L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Deep Depp - 2ème partie

jeudi 31 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

David Spandau est formidable (c’est lui le détective qui se prend pour un cow-boy), Bobby Creeve, la vedette, a quelque chose des angoisses que doit avoir son demi-frère Johnny Depp, mais quelque chose aussi de River Phoenix, entre autres.

Les gens que j’ai croisés et que je croise parfois encore à Hollywood sont souvent comme ça.

Et stars et inconnus croient tous faire partie d’Hollywood : ceux qui en vivent vraiment et ceux qui, vivant dans la rue, se voient un jour prochain tout en haut de l’affiche : la dernière fois, je suis tombé sur plein de taxis russes qui avaient tous un scénario dans leur boîte à gants : le même, l’arrivée d’un russe à Hollywood chauffeur de taxi qui deviendra star.

Dans cette ville de fous, Spandau retrouvera forcément son chemin grâce à sa morale, celle des  personnages de Chandler et de Hammett, une morale simple car dans la star qui a des ennuis, il voit au-delà des apparences ce gamin paumé qui demain sera peut-être super star mais après-demain rejeté aux orties.

Je ne vous raconterai pas l’histoire mais j’ai aimé la galerie des personnages principaux, presque tous bizarres au départ et s’avérant beaucoup plus dingo ou faussement dingo, manipulateurs : ils sont touchants y compris les plus mauvais.

Et dans ce livre j’aime tout, les tueurs, les salopes de studios, les mafieux minables, les gros bandits, les héros et forcément le détective dont j’attends maintenant la prochaine aventure.

Et puis, il y a cet acteur anglais ennobli par la reine qui me fait penser à tous ces lords anglais qui se commirent à Hollywood, depuis Sir Laurence Olivier et Sir Alec Guinness en partant désormais par Sir Ben Kingsley, tous ces acteurs qui viennent prendre de l’argent et qui regardent Hollywood avec snobisme mais qui en même temps y laissent des plumes, sombrant parfois dans l’alcoolisme par mépris d’eux-mêmes.

Ce livre est en odorama, ça sent la sueur des centres de remise en forme, des Spa pour chiens, des annabolisants, de la drogue mal coupée qui sort par les pores de la peau, parfois heureusement le savon frais d’une jeune femme qui vient de se laver et qui ressemble à une maîtresse d’école.

Daniel Depp, miracle, avec du vieux fait du neuf.

C’est paru aux Presses de la Cité dans la Collection Sang d’Encre, c’est une formidable surprise.

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Deep Depp - 1ère partie

mercredi 30 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Au jeu des 7 familles, dans la famille Johnny Depp, je prends le demi-frère, Daniel Depp.

J’ai testé sur mon épouse, la photo au dos, en lui demandant de quel acteur célèbre cet homme pouvait-il être le frère : elle m’a répondu John Malkovich. Ca se tenait.

Mais en fait c’est bien le demi-frère de Johnny Depp avec qui il travaille parfois comme producteur ou comme scénariste.

C’est la tendance en ce moment à Hollywood pour quelques auteurs qui ont quelque chose à dire et n’en peuvent plus d’être rabotés par le système hollywoodien et ne voulant pas comme les générations précédentes, se retrouver un jour, devenus médiocres, un verre à la main, contemplant la piscine gigantesque où l’eau tiède clapote, en se demandant comment ils en sont arrivés là.

Parmi ces écrivains de talent, je vous ai déjà dit que certains choisissaient les séries télé. Lui choisit, comme Richard Price qui est revenu au roman même si depuis il est passé à la série télé, le roman donc, et peut ainsi, légèreté du roman qui n’a pas le problème de budget par rapport au cinéma et interlocuteurs moins multiples, aller au bout de ses idées.

Il dit qu’il passe désormais son temps entre les Etats-Unis et la France et je le vois bien aller de l’un (les Etats-Unis) où il doit travailler avec des gens qu’il connait, à la France où personne ne le connait et où il est tranquille pour réfléchir.

