L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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La bibliothèque de Bebel - 1ère partie

lundi 30 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je sais, le jeu de mots est idiot, mais ma bibliothèque ressemble sans doute davantage par son éclectisme et ses goûts trop divers, à celle que j’imagine chez Jean-Paul Belmondo plutôt qu’à celle de Borges (je ne parle évidemment pas ici du vrai Belmondo que je ne connais pas, mais du personnage de cinéma excessif (chez de Broca)), car je mélange tout, passant aisément de la Vespa à Odilon Redon.

J’ai accumulé près de 40 000 volumes auxquels je n’ai plus accès depuis maintenant une vingtaine d’années, pour la plupart des ouvrages oubliés de moi-même. Changeant de vie souvent, changeant de femme et ayant par malchance des endroits où je pouvais entreposer : certaines caisses sont restées fermées depuis mon adolescence, chez ma mère, pour d’autres, depuis « Métal Hurlant » puis « Les Enfants du Rock », puis chance, si on peut dire, j’ai traversé un grand trou noir et arrêté d’accumuler mais je m’y suis remis à la fin du dernier millénaire, quand j’ai ressuscité.

Actuellement je disperse.

Non façon puzzle, comme Raoul, ce que j’avais fait pour ma collection d’affiches en vente à Drouot où je me suis fait engueuler par nombre d’amateurs puisque j’avais fait des lots invraisemblables, où ils ne voulaient qu’une affiche ou deux et devaient se colleter les autres : j’avais pensé leur faire plaisir : ils voulaient, non pas des cartons entiers d’affiches, mais les films précis qu’ils aimaient.

Ils n’étaient pas collectionneurs, ce dont je les félicite. Car moi-même je ne suis pas vraiment un collectionneur. Il m’est arrivé d’arrêter des séries quand elles étaient mauvaises, il m’est arrivé aussi en ayant complété certaines, de découvrir que la moitié des titres ne m’intéressait pas et que je n’avais pas besoin de garder du 1 au 99.

Et quand je trouve un beau livre comme l’édition des années 1990 de « Le Morte d’Arthur » de Aubrey Beardsley, bien imprimée, avec quelques planches supplémentaires inédites, je me débarrasse de la première édition en 2 volumes, ce que certains bibliophiles fétichistes considèreront comme un grand sacrilège.

Fin de cet aparté car je ne suis pas unique en mon genre. Je connais un grand nombre de gens qui, autour de la cinquantaine, ou de la soixantaine, soudain, parce que l’heure tourne et qu’on se sait pas éternel (j’espère cependant l’être), nettoient leurs bibliothèques, leurs murs, et leur tête aussi.

Comme j’ai donné accès à mes enfants à peu près tout, ils ont fait leur choix mais je sais aussi qu’il y a des domaines, comme la cuisine cannibale, pour lesquels ils risquent de ne pas se passionner : il n’y a que deux ou trois livres intéressants. Les recettes sont difficiles à exécuter et pour cause.

Je trie donc et je retrie sans cesse et je redécouvre évidemment à l’occasion des merveilles. De cela, je vous reparlerai.

La suite demain.

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Il est très bien le dernier lapin

vendredi 27 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

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Le numéro 39 de « Lapin » paru à l’Association est comme à l’ordinaire plein comme un œuf, mais ce que j’ai préféré de très loin, ce sont les interviews dessinées car ils sont là en train d’inventer un genre.

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Olislaeger a du talent comme dessinateur reporter, il capte totalement Killoffer qui se révèle (j’espère que Olislaeger n’a pas embelli) être un personnage aussi passionnant que son œuvre et aussi loufoque.

Mais pour savoir ce qu’il y a dans le reste du numéro, il faudra l’acheter. Disons juste qu’il y a des anciens de la nouvelle mouvance comme Vanoli qui se heurte à des déjà respectés de la nouvelle mouvance et à quelques petits nouveaux.

