L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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MESSAGE DANS UNE BOUTEILLE (4)

vendredi 31 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Cher Dimitri, je réponds à votre email du 10 juin 2009, le coffret Tom Waits
« Experimental Musical Instruments » est dû à un nommé Bart Hopkin et il est présenté par Tom Waits, édité par une compagnie obscure, Ellipsis Arts, 1996.

Dans son email du 22 juin 2009, 1Kult a raison, quand je vous ai parlé de « Kill Baby Kill », j’ai évidemment confondu, sans doute un problème d’âge et de gâtisme, « Kill Baby Kill » de Mario Bava et « Faster, Pussycat ! Kill ! Kill ! ». Dont acte.

Cher André Kass et Juju Collector, Alain de Sain-Ogan est français mais étranger par rapport à Tezuka. Décidément, je n’ai pas été clair.
Le concours c’était au tout début du blog, personne alors ne devait me lire. Voici donc les questions que vous connaîtrez après les réponses :

1°) Quel dessinateur étranger inspira Ozamu Tezuka ?

2°) Dans quel album de la série « Blueberry », Jean Giraud en panne de scénario, Jean-Michel Charlier étant au bout du monde, improvisa quelques pages en attendant ?

3°) Quel dessinateur de bande dessinée était le parrain de Grace Kelly ?

4°) Dans quelle chanson Serge Gainsbourg s’inspira-t-il librement du poème de José Maria de Heredia « Les Conquérants » ?


Cher Tristam, je suis content que tu sois content, tout comme je remercie Michel Houellebecq et Michel Le Bris d’avoir été touchés de ce que j’ai dit d’eux, ce qui m’a touché à mon tour.
Avec internet, enfin, et avec les textos parfois, ne sommes-nous pas en train de renouer avec la littérature épistolaire, qui fut parfois la plus passionnante jusqu’au seuil de la seconde guerre mondiale, se raréfiant ou prenant trop la pose ensuite.

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Nous ne sommes pas d'ici

jeudi 30 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

de Michel Le Bris aux éditions Grasset

« Nous ne sommes pas d’ici » est une autobiographie déjà parue, mais augmentée de Michel Le Bris aux éditions Grasset, qui m’a sidérée.

En effet, Michel Le Bris je le connais, mal, il a eu la gentillesse de m’inviter plusieurs fois à son festival « Etonnants Voyageurs » à Saint Malo. La première fois, c’était pour un hommage à « Métal Hurlant ».

Pour moi, nous n’avons jamais vraiment parlé, il était passionnant (et passionné), mais à l’opposé de moi : il aimait le jazz, moi j’aimais le rock. (entre quelqu’un qui s’occupe de « Jazz Hot » et un « enfant du rock », il y avait pour moi des différents essentiels).
Il avait vécu 68 de manière, c’était mon souvenir, plus intense que moi, puisqu’il avait créé sa revue « La Cause du Peuple » qui lui a valu un peu de prison, puis « Libération », tandis que mes activités à moi me semblaient plus futiles, je les revendique : « Métal Hurlant » par exemple.

Il est issu d’une famille pauvre et moi, d’une famille de grands bourgeois déchus du côté de ma mère, d’aventuriers du côté de mon père, que j’ai trop peu connu, ce que je raconterai un de ces jours puisque ce sont ses silences qui m’ont fait. Il était né en 1900 et s’était engagé en 1914 en faisant croire qu’il avait 18 ans, « histoire de bien manger ». Il était d’une famille de 11 enfants et tous étaient placés comme domestiques très tôt, et lui avait eu un parcours plus proche de Michel Le Bris, découvrant la littérature dans « Bibi Fricotin » et dans la paille où il dormait à côté des vaches.

Je me souviens de ma mère, comme je n’arrêtais pas de lui casser les pieds avec « Lawrence d’Arabie », le film qui, me montrant un cendrier en cuivre qui portait la mention « Damas 1923 » (je crois), me dit : « ton père, il a battu ton Lawrence d’Arabie en concours hippique à Damas ».