Son livre s’appelle « Les Losers d’Hollywood », en anglais « Loser’s town », qui me paraît être un bien meilleur titre et j’adore les deux citations qu’il met en exergue qui résument bien l’ouvrage :

« Je suis venu à Los Angeles dans les années trente, pendant la grande crise, parce qu’on y trouvait encore du boulot. L.A est une ville de losers, et ce, depuis toujours. On peut réussir ici même quand on n’est capable de rien ailleurs ». (Robert Mitchum)

« Se comporter dans la vie en se prenant pour un cow-boy ne pose guère de problèmes, jusqu’au jour où on rencontre quelqu’un qui se prend pour un indien ». (Kinky Friedman)

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Par contre la note de l’auteur :

« « Ils » ne sont pas ces « ils »-là.
« Elle » ou « lui » n’est pas « vous ».
Toute ressemblance dans ce récit avec des personnes existant ou ayant existé serait purement fortuite et l’auteur n’y verrait qu’un témoignage de son génie
».

me semble totalement mensongère mais très maligne, car moi qui ai fréquenté le Los Angeles des années 70 et 80, et recroisé là-bas la bande du « National Lampoon » pas encore célèbre à l’époque où ils faisaient de la radio à New York et où certains traduisirent « Heavy Metal »  en même temps qu’ils faisaient le « National Lampoon ».
Il y avait John Bellushi, Dan Ackroyd et quand je vais au Château Marmont, j’aime bien prendre le bungalow numéro 2 ou numéro 3, je ne sais plus, où il est mort, qui est encore plein, curieusement, de bonnes vibrations.

Daniel Depp en parle, d’ailleurs avec humour, car il est vrai que cet endroit très vivant est devenu un cimetière merveilleux.

De ce monde là, des mystères qui entourèrent ces années là et les suivantes : à l’époque, De Niro habitait à l’année au Château Marmont, on croisait River Phoenix au Viper Room mais avant la fameuse boîte qui avait une minuscule boîte ultra privée qui s’appelait « Up on the Rox », nous étions quelques-uns grâce au producteur de « The Mamas and the Papas », Lou Adler, son propriétaire, à en avoir la clef. Si le club était bondé avec une queue infinie qui attendait patiemment son tour devant, il fallait avoir sa clé pour aller au-dessus.

Je me souviens d’un soir où j’y suis allé.

Nous étions trois, tout seuls, à une table au bout Warren Betty, à une autre Barbra Streisand, et la troisième, moi : je suis redescendu parmi les gens.

Et je peux vous dire qu’il y a plein d’info véritables au travers de ces pages sur cette époque et sur, entre autres, les financiers très particuliers qui furent aux sources de quelques-uns des plus grands  films des années 70/80 justement.

Le livre, je l’ai commencé avec beaucoup de réserve  car les histoires de détectives privés « à la Chandler », j’ai l’impression d’en avoir déjà lues beaucoup, d’autant que tout a été dit par Altman dans « The Long Goodbye », avec l’immense scénariste qu’était Leigh Brackett qui était aux origines puisqu’il avait collaboré avec Howard Hawks depuis le début et avec le couple Lauren Bacall et continue jusqu’à  « Rio
Lobo » en gros.

Et dans ce film de Altman, elle avait immergé le détective classique dans le Hollywood dégénéré d’hier qui annonçait déjà le Hollywood plus dégénéré encore d’aujourd’hui mais moins rigolo.

C’est un peu ce que fait Depp à sa manière, son héros a des valeurs mais autour de lui on ne sait plus ce que ça veut dire.

Et puis je me suis fait attraper et j’ai passé une formidable nuit, blanche, ce qui au bout du compte est le but d’un livre noir.

La suite demain.