Par ailleurs, dans la dernière livraison de l’Association, mes préférences vont très nettement au très joli livre (dans le packaging comme dans le contenu) de Jochen Gerner, « Branchages », recueil de dessins fait pendant qu’il téléphonait entre 2002 et 2008, qui est un livre oulipien.

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L’homme a du talent et curieusement avec des tonnes de petits gribouillis, il raconte de vraies petites histoires qui naviguent entre l’art brut et Pépito.

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L’autre livre formidable dans le même aspect parfait (toile grise et jolis titres) est
« Recapitation » de Killoffer qui ne signe même pas : il faut aller au dépôt légal pour savoir que c’est bien lui (orgueil ou modestie ?), avec pleins d’images et de gags étranges qui rejoignent les artistes incohérents du début du siècle et les surréalistes du début (quand ils avaient de l’humour). Ce pourrait aussi être des dessins d’humour du New Yorker, à la grande époque de Virgil Patch, mais avec son traité en volumes, minimum cette fois-ci, qui renouvelle le genre.

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C’est un livre à ouvrir au hasard comme Les Pages Jaunes des bottins de téléphones, où il faut regarder une image à la fois.

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De Luca : un génie de la BD enfin réhabilité - 2ème Partie

jeudi 26 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Gianni De Luca travailla donc à « Il Vittorioso », hebdomadaire catholique, qui n’abritait d’ailleurs qu’une seule bande dessinée « mussolinienne », le magnifique et aussi formellement fasciste, «Roman Il Legionario », chef-d’œuvre de Kurt Caesar, où le brave légionnaire se battait pendant la guerre d’Espagne contre les méchants républicains.

De Luca faisait alors ce qu’on appelait des « ciné-romans », c’est-à-dire des histoires qui voulaient ressembler à des films racontés. Contrairement à nombre de ses collègues qui choisirent alors le lavis pour rendre la chose plus réaliste, genre qui fut définitivement abandonné (voir certains ciné-romans parus en Italie dans « Grand Hotel » ou en France dans « Nous Deux ») quand arriva le photo-roman, il travaillait au trait.

Le parallèle avec Poïvet, là aussi est évident, puisqu’un jour Monsieur Poïvet m’a montré 150 planches d’une adaptation au lavis d’un roman d’Alexandre Dumas qui ne sont jamais parues, très inspirées par les maîtres italiens d’alors, même supérieures en qualité. Mais son éditeur del Duca voulait désormais de vrais « romans-photos », De Luca, lui, commença par Une Vie de Léonard de Vinci, il fit un moment dans le péplum genre « Cabiria » (le film fondateur d’où viennent tous les films à grand spectacle : c’est dans le film de Pastrone que l’on inventa le travelling, que reprit ensuite Griffith pour « Intolérance »), genre redevenu à la mode pendant la guerre avec le film « La Couronne de Fer » de Blasetti, puis juste après, de Blasetti toujours, son « Fabiola », péplum évangélique produit par des quêtes dans les églises catholiques où il y avait pourtant quelques jolies scènes d’orgie qui n’ont pas dû déplaire à Fellini.

Petit aparté, Staline qui aimait beaucoup les enfants, fit tout, y compris fournir l’armée russe, pour l’admirable film de l’ancien marionnettiste devenu metteur en scène épique, Alexandre Ptouchko avec « Le Tour du Monde de Sadko », Hitler ou plutôt le docteur Goebbels firent de même avec l’admirable « Baron de Münchhausen » de Von Baky qui enchanta les surréalistes. Et en Italie, ce fut « La Couronne de Fer », le chef-d’œuvre baroque de Blasetti qui tenait de la science fiction car même si cela se passait dans l’Antiquité, il y avait de drôles de machines et un relent d’uchronie.

