L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Frazetta Rides Again

vendredi 29 mai 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je vous ai déjà parlé quelque part de mes rapports conflictuels avec l’œuvre de Frank Frazetta.

BlackBart Books vient de sortir un livre, apparemment indispensable, « Telling Stories : The Comic Art of Frank Frazetta», qui normalement aurait dû permettre de remplacer dans votre bibliothèque frazétienne des dizaines de fascicules dépareillés. Edward Mason a réuni un grand nombre d’œuvres de l’époque où l’homme avait du génie, c’est-à-dire quand il faisait de la bande dessinée.

Il y a les couvertures immortelles de « Famous Funnies » avec Buck Rogers, et il y a la couverture de son premier comic book « Tally-Ho » que je possède et que j’aimerais bien vous reproduire un jour car cela ne lui ressemble guère mais c’est attendrissant, et il y a un grand nombre de récits complets tout à fait indispensables. L’intégrale de son « Thun’da » qui fut ensuite repris avec talent par Bob Powell, de superbes histoires d’amour avec les plus belles femmes du monde et des choses dont j’ignorais même l’existence comme « Judy of the jungle » où il est encore sous influence,

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et son très beau « Captain Comet »

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et son admirable « White Indian ».

Mais il y a un problème. Pourquoi ont-ils mis ces couleurs modernes et sans âme au lieu de laisser les œuvres en noir et blanc ou de faire des facsimilés des couleurs d’origine ? Ces couleurs font que l’ouvrage, à part les œuvres qu’on ne connaissait pas, ne remplace rien.

J’espère cependant qu’il y aura un tome 2 avec d’autres choses encore et entre autres ces épatantes bandes d’humour, mais avec les « vraies couleurs ».

Vous devez donc pour l’instant garder la magnifique réédition d’histoires d’amour de Russ Cochran  - si vous l’avez - et tous les petits fascicules divers, ou pour « Thun’da », trouver sur internet le Frazetta que j’avais édité aux temps des Humanoïdes Associés, où les couvertures de « Famous Funnies » étaient également reproduites, ainsi que le « White Indian » qu’avait sorti Fershid Bharucha.

Dommage, le livre n’est pas cher.
Il est très beau de l'extérieur. Mon conseil : ne pas l’acheter.

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24 : Redemption de John Cassar

jeudi 28 mai 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Personnellement, j’ai failli passer à côté de « 24 Heures Chrono » car je n'étais pas encore retombé dans la drogue des séries télé (la dernière fois où je n’avais râté aucun épisode c’était « La Loi de Los Angeles » de Bochco). C’est une série magnifique à côté de laquelle je suis longtemps passé, voyant venir gros comme le bras, une paranoïa aigüe à la Grisham et un Kiefer Sutherland trop intense.

Et puis un jour j’ai vu la lumière, je m’y suis mis. Et les malheurs de Jack Bauer ont fini par provoquer mon ravissement, de saisons en saisons.

Si bien que comme tout le monde, en attendant la saison prochaine, je me suis jeté sur « 24 : Redemption », deux épisodes sortis comme ça en attendant la saison 7, une superbe vision parano de l’Afrique à la manière de « Les Chiens de Guerre » de John Irvin avec des enfants soldats, un Jon Voight d’une veulerie mégalomane inoubliable et Robert Carlyle qui damne presque le pion à Jack Bauer (ça y est, je suis pris du syndrome qui consiste à confondre héros et acteur).

Si je vous en parle en attendant la saison 7, c’est parce que je suis persuadé que Obama a été élu grâce à « 24 Heures » qui a habitué l’américain moyen à avoir un Président noir, intelligent, manipulateur juste ce qu’il faut et qu’on regrettera dès qu’il aura été assassiné puisqu’il sera remplacé aussi sec par un imbécile blanc, fou comme un lièvre de mars et totalement incompétent.
Le plus étonnant n’est pas seulement que Obama ait été comme dans « 24 Heures », mais qu’il est fait exactement comme dans la série, choisissant parmi ses ennemis ceux qu’il veut avoir dans son entourage immédiat et jouant aux échecs politiques tous les jours pour asseoir son pouvoir dans un premier temps, en rassurant tout le monde, et en préparant sans doute, comme dans la série, un petit coup en douce plus radical pour plus tard, si lesdits petits cochons ne le mangent pas.