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Dean Koontz a un fils - 2ème Partie

mardi 29 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Au début de l’histoire donc, les parents de Jack Spark décident, vu ses notes, de l’envoyer en vacances dans un établissement spécialisé dans le cancre.

Lui souhaitait rejoindre son grand-père, la seule personne qui le comprenne, la seule personne sans doute qu’il comprenne également. C’est raté.

En chemin, il va rencontrer d’autres gens de son âge, plus ou moins sympas, plus ou moins réglos, avec qui il aura des mots : eux-aussi se rendent au même endroit : cette terrible « colonie de vacances » ou plutôt ce « camp de rattrapage », mais ce n’est que le début de l’histoire…

Il va découvrir ensuite que tout ce dont on peut avoir peur quand on est enfant, et même plus tard, existe vraiment, que toutes les terreurs enfantines ont une base vraie, beaucoup plus terrible que racontent les contes.

C’est mené à un rythme trépidant et ça enterre par exemple quelques séries américaines récentes pour ados que j’avais trouvées honnêtes, comme « True
Blood », qui tout d’un coup paraissent convenues.

Je ne peux vous en dire plus, ce serait tout gâcher.

Dean Koontz a un fils - 1ère Partie

lundi 28 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Dean Koontz a un fils et il ne sait pas qui est son père

« Le Cas Jack Spark », aux éditions Jean-Claude Gawsewitch (dont je me demande si ce n’est pas le fils des Gawsewitch chez qui j’achetais des journaux à Livry Gargan, Place de la Libération quand j’étais petit, ce serait drôle qu’il y ait trois éditeurs entre Claude Durand, lui et moi qui viennent de Livry), est malignement appelé « Saison 1 : Eté Mutant », référence directe aux séries télé car c’est bien de l’équivalent d’une série télé, ici, qu’il s’agit.

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L’auteur, Victor Dixen, n’a que trente ans. Son père est danois, sa mère est française, apparemment il a une vie bizarre et profite de son insomnie pour écrire. Tant mieux pour nous. Il est inculte au bon sens du mot. Par exemple, dans une note, il parle de « La Chute de la Maison Usher » et sans doute donc du film de Corman avec Vincent Price, en faisant référence à la Hammer, qu’il présente comme « une ancienne maison de production américaine spécialisée dans les films fantastiques ».

Il ne sait donc pas faire la différence entre Corman et Fisher, entre Hammer producteur anglais et American International Pictures, la maison de Roger Corman à l’époque, et c’est tant mieux car on n’a pas besoin d’être cultivé pour faire peur, la preuve. Je dirais même au contraire.

Vous allez vous demander pourquoi je parle de Dean Koontz dans le titre, parce que Dean Koontz est un secret bien gardé que nous sommes quelques-uns à partager, pas nombreux d’ailleurs : Koontz va dans tous les sens, faisant absolument n’importe quoi au sens propre, on lui doit quelques-uns des livres les plus fascinants des trente dernières années.

D’abord des thrillers d’horreur aussi bons que ceux de Stephen King puis de plus en plus, des livres expérimentaux et abracadabrants comme « La Porte Rouge » que m’a fait lire Moebius.

Je n’en suis pas encore revenu, dans ce livre l’histoire commence droite et rectiligne, pour prendre ensuite une tangente gauche qu’on n’attend pas, puis une autre direction, perpendiculaire, qu’on attend encore moins, puis encore un autre tournant, en épingle à cheveux, et elle ne cesse d’évoluer changeant sans arrêt de style, de ton, d’ambiance et même de personnages. C’est en quelque sorte l’équivalent du
« Garage Hermétique » de Moebius, ce qui lui a paru évident quand je lui ai dit.

Récemment, j’ai décroché d’un autre livre de Koontz à la page 150 (il fait des énormes volumes), en disant à Giraud que je n’en pouvais plus, que ça fait 150 pages qu’on attend l’apparition du monstre qui va venir terroriser l’enfant et au bout de 150 pages, il ne s’est rien passé.

