L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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A PROPOS DE JEAN BOULLET, DE FRANCIS LACASSIN ET DE CLAUDE MOLITERNI (1ère partie)

mardi 30 juin 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

J’ai retrouvé un grand nombre d’archives de Jean Boullet, admirable précurseur dans tous les domaines. Il y a par exemple le premier fascicule oblong de pin-up de Brenot, en hauteur, étroit, dédicacé par Brenot à Boullet. Il le remerciait d’avoir été le premier à s’intéresser à son travail. J’espère en faire quelque chose un jour car il a été, à l’égal de quelques autres comme Robert Benayoun, un des grands précurseurs qui ont ouvert bien des portes aux générations suivantes.

J’ai retrouvé aussi dans ses archives son projet de livre sur le plagiat dans l’art, incomplet hélas. Je cherche désespérément (je crois l’avoir) la photo d’un tableau qu’il avait vu dans un musée écossais où – sidération, comme aurait dit Charlie Schlingo – on voyait Charlot avec sa canne courbée, sa petite moustache, son pantalon bouffant, son chapeau rond ; sauf que le tableau avait été fait bien avant que Charlot n’existe, ce qui donne à penser que Chaplin s’en était inspiré.
Voilà ce que l’on perd dans une partie de la mémoire collective quand des choses inappréciables, tout autant que sans intérêt quelque part, s’en vont avec ceux qui les savent.

L’année dernière a été cruelle puisque nous ont quittés : Francis Lacassin, grand amateur de milliers de choses, grand découvreur ou redécouvreur de merveilles innombrables, sans lui à jamais oubliées peut-être (mais que je n’ai pas connu), et puis il y a eu Claude Moliterni.

Claude Moliterni, je l’avais perdu de vue, suite à un malentendu idiot, vieux de 25 ans, qui s’est réglé en deux secondes. Nous nous sommes retrouvés à Lucca, l’an dernier.
Lui, dont on disait qu’il était un dilettante, était fou de joie quand je lui ai fait savoir que j’avais retrouvé deux ouvrages de fond, à tirage confidentiel, sur la bande dessinée philippine et mexicaine, que j’avais en double : ils manquaient à sa collection.
Tout le monde a voulu voir en lui un bateleur. Il en était un formidable! Comment autrement aurait-il réussi à associer bande dessinée et figuration narrative et à forcer les portes du Louvre ? Comment aurait-il réussi à monter cet incroyable voyage à New York qui vit débarquer toute la bande dessinée française chez les américains ? Comment aurait-il réussi avec ses conférences régulières au musée des Arts décoratifs, son influence sur Lucca avec les formidables Rinaldo Traini et Claudio Bertieri, à en faire le festival le plus stylé du monde en bande dessinée ? Il a d’ailleurs depuis perdu un peu de son charme et de son éclat et n’a jamais eu d’équivalent, ni dans la qualité graphique visuelle de l’ensemble - y compris de la signalétique du festival qui était un enchantement - ni dans la qualité incroyable des conférences, ni dans l’érudition des intervenants.

Demain la suite.

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FROM THE TOMB (2è partie)

vendredi 26 juin 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je vais encore vous parler de « From the Tomb » où, comme je vous l’ai dit, tous les numéros sont indispensables. Je ne parlerai évidemment pas de tous : prenez par exemple le numéro 8, publié en juillet 2002, ils parlent à l’occasion des ancêtres de « Spiderman », femmes tarentules ou hommes araignée, dont un qui s’appelait vraiment « Spiderman ».

Il y a également une merveilleuse bibliographie du plus fou des dessinateurs fous, Basile Wolverton, avec des dessins que je n’avais jamais vus.

Prenez le numéro 2, publié en juin 2000, vous voyez que je ne la joue pas dans l’ordre : mon rêve s’est réalisé, et je l’avais oublié, puisque c’est un spécial Matt Fox, dessinateur fou dont je vous ai parlé ailleurs et qui est un cousin de Wolverton mais en beaucoup plus effrayant, et de Hanks Fletcher en au moins aussi dérangé.

Dans le numéro 3, publié en octobre 2000, on parle d’un autre artiste dérangé et tout à fait intéressant qui adapte sans le dire vraiment Howard Phillips Lovecraft et pompe joliment « le modèle Pickman » (« Pickman’s Model »).

Dans le numéro 7, publié en mars 2002, il y a une histoire complète de Rudy Palais, qui est en gros un Bob Powell en plus grotesque, en plus abîmé et l’on revient à Matt Fox à propos de ses couvertures de pulps.

