part un
jour et
m’a demandé de vider mes poches, j’avais
honte, il
a regardé tout ça et
il m’a dit : « Ne
recommencez jamais » et
je n’ai jamais recommencé.
La
seconde tentation fut beaucoup plus forte.
J’étais
allé à Corfou à cause du « Quatuor d’Alexandrie » et de Lawrence
Durrell bien sûr, j’y ai passé six mois dans une maison où les scorpions se
promenaient sur mon lit, c’était
des scorpions noirs, toute
une famille qui tombait du plafond, le
père, la mère et puis les enfants, j’avais
eu très peur et quand j’ai demandé
aux riverains si ils étaient dangereux, ils m’ont répondu qu’ils étaient
mortels.Ce
n’était peut-être pas le cas mais ils étaient contents de me faire peur.
La suite demain.




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