Le vieux sage Jean Giraud m’a répondu :
« tu aurais dû lire jusqu’au bout : à la fin, le monstre n’est pas encore arrivé ».

C’est ce talent foisonnant, quelque part expérimental sous des dehors de livre traditionnel et dans une collection populaire, proche des expérimentations de
« L’Oulipo » que la plupart des livres de littérature biens sur eux, et donc de la littérature foisonnante que nous aimions tant jadis, que retrouve Victor Dixen dont le livre n’a pas cessé, à chaque volte inattendue, de me fasciner.

Et pour la première fois depuis des années, le meilleur livre d’horreur que je lis est pour adolescents, ces temps-ci c’est d’ailleurs plutôt dans les romans pour adolescents que je trouve ma pature, ils sont souvent plus riches que les romans pour adultes, et Victor Dixen retrouve ici ce qui faisait la grandeur de la littérature française au XIXème siècle.

Prenez « Les Travailleurs de la Mer » de Victor Hugo, c’est un roman maritime mais en cours de route, l’affrontement du poulpe géant, décrit d’une manière extrêmement détaillée et en même temps presque incompréhensible, fait dans l’horreur et on est déjà chez Lovecraft.

C’était Victor Hugo qui n’hésitait pas à changer de genre en route, à faire évoluer une histoire au fil de son imagination, sans hésiter, ce qui semble désormais interdit par des conventions absurdes, faisant des livres qui n’entraient dans aucune catégorie, sinon leur auteur, Victor Hugo.

Demain, je vous le jure, je vous parle enfin du cas Jack Spark, premier volume, qu’il faut que vous acquériez toute affaire cessante.

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Dans le jeu des 7 familles, je prends la famille séries télé

jeudi 24 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

En effet, pendant longtemps, et maintenant ils me manquent, j’ai été un Soprano par procuration, m’identifiant tour à tour à Tony et à son fils : comme Tony, j’avais envie de regarder voler les canards sauvages et d’abandonner toutes les responsabilités, et comme son fils, je n’avais pas voulu reprendre l’épicerie familiale.

Il y a peu de séries d’ailleurs qui me donnent cette impression de familles recomposées ou de familles d’accueil, la plus évidente pour tous, mais justement tellement évidente qu’on l’oublie parfois, c’est évidemment « Les Experts », pas ceux de New York, pas ceux de Miami, mais ceux de Las Vegas.

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Encore une fois je me trouve en phase avec Alain Resnais dont je lisais régulièrement les interviews et que je ne vois plus, mais je remarque que nos parcours de lecture et de visionnage sont les mêmes, singulier destin trop peu croisé.

Car William Petersen, on voyait le coup venir à la saison huit, va nous quitter. Il n’est pas le seul d’ailleurs puisque précédemment sa fiancée est partie et puisque Gary Dourdan malmené par Friedkin, lui-aussi va disparaître, hélas pour de bon.

Ne voulant pas connaître la cuisine interne, je préfère voir dans cette évolution une décision personnelle de Petersen qui aura quand même tenu neuf ans : il est toujours producteur exécutif de la série, neuf ans ça fait beaucoup dans une vie, peut-être voulait-il passer à autre chose.

Moi, bêtement, j’espère qu’il reviendra un jour, pour croiser en quelque sorte son successeur, le vieux complice du « King of New York », Laurence Fishburne, qui d’ores et déjà s’avère être de poids à tous les sens du mot car il a un peu grossi mais ça lui va bien.

Comme je suis incapable de passer le temps nécessaire pour comprendre quand et où passent les séries télé américaines sur les chaines françaises, d’autant qu’elles changent parfois d’horaire, je préfère me taper les saisons entières, soit pour certaines qui m’intéressent moins quand sort le coffret français, soit pour quelques-unes essentielles dès que cela arrive en Amérique.