Ne croyez pas que je plaisante, pour l’instant la politique de Obama est exactement celle du Président de « 24 Heures ».
On devrait y être habitué désormais, le réel a fini par imiter la fiction qui est devenue réalité.

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Westerns Fantastiques : "Purgatory" de Uli Edel

mercredi 27 mai 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Il y a eu, on le sait, quelques westerns fantastiques au cinéma et non des moindres. Qu'ils soient gothiques comme l’admirable « L’Homme sauvage » de Mulligan ou le dérangeant « Will Penny » de Tom Gries - qu’on aimerait bien trouver un de ces jours en DVD - ou purement fantastiques, comme « Dans les griffes du vampire » de Edward Dein où l’habituel gunfight finissait de manière rigolote, puisque l’ennemi du vampire, tireur d’élite, l’abattait d’une balle en plein cœur ou du moins croyait l’abattre. Le vampire recevait la balle, faisait un tss tss, puis descendait l’autre.

Il y en a eu de fantastiques visuellement, au sens baroque, comme le très joli western polonais en sépia et à bicyclette « Lemonade Joe », des mystiques comme « Hex » devenu invisible aujourd’hui au sens propre et figuré, ou l’étrange « Zacharia » qui a pris lui aussi un coup de vieux. Je crois cependant qu’il n’y a jamais eu d’équivalent jusqu’à présent à « Purgatory », qui n’est hélas pas sorti en France pour l’instant et qui est dû au passionnant Uli Edel qui a le même âge que moi, à quelques mois près. Il est donc allemand. Et dans l’indifférence générale, il n’arrête pas de tourner des choses passionnantes.

Il a commencé comme scénariste. Il a par exemple écrit et réalisé un premier film qui a fait du bruit en son temps « Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… », le très baroque et plutôt mieux que dans mon souvenir « Last Exit to Brooklyn », lyrique adaptation du livre de Selby. Il a réalisé deux épisodes de « Twin Peaks », deux de « Homicide » et travaillé sur d’autres séries télé ainsi que sur pas mal de téléfilms dont un très bon, dans mon souvenir, sur Mike Tyson et récemment pour la télé, encore un « Jules César », une version des Nibelungen « L’Anneau sacré », et tout dernièrement « La Bande à Baader » que j’ai raté pour l’instant, mais je compte me rattraper.

« Purgatory » est un chef-d’œuvre absolu.

C’est l’histoire d’une bande de gars qui arrive dans une petite ville de l’ouest comme les autres, ou presque, elle s’appelle Refuge. Le shérif ne porte pas d’armes, personne ne porte d’armes, il n’y a pas de prison et un des visiteurs, lecteur de « dime’s novels » (ces fassicules populaires qui, inventant beaucoup, ont créé la légende de l’Ouest) a la vague impression que les habitants ressemblent à des gens dont il connaît la vie fantasmée.

Impossible, puisqu’ils sont tous morts depuis longtemps : Will Bill Hickok, Doc Holliday, Jesse James et même Billy the Kid.

Je ne veux évidemment pas vous raconter l’histoire. Les acteurs sont formidables, y compris Eric Roberts qui tient tête vaillamment à Sam Shepard, qui n’a fait que se bonifier avec le temps. Cela nous rappelle quelques apparitions récentes dudit Eric Roberts qui fut LA grande star des années 80 avant de faire un peu tout et n’importe quoi, dans quelques séries télé et des films bis où il demeurait un excellent acteur la plupart du temps. Espérons pour lui un retour à la Mickey Rourke : il le mérite. Et pourquoi pas les deux ensemble, ce serait une belle ironie historique car Mickey Rourke et Eric Roberts formait un duo génial, genre « L’Epouvantail » (« Scarecrow »), de paumés dans « Le pape de Greenwich village ».

A part ça et pour vous donner envie, je dirais que je prête de temps en temps des DVD’s à Gir, le dessinateur de « Blueberry », à Moebius je prête d’autres choses et nous faisons des échanges, mais je crois me rappeler que celui-là, Moebius et Gir ont tous les deux aimé et ont failli ne pas me le rendre!

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Marvel Masterworks : les chefs-d'oeuvre inconnus de Marvel

mardi 26 mai 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Marvel s’est enfin mis à reprendre correctement ce qu’ils ont commencé il y a trente ans avec les « Marvel Masterworks ».
Attention, il n’y a qu’une seule édition possible, celle limitée à 1200 exemplaires, car elle ressemble au tout premier volume, toutes les autres éditions ont des dos qui évoluent suivant la période où on les a acheté, si bien qu’à la suite des uns des autres, cela fait désordre.
Cette première édition était marbrée avec des fers dorés en relief - genre tablettes de chocolat - et elle fait toujours mon ravissement, même si, horreur, elle est maintenant rééditée en souple et sans relief, ce qu’il faut absolument éviter.