Et les trois films, au nez et à la barbe de leurs tyrans et quelque part producteurs de films, leur échappèrent complètement puisqu’à la fin des trois, l’histoire est la même : on peut partir visiter le reste du monde, l’épée à la main, mais en réalité il n’y a qu’un endroit où on est bien, c’est chez soi, les héros des trois films vont revenir chez eux tel Ulysse pour mener une vie paisible après leur tour du monde, en se demandant s’ils n’ont pas un peu perdu leur temps.

Dans sa période épique donc, il y a un chef-d’œuvre qu’on peut trouver en France pour presque rien et qui est paru en album, c’est « Vulthur », une espèce de
« Salambo » admirablement dessiné qui a été réédité en France et en couleurs.

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Puis Gianni De Luca fit d’innombrables couvertures presque convenues d’abord, puis de plus en plus passionnantes et innovantes (voir certaines images d’inspiration moyenâgeuse jusque dans le graphisme), puis résolument pop et quelquefois totalement avant-gardistes y compris, entre autres, pour le festival de Luca où à propos d’un hommage à « Brick Bradford », il donna une série où il a inventé la manière de dessiner qu’on a ensuite attribué, mais ce n’était que justice car ils y réussirent pleinement, à Battaglia et surtout à Toppi.

Mais l’homme était déjà parti ailleurs.

Il tâta d’un peu tous les genres y compris quelques belles planches de science fiction et à partir de 1970, il entame son chef-d’œuvre, le très violent « Il Commissario Spada », histoire d’un policier au nez mutilé - comme un « Dick Tracy » réaliste - qui évoluait avec un changement de traité constant, dans le monde de l’Italie des années de plomb.

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L’intégrale de « Il Commissario Spada » a été réédité en 4 volumes par Black Velvet mais hélas pour des raisons évidentes de budget, en noir et blanc, et le meilleur en un gros volume qui s’appelle justement en italien « Gli Anni di Piombo » et d’un format supérieur : on voit mieux le dessin.

Essayez aussi de trouver, ça ne coûte presque rien, l’album qui est paru en Italie dans les années 70 ou celui qu’avait sorti Filippini chez Hachette, et vous découvrirez couleurs saturées, dessins réalistes devenant soudain psychédéliques, dessins devenant tout d’un coup pointillistes, qu’on n’est pas loin du cinéma de Fernando Di Leo, de Serge Martino, bref, du grand giallo italien devenu « Polizei » dont il nous donne l’équivalent graphique.

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Ensuite, il fit une tentative absurde et pourtant à mon avis réussie, l’adaptation de
« La Tempête », de « Hamlet » et de « Roméo et Juliette », de manière théâtrale, que j’ai édités au temps des Humanoïdes Associés : les personnages se déplaçaient dans chaque image comme stroboscopés, pour rendre l’équivalent des déplacements sur scène.

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Il passa ensuite au pointillisme systématique pour une série d’aventures de « Toto » (le célèbre comique transalpin), puis vinrent quelques pages sur Marylin Monroe, une bande dessinée de science fiction dont le scénariste était un enfant de 8 ans (qui avait gagné un concours), avant de nous quitter en 1992 avec « I giorni dell’Impero » dont 84 planches furent achevées et dont 5 seront à jamais incomplètes.

Jetez-vous donc sur « L’ultima Atlantide » si vous pouvez le trouver, supplément au numéro 23 de « Informa Vitt » édité par les Amis du Vittorioso en 1997 qui peut se trouver, sur les rééditions par Black Velvet de « Il Commissario Spada », volumes 1 à 4, sur la réédition parue en Italie en 2007 de son « Shakespeare », si vous n’avez pas ceux des Humanoïdes Associés qu’on trouve encore en soldes, avec de la chance.

Pour Spada, j’y reviens, le mieux est l’intégrale chez Black Velvert, hélas en petit format, mais il y a tout (www.blackvelveteditrice.com). Si l’on veut voir vraiment le dessin, il y a donc l’anthologie partielle chez Oscar Mondadori (www.librimondadori.it) « Il Commissario Spada – Gli Anni di Piombo ». 