Et puis j’ai lu le livre et j’ai vu que nous avions vécu la même aventure ou presque : la découverte de la littérature dans les royaumes d’enfance, qui pour moi avait été plus Rider Haggard, puis les fantastiqueurs comme Stoker chez Marabout, plus que Stevenson pour moi, mais dans ces livres différents, nous avons vu la même chose.

J’ai vu aussi qu’il s’était toujours méfié des politiques, et par deux fois dans ma vie, une fois franchement, l’autre fois de manière plus sinueuse (il aurait fallu que je présente ma candidature), on m’a proposé sous des gouvernements de gauche puis de droite, de m’approcher des affaires politiques pour m’occuper de jeunesse ou de culture. Par deux fois j’ai refusé : c’était au-dessus de mes forces et vaguement répugnant.

Plusieurs fois, je suis allé vers la mondanité, lui pas, j’aimais ça. Lui a réussi à échapper à cette perte de temps (que je ne regrette pas vraiment), dans le temps qui nous est imparti justement, et a eu la chance aussi de ne pas s’embarquer pendant quinze ans dans les enfers de la drogue.

Mais l’un dans l’autre, nous avons eu la même révélation de « quelque chose d’autre », d’un dieu inconnu, qui n’était pas celui qu’on voulait nous faire apprendre. Il n’était peut-être même pas dieu, mais plutôt le sentiment d’appartenir à « un autre monde », que j’ai d’abord entraperçu dans la Creuse au bord du Cher, et puis plus tard, curieusement (comme lui mais en touriste), en Bretagne, à Belle-Ile, sur le siège taillé dans la falaise de Sarah Bernhardt. Là où j’ai eu l’impression que les vagues qui battaient le ponton disparu sous l’eau, les nuages autour de moi, la fracture même des rochers, faisaient partie de moi et moi d’eux.

Bref, avec nos parcours sensiblement différents, mais notre refus commun de rentrer dans le moule, avec notre haine commune de ce qu’il faut penser et des pauvres structures d’une certaine culture moderne, qui met le discours avant l’œuvre et qui refuse à l’art sa fonction première d’art sacré, destiné à nous ouvrir des portes vers ailleurs. J’ai découvert que Michel Le Bris c’était moi, ou plutôt un autre moi possible. Cela m’a grandement conforté. J’avais eu le même sentiment, dans ma jeunesse, avec André Hardellet et sa vision du temps, qui pour nous est compté mais cela n’a pas d’importance : nous pouvons en faire ce que nous voulons. Nous pouvons même parfois le remonter.

Il aime le romantisme allemand, je suis plutôt un romantique anglais, mais sa quête à la fois athée et mystique est bien la mienne. Il a le sentiment confus que nous vivons depuis quelques temps à la fin d’un temps et au début d’un autre. Moi je l’ai toujours su, et j’ai clamé souvent dans « Métal Hurlant » que nous vivions après la fin du monde, qui n’était que la fin d’un monde.

Il ne veut plus faire que des choses essentielles, moi aussi, mais là aussi j’ai perdu du temps, je l’envie. Il est heureux de son parcours chaotique, moi aussi au bout du compte, car il n’a jamais transigé sur l’essentiel, moi si, trop.

Il ne déballe pas des confessions sans intérêt sinon pour lui-même, sur son petit quotidien et sur ses divers émois qui ne regardent que lui. Personnellement, j’ai toujours eu l’impression que c’était une manière facile de se cacher, que de révéler deux ou trois secrets sordides, pour bien montrer qu’on est une bête, alors que nous sommes aussi des anges.

Il m’a, en gros, enlevé un peu de ma solitude et donné à penser que nous étions peut-être plus nombreux que je croyais, à voir le monde autrement, et ici je le remercie.

Je m’aperçois que je ne parle ici pas de son livre. C’est normal puisque je me suis reconnu en lui : c’est à ça que servent les livres.

Et il sait aussi quelque chose que je sais : ce sont nos lectures de jeunesse qui nous ont fait de A à Z, désormais nous continuons à lire mais à quelques exceptions près, nous sommes faits et nos lectures ne nous changeront plus, pour le meilleur ou pour le pire, car nous avons encore toutes les questions, mais qu’importe les réponses au bout du compte.