Je ne pourrais pas donc pas vous dire où nous en sommes à la télévision française mais mon conseil est quand même d’éviter le doublage : la série télé est souvent plus proche du théâtre que du cinéma, les voix, les intonations et la manière de scander sont vitales et dans ce nouveau coffret, par erreur puis par perversion, j’ai regardé un épisode entier en version espagnole, les américains prévoient toujours une version espagnole puisqu’un tiers des américains sont maintenant d’origine espagnole, et je peux vous dire que c’est une expérience extrêmement rigolote mais quelque peu navrante car dans le doublage, les acteurs s’énervaient à contre temps.

J’oubliais un point d’importance : le 200ème épisode est dû à William Friedkin et sur un scénario très étrange, puisqu’on y évoque les catcheurs mexicains et le blue demon entre autres, les amateurs de bis sauront ce que je veux dire.

Comme d’habitude, il nous donne une leçon de mise en scène mais ce n’est quand même pas au niveau du formidable épisode de la saison huit, d’autant que la présentation un peu pompeuse, le générique étant changé à cette occasion, fait plutôt penser bizarrement à « L’Exorciste 2 » de John Boorman avec Pazuzu, plus qu’à « L’Exorciste » de Friedkin.

Dans la saison aussi, les amateurs de « Star Trek » vont en prendre pour leur grade.

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Avec la Clef d'Argent, ouvrez d'autres serrures

mercredi 23 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

La Clef d’Argent fait décidément du travail merveilleux et pour prendre quelque chose qui sûrement n’est plus disponible, pour vous faire envie en somme de ne pas rater leurs productions futures, je vais vous parler de l’édition de luxe (j’ai l’exemplaire 24 sur 54), sans doute plus disponible, qui contenait son beau livre de poèmes
« Nostalgie de l’Inconnu », dans un joli coffret il y a une photographie de Clark Ashton Smith, le facsimilé de la première de couverture de Ebony and Crystal « Recueil de vingt-huit poèmes » de Clark Ashton Smith, le facsimilé de la parution du poème vision fantastique, l’achevé d’imprimé de Ebony and Crystal, la parution du poème « La Princesse Almina », une aquarelle de Clark Ashton Smith consacrée au royaume d’Hyperborée, des manuscrits en facsimilé de Clark Ashton Smith pour « Les
Cristaux », « Dans les cryptes du souvenir » ou « Ennui » et prise plus récemment la photo du rocher sous lequel sont enfouis ses cendres.

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Je ne me permettrais pas de dire ce que je pense de Clark Ashton Smith, Lovecraft l’a fort bien dit, c’est au dos de la couverture : « M. Smith a échappé à l’obsession de la vie et du monde, et a entrevu la beauté perverse, titanesque de la mort et de l’univers ; prenant l’infini pour toile de fond, il décrit avec respect les terrifiants caprices des soleils et des planètes, des dieux et des démons, et des horreurs aveugles et amorphes qui hantent des jardins de champignons polychromes plus lointains qu’Algol ou Achernar. C’est un cosmos de flamme vivante et d’abysses glacials qu’il célèbre, et la luxuriance colorée avec laquelle il le peuple ne pourrait se trouver ailleurs que chez un pur génie ».

J’ajouterai seulement qu’il a été fort marqué par Beaudelaire en anglais et qu’il est beaudelairien d’esprit, faisant le pont entre les mondes vénéneux, d’une part, et les mondes putréfiés et plus vénéneux encore, d’autre part, de Lovecraft.

Si vous connaissez mal Clark Ashton Smith, vous avez tort.

Ses nouvelles et ses contes fantastiques furent traduits pour la plupart il y a déjà pas mal de temps chez Christian Bourgois et voici que La Clef d’Argent s’attaque à ses poèmes, il était temps, c’est ce qu’il y a de meilleur dans son œuvre.