On y retrouve Marvel bien sûr, des origines et du premier « Captain America » à l’Age d’Or, la création de « Spiderman » et les « Fantastic Four », mais aussi maintenant et c’est bien plus intéressant, la période intermédiaire où Marvel s'essaya à d’autres terrains, lorgnant le public des EC Comics, comme ici avec le volume 2 de « Strange Tales », des numéros 11 à 20, qui fait suite à un volume 1 que je n’ai pas vu.

Attention, sur la fameuse édition marbrée que je vous recommande, la numérotation correspond à l’ensemble des volumes, si bien que vous devez vérifier au dos de la couverture ce que vous achetez, car pour la même série, vous pouvez passer du 10 au 48 sans vous en apercevoir.

C’est une lecture bien intéressante car il n’y a pas les mêmes dessinateurs que les EC et les histoires sont différentes, souvent dues à Stan Lee, plus parodiques parfois, plus ironiques souvent et pas moins horribles... Il y a là de bien belles choses, même si les futurs maîtres de Marvel comme Gene Colan ou Georges Tuska n’ont pas encore trouvé leurs marques, on retrouve en tout cas avec surprise de grands anciens formidables :
Bill Everett, le prodigieux créateur de « Sub-Mariner » aux dessins merveilleusement pulp ou Carl Burgos, le créateur de « Human Torch », juste avant la seconde guerre mondiale, qui n’a rien à voir avec son descendant dans les « Fantastic Four ».

Il y a même une jolie histoire de Jerry Robinson, co-créateur de « Batman » et à qui on doit le Joker, que j’ai croisé en 1971 grâce à Moliterni à New York et qui à l’époque, faisait du dessin d’humour que je ne trouvais pas très drôle.
Ah ! si j’avais connu alors ses chefs-d’œuvre absolus, qu’il a dessinés pendant la guerre avec Mort Meskin comme « Black Terror » et qui sont peut-être graphiquement les plus beaux comic books que j’aie vu de ma vie, j’aurais été lui parler : il est trop tard.

Il y a aussi, par ordre croissant d’intérêt, une histoire du très dispersé Bernie Krigstein, dont les recherches graphiques avant-gardistes firent qu’il ne fit jamais long feu dans aucune maison et dont j’aime tout autant le travail pour les EC Comics que les dernières pochettes de disques dignes de « Blue Note », Joe Maneely excellent dessinateur qu’on a maintenant oublié et surtout l’incroyable Matt Fox qui encre ici Larry Woromay.

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Il est fort bien que l’on ressuscite ces temps-ci quelques dessinateurs totalement obscurs et complètement fous qui furent oubliés de leur temps - voir le cas de « Je détruirai toutes les planètes civilisées » de Fletcher Hanks - mais Matt Fox, à peine plus connu, tout aussi fou mais publié par des éditeurs qui ont encore leurs droits, comme Marvel, et qui ne les lâcheront pas, est lui aussi un dessinateur totalement malade qui vaudrait une exhumation dans presque sa totalité. Si vous regardez son dessin, vous verrez que c’est dément.
J’ai donc découvert à cette occasion, en collaborant avec lui, l’étrange Larry Woromay dont il existe aussi des planches seules et un autre dessinateur barré, Harry Anderson, mais aussi Sam Kweskin qui sont d’autres maîtres du grand dessin dérangé.

Je ne sais pas si c’est clair, mais ce volume qui mélange dessinateurs connus et inconnus sur des sujets grandguignolesques est formidable et quasi obligatoire pour les vrais fans de bande dessinée.

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Mes dix règles d'écritures, d'Elmore Léonard

lundi 25 mai 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Aux éditions Rivages / noir.

Les éditions Rivages, le meilleur éditeur de polars français, le seul chez qui tout est constamment intéressant, ont envoyé à leurs amis, j’ai la chance d’en faire partie, un petit ouvrage éblouissant qui s’appelle « Mes dix règles d’écriture » de Elmore Léonard, maître du western et du polar, qui est de plus illustré, ça ne mange pas de pain, de manière très british, par un nommé Joe Ciardello,

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suivi d’un catalogue exhaustif de la collection Rivages / noir, dû à François Guerif : j’aime bien la manière dont il a regroupé les titres par thème car certains de ses choix ne sont pas évidents, ce qui m’a obligé à reconsidérer certains livres autrement.