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Le livre étant en grand format, on voit décidément mieux son dessin, devenu dur pour montrer des temps durs et où il mélange les styles en utilisant parfois d’étonnants raccourcis cinématographiques et des déformations quasi psychédéliques, et je n’ai pu m’empêcher de repenser en le relisant au dernier film de Mario Bava « Les Chiens Enragés » (« Cani Arrabbiati ») qui est tout à fait dans la même mouvance : enfants enlevés dans le brouillard, hippies dégénérés, autoroutes sans issues, villes sales, à tous les sens du mot.

Bien évidemment, il manque tragiquement dans ces rééditions la couleur qui rejoint aussi les meilleurs Scorsese avec entre autres une scène merveilleusement irréaliste où des Christ autoproclamés sont auditionnés par la police tandis que le vrai Jésus, crucifié sans croix, apparaît dans le rêve d’hôpital médicamenteux d’une femme empoisonnée par son très tendre époux.

De Luca : un génie de la BD enfin réhabilité - 1ère Partie

mercredi 25 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je me souviens d’une interview d’Hugo Pratt où on lui parlait de toute la génération dont il faisait partie et qui tout d’un coup explosait : Battaglia, Toppi, Crepax, Manara, Magnus, etc… et qui répondit péremptoire que lui y compris, il n’y avait que deux dessinateurs d’importance en Italie, Caprioli et Gianni De Luca.

Sur Caprioli, je n’ai pas tout de suite compris car je connaissais ses bandes tardives, superbes histoires de pirates ou de maoris (une passion que Pratt partageait) traitées d’une manière pointilliste lourde, avec des noirs qui essayaient de retrouver un traitement des lumières quasi photographique, comme le grand français trop méconnu qu’est Raymond Cazanave, des œuvres tardives, mais j’ai vu récemment les planches qu’il faisait dans « Il Vittorioso », à côté de celles de Jacovitti, alors lui aussi au sommet de son talent, et de Kurt Caesar : c’était sublime.

Gianni De Luca, c’est différent.

Il a bénéficié d’un statut particulier puisqu’il a travaillé presque toute sa vie pour un seul journal, à la fois qui lui laissait en gros faire ce qu’il voulait, passant de « Il Vittorioso », journal catholique un moment fasciste, au grand hebdo « Il Giornalino » pour l’essentiel de sa carrière.

Demain, je vous parlerai en détails de ce dessinateur, simplement pour vous dire  que oui, Pratt avait raison : il avait lui et ses confrères trouvé une manière de dessiner magnifique mais le dessin plus que parfait, à un moment précis de Caprioli et le dessin sans cesse évolutif et prenant sans cesse des risques de Gianni De Luca qui ouvrait des portes pour parfois les refermer immédiatement derrière lui, sont une merveille à part dont la seule équivalence, hélas également pour la postérité, fut l’œuvre de Raymond Poïvet qui commença lui aussi par collaborer à des journaux, qu’on appela « collaborationniste » : (son final de « King Kong » et sa vie de
« Napoléon » n’avaient pourtant rien de collabo mais furent publiés pendant la guerre), à un seul journal « vaillant » qui pendant longtemps lui ficha une paix royale, avant de l’obliger à faire des histoires complètes qui l’ennuyaient prodigieusement.

A l’occasion, il pouvait faire une adaptation de « Salambo » en 20 pages, une bande dessinée sportive ou une histoire hitchcockienne de naufragés ou une vie de Lénine en huit pages. Pour tout ça, je vous renvoie à l’album que nous commîmes, Etienne Robial, Paul Gillon et moi pour rendre hommage à Poïvet lors d’un Angoulême lointain, un « 30/40 » hors série qui reprenait certaines de ces œuvres pour montrer l’étendue prodigieuse de sa palette.