Le préfacier, Christian Hibon, le compare à Gustave Moreau, c’est bien vu : il a le même nihilisme chatoyant, le même goût hérité de Blake aussi peut-être pour essayer de montrer en dessins parfois et en textes souvent, l’inmontrable, et pour décrire l’indescriptible avec une obsession : la laideur de la beauté ou la beauté de la
laideur : un frère de lai de Lovecraft en somme.

Ce qui est formidable dans « Nostalgie de l’Inconnu », c’est la traduction de Philippe Gindre qui  donne l’impression que les textes ont été écrits en français, ce qui n’arrive presque jamais avec les traductions.

Ces poèmes en prose décadents nous décrivent généralement d’autres mondes, bien plus étranges et bien plus pervers que le nôtre : du Beaudelaire vous dis-je, mais de science fiction.

Il faut vous jeter sur ce livre pendant qu’il est encore disponible.

Demandez-le à votre libraire, qu’il le commande, ce qui l’obligera à prendre connaissance de l’existence de La Clef d’ Argent, mais s’il ne veut pas, commandez directement à l’éditeur sur son site www.clef-argent.org.

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Message dans une bouteille (8)

mardi 22 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Cher Goodies75,
mais je réponds en même temps à tous les autres qui me parlent de Thomas Harris et de Moebius en même temps, sachant qu’entre temps Moebius qui est peut-être amnésique, me dit qu’il ne m’a jamais conseillé Thomas Harris : non, il n’y a aucun copinage de la part de Moebius puisque ce n’est pas dans « A la poursuite d’octobre rouge » qu’on compare les « surfers d’argent » de Buscema, de Kirby et de Moebius dans une scène écrite par Tarantino, mais dans « USS Alabama » de Tony Scott, dont acte.

Romuald, bravo, tu as reconnu Néo Rauch. C’est la première fois qu’on reconnaît mon image mystère, j’espère que ce sera pareil pour la suivante. Sache Romuald, que nous ne sommes pas nombreux pour l’instant, y compris dans les milieux de l’art, à connaître Néo Rauch. Comment as-tu fait sa découverte ?

Cher 1kult, en ce qui concerne les deux adaptations de Jack Ketchum, tu me confirmes ce que je craignais mais peut-on adapter l’inadaptable ? Dans le cas précis, peut-être que cela vaut mieux.

Cher Bruno, oui bien sûr que dans les uchronies, « Fatherland » de Robert Harris est formidable comme l’uchronie nazifiée, mais je mettrais tout à côté - si tu ne l’as pas lu jettes-toi dessus - « SS-GB » de Len Deighton.

Non, cher Nahoj11, je me refuse à donner tous les livres à lire d’urgence avant de quitter la terre car je change d’avis comme de chemises, c’est-à-dire à peu près tous les jours, et la réponse que je vous donnerais aujourd’hui n’aura plus aucune valeur demain.

Par contre, je veux bien te répondre (c’est ce que je pense aujourd’hui) sur les personnalités qui m’ont le plus impressionnées et j’ai eu la chance d’en croiser pas mal.

Je crois que ça a été Richard Widmark, j’y reviendrai.

Et pourtant, j’ai croisé des Michael Jackson, Marlon Brando, James Brown, Truman Capote, John Cassavetes et d’innombrables maîtres de la BD, n’empêche c’est Widmark, je vous raconterai tout ça un jour.

A quand un livre autobiographique de ma plume ?
Je n’en ai aucune idée car le temps passant, plonger dans le passé me semble de plus en plus douloureux, mais d’autre part il est vrai que j’en ai marre qu’on raconte parfois des bêtises et que peut-être un de ces jours, je finirai par céder à une des sirènes trop nombreuses qui me le demandent.

Cher Peter, non je ne suis pas allé à Nérac suite à un petit problème de robinetterie ou à quelque chose d’équivalent et je l’ai terriblement regretté, et merci de me signaler que Ravalec s’est déjà approché des Mickeys, ça ne m’étonne pas.