Il est venu sur le tard à l’Eldorado, à l’or philosophique plutôt du côté de Sonora, mais pour moi tout cela a commencé tôt, à 12 ans, avec « L’Or » de Blaise Cendrars : synchronicité encore.

Lisez donc un livre magnifique que j’aurais presque pu écrire, dans un monde parallèle à la Dick, très légèrement divergent, autour de ma vie au lieu de la sienne, soudain je me sens moins seul.

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La possibilité d'un chef-d'oeuvre - 2ème partie

mercredi 29 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

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« La possibilité d’une Ile » avec Benoît Magimel, de Michel Houellebecq, fait penser au grand cinéma de science-fiction des années 60/70, quand la science-fiction était immense et quand le cinéma s’y mit aussi.

Voir les deux films de suite avec Charlton Heston, merveilleux acteur, qui savait rendre possible des projets impossibles comme « La Soif du Mal » d’Orson Welles, « Le Survivant» de Boris Sagal ou « Soleil Vert » de Richard Fleischer, des films incroyablement gonflés. C’était l’époque où deux jeunes scénaristes débutants, un qui s’appelait Bochco, qui n’était pas encore roi des séries télé, et un qui s’appelait Michael Cimino et qui n’avait pas encore fait de films, écrivirent « Silent Running », belle méditation écologique et unique réalisation de Douglas Trumbull. C’est l’époque où, en France, Christian de Chalonge pouvait nous donner « L’Alliance », et en Amérique, presque à la même époque, le grand metteur en scène de génériques, Saul Bass, nous donnait « Phase 4 », qui sont presque les mêmes films.

Puis est arrivée la catastrophe « Star Wars » et on a régressé au Space Opéra.

C’est ce cinéma là, ambitieux, auquel il faut rajouter par exemple « Le Programme Final » de Robert Fuest et évidemment le premier « Solaris », le vrai - le russe, pas le remake sans odeurs de Soderbergh - que Houellebecq rejoint.

Il est un grand metteur en scène avec un sens du cadre évident, un sens de la lumière évident, mais ça on le savait déjà en voyant ses photos de Lanzarote dans son livre homonyme. Il a un univers visuel très précis qui tient des années 70 et qui rappelle certains romans photo de science-fiction érotiques italiens ou anglais comme « Zeta One », qu’il ne connait sûrement pas. Ça aussi c’était évident dans son court-métrage légèrement pornographique, qui passa un jour sur Canal +.

Il est un grand metteur en scène, d’abord parce qu’il a pris son roman « La possibilité d’une Ile » et parce qu’il n’en a presque rien gardé, juste l’essentiel, quelques moments, il savait bien qu’il ne fallait pas faire du copier-coller.

Il est un grand metteur parce que ce qu’il tire de Magimel, éteint, atone, est magnifique, et parce qu’il arrive à tirer quelque chose de sublime - ce qui est quand même tout à fait extraordinaire - d’Arielle Dombasle.

Il est magnifique car sa science-fiction est de la spéculative fiction ancrée dans le réel et le quotidien, comme Ballard et Aldiss, et que ce qu’il nous dit est passionnant et nous fait réfléchir sur nous, maintenant.

Il est magnifique parce qu’il a de l’humour – la politesse du désespoir comme disait Jacques Sternberg – qu’il en met là où il faut. Il est magnifique car il est romantique, même s'il sait bien le cacher.

Il est magnifique parce qu’il nous montre des choses que nous connaissons déjà mais que nous ne savons pas regarder, comme ces hôtels pour touristes invraisemblables et toujours déserts où l’on fait du Tai-chi.

En cela, il rejoint certains metteurs en scène belges de la grande époque comme Delvaux, ou les débuts d’Argento, qui savaient voir la beauté d’un endroit habituel et le transformer en tableau de De Chirico ou de Delvaux justement (l’autre, le peintre).

Il est magnifique parce qu’on a envie de croire ce qu’il nous raconte et d’ailleurs moi j’y croirais plutôt.

Il est magnifique parce qu’il dit du bien des sectes et qu’il n’y a aucune raison de rejeter les sectes au profit des religions qui ne sont après tout que des sectes qui ont réussi.

Il est magnifique parce que quand on sort de son film, on n’a pas envie de faire autre chose, juste de le laisser continuer à vivre en nous.

