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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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CATALOGUES DE LIBRAIRES : DES REVUES IDEALES

mardi 13 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je vous l’ai déjà dit à propos de la formidable librairie Godon, mais il y en a d’autres, certains catalogues de librairies sont indispensables et mieux que la plupart des revues par leur substance : les images qu’on peut découvrir, toutes ces merveilles qu’on avait jusqu’à présent ignorées et les notes d’accompagnement qui, quand elles sont bien faites, ressuscitent toute une époque.

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C’est le cas de « La Nef des Fous » avec son catalogue 34 d’avril 2010 où par exemple il y a le « De generis humani varietate nativa liber » de Johann Friedrich Blumenbach, en édition originale, et j’y apprends qu’avec von Linné, « Blumenbach fut le premier scientifique a considérer l’homme comme une espèce à placer dans l’étude des sciences naturelles ». Je les cite (ils sont précis) : « Précisant l’écart morphologique entre l’homme et l’animal, il démontre l’hypothèse de Buffon selon laquelle l’environnement modifie la morphologie des organismes vivants qui transmettent cet héritage aux générations suivantes. Il divise l’espèce humaine… en 4 races distinctes : caucasienne, mongole, africaine et américaine…Il mène campagne pour réhabiliter les Noirs victimes d’une discrimination raciale. Nous lui devons le terme  « type caucasien », qui désigne pour les Américains le type « européen ». La publication de cette thèse marquera la rupture définitive d’avec la vision chrétienne de l’apparition de l’homme. Elle ouvrira les voies vers de nouvelles disciplines scientifiques qu’emprunteront Darwin et bien d’autres ».

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Ah ! ça vous en bouche un coin.

 

Plus loin dans le même catalogue, tout en couleurs qui plus est, il y a deux ouvrages fondamentaux sur la Chine. Un, « L’Ambassade de la Compagnie Orientale des Provinces Unies vers l’Empereur de la Chine, ou Grand Cam de Tartarie… », traduction du hollandais datant de 1865, et c’est un des premiers livres non dû aux jésuites sur la Chine. Et toujours sur la Chine, il y a « La Chine, ilustrée de plusieurs Monuments… » d’Athanase Kircher, traduit du latin (il avait été édité à Amsterdam).

 

Celui-là est le tout premier livre consacré à la Chine. Kircher, « linguiste confirmé, il est le premier à tenter une traduction des idéogrammes chinois et le premier occidental à donner une reproduction de l’alphabet sanskrit »…. « Il contient une description des villes et des architectures les plus remarquables dont un pont de pierre qui enjambait le Quan-Sé, aujourd’hui disparu… ».

 

Et je finirais, puisque je vous en ai déjà parlé, en vous avouant mon ignorance, à propos de « Les Papillons – Métamorphoses terrestres des peuples de l’air » de Amédée Varin et Eugène Nus, il y a une image, elle est magnifique et oui, ça ressemble à du Grandville et oui, je vous le dis ailleurs, Varin avait travaillé avec Grandville.

 

Il y a aussi les catalogues anglo-saxons, et anglais surtout, riches en iconographies et en longs textes d’explications comme celui de la librairie « Sotheran’s of Sackville Street » dont le catalogue « Spring Miscellany 2010 » contient par exemple un dessin signé Max Beerbohm, ex-libris pour l’auteur dramatique Harley Granville-Barker. Max Beerbohm, écrivain extraordinaire dont je vous reparlerai et auteur d’un certain nombre d’ouvrages magnifiques de caricatures des auteurs et artistes anglais du début du siècle dernier : d’Oscar Wilde et de sa mouvance, de tous les écrivains anglais des années 20, mais aussi, au préalable, de portraits chargés et de caricatures charmantes du cercle pré-raphaélite, donne ici à penser qu’il était aussi un ancêtre de Glenn Baxter. Vous verrez le dessin, il est prodigieux, s’il était signé Baxter vous croiriez que c’est de lui (page 34 n° 35).

 

Et il y a par exemple en page 400, un livre de R.S. Surtees, « Jorrock’s Jaunts and Jollities » : « the hunting, shooting, racing, driving, sailing, eating, eccentric and extravagant exploits of that renowned sporting citizen, Mr John Jorrocks. With an introduction by Joseph Grego », avec de nombreuses illustrations de H. Alken, Phiz, and W. Heath, qui porte un autographe de Orson Welles à Bernard Herrmann : « For Benny : with love and merry Christmas from Orson », avec en-dessous deux dessins d’Orson Welles, portraits approximatifs d’Orson Welles et de Bernard Herrmann. Un cadeau de Noël de Welles à Herrmann qui avait commence à travailler avec lui en 1937 pour la production radio de « Macbeth », Herrmann était à l’époque le chef de la musique chez CBS. Le programme radio ne vit pas le jour mais Herrmann commença à travailler pour le Mercury Theatre avec « First Person Singular », une série d’adaptation radio de livres fameux d’alors, écrit, mise en scène, produit et joué  par Orson Welles. Herrmann était sensible mais de caractère ombrageux, Welles était insensible mais de caractère ombrageux et comme le dit ailleurs John Houseman, scénariste de « Citizen Kane » : « Parmi les cris, les coups de bâton, les accusations de sabotage et les jets de scénarios ou de partitions de l’un à l’autre, ils se comprenaient parfaitement ». Puis vint « Citizen Kane ». Welles envoie un télégramme à Herrmann à propos de la prestation théâtrale, qui sera un échec, de la femme de Kane, Susan Alexander : « on retrouve Kane dans la salle pendant qu’on voit sa femme sur scène, la représentation a lieu, le rideau tombe et la musique s’achève.

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La caméra sera fixe et le compositeur doit rendre cela vraie et naïf. Une chance pour vous de faire quelque chose d’amusant, c’est le moment pour vous de faire ça, je vous aime », signé Orson. Herrmann écrivit alors « Salammbô », un faux opéra français. Il écrivit d’ailleurs toute la musique du film et peu de temps avant sa mort, Welles disait que la musique avait représenté cinquante pour cent du succès du film.

 

Puis il travailla sur les « Ambersons », Herrmann eut une longue carrière de son côté, retrouvant Welles sur « Jane Eyre » où Welles jouait Mr Rochester, il fit les musiques entêtantes de deux films atmosphériques et terrifiant de John Brahm, le second fut l’inoubliable « Hangover Square » avec Laird Cregar, puis la musique inoubliable de « L’Aventure de Mme Muir » (« The Ghost and Mrs Muir ») de Mankiewicz.

 

Plus tard… On sait qu’il travailla avec Hitchcock pendant bien longtemps avec les musiques, entre autres, de « Marnie », de « Vertigo » et de « Psychose », et qu’ils ne se séparèrent qu’au moment de « Le Rideau déchiré ».

 

A ce moment là Herrmann retrouva une seconde vie puisqu’il fit la musique de « Fahrenheit 451 » pour François Truffaut, de « Sisters » et « Obsession » pour De Palma et de « Taxi Driver » pour Scorsese, qu’il finit d’enregistrer la veille de sa mort.

 

Et Scorsese dit alors la même chose que Welles, peut-être ne savait-il pas qu’il répétait l’histoire : « si ce film a du succès, ce sera en grande partie à cause de la musique ». Il ajouta plus tard : « C’est cela qui amena toute la psychologie des personnages ».

 

 

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