Dans le numéro 17, publié en novembre 2005, ils parlent surtout des comics d’amour et d’horreur gothiques de DC qui furent un moment la plus belle chose du monde.

Des histoires de jeunes femmes séquestrées dans des châteaux horribles, de femmes qui épousent la mauvaise personne, mais qui ne le savent pas encore…
Et tous ces comics qui s’appelaient « Secrets of Sinister House » ou « The Sinister House of Secret Love » étaient merveilleux car dessinés par les plus grands philippins comme Alcala, Nino ou DeZuniga, ou américains comme Joe Orlando, le vieux maître des EC Comics et Alex Toth avec une de ses plus belles bandes dessinées.

Et on parle aussi des comics d’horreur qui n’en sont pas.

Cela me semble une bonne idée car l’adaptation de « Macbeth » en « Classique Illustré » était quand même un chef-d’œuvre du grand guignol. Ils présentent ici un « Docteur Jekyll & Mr Hyde » que je ne connaissais pas, pas mal de westerns avec fantômes en Stetson et mon préféré, une couverture abominable pour « Dynamic Comics » qui théoriquement abritait les aventures d’un super héros oublié, « Dynamic Man ».

Vous verrez que cela fait peur.

Et on parle évidemment des « Classic Comics » qui deviendront les « classiques illustrés » de Gilberton, en rappelant les infâmes (ceci est un compliment) versions successives de « Frankenstein » ou du « Bossu de Notre-Dame ».
Un de ces jours, je vous parlerai, puisqu’on les réédite, des quatre chefs-d’œuvre indispensables de cette série aberrante où l’on ramenait les grands classiques à une trentaine de planches.

Dans le numéro 22, il y a une précieuse interview de Stan Lee qui se souvient bien de ses incursions dans l’horreur avec des informations fraîches que je ne connaissais pas.

On parle des mauvaises filles (bad girls) comme dans presque tous les « From the Tomb ». Il y a un très beau dossier sur les mariées mortes, c’est-à-dire celles qui reviennent au-delà de la tombe en squelettes vêtus de blanc parfois un peu sali par le sang ou épousent des cadavres et surtout, il y a des tonnes de couvertures de « Fiction House » que ce soient les pulps ou les comics, avec essentiellement l’obsession de la femme attachée en général, et de la femme attachée à une fusée ou à un obus en particulier.

Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer 3 ou 4 de ces couvertures consacrées à ces femmes attachées à des bites géantes.

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From the tomb published by Peter Normanton, 619 Whitworth road, Lower Healey, Rochdale, Lancs, England, OL12 OTB
e-mail: peter.normanton@btinternet.com
3 numéros/an : 16 livres

FROM THE TOMB (1ère partie)

jeudi 25 juin 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

« From the Tomb » est un fanzine anglais en couleurs consacré à la bande dessinée qui vaut cent fois mieux que la plupart des revues professionnelles spécialisées.
Passée la couverture généralement laide, c’est presque toujours une lecture indispensable.

Le dernier, par exemple, qui m’est passé entre les mains (le 25) est consacré aux zombies, sujet qui par ailleurs m’horripile :
il y a trop de zombies désormais. Belle métaphore de l’époque,
nous nous considérons tous comme des zombies, en quelque sorte.

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Si je croise un zombie dans la rue (c’est rare), je vois davantage de punk (ils devraient maintenant être protégés comme une espèce en voie de disparition) je lui parle en gardant mes distances et je lui dis - mais il ne comprend pas - qu’il me fait penser à certains groupes anglais des années 80 comme « Kajagoogoo » ou « Bow Wow Wow » - et encore, j’aimais bien « Bow Wow Wow » qui avait fait une version complètement barrée du standard immortalisé par Sinatra entre autres « Fools Rush in » - qu’il ferait mieux de retourner dans sa tombe et de manger ses collègues : il n’intéresse personne.
Je suis las des enfants de Romero même quand c’est Romero qui s’y colle.
Et je rêverai toujours au zombie magique de Maurice Tourneur qui était presque le grand dieu Pan.

Mais là on est content car il y a les couvertures d’innombrables comic books obscurs de zombies dont une superbe de Bill Everett, le créateur de « Sub-Mariner », un des dessinateurs les plus sous-estimés du monde.
Il y a d’autres zombis dûs à Wolverton ou à Wallace Wood et comme d’habitude les auteurs ont fouillassé dans les tombeaux de l’histoire et découvert des images de dessinateurs inconnus qui sont souvent les plus belles.