Il est magnifique parce qu’il n’est pas dans l’ère du temps, il n’est pas à la mode, il n’utilise aucun des effets spéciaux high-tech qu’on voit trop dans le cinéma aujourd’hui. Il se contente d’être lui-même, y compris dans l’emploi singulier et pauvre desdits effets spéciaux, où l’approximation formelle est d’une grande élégance, plutôt qu’une perfection appliquée héritée du jeu vidéo qui, désormais, n’est plus supportable (ou alors il vaut mieux revenir auxdits jeux vidéo plutôt qu’aux films qui en sont tirés).

Il est magnifique parce qu’il a un ton, une manière de dire qui n’est qu’à lui et que, passant de l’écrit à l’oral, ou plutôt au visuel, il a réussi à tout conserver de son âme en ne faisant pas tout à fait la même chose. Il est en train de prendre le chemin d’un Guitry ou d’un Cocteau à qui l’on reprochait de toucher un peu à tout. Ce n’était pas grave puisqu’ils réussissaient tout.

C’est un chef-d’œuvre.

On n’utilise plus guère le terme d’Art et d’Essai qui m’a beaucoup énervé à son époque, par son côté péjoratif et surtout par l’envie qu’il donnait de ne pas aller voir les films ainsi labellisés. Il ne fait pas un film d’art car il fait tout simplement un bon film, avec toute l’efficacité nécessaire même si son approche est particulière, tout comme son sujet. Il ne fait pas d’essai puisqu’il réussi.

Faîtes-moi confiance, et quand vous l’aurez vu, parlez-en à vos amis car il est scandaleux que l’on puisse ainsi nous cacher des chefs-d’œuvre trop rares, au profit de films qui ne valent pas le déplacement. Vous vous déplacez de moins en moins pour les voir et il faudra bien rompre ce cercle infernal, où nous sommes devenus otages des critiques à qui nous ne demandons, encore une fois, pas leur avis, quand nous allons au marché acheter des légumes.

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La possibilité d'un chef-d'oeuvre - 1ère partie

mardi 28 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Quand vous allez acheter des tomates ou des poivrons, vous ne faites pas appel à un critique : l’aspect de la boutique, les légumes présents (si ce sont des légumes qui ne devraient pas être là, ce n’est pas la saison du moins dans les pays proches et parfois ce n’est la saison nulle part, méfiez-vous), le poids, l’odeur, les couleurs vous guident, naturellement : si vous vous laissez aller et écoutez votre instinct, vous mangerez de bons légumes.

Pour le cinéma, c’est pareil, sauf que là vous demandez à un critique son avis, ce qui est absurde : écoutez votre instinct.

Je vous ai déjà parlé de ma haine de la critique en général (mais pas des critiques en particulier : il y en a un de bon sur mille) : ils sont paresseux, ne voient pas toujours les films jusqu’au bout, ils sont mégalomanes, et suivant l’accueil et le copinage qu’ils ont avec l’attaché de presse, ils attachent plus ou moins d’importance au film. Ils n’ont pas de culture cinématographique et quand ils voient un remake, ils n’ont jamais vu le make. Ils appliquent généralement une grille préexistante qui leur évite tout risque : quand un metteur en scène est encensé, ils l’aiment. Quand une grosse machine est annoncée comme une grosse machine, ils parlent chiffres et critiquent le film à l’aube de son succès.

Son succès en Amérique donc, sans se dire que peut-être il n’a pas marché pour des raisons diverses qui peuvent être passionnantes, et qui peuvent même en faire un chef-d’œuvre, qu'il n’est pas arrivé au bon moment ou qu'il gratte là où ça fait mal... Il suffirait pour faire honte à la critique en général, de reprendre quelques films comme les premiers Léone ou même « Le Parrain » de Coppola ou tous les Ferrara jusqu’à
« King of New York », qui furent soit ignorés, soit conspués par tout le monde, ou presque. Ensuite ces metteurs en scène furent acceptés puis révérés.

