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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Ce vice impuni : la lecture - 1ère partie

lundi 15 mars 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Le poète (je crois que c’était Paul Valéry), a dit un jour : « ce vice impuni de la lecture ».

Bien sûr il avait tort ou plutôt il a tort désormais. Car oui c’est un vice et il peut être puni et la sanction peut être même immédiate.
Il vivait à une autre époque où on avait beaucoup de place et où les livres pouvaient s’accumuler et s’accumuler encore jusque sur les marches des escaliers : un jour on fouillait et on retrouvait un livre oublié et cela devait être un bonheur extrême, mais aussi parfois, comme aujourd’hui, quand la personne passait l’arme à gauche, tout était dispersé et pour peu qu’il y ait une mésentente dite ou non dite entre les héritiers ou envie de se venger du défunt, de l’effacer, ceux-ci prenaient et prennent toujours un malin plaisir à les vendre pour rien, histoire de prouver que décidément papa ou maman avaient eu tort : peut-être étaient-ils jaloux de ces livres qui avaient attirés plus d’attention qu’eux-mêmes et peut-être était-ce pour cela qu’ils étaient devenu des non lecteurs. On ne peut pas juger.

Moi qui vit dans le monde d’après, je sais que ce vice est puni car après avoir accumulé 40 000 bouquins, j’ai commencé à me débarasser de certains et je continue un peu comme un homme préhistorique qui voudrait accéder au fond de la caverne qui est bouchée par des détritus et des roches divers et le squelette d’un auroch.
On peut donc être punis par l’envahissement des livres. On peut aussi être récompensés parfois par le fait qu’en étant obligés de trier, on peut redécouvrir des merveilles qu’on n’avait pas lues ou à peine, rouvrir certains ouvrages qui n’ont peut-être pas changés mais comme nous, nous avons changé, nous les lisons différemment, et puis il y a ceux qu’on peut transmettre à ses enfants en même temps que le goût de la lecture.

La deuxième punition que provoque les livres, c’est la connaissance.

A force d’accumuler des informations qui se superposent et s’entrecroisent, je me demande parfois si on ne finit pas par perdre l’essentiel, c’est-à-dire l’instinct, le savoir inné, toutes ces choses enfouies au fond de nous qui sont aussi dans les livres mais que nous possédons sans doute et qu’il suffirait que nous allions chercher.

Et puis la lecture c’est aussi une maladie mentale.

Un jour, Moebius m’a dit qu’il connaissait quelques personnes qui ne pouvaient pas  voyager sans livres.
Je l’ai pris dans la figure et je me suis reconnu immédiatement.
Il y a des pays où je suis allé avec 10 livres pour 8 jours et au bout de 5 comme certains étaient mauvais, je les finissais quand même par peur de manque et c’est comme ça que j’ai fini par lire des bottins de téléphone.

Sans doute ai-je ainsi râté pas mal de choses dans le monde extérieur, tout comme aujourd’hui je vois dans le métro certains jeunes penchés sur leurs textos et sur internet et qui râtent eux-aussi ce qui se passe autour.

Mais là où ce vice peut devenir rédhibitoire, c’est quand la passion des livres amène au vol.
J’avoue que comme tout le monde, par deux fois j’ai été tenté.
La première fois, j’avais 14 ans et j’étais à Livry Gargan et je suis passé à l’acte pour une raison absurde et pourtant évidente : je voulais acheter des revues naturistes mais j’étais trop petit (ces revues où on voyait tout, croyait-on, mais les poils pubiens étaient effacés si bien qu’on ne savait pas très bien ce qu’il y avait entre les jambes des femmes et je l’ignorais encore), alors je les mettais dans mon manteau, dans la doublure boutonnée. Et puis comme j’achetais aussi de vrais livres, j’ai commencé à en glisser un ou deux dans le manteau, et le libraire du coin à Livry Gargan qui devait avoir repéré mon manège depuis longtemps m’a pris à part un jour et m’a demandé de vider mes poches, j’avais honte, il a regardé tout ça et il m’a dit : « Ne recommencez jamais » et je n’ai jamais recommencé.

La seconde tentation fut beaucoup plus forte.
J’étais allé à Corfou à cause du « Quatuor d’Alexandrie » et de Lawrence Durrell bien sûr, j’y ai passé six mois dans une maison où les scorpions se promenaient sur mon lit, c’était des scorpions noirs, toute une famille qui tombait du plafond, le père, la mère et puis les enfants, j’avais eu  très peur et quand j’ai demandé aux riverains si ils étaient dangereux, ils m’ont répondu qu’ils étaient mortels.Ce n’était peut-être pas le cas mais ils étaient contents de me faire peur.

La suite demain.

 

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