Le blog de Dionnet

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Le petit Léonard
Parmi les revues pour enfants, il y en a une assez gonflée qui s’appelle
« Le Petit Léonard », qui est un magazine d’initiation à l’art.

C’est une bonne idée car cette revue qui prend les enfants au sérieux et qui en est déjà au 139ème numéro, parle ici de l’art roman mais aussi de la bande dessinée.
Elle en parle comme un « 9ème art », de Franquin à Bécassine en passant par les pères fondateurs, et de Nana (ça au moins les enfants connaissent), de Mickey bien sûr et du Concombre Masqué, et de Calvo et des mangas.
Ca va vite mais c’est bien foutu et contrairement aux adultes à qui il faut savamment expliquer que la bande dessinée est un art, alors qu’ils n’en lisent plus peut-être depuis longtemps, on prend ici le parti inverse, puisque les enfants lisent déjà des bandes dessinées ou des mangas et qu’on leur explique qu’il n’y a pas à avoir honte, que c’est aussi un art, on essaye ensuite de leur donner envie de découvrir les ancêtres des personnages qu’ils connaissent déjà.
Belle initiative donc.