Cela a provoqué chez les producteurs et les distributeurs une peur légitime. Ils savent que parfois, leurs films sont « pliés » et déjà destinés à l’oubli avant même leur sortie, que la critique sera mauvaise et que les gens n’iront pas le voir. D’où certains films qui sortent l’été en catimini, ou d’autres qui ont à peine le droit à une projection de presse puisqu’on sait que c’est foutu.

Quelle horreur pour des gens qui ont travaillé des années sur un projet et pour le metteur en scène qui peut-être ne pourra pas faire d’autres films ensuite. Quelle horreur pour l’acteur qui s’est investi à fond, comme Cornillac dans le superbe « Eden Log » ou Lambert Wilson dans le dernier Caro. Mais il n’y a rien à faire.

Des très grands films il y en a toujours, et il a fallu une Palme d’Or à Cannes pour qu’on s’aperçoive que Laurent Cantet était l’un des plus grands metteurs en scène français. Ce n’est pas que la critique l’avait ignoré, au contraire, la critique radicale et spécialisée l’avait encensé, mais de manière telle que cela ne donnait pas envie de voir ses films. Ils décryptaient le message longuement, en oubliant de dire que dans les films il était léger et qu’avant tout c’était des films et que par exemple dans « Ressources Humaines », l’usine était magnifiquement filmée et les personnages d’une grande richesse. Ils en restaient à l’anecdote.

Les festivals ne suffisent donc pas non plus, même si certains comme Cannes ont définitivement rouvert des portes.
Le fait est que « Il Divo », du meilleur metteur en scène italien, Paolo Sorrentino, chouchou désormais des festivals et qui a eu de bonnes critiques, n’a pas rencontré le grand succès qu’il aurait mérité, à partir du moment où tous les films sont salués à la même aune : trop de chefs-d’œuvre annoncés (surtout à la télévision qui ne dit du mal de rien). Et il a été trop peu vu, alors que c’est un film merveilleux qui renoue avec le grand cinéma politique italien des années 60/70, avec un visuel très gonflé, très moderne, qui fait penser à la grande époque de Greenaway, « Le ventre de l’Architecte », ou aux Fellini d’avant « La Dolce Vita », puisqu’après les affaires se sont gâtées. Un film politique magnifique, et une leçon de cinéma, qu’il faut absolument que vous voyiez.

De même, le meilleur western de l’an dernier, c’était « Seraphin Falls », sorti directement en DVD et qui vaut déjà largement « 3.10 pour Yuma », ou le « Jesse James » avec Brad Pitt et Sam Shepard, pourtant estimables et dans le marasme général, vous avez pu ignorer par exemple « Capitaine Alatriste », magnifiques adieux au cinéma de Viggo Mortensen. Un film espagnol historique, qui, racontant la fin de l’Empire espagnol, se paye le luxe de montrer Quevedo, de citer Gongora et de voir débuter Vélasquez, tout en étant un film d’action et d’amour grandiose.

On pourrait presque dire que c’est le meilleur film sur le Moyen Age ou la fin du Moyen Age, puisque l’Italie va bientôt renaître (Renaissance), depuis « Le Seigneur de la Guerre » de Franklin Schaffner ou « La Chair et le Sang » de Paul Verhoeven, c’est vous dire.

Voyez « Capitaine Alastriste » qui est un vrai chef-d’œuvre et voyez donc un grand film de temps en temps, même si on ne vous a pas dit qu’il était plus grand que les autres, même si on vous en a dit du mal, ou du bien, qui ne vous donnait pas vraiment envie.

Pourquoi ces chemins de traverse ? C’est parce que je viens de voir enfin le film « La possibilité d’une Ile » de Michel Houellebecq que la critique unanime a haï, ladite critique d’ailleurs étant particulièrement tordue dans ce cas précis, puisque ce ne sont généralement pas (dans les journaux bien pensants, bien connus et bien prescripteurs) les critiques de cinéma qui en ont parlé, mais les critiques littéraires. Elles ont pris d’assaut la rubrique de cinéma à l’occasion, pour continuer la démolition qu’ils avaient fait de son œuvre écrite.

C’est un chef-d’œuvre, on en reparle demain.

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Shibumi

lundi 27 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

de Trevanian aux éditions Gallmeister

Après « La Sanction », les éditions Gallmeister font un beau travail en rééditant « Shibumi », le second roman de Trevenian, un auteur évanescent et mystérieux sur lequel on ne connaît presque rien, même pas la date de sa mort.