Ils ont été tous les deux la victime de la même chose : ils étaient fort bien payés, ils étaient lus par d’innombrables lecteurs, mais édités par des maisons qui ne faisaient pas d’albums : il en existe deux ou trois de De Luca, il en existait quatre ou cinq de Raymond Poïvet et avec le temps on les a oubliés et en France, pour Poïvet en tout cas, les rééditeurs successifs à commencer par Futuropolis et en finissant par Glénat et en passant par Soleil, n’ont jamais réussi à nous donner une intégrale des
« Pionniers de l’Espérance » de Poïvet.

Pour Gianni De Luca, la réhabilitation est en route, grâce à Black Velvet surtout.

J’y reviendrai demain.

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Blazing combat : ce maudit magazine - 2ème partie

mardi 24 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

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C’était une histoire de paysans survolés par des avions américains qui détruisent tout sur leur chemin, ils continuent pourtant de cultiver leur rizière, puis arrivent les vietnamiens d’obédience communiste qui leur font un sermon sur la corruption de Saïgon mais prennent aussi toute la nourriture.

Et les américains reviennent pour tuer lesdits guérilleros, mettant le village à sac. Le vieil homme du début de l’histoire retourne à l’ouvrage quand arrivent les hélicoptères sud-vietnamiens, qui à leur tour attaquent. Cela finit avec le chapeau du vieil homme, flottant sur la rivière et faisant, comme le dit Archie Goodwin, désormais partie du paysage.

Cette histoire de civils pris entre deux feux et qui ne comprennent rien aux raisons des combats, provoqua la catastrophe commerciale évoquée plus tôt, forme de censure indirecte puisqu’à l’époque il n’y avait pas de boutiques spécialisées en bandes dessinées, et la fin de « Blazing Combat ».

Il y a eu tellement d’histoires sur le Vietnam depuis, qu’on pourrait la croire datée, mais cette incompréhension mutuelle, ces combats où les civils sont victimes de tous, étaient en fait prophétique d’une part des mouvements pacifistes qui allaient surgir un peu plus tard contre la guerre du Vietnam et aussi de toutes les guerres depuis, puisque le XXème siècle a réinventé la barbarie, prenant les civils en otages.

C’est parce qu’il n’y a que quatre numéros de « Blazing Combat » et que cela s’est arrêté brusquement, que c’est ce qu’il y a de mieux à acheter dans toutes ces rééditions des magazines Warren, car sur la totalité de « Creepy », « Eerie » et
« Vampirella », il y a eu forcément des choses moins bonnes (surtout dans Vampirella) tandis que là, la guerre est finie, la bête est morte et en quatre numéros on a une quasi succession de chefs-d’œuvre et heureusement pas de suite qui nous aurait peut-être déçue.

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Blazing combat : ce maudit magazine - 1ère partie

lundi 23 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

On sait que Jim Warren fit un temps fortune, d’abord avec « Famous Monsters of Filmland », qui avait d’ailleurs été inspiré à son rédacteur en chef, Forrest J. Ackerman, fut le plus grand collectionneur au monde du cinéma fantastique, par le numéro de « Cinéma 57 » sur le fantastique entièrement dû à Jean Boullet auquel on revient toujours.

Le magazine, avec ses blagues idiotes prétextes à montrer de belles photos de films d’horreur fut un succès et permis au jeune Jim Warren de lancer d’autres mensuels.

Je vous ai parlé ailleurs de « Creepy » et de « Eerie » qui sont en cours de réédition intégrale, ensuite nous aurons peut-être « Vampirella » qui dura très longtemps, mais un magazine échoua (en fait il y en a eu plusieurs comme « Monster World », spin-off de « Famous Monsters of Filmland » plutôt mieux fait mais plus sérieux et qui ne survécu pas longtemps).

« Blazing Combat » c’est une étrange histoire : presque entièrement écrit par Archie Goodwin, grand admirateur des EC Comis de guerre de Harvey Kurtzman et sous la houlette de Jim Warren (ils étaient deux dans les bureaux en vérité), le magazine était la suite, presque un copier-coller desdits Comics de guerre de EC.