Ecrivain de polars et de westerns, Elmore Léonard fait donc partie de ceux qu’il appelle lui-même les écrivains invisibles, c’est-à-dire ceux qui veulent donner l’impression que l’histoire se raconte toute seule.

Ses conseils ne sont donc destinés qu’à ce type d’écrivains, comme le souligne le bon Elmore.

Et chaque maxime est un régal, pour les lecteurs qui comprendront comment le roman se fabrique et surtout pour les auteurs qui veulent aller voir sous le capot et régler le gicleur de leurs pensées. Je vous en donne un exemple (règle 3) :
« N’utilisez jamais d’autre verbe que « dire » pour accompagner les dialogues ». Ce à quoi, à la page suivante, Elmore Léonard répond par :
« Le dialogue appartient au personnage ; le verbe, c’est l’auteur qui vient mettre son grain de sel. Cependant « dit-il » est infiniment moins intrusif que « grogna-t-il’, « haleta-t-il », « avertit-il » ou « mentit-il ». J’ai trouvé un jour un dialogue de Mary McCarthy qui se terminait par « admonesta-t-elle », et j’ai dû interrompre ma lecture pour aller consulter le dictionnaire ».

Le plus rigolo étant sans doute qu’en plus de ses conseils, Elmore Léonard prend grand soin de parler d’autres écrivains qui font absolument le contraire que ce qu’il préconise et à qui cela a totalement réussi comme Tom Wolfe.

Il dit ici comment il faut éviter les prologues, pour aussitôt enclencher sur son admiration d'un grand prologue de Steinbeck dans « Tendre Jeudi », qui justement se sert de prologues pour dire à peu près la même chose que lui, même si au bout du compte l’écriture est tout sauf invisible.

Vous ne pouvez pas acheter ce livre, je ne sais pas comment vous pouvez devenir un ami de Rivages pour l’avoir, demandez à votre libraire, peut-être aura-t-il une piste.

 

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Les bandes dessinées que vous n'avez pas lues mais que vous devez absolument "rattraper"

vendredi 22 mai 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Vestiges du Monde »
de Aleksandar Zograf à l’Association – n° 2 de la collection Espôlette


Aleksandar parle très exactement des mêmes choses, même si nous sommes en Serbie, que celles dont on parlerait dans tous les autres pays.

Il est jeune, il parle des musique, il parle du reste du monde mais aussi de choses qui ne pouvaient se passer qu’en Serbie ou dans ces pays-là : drôle d’idée que j’ai eu d'appeler ça « ces pays là », mais cela m’est venu comme ça, je le laisse.

Il y a des teufs, des jeunes désoeuvrés, mais aussi des évènements qui n’arrivent pas partout, comme un bras qui vole, souvent, emporté par une mine.

Un mélange étrange et presque joyeux : je l’ai relu trois fois et c’est le livre le plus entêtant que j’ai lu l’an dernier.

Ma mère qui avait vécu la guerre du côté de la Résistance et avait eu très peur plusieurs fois, disait que c’était le pire mais aussi le meilleur moment de sa vie, peut-être dans l’exaltation du risque mais surtout parce qu’elle était jeune.

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Les bandes dessinées que vous n'avez pas lues mais que vous devez absolument "rattraper"

mercredi 20 mai 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Vestiges du Monde »
de Aleksandar Zograf à l’Association – n° 2 de la collection Espôlette.

Je me suis d’abord demandé pourquoi l’Association avait publié ce livre en couleurs, car ils en font peu, même si les dessins me plaisaient bien.

Il y avait un côté Pierre La Police, en plus gentil, ce que j’ai découvert, mais avec les mêmes fausses naïvetés et aussi heureusement quelques vraies naïvetés graphiques mais qui passaient bien.

J’ai une passion pour Pierre La Police mais je le trouve un peu misanthrope.

Il aime ce qu’il y a de pire dans les mauvais dessinateurs de bandes dessinées ou ce qu’il y a eu de pire en science fiction, mais il le sublime. Et je ne suis pas sûr que je voudrais être dans sa tête quand il regarde le monde extérieur.

Zograf, lui, a l’air beaucoup plus amène, même si son dessin est aussi passionnant.