Comme « La Sanction » (bien supérieur au pauvre film de Clint Eastwood),
« Shibumi » est une merveille, un roman d’espionnage autour d’un assassin professionnel, avant tout un régal pour ses innombrables digressions philosophiques. Mais aussi pour ses digressions historiques comme la manière dont les japonais ont dû rebondir pendant et après l’occupation américaine, ce qui leur donna une force nouvelle, et surtout, au travers du merveilleux assassin, sur la manière dont nous pouvons intuitivement savoir des choses que nous ne devrions pas savoir, par rapport à notre place dans l’univers. Il suffit de s’ouvrir et de se laisser ouvrir pour connaître les lignes de force, ce que les chinois appellent les épines du dragon et ce qu’en Angleterre on appelle les lignes de leys.

Il y a des mystères géographiques qui nous dépassent, comme si la terre était irriguée par des réseaux de force dont nous pouvons profiter et dont parfois nous profitons, inconsciemment.

Je ne vous parlerai pas en détails de « Shibumi », sinon pour vous dire que j’ai un peu l’impression que l’auteur est quelqu’un d’assez proche de Cordwainer Smith en science-fiction, c’est-à-dire d’un homme qui a dû bénéficier dans une autre vie d’une énorme culture. Peut-être en faisant un métier sale qui l’a amené à connaître d’autres cultures pour mieux les pervertir et les combattre (c’était le cas de Smith défendant Tchang Kaï-chek contre Mao).

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Little Nemo la vente Arte e Seduzione

vendredi 24 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je vous dis ailleurs tout le bien que je pense de la librairie « Little Nemo » à propos des librairies enchanteresses de par le monde, elle est à Turin. Dans son dernier catalogue, il y a une œuvre que je n’ai pas achetée et je le regrette, qui parle de la crise ou plutôt de l’autre crise, celle de 1929.

Mais puisque nous sommes en train d’en traverser une qui ne fait que commencer, insistons sur ce qui se passa alors (ça ne va pas vous plaire):

Malgré les promesses des présidents successifs, le redressement a bien tardé et il a fallu attendre 1938, puis est venue la guerre.

L’horreur était grande quand on voyait des villes comme New-York où un quart des habitants étaient logés dans les parcs municipaux.
Mais il y a eu un côté extrêmement positif à ladite crise que nous n’avons pas encore su retrouver, elle a provoqué des rires, de l’humour et de nouvelles visions artistiques, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Au cinéma, cela a été le temps de comédies drôles et émouvantes comme « My man Godfrey » de Gregory La Cava, un film RKO je crois, qui disait en gros que ce n’était pas parce qu’un homme était soudain devenu pauvre qu’il perdait sa dignité : il en avait beaucoup plus que ces nouveaux employeurs, qui avaient tout à apprendre de lui.


Je me souviens aussi d’un autre film américain qui avait enchanté ma jeunesse, où un chauffeur de taxi emmenait la fille de sa patronne à une fête : celle-ci découvrira avec stupéfaction qu’il était un grand prince russe, en exil, et qu'il faisait le taxi pour survivre.

Ce fut aussi le moment où s’épanouirent les grands polars de la Warner : James Cagney nous vengeait; le temps aussi des plus grands films fantastiques d’Universal : « La Fiancée de Frankenstein » et « King Kong » nous emmenaient ailleurs, effaçant le quotidien et l’Age d’Or de la comédie musicale : pianos blancs, girls démultipliées de Busby Berkeley, entrechats de Fred Astaire.
Des films qui nous permettaient de nous évader et d’oublier un moment le malheur dehors.

En 1930, donc juste après la crise de 1929, quelques génies graphiques, comme Iribe qui venait de quitter Cecil B. DeMille pour qui il faisait tout (décors, costumes, story boards pour ses sublimes films muets) se sont posé la question dès le début de la crise par rapport à la publicité.

Le lot n°24 dans la vente de « Little Nemo » était un livre publié par Draeger, grand éditeur d’art, qui se demanda comment vendre un choix d’objets de luxe très chers, dans cette période où l’on avait parfois honte de montrer son argent (si on en avait encore) et où, comme aujourd’hui, les riches étaient soudain gênés : les plus gentils seulement, ou les plus hypocrites.