Il y a aussi l’impeccable chronique régulière sur la littérature bizarroïde. C’est ainsi que j’ai appris qu’il existait maintenant sous le titre de « Portable Darkness : An Aleister Crowley Reader », un gros ouvrage réunissant tout ce qu’avait écrit Crowley, escroc, magicien, obsédé sexuel, quelque part entre Le Grand Zampano de Fellini, Wilhelm Reich et Madame Blavatsky. Si ces noms ne vous disent rien, je vous expliquerais.

Ensuite, bien sûr, ils parlent des zombies récents. Ceux qui m’indiffèrent - même si j’ai un petit faible pour le zombie anglais forcément anti thatchérien, l’ombre de Thatcher ne s’étant jamais effacée - et qui consacrent l’essentiel de leurs efforts à détruire l’ordre établi.
Il y a même la reproduction d’une bande dessinée anonyme rééditée en couleurs « Corpses…coast to coast ! », où l’on trouve sous la plume d’un illustre inconnu de superbes zombies fascistes, sanglés dans d’impeccables uniformes : nous sommes dans les années 50, les nazis sont devenus des zombies.

Et vous retrouverez aussi la seconde partie indispensable comme la précédente (numéro précédent), de la bibliographie des magazines édités par Marion Fass et son complice Stanley Harris, consacrés au rock’n roll et au cinéma, totalement indéfendables dans leurs excès et plein de merveilles absurdes.

Je pense que ce numéro de « From the Tomb » est le plus mauvais depuis longtemps à cause de son sujet galvaudé et pourtant, il y a des milliers de choses passionnantes car l’éditeur et ses collaborateurs sont de véritables bénédictins de l’étrange qui étudient les pires magazines comme s’il s’agissait de la première version de la Bible de Gutenberg (qui succéda, selon ce que j’ai appris récemment, au premier livre religieux imprimé : c’était en Corée). Ils ont la même rigueur et peut-être la même folie mystique dans leurs yeux que ces trapistes qui recopiaient à l’infini des manuscrits religieux enluminés, leurs yeux injectés de sang.
Des fous comme ça, il en faudrait davantage.

Un de ces jours je retrouverai dans une des 400 caisses que je suis en train d’ouvrir (j’en ai déjà ouvert 60) et parmi les 50 000 volumes de livres et les 10 000 ou 15 000 magazines que j’ai accumulés, toute la collection, et je vous parlerai grâce à eux, d’artistes dont je n’avais jamais entendu parler qui pourtant méritent le détour et que je traque désormais.

DE KILL BABY KILL A GENERATION KILL (3è partie)

mercredi 24 juin 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Génération Kill » - c’est drôle qu’on doive en revenir à Coppola - me fait aussi penser à ce grand moment de cinéma que fut le film de guerre « Patton » de Franklin J. Schaffner, film que Richard Nixon adorait, mais qui fut aussi encensé par les pacifistes et le magazine Rolling Stone, visionné en même temps à La Maison Blanche et dans les raouts hippies en plein air. C’était pour Nixon le portrait d’un « Patton » séduisant, hors du commun, hors du temps, qui connaissait l’histoire et qui voulait réinventer l’art de la bataille, comme au temps des romains, faisant de la guerre le but ultime d’une vie, tandis que nos chers chevelus y voyaient un exemple absolu de mégalomanie voire de folie, tant le scénario était équivoque et intelligent.

Mais les temps ont changé. Avant on voyait les chefs souvent, et les hommes qui leur obéissaient mais nous ne sommes plus à l’époque de « Patton ». On voit de tous côtés des soldats comme dans les films de Samuel Fuller, hommes ballotés entre des ordres contradictoires, subissant des drames d’autant plus dérisoires, qu’ils ne savent pas pourquoi ils sont là.

« Génération Kill » n’est pas la meilleure série de l’année, c’est un des plus grands films de guerre de tous les temps.

Normal d’ailleurs que cela nécessite un long film de….. heures (ce qu’est quelque part une série télé) car nos opinions sont biaisées par les médias qui à force de nous couvrir de couches d’informations diverses, contradictoires, fragmentaires, commentées de manière tendancieuse, de nous montrer ce qu’on veut bien nous montrer - que cela soit les télés américaines ou celles de « l’empire du mal », avec forcément l’envie de nous convaincre en remontant les images - font qu’on ne pourra plus jamais faire un film de guerre elliptique. Il y a trop de points de vue différents. Il faudra revenir à la manière de John Dos Passos ou de certains John Brunner du début : aucune conclusion à tirer de l’accumulation sinon une vague nausée devant tant de bruit et de fureur, ou alors prendre des destins individuels et les suivre comme dans l’admirable documentaire de Ken Burn, « The War », qui bizarrement fait 12 h 15 mn.