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Mais les temps avaient changé : en effet, dans les comics édités par Kurtzman (où il y avait toujours les mêmes complices, Toth, Severin, Orlando Crandall), on faisait la guerre, on parlait des guerres du passé comme la guerre de Sécession ou alors de
« la juste guerre » qu’était pour tous la seconde guerre mondiale. On parlait de la Corée aussi, mais la Corée, même si conflit en cours, était un peu pour les américains la suite logique de la guerre contre les japonais.

Il n’y avait donc pas de mouvement anti-guerre d’autant que toutes les couches sociales avaient été frappées et que dans toutes les familles certains étaient allés au combat.

Quand « Blazing Combat » arriva, il n’y avait pas encore de mouvement contre la guerre du Vietnam : ça allait venir plus tard, l’opinion publique allait changer d’autant que la conscription favorisait ceux qui avaient les moyens de ne pas y aller et que cette fois-ci, ce fut l’Amérique pauvre avant tout qui fut représentée et les mouvements pacifistes, un peu plus tard, commirent l’erreur (rétrospectivement) d’attaquer, non pas la guerre du Vietnam en soi, mais tous ces soldats qui se retrouvèrent perdus là-bas, comme aujourd’hui au Moyen Orient sans trop comprendre ce qui leur arrivait, et rejetés lorsque par chance ils revinrent.

Toujours est-il que quand « Blazing Combat » numéro 1 sortit, cela ne commença pas trop mal, mais dès le numéro 2 une histoire précise, « Landscape », dont je vous parlerai plus loin, fit que le magazine fut d’abord retiré des PX, c’est-à-dire des boutiques pour les militaires, puis progressivement par les autres distributeurs qui ne le mirent plus en avant : car ils y virent soudain un comics anti-patriotique.

Warren s’en aperçu mais il avait fini les numéros 3 et 4, il publia quand même les histoires déjà dessinées, mais c’était plié, « Blazing Combat » était mort.

Dans « Blazing Combat », on retrouvait donc des histoires du Vietnam presque toutes dessinées par Joe Orlando et c’était le seul à avoir de la documentation sur tout cela, le conflit était en cours.

Il y avait aussi Angelo Torres, cousin graphique de Williamson, Georges Evans comme aux temps des EC Comics, Gray Morrow qui, je l’ai déjà dit ailleurs, aurait pu en faire partie, Reed Crandall, un autre héritier du style illustratif venu des EC Comics, John Severin bien sûr, le plus grand dessinateur d’histoires de guerres et de westerns américains, dans la durée et dans la constante qualité de son travail : authenticité de ces ambiances et même de ses uniformes, Alden McWilliams dont je vous parle ailleurs, Williamson, Alex Toth qui là aussi fit un passage éclair, comme dans les EC, et co-signa une histoire avec Archie Goodwin (car l’homme n’était pas facile), Russ Heath qui allait se faire un nom un peu plus tard, cet étrange dessinateur quasi photographique reprenait des photos et les redessinait totalement avec un talent immense, qui en même temps œuvrait aux côtés de Joe Kubert dans les comics de guerre de DC, avec succès, lui succédant un peu plus tard sur « Sergent Rock », et le temps d’une histoire, un auteur mineur Jones Blaisdell, un peu de Gene Colan qui, dans ces eaux là, allait devenir une star chez Marvel avec « Iron Man » et plus tard
« Tomb of Dracula ».

La collection complète de « Blazing Combat » tient donc dans une seule reliure avec quatre numéros et de magnifiques couvertures de Frazetta extraordinairement violentes, qui sont parmi les meilleures de son œuvre peinte.

Cette fois-ci, c’est Fantagraphics qui s’y colle puisque Michael Catron en avait déjà acquis les droits et sortit un petit bout ailleurs.