Gilles Poussin, tu as raison de souligner que le point commun de Druillet et Nicollet est un amour commun pour une certaine esthétique du XIXème. Si je ne l’avais pas dit - mais peut-être suis-je trop le nez sur le guidon - c’est que cela me semblait évident.

Et pour revenir à tout ce que vous m’avez écrit récemment mais vous me parlez trop et je ne m’en plains pas, on me dit aussi que les deux livres de Donald James, formidables, « Magie Russe » et « La Magicienne de Mourmansk », sont tous les deux épuisés. Peut-être que Press Pocket un de ces jours va nous les rendre.

Patrick Fodéré, quand tu me dis que Jordi Bernet, dans sa meilleure époque, l’époque Kraken, te fait penser à Noel Sickles, la chose est évidente, question de filiation.
Sickles vient de Von Schmidt et ainsi Milton Caniff et tous ses enfants : Hugo Pratt, Alex Toth, Frank Robbins viennent tous de là, et Jordi Bernet évidemment vient de là. D’ailleurs n’est-ce pas lui qui succéda sur l’éphèmère série Torpedo, à Alex Toth ?

J’ai d’ailleurs un peu de regret quand je regarde le dessin magnifique de Jordi Bernet, à voir que du fait qu’il produit beaucoup, on l’oublie souvent parmi les auteurs importants alors même qu’il est un des derniers grands maîtres du noir et blanc au sens classique. Et, sans déconner, aussi formidable parfois, que tous les maîtres précités.

Et cher Juju Collector, oui c’est bien toi qui m’a rappelé, au milieu de cet assaut de gens qui me parlaient du surfer de Moebius et de Tom Clancy comme quoi certains films se mélangent avec d’autres, que bien sûr c’est dans « USS Alabama » qu’on parlait du surfer, pour finir par où j’ai commencé.

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Allen St John, again

lundi 21 décembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je vous ai déjà parlé de toutes les peintures de J. Allen St John, le grand illustrateur de « Tarzan », mais j’ai oublié de vous dire que chez le même éditeur, Vanguard Productions, qui décidément fait de l’excellent travail, il y a aussi un second volume (l’autre était consacré aux peintures) consacré aux dessins de J. Allen St John qui est le père fondateur de l’iconographie burroughsienne (Edgar Rice, pas William) dont on retrouvera des traces aussi bien chez Foster que chez Frazetta et Krenkel, et que ce recueil de dessins sur l’homme de la jungle est magique, avec des créatures improbables et une jungle définitivement paradis perdu et avec des hommes volants qui tout d’un coup semblent possibles.

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Pour la petite histoire - je vous ai déjà parlé longuement du dessin, parfois charbonneux, parfois lavis expressif et parfois traité en hachures aussi simples que suggestives de Allen St John - je voudrais vous renvoyer à un autre livre mythologique en Amérique et peu connu en France, « Green Mansions » de Hudson (en français « Vertes Demeures »), ce grand voyageur devant l’éternel, donna un autre livre fondateur de la littérature populaire américaine, avec une jeune femme qui avait été élevée parmi les oiseaux ce qui n’est pas plus aberrant au bout du compte que les singes.

Il y a eu d’innombrables illustrateurs de « Vertes Demeures », je vous reparlerai bientôt de l’un d’eux, le formidable Kent Anderson.

Il y a en Amérique une vraie tradition « Green Mansions » et par exemple un film très étonnant réalisé par Mel Ferrer avec Anthony Perkins et son épouse Audrey Hepburn, qu’il faut voir absolument car il est aussi désarmant de naïveté que charmant.

On est du côté de Burroughs donc, mais on est aussi dans une grande histoire d’amour et dans un délirium doux : cette fille qui siffle comme un oiseau, fait presque penser à Saint Exupery et au Petit Prince.

C’est une lecture obligatoire pour tous les américains, et en France, bizarrement, un grand livre ignoré, même s’il est reparu plusieurs fois.

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