L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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UNE REVUE MYSTERE

jeudi 29 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je ne sais pas où on en est et si ça existe toujours ou si ça a été juste quelques numéros et puis s’en vont, j’ai en tout cas découvert le Volume 1 – Numéro 4 (Automne 2005) de la revue « Coppervale’s – International Studio ».

 

C’est grand et beau.

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Dans l’éditorial, l’éditeur parle d’une autre revue jumelle que je n’ai jamais vue, « Argosy », qui aurait été une revue en deux volumes sous boîtier dont ils auraient bien eu du mal à vendre les numéros 1 et 2 et le distributeur n’y croyait pas.Bien sûr rien à voir avec « Argosy » la belle revue de science fiction parue en pulp avant-guerre et dont ils ont par miracle récupéré le titre, ni avec sa renaissance éphémère des années 70 (Steranko en couverture, Kirby dedans).

 

Et un projet appelé « Words & Pictures » qui à la date où je lis ces lignes était un livre à venir de deux cent cinquante pages mais avec beaucoup de retard.

 

On ouvre sur deux pages appelées « The Wonder Cabinet » consacrées à de récentes rééditions avec des couvertures très années 50, dans la collection Hard Case Crime, de romans aussi bien récents (Stephen King), qu’anciens (Wade Miller). Apparemment si Stephen King s’était joint aux rééditions de Lawrence Block et Ed McBain, avec « The Colorado Kid », c’est qu’il avait envie, par nostalgie, pour avoir une couverture fifties.

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Suit un article sur Willy Pogany, un des plus grands illustrateurs américains et un des plus sous-estimés auquel d’ailleurs je reviendrai puisque Dover, la grande maison de rééditions des années 70 revient en force et qu’un de leurs premiers livres qui n’est pas une réédition est un Pogany. Pogany est un illustrateur qui a pu combiner tous les styles. Il a des côtés Rackham, William Heath Robinson, il a aussi des côtés plus modernes, il peut être définitivement art déco, mais chaque fois son dessin est formidable. Le problème est qu’il était la plupart du temps extraordinairement mal imprimé. Ici il y a quelques belles images en sépia pour des contes de fées et même une fresque car comme Brangwyn ou Cornwell ou Parish il faisait aussi des fresques. Il a par exemple trois fois illustré les « Rubayat » d’Omar Khayyam avec trois styles de dessins différents et toujours avec un lettrage arabisant à chaque fois différent également. C’est un géant mais un géant encore méconnu.

 

Suivent deux pages d’archives consacrées, c’est mignon, à International Studio, qui était le concurrent américain dans les années 20 de la célèbre revue anglaise « Studio ».

 

Et suit surtout un immense article sur Bob Peak à propos des expositions organisées par son fils Thomas Peak. Bob Peak vous le connaissez forcément à cause de ses affiches pour « My fair Lady », pour « Camelote », pour « Excalibur » ou pour « Apocalypse Now ». J’ai eu le privilège de voir son premier projet d’affiches pour « Apocalypse Now », que j’aurais dû acheter, j’ai été bête, il n’y avait pas Brando dans le ciel, magnifique, mais juste trois hélicoptères dans le soleil. Evidemment c’est celle avec Brando qui a fini sur le mur. Ah oui, j’oubliais de vous dire que mon affiche préférée de Peak c’était celle de « Roller Ball ». C’était aussi un grand dessinateur de sport et de vie mondaine avec toujours ce traité rapide aux limites de l’esquisse, presque inimitable.

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Il y avait lui et Bernie Fuch qui étaient les grands maîtres connus d’alors.

 

Je me souviens quand j’ai parlé il y a longtemps avec Jim Steranko, de mon admiration pour ces deux-là, et il m’a dit que tout venait de chez eux de Ward Brackett.

 

Un jour j’ai trouvé enfin un original de Ward Brackett et j’ai compris. Oui, effectivement, ce style faussement rapide mais où tous les détails nécessaires sont là, vient bien de Ward Brackett qui était un G.I, qui épousa une japonaise et resta une quinzaine d’années après la guerre, inventant le nouveau style américain à partir donc d’une certaine japonisation.

 

Mais le domaine où Peak est sans égal, c’est celui du Glitz disco avec ses dernières œuvres : comme si un illustrateur de génie avait dû faire des toiles immortelles à partir des tenues de Gloria Gaynor ou du film « Xanadu ».

 

Il y arrive je vous rassure.

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Le dernier article tout aussi passionnant est consacré à un des meilleurs illustrateurs actuels, Scott McKowen qui a illustré les Sherlock Holmes de Conan Doyle : je vous montre ça, et par exemple pour DC la série écrite par Neil Gaiman, « 1602 », où hélas il n’était pas à la hauteur de ses couvertures.

 

Il fait penser parfois dans son traité quasi de bois gravés à Mosser mais il a autant de talent et est décidément un des grands illustrateurs actuels dans une veine hors du temps mais il est un des rares aussi à ne pas donner l’impression de revisiter les années 60. Son dessin est classique et pourtant moderne.

 

La preuve, c’est qu’il s’est mis au comic book avec « 1602 » pendant le troisième millénaire et les marchands de soupe de Marvel ne referaient pas l’erreur d’aller chercher quelqu’un du passé ou hors du temps pour les couvertures de comic book, il doit donc faire vendre : ce qui prouve donc que les lecteurs de comic book ont du goût.

 

Ca, je le savais déjà.

 

Certains bien sûr.

 

 

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