Archie Goodwin, scénariste discret qui nous a quitté trop tôt, écrivit toutes les histoires sauf une, due entièrement à Wallace Wood, et deux co-signées, une avec Alex Toth donc, et l’autre avec Reed Crandall, une magnifique évocation de « La Bataille des Thermopyles ».

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Ses sympathies étaient plutôt à gauche mais il n’était pas polémiste, il ne faisait pas de pamphlets. Il racontait juste, essayant de retrouver le talent des EC et de Harvey Kurtzman son maître, il y arriva.

J’avoue avoir un faible pour une histoire de Williamson sur la passe de Kasserine où il utilisa un traité très proche du Alex Raymond de Rip Kirby, et pour les trois histoires sublimement dessinées par Alex Toth, et pour tout ce qu’a fait Severin et pour la bataille d’Angleterre imaginée en huit pages par Wood : j’adore l’infantilisme du propos, on sent que Wood prend uniquement plaisir là, à dessiner des avions comme d’autres, à l’époque, à faire des maquettes en plastic de forteresses volantes
Aurora : j’en étais.

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Extrait de La passe de Kasserine

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Alex Toth

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Severin

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Extrait de la bataille d'Angleterre de Wallace Wood

L’histoire de Russ Heath est une merveille avec ses lumières dignes de Georges La Tour, dans une histoire d’assaut de collines trop bien gardée et comme le remarquait Gil Kane, il y a bien longtemps, dans une longue interview dans Graphic Story Magazine (cela me permit de découvrir que Kane n’était certes pas le plus grand dessinateur du monde, mais était et demeure peut-être le critique de bande dessinée le plus pointu et le plus intéressant qui soit : chez chaque dessinateur américain, il a su trouver le sens et le pourquoi du talent particulier de l’auteur et l’on sentait dans sa belle interview qu’il souffrait de ses propres limites).

Il avait donc remarqué que, ayant utilisé un miroir et des photos de lui, tous les personnages dans cette histoire ressemblaient à Russ Heath !

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Mais l’histoire centrale c’est évidemment celle qui provoqua indirectement la foudre, non des censures, mais des distributeurs alors tout puissants, c’était la première du second volume et elle s’appelait « Landscape » écrite par Goodwin donc et dessinée par Joe Orlando.

On en parle demain.

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L'Effet Fées

vendredi 20 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Il est plutôt très bien « Le Guide des Fées – Regards sur la Femme » de Virginie Barsagol et Audrey Cansot, post-féministe puisqu’elles voient dans la fée une femme libre, depuis les fées de l’Antiquité, depuis la sombre Lilith, l’autre femme, en passant par Circé, Mélusine, la reine des neiges et les autres, elles font bien le tour du sujet.

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Ce livre quoique documenté est un formidable outil de réflexion avec hélas une énorme bourde qu’il faudra rectifier un jour si ce livre est réédité.

Non, « Moonriver » n’est pas la chanson en titre du film de Victor Fleming, « Le Magicien d’Oz » mais celle par Mancini pour Audrey Hepburn dans « Diamants sur Canapé » cité par ailleurs.

Je ne vois là qu’une bourde comme j’en commets quand j’écris trop vite mon blog et vous avez raison de critiquer parfois quand j’attribue « 3.10 pour Yuma », film typiquement Davessien à John Sturges. Vous avez d’ailleurs été plusieurs à me reprendre.

En tout cas, voilà un petit guide fort passionnant et quasi philosophique, puisqu’il vous fait penser à des tas de choses, par liaisons d’idées.

Message dans une bouteille (7)

jeudi 19 novembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Vieux hoord’hur, tu parles de Leclerc, c’est drôle, je le connaissais à peine et je l’ai croisé un peu plus longuement. L’homme est intéressant, il a sa vision de la BD mais je pense qu’il est parmi les grands surfaciers, celui qui fait le plus d’efforts pour la promouvoir et pas toujours les livres les plus évidents contrairement à ce qu’on pourrait croire.