DE KILL BABY KILL A GENERATION KILL (2è partie)

mardi 23 juin 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Génération Kill » commence bien, comme d’habitude, avec l’arrivée en trompette des soldats américains. Ils vont délivrer un peuple qui ne leur a rien demandé. Cela continue avec l’incohérence totale des ordres qui leur sont donnés, des actions qu’ils entreprennent et qui souvent avortent et où, remontant dans l’échelle hiérarchique, on se demande si quelqu’un a vraiment donné les ordres ou pas compris ce qu’on lui demandait, jusqu’au Pentagone ou au Gouvernement.

Et cela continue avec leurs bavures innombrables : difficile pour un américain qui n’est jamais sorti de chez lui – n’oubliez pas que Georges Bush n’avait pas de passeport car il n’avait jamais été à l’étranger avant d’être Président - de reconnaître un bon arabe d’un mauvais. Puis cela s’achève en fanfare comme croyant avoir gagné – on sait ce qui s’est passé depuis – ils rentrent chez eux au bout de quelques jours et ayant pris Bagdad, vivants, blessés ou morts, se croyant victorieux alors qu’un nouveau bourbier semblable au Vietnam (nous, nous le savions déjà), commence.

Nous sommes dans une Amérique devenue hégémonique et qui ferait presque regretter le mur de Berlin : tout était possible désormais pour les américains, seuls maîtres à bord. Heureusement, depuis, la Russie s'est réveillée, la Chine arrive vite, l'Inde monte, il y a désormais de l’espoir.

David Simon est là pour nous raconter leurs histoires, mais il nous laisse juges, à la manière des plus grands qui ne sont jamais univoques. Terrible est le moment où deux GI’s en goguette croisent une irakienne ravissante, qu’ils auraient bien envie de draguer et qui leur demande pourquoi ils sont venus, leur sourire s’éteint, ils ne savent que répondre. A ce moment là, elle leur dit pourquoi ils sont venus : pour le pétrole.

Pas encore diffusée en France (le sera-t-elle jamais ?), cette série télé est un coup de poing à l’estomac dont on se relève difficilement.
On pourrait dire, puisque le petit écran et le grand sont à peu près la même chose maintenant, et que vous regardez les films en vidéo plus qu’en salles, que c’est une œuvre aussi importante que « Voyage au bout de l’enfer » ou « Apocalypse Now » sur un autre moment de l’Amérique en guerre.

On est d’ailleurs en droit de penser qu’il y a eu en prémices quelques films admirables et sous-estimés comme « La Bête de guerre » de Kevin Reynolds, ce grand maudit dont je vous reparlerai, et plus tard le merveilleux film grotesque de David O. Russell « Les Rois du désert » qui allaient prophétiquement dans la même direction, c’est pour cela qu’on les a vite oblitérés de la mémoire collective.

C’est aussi, on le constate au travers de cette série, le retour pour les séries télé à un système de studios où le metteur en scène est interchangeable et où la politique de l’auteur est devenue la politique du scénariste producteur et auteur, tout comme à l’époque des studios on pouvait dire que certains films de la Métro étaient avant tout les films voulus par les producteurs et le Art Director (Ah ! Cedric Gibbons !), tous puissants, le metteur en scène étant parfois un simple exécutant.

David Simon produit et écrit, et fait écrire à d’autres du David Simon et le fait réaliser par d’excellents metteurs en scène dont le nom est interchangeable mais la qualité constante.

La suite demain.

DE KILL BABY KILL A GENERATION KILL (1ère partie)

lundi 22 juin 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Le titre qui précède est évidemment mensonger et destiné à vous attirer, car il n’y a absolument rien à voir entre ce dont je vais vous parler (Génération Kill) et le joli film dingo de Russ Meyer, à part l’utilisation maline du mot « Kill », histoire de vous attirer (et qui reviendra d’ailleurs dans un autre film de Russ Meyer « Faster, Pussycat ! Kill ! Kill ! »).

En fait ce n’est pas si con : cela pourrait déboucher sur une comparaison d’époques différentes qui ont engendré des cinémas agressifs différents, mais ce n’est pas mon propos aujourd’hui.

