L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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ART IN TIME

jeudi 30 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

1ère Partie

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On le sait, en France, les droits d’auteurs sont bien protégés et on ne peut pas faire n’importe quoi, ce qui a du bon mais aussi un effet négatif paradoxal.

Nombres d’auteurs ne sont pas réédités chez nous parce qu’il n’y a plus d’ayant-droits visibles ou alors parce que les héritiers estiment que leur armoire normande vaut beaucoup plus que ce que l’éditeur leur propose ou même, je connais certains cas, ne répondent même pas au courrier puisqu’il s’agit d’aller fouiller dans les œuvres du grand-père fou dont on n’a peut-être pas le meilleur souvenir.

En Amérique on le sait c’est la gabegie contraire puisque les œuvres tombent progressivement dans le domaine public. C’est vrai au cinéma, c’est vrai en bande dessinée aussi et c’est ainsi qu’un certain nombre de chefs-d’œuvres sont réédités puisqu’il n’y a pas de droits à payer.

C’était le cas de « Art out of time » de Dan Nadel où l’on retrouvait par exemple le sublime et indispensable Georges Carlson, cousin du Herriman de Krazy Kat qui oeuvra essentiellement dans les comic books et dont on aimerait une réédition de l’intégrale un jour. Il exhumait un certain nombre de petits maîtres de grand intérêt et avec ce second volume il continue. Ca s’appelle « Art in Time ».

L’auteur, Dan Nadel, est une pointure qui explique que s’il avait exhumé, dans son anthologie précédente « Art out of time » : « Unknown comics visionnaries 1900-19069 » un certain nombre d’auteurs totalement oubliés, il continue avec celui-ci, volume jumeau, où il élargit un peu, par exemple sur des auteurs connus pour une partie de leur œuvre seulement et qui oeuvrèrent dans d’autres domaines comme l’auteur de « Little Lulu » dont j’étais le premier à croire qu’il n’avait fait que cette héroïne énervante. Son livre tient la route allant jusqu’au début de l’underground où là aussi il y a déjà des oubliés.

Les œuvres underground d’ailleurs sont reproduites en noir et blanc, et donc parfois d’après les originaux, la plupart des œuvres sont reprises dans des fascicules et donc jaunâtres comme leur parution d’origine l’est devenue.
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Il y a Harry Lucey que tout le monde connait même si personne ne sait son nom, puisqu’il fut un des principaux dessinateurs de « Archie » qui encore aujourd’hui est un des rares comic book qu’on trouve dans les supermarchés en Amérique. Je ne savais pas qu’il avait été aussi un dessinateur réaliste avec un détective privé, Sam Hill, qu’il dessina un temps, un peu inspiré dans la gestuelle et son sens du grotesque par le « Spirit » de Will Eisner.

Il faisait aussi (c’était l’époque où l’on pouvait tout faire dans l’art du comic book, avant le comic code) dans le good girl art, commençant par exemple une des histoires ici, par des gros plans d’une star du burlesque (tout le monde sait désormais grâce à « Tournée » qu’il s’agit des strip-teaseuses qui ont quelque chose de plus ou quelque chose de moins et qui pendant longtemps eurent autant voire plus de succès que les bimbos habituelles).

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Il y a un super héros parfaitement grotesque de H.G. Peter, le créateur pourtant bien connu de « Wonder Woman » qui ressemble un peu à « Hulk » d’avant-guerre, « Man o’Metal » qui précéda « Wonder Woman » et qui a les mêmes qualité d’étrangeté.

Il y a aussi Sharon Rudahl, une des premières dessinatrices underground dont « The Adventures of Crystal Night » paru en 1980 juste avant que le comic book underground soit vraiment reconnu.

On apprend que sous le nom de Mary Sativa, elle fit un roman pornographique hippie pour Olympia Press.

Ici c’est une étrange histoire de science fiction avec du sexe qui rappelle un peu les expériences que faisait à la même époque en littérature, dans ses livres les plus extrêmes, Philip José Farmer.

Et puis il y a Mort Meskin qui est, il faut le dire et le redire, un des plus grands dessinateurs de comic book de tous les temps, particulièrement lorsqu’il collabora avec Jerry Robinson.
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Son dessin était d’une extraordinaire économie mais aussi incroyablement évocateur et il oeuvra discrètement des années 40 jusque dans les années 70 essentiellement pour DC Comics, perdant un peu de son panache vers la fin mais on lui doit quelques-uns des plus beaux comic books du monde.

La suite demain.

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