L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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ART IN TIME

vendredi 31 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

2ème Partie

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Puis on en vient, c’est plus vicieux, à Sam Glanzman avec « Kona » qui était une espèce de sous-Tarzan dessiné tout ensemble avec maladresse et conviction, avec une histoire aberrante « La Cave des Mutations » où Kona, notre musclor à cheveux longs et blancs, rencontre un nombre invraisemblable de créatures impossibles, superbe zoologie déviante qui anticipe sur ce que nous avons connu récemment avec l’impeccable Leo.

Il y a Michael McMillan, un autre dessinateur underground totalement oublié qui publia dans des anthologies comme « Young Lust » avant de devenir auteur de posters et de collaborer sur des films d’animation qu’on aimerait bien voir un jour, avec le grand Victor Moscoso.

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On en vient à un dessinateur pour lequel j’ai un faible et qui fut publié en France en petit format avec quelques œuvres parues chez Charlton entre autres, Pete Morisi.

Ici il s’agit d’un polar de grande qualité, « Johnny Dynamite », mais j’avoue préférer certaines de ses œuvres moins abouties ou plus tardives car son dessin peut devenir extraordinairement atone comme des décalcomanies de décalcomanies. Et dans son grenier des merveilles secrètes, je me souviens que Art Spiegelman m’avait montré une histoire de Morisi, une histoire de cœur avec une seule case par page avec une bulle, c’était paru quand même.

C’était merveilleusement vide.

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Ensuite vient, je vous l’ai annoncé, une jolie histoire policière avec une très belle atmosphère morbide de John Stanley, et l’on pourrait difficilement imaginer que l’auteur est celui de la charmante « Little Lulu » avec deux histoires qui sont des chefs-d’œuvres du grotesque au sens propre.

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Puis il en vient à un dessinateur dont je vous rebats les oreilles, Matt Fox, dessinateur d’horreur compulsif chez qui tout est laid mais dessiné avec un soin maniaque, étouffant, obsessionnel, même s’il s’agit d’histoires d’horreur toutes simples elles ont un côté lovecraftien tant l’ambiance est répugnante, laide et en même temps d’une grande cohérence.

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Il y a John Thompson, auteur de « Cyclope Comics », un comix underground que j’avais oublié, empreint de kabale qui fait un peu penser aux rares expériences de Denis Brandin, le français qui fit un moment les lettrages en volume de Druillet dans « Pilote ».

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Et puis il y a ce géant étrange qu’est Pat Boyette avec son dessin si particulier, totalement cohérent et en même temps ne ressemblant à personne, avec ses visages grotesques qui se ressemblent tous, on a la bonne idée de rééditer ici ce qui est pour moi le meilleur comic book post atomique de tous les temps, « Children of Doom », un truc incroyable qui au départ selon le désir de l’auteur, aurait dû être tout en noir et blanc avec un peu de sépia mais auquel on a ajouté de la couleur.
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N’empêche qu’à revoir aujourd’hui, il s’agit définitivement d’un chef-d’œuvre qui rappelle les grands romans graphiques de Lynd Ward et des autres.

Mais il y a aussi du Jess March, un des meilleurs dessinateurs de « Tarzan », avec sa fausse maladresse en réalité grande habileté qui lui permettait d’abattre un fasicule de « Tarzan » tous les mois et on découvre ici que l’homme avait encore du temps puisqu’il fait ici dans le western et que là aussi il arrive avec un minimum de traits à suggérer énormément de choses avec un dessin qui ne ressemble à personne.

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Il y a Bill Everett avec une histoire de vague meurtrière qui confirme ce qu’on savait déjà : le dessinateur de « Sub-Mariner » avait bien du talent et bingo, moi qui le comparait il y a pas longtemps à William Blake, j’apprends qu’il est un descendant de William Blake et qu’il signait parfois William Blake ou Everett Blake.

Vue l’énormité de sa production et sachant qu’il fit d’autres choses comme des cartes de vœux ou du papier peint, j’ai été étonné d’apprendre qu’il était mort à cinquante cinq ans sans doute d’épuisement.

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Le livre s’achève sur Willy Mendes, une dessinatrice underground encore qui s’appelait en réalité Barbara Mendes avec « Illuminations » qui ressemble, Nadel a raison de le souligner, davantage à une tapisserie qu’à un comic book et dont justement l’ambition était de provoquer chez les lecteurs une illumination spirituelle sur les temps nouveaux.

C’est chez Abrams Comic Art et c’est extraordinaire.

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