Comme vous le savez déjà, « Sur écoute » (« The Wire ») est une série télé de David Simon qui remet de manière terrifiante, à l’heure, les pendules de la vie.

Entre une première saison où, du côté de la police, nous découvrons les désordres et les terreurs provoqués dans la communauté noire banlieusarde, par la drogue, côté consommateurs, vendeurs ou simples spectateurs.
La deuxième saison « à l’écart », vision désenchantée d’un monde en perdition, celui des docks, chers à Elia Kazan et à Jules Dassin, où, là aussi la seule solution pour survivre, est de ne pas respecter tout à fait la loi.
La troisième saison inverse les situations et les valeurs de la première et nous découvrons qu’il y en a (des valeurs différentes), chez les dealers de banlieue : ces enfants noirs sans avenir ne peuvent pas tous devenir basketteurs ou rappeurs. Il faut bien qu’ils s’en sortent, et au bout du compte, on découvre que les flics n’étaient pas blancs-bleus.

Depuis, David Simon a continué et fini par régler son compte aux quelques guenilles qui demeuraient du rêve américain, nous laissant dans la gadoue du monde où nous vivons et dont nous contemplons avec lui les désastres, au travers d’humains trop humains auxquels nous nous attachons, aussi perdus que nous. Un monde où il n’y a pas d’issue, pas de sortie, pas d’espoir. Je vous parlerai bientôt de la suite de « Sur Ecoute » et pour vous faire mieux comprendre l’importance de cette série, je vous signalerai que deux des meilleurs écrivains actuels de polars, George Pelecanos et Dennis Lehane l’ont rejointe pour écrire des épisodes tous aussi parfaits que ceux de David Simon. Oui, le Dennis Lehane qui fut adapté par Clint Eastwood dans « Mystic River » mais qui ne participa pas à l’adaptation dudit film.

Simon, profitant de son statut d’auteur / producteur à succès, vient d’ailleurs de se mettre en péril, à propos de la guerre en Irak. En effet, il a commis, dans tous les sens du mot, une mini série terrifiante qui n’a que sept épisodes sur la manière sidérante dont de jeunes américains, qui ne savent pas pourquoi, vont en Irak. Pays dont ils ignorent tout, même où ça se trouve et ne comprennent rien à l’engrenage dans lequel ils se trouvent pris, se croyant horlogers venus réparer la montre et finissant prisonniers de la machine comme Charlot dans « Les Temps modernes ».

La suite demain.

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IL N’Y A PAS QUE LES PAGES JAUNES DU BOTTIN DE TELEPHONE COMME LIVRES AUTRES : LES CATALOGUES DE LIBRAIRES

vendredi 19 juin 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Il y a quelques libraires qui éditent des catalogues infiniment poétiques.
Ils sont généralement spécialisés dans des domaines extrêmement pointus et rédigés avec un soin maniaque. On apprend des milliers de choses et qu’on achète les livres en question ou pas, on y revient comme à des ouvrages essentiels.

Par exemple, voici le contenu de l’avant dernier catalogue que j’ai reçu de « L’Amusement d’un Lillois » (Librairie Godon – 16 rue Masurel – Lille) qui fait dans l’ouvrage excentrique. J'y ai découvert « Le second voyage de Micromégas » de C.L. Arnaud (page 1), avec un dessin où l'on voit au milieu des buildings, « Œuvres » de Jacques Bujault (page 3) dit « Maître Jacques » qui rédigea (je reprends le texte) : « un grand nombre de petits écrits, espèces d’almanachs où, dans un langage simple, il donnait aux cultivateurs d’excellents conseils ». Ce sont en fait des ouvrages agrico-littéraires illustrés d’ailleurs de manière étonnante (voir l’image jointe représentant un diable laboureur).
Il y a aussi en Curosia (cela veut dire ouvrages de fesses dans un langage châtié), « Plaisirs des Dieux » dû à Jacques Germinal (page 5), paru aux éditions Germinal qui n’était pas vendu en librairie mais disponible seulement chez l’éditeur et illustré de photos de nus qui actuellement nous paraissent plus poétiques qu’érotiques, attendrissantes.

Mais je ne vous raconterai pas le catalogue suivant (le 25) qu’il faut demander d’urgence et qui est plein lui aussi d’ouvrages curieux si dérangés parfois qu’on peut les utiliser comme drogues légales et qui altéreront irrémédiablement vos états de conscience, pour le meilleur et pour le pire.