Comment en 1930 donc, vendre alors des objets de luxe ?
Il trouva la solution.

Il fit sur des feuilles dorées ou argentées, en superposant des transparences, d’admirables dessins semi-abstraits de tissus, de bijoux, de robes et de chapeaux qui valaient la peau du cul. Il rendit le luxe encore plus luxueux, encore plus inatteignable, faisant un magnifique pied de nez à la crise en somme, comme ces comédies américaines dont je vous parlais un peu plus haut.

PS : Celui qui a tout compris c’est Ken Loach avec sa comédie sur une autre crise :
« Looking for Eric ».

Tristam

jeudi 23 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Le livre « Tristam » chez Collector Edition (Les Hauts du Ru – Montreuil 2009) que vous pouvez sans doute également trouver à la libraire « Un Regard Moderne » (10 rue Gît le Cœur 75006 Paris), est indispensable.

C’est en quelque sorte un point sur l’aventure des musulmans fumants dont les plus jeunes d’entre vous ne savent rien et qui fut passionnante, aussi bien en art qu’en musique.
Avec beaucoup d’œuvres de Tristam justement et une belle préface de Pierre Grillet, un homme attachant que je vois trop peu.

Jacques Noel, à « Un Regard Moderne » justement, me dit que tous les musulmans fumants sont encore là et qu’ils vont bien, chacun ayant choisi sa voie. Mais je parlerai ici davantage de Tristam, le maître d’œuvre de l’ouvrage en question car il a fait le contraire de la plupart des artistes, ne cessant de chercher des chemins nouveaux.
Quand je le croise, c’est toujours dans les librairies ou les galeries les plus bizarres, s’intéressant aux œuvres, de plus en plus rares, qui dérangent et recherchant sans cesse des chefs-d’œuvre oubliés populaires, pas encore mis en lumière.

Ici, il y a une belle pile de fausses couvertures de Tristam pour « L’Equipe », « Vanity Fair » ou « Kriminal » et tant d’autres journaux. Mais j’avoue avoir un faible pour son portrait de Iggy Pop en fausse couverture de « Rolling Stone » avec Amy Winehouse entre autres, à ses pieds et à sa braguette, qui est superbe, mêlant pour partie l’ancienne manière de Tristam et un portrait hyper réaliste d’Iggy en un mélange cohérent.

 

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Tristam n’est plus tout jeune mais il continue à se chercher, à se trouver, ce qui est rare aujourd’hui, et ce livre est un des rares livres français d’art récent sur un artiste contemporain que je peux vous recommander.

De plus, l’homme est fou puisqu’il m’a envoyé d’Istanbul la photo d’une statue inversée où il voit la Médusa des X-Men, la tête à l’envers, en s’inquiétant d’une éventuelle réaction de Marvel.

Il a donc de l’humour et cette carte postale ira dans ma collection Marvel.

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Les Russes arrivent, les Russes arrivent

mercredi 22 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Cela fait longtemps que je vous dis que, dans tous les domaines, il faut regarder vers la Russie, entre autres avec le cinéma. Si vous n’avez pas vu « Mongol » du formidable metteur en scène Sergei Bodrov, vous avez raté quelque chose : peut-être la plus grande fresque épique classique et moderne à la fois, à la manière de « Lawrence d’Arabie ».

Maintenant c’est dans le dessin que ça se passe avec « Vania », consacré à Vania Zouravliov, qui apparemment a tout absorbé.

 


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Les peintres et les illustrateurs russes comme Bilibin, les décadents comme Von Bayros, mais aussi Boris Vian et le manga sous toutes ses formes et les photographes : ceux qu’il cite donnent à penser qu’il a bon goût. Son dessin est noble, son inspiration est vulgaire autant que faire se peut et le résultat est admirable : mélange de world, cultures et de slavitudes assumées.

C’est un génie, inégal, mais un génie.

Son livre est édité par « Gestalten, Berlin 2008 » et on peut le trouver, entre autres, chez Album, au coin du boulevard Saint-Germain, au 67.

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