Autre anicroche aux grands principes de l’Association - mais une association est faite pour évoluer - le livre n’est pas un inédit conçu pour eux mais un recueil d’histoires paru dans « Vreme », publication serbe contestataire, qui a survécu avant, pendant et après l’ère Milosevitch, ce qui est quand même extraordinaire.

Aleksandar, je l’appelle par son prénom car comme lecteur je le connais déjà, a d’abord écrit des articles puis a commencé à publier des bandes dessinées de deux pages.

Il n’y en avait alors jamais eu dans les magazines politiques de Serbie et ce, chaque semaine.

Ca, c’est la nécessaire parution hebdomadaire qui a dû donner du génie à beaucoup et même du talent à certains.

Je me suis trouvé récemment - alors que j’avais l’impression d’avoir traversé « Pilote » en trombe et de n’y avoir rien fait car j’étais trop timide dans les réunions d’actualité pour parler - à contempler avec effarement les près de 300 planches que j’ai commis avec des gens aussi divers que Moebius, Druillet, Billon, Chakir, Bilal, Goetzinger, Seulé, Lacroix, et j’en passe et des meilleurs.

Le rythme hebdo rend fou car ces histoires conçues un lundi lors de la réunion, écrites le mardi et livrées le vendredi, ont disparu de mon esprit.

D’un autre côté, il y avait là, à mon niveau d’humour et d’actualité, ce qui n’était vraiment pas mon domaine, des choses extraordinaires - absolument différentes de ce que j’ai produit depuis en réfléchissant trop - qui tenaient fortement la route.

Ah ! que les grands journaux nous manquent avec leur rythme quotidien ou hebdo, de cela aussi je reparlerai.

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Les bandes dessinées que vous n'avez pas lues mais que vous devez absolument "rattraper"

mardi 19 mai 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Vestiges du Monde »

de Aleksandar Zograf à l’Association – n° 2 de la collection Espôlette

On écrira un jour un livre sur l’Association qui ressemblera à celui sur « Métal Hurlant » avec l’utopie du début, les déconvenues, les malentendus, ceux qui n’étaient pas contents, ceux qui sont partis et les best-sellers qui soudain ont créé un chemin d’inégalités inévitables.

A sa tête, il y a Jean-Christophe Menu qui a de mon arrogance et de ma mauvaise foi mais n’a commis qu’une seule erreur, celle de ne pas toujours parler en son nom propre mais au nom de l’Association, d’où certaines dissensions avec des auteurs d’importance comme Sfar qui aimait des choses qu’il n’aimait pas et vice-versa. Mais l’histoire est éternelle, c’est celle de tous ces groupes nés dans la joie, la bonne humeur et la camaraderie, qui se retrouvent soudain dans le monde réel... C’est celle du batteur qui a remplacé Ringo ou d’un autre batteur qui n’a jamais pardonné à Dick Rivers de l’avoir viré des « Chats Sauvages », mais à qui cela n’a pas trop mal réussi puisqu’il est devenu maire de Cannes.

J’aime beaucoup certains livres de l’Association, pas tous, mais j’aime par exemple la manière dont ils récupèrent le patrimoine et dedans les choses vitales comme Forest ou Schlingo, nous en reparlerons.

J’aime aussi le fait qu’ils aient réussi ce que j’ai raté il y a trente ans : imposer des livres qui ne soient pas pour enfants baveurs et qui ressemblent à de vrais livres et non à des albums pour les tous-petits.

Je ne leur ferais qu’un reproche, peut-être inévitable financièrement quand ils se sont lancés car ils n’avaient pas mon inconscience absolue, c’est d’avoir fait peu de couleurs, ce qui d’un autre côté les a démarqué de la bande dessinée classique, mais en cela je suis aussi d’accord avec Mokéït qui disait quelque part qu’alors qu’ils avaient promis de changer le fond et la forme, ils avaient plus changé le fond que la forme et que le meilleur livre qu’aurait dû publier l’Association, c’était un Eberoni paru aux Humanos dans l’indifférence générale, l’admirable « John & Betty ». Son dessin se dissolvait pour ne plus être que de l’eau et des couleurs délayées sur la fin, son chef-d’œuvre, jamais réédité, jamais égalé.

C’est pour cela que j’ai regardé avec une attention particulière l’ouvrage « Vestiges du Monde », parce qu’il était en couleurs et je vous en parlerai demain.

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