LE TOMBEAU MAGNIFIQUE DE JOHN FRANKENHEIMER

jeudi 18 juin 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Tout le monde croyait, y compris Tavernier et Coursodon, dans leur dernière édition de « 50 ans de cinéma américain » que la carrière passionnante de John Frankenheimer avait finie en lambeaux.

Il est vrai que ses derniers films ne sont pas extraordinaires, même il y a toujours des moments et un sens de la géographie qu’on trouve chez peu d’autres.

Pour prendre un exemple lointain, le sous-estimé « French Connection 2 ». Je crois que je n’ai jamais aussi bien compris la ville de Marseille où on déambule.

Dans la politique des auteurs, il a été très nettement sous-estimé, d’une part à cause de sa production pléthorique et d’autre part, à cause de quelques ratages ou objets de commande, alors même qu’on lui doit au moins dix chefs-d’œuvre absolus, ce qui devrait être largement suffisant pour le considérer davantage.

Personnellement, j’ai un faible pour « L’Opération Diabolique » (« Seconds »), où avec l’aide d’un des plus grands directeurs de la photo des origines, le chinois James Wong Howe - qui avait commencé aux temps du muet avec un très joli « Peter Pan » - il invente ici presque tout le cinéma moderne des années 70 et ses figures stylistiques qu’on retrouvera ad nauseum chez Boorman et les autres.
Et puis il y a un autre film que j’aime par-dessus tout, une histoire de loosers magnifiques, aussi belle que « Comme un Torrent » de Vincente Minnelli : le sublime « Les Parachutistes arrivent » (« The Gypsy Moths »).

Heureusement il y a une justice immanente, elle s’appelle DVD.

A la fin de sa vie, Frankenheimer participa à plusieurs aventures. D’abord, à une série de publicités (« The Hire ») dûes aux meilleurs metteurs en scène du monde, consacrée à la BMW, des petits films courts où l’on repérait le pilote de la voiture surgi du cinéma anglais de Mike Hodge, impassible dans les poursuites, c’était Clive Owen.

Il y avait tous les petits jeunes gens à la mode à ce moment là, de Wong Kar-wai à Guy Ritchie, mais loin des afféteries de John Woo, l’épisode le plus passionnant, la poursuite la plus brillante était celle de Frankenheimer qui enterrait tous les autres.
Et puis il y a quelques années à Deauville Amérique, nous avons vu « Path to War », formidable téléfilm réalisé pour HBO, où Frankenheimer réussissait comme personne au monde à rendre visuel un débat politique et l’on savait qu’il avait fait d’autres choses pour HBO justement.

En Amérique vient de sortir un autre formidable téléfilm de la série, son « George Wallace », avec Gary Sinise.
George Wallace, c’était cet homme politique très étonnant qui en rajoutait dans le genre cul-terreux texan et qui faillit devenir Président, fort habilement, s’appuyant sur la haine raciste du sud profond et sur le Klan.

Le téléfilm raconte la vie extraordinaire et terrible de George Wallace. Sa première femme tout à fait présidentiable, sa seconde, une bombe interprétée par une Angelina Jolie jeune et puis sa descente aux enfers et la manière dont, l’histoire est vraie, il fit amende honorable à la fin de sa vie auprès de la Communauté noire avant de se retirer et de se faire oublier.

Le téléfilm est complété par une longue et belle interview de Gary Sinise entre autres (l’interview d’Angelina Jolie est charmante). Cet acteur formidable sait qu’il n’a jamais eu de meilleure occasion pour montrer l’étendue de son talent considérable et explique comment il hésita longtemps à accepter le rôle car rendre Wallace humain ne lui semblait ni facile, ni évident, ni nécessaire.

Il raconte ensuite avec amour sa complicité avec Frankenheimer qu’on voit sur le tournage, extraordinaire d’efficacité, d’autorité, d’énergie et il explique comment à ce moment là, Frankenheimer qui venait de réaliser quatre téléfilms extraordinaires politiques – on attend les autres – et lui décidèrent de monter une société ensemble pour en faire d’autres, juste avant qu’il apprenne au téléphone que soudain le maître était mort.

On peut présumer, vue la qualité de « Path to War » et de « George Wallace », que les autres téléfilms, s’ils sont du même acabit, sont parmi les chefs-d’œuvre absolus de Frankenheimer et que celui qui commença par la télévision, finit aussi grâce à la télévision par nous donner peut-être quatre œuvres d’importance.

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