Quant au piratage pour la BD qui existe déjà un petit peu et qui va grandir, ça me fait peur car tellement d’auteurs crient misère et n’arrivent jamais à récupérer le minimum garanti de l’avance de leurs livres n’ayant plus de pré-publication et que ces types qui sont déjà au SMIC ou en dessous risquent de se retrouver obliger d’entrer à la poste et de dessiner la nuit ce qui serait quand même dommage.

Cher Pedro Morais, quoi ! Il existe vraiment un livre sur la BD portugaise ? Je vais me jeter dessus et je vous en reparlerai. Pour l’instant, je ne le trouve pas.

Cher Gilles Poussin, sur la réédition Glénat des Naufragés du Temps, j’en pense beaucoup de bien et un tout petit peu de mal.
Beaucoup de bien car elle est cohérente, car je trouve les couvertures de Paul superbes et unifiant l’ensemble, beaucoup de bien parce que je pense que tous les préfaciers de Topor à Fred, à Forest en passant par votre serviteur, montrent de multiples facettes du Gillon qui est un animal dur à cerner, beaucoup de bien car il y a une grande cohérence dans les couleurs et que je trouve qu’elles sont bien, un peu trop maronnasses à mon goût mais avec une légèreté qui laisse sa trace au trait pour une fois, même si, en ce qui concerne les tous premiers albums, je préfère les premières versions Hachette (avant les Humanos donc) où ces couleurs criardes et pop qui à un moment furent aimées puis honnis, me semblent à nouveau pouvoir revenir dans l’œil du cyclone et j’espère qu’un de ces jours Glénat nous donnera un
« back to the seventies remix» avec les premiers albums avec les couleurs d’origine : si Paul lit ça, il va vouloir me tuer.

D’accord avec Bungalow Bill pour dire que les blogs sont éphémères mais la manière dont Warren Ellis, par exemple, en a tiré ensuite des livres, ce que j’aimerais bien faire un jour, me paraît une autre manière en les remaniant quelque peu, en les réorganisant et en tenant compte des réponses des internautes, de les faire survivre, car il est vrai que quand je lis le blog sur les DVD de Bertrand Tavernier par exemple, j’aurais envie un de ces jours qu’il me réunisse tout ça sur papier afin de pouvoir le compulser de temps en temps. Et puis quand Mad Max arrivera et que la fin du monde aura eu lieu, les livres papier seront peut-être engorgés d’eau devenus éponges mais il n’y aura qu’à les sécher, tandis que pour les blogs on aura du mal.

Et mon vieux Gilles, pour revenir à Houellebecq qui a beaucoup fait parler, c’est vrai que pour s’y retrouver entre la jungle de la critique, celle des distributeurs qui croient ou qui ne croient pas à un film, c’est difficile.
En fait, il faut se fier à son instinct et je me souviens d’avoir vu une affiche dans un café avec trois mecs qui tenaient des chopes de bière, ça s’appelait « Une bringue d’enfer » et il y avait un jeune acteur qui s’appelait Kevin Costner. En fait, c’était
« Fandango », un magnifique film de Kevin Reynolds et mon petit doigt m’a dit que si la major le sortait l’été, c’est qu’ils ne savaient pas quoi en faire et que donc c’était peut-être un bon film. Il y a donc des moyens tordus, parfois, d’échapper aux diktats des distributeurs et des critiques. En fait, il faut suivre son instinct et quand on a la carte qui permet d’aller d’une salle à l’autre, on peut après le film qu’on voulait aller voir, aller jeter un œil au suivant, au cas où, on ne sait jamais.

Il m’est arrivé ainsi de faire dans des multiplex, je n’y vais plus guère car cela m’oppresse, des essais, en allant voir aussi tous les films qui, je le pensais, n’avaient aucun intérêt pour moi : j’ai eu une ou deux bonnes surprises.

Et oui cher Henri Belbéoch, je pense qu’on se reverra à Saint Malo pour reparler de gravures introuvables et d’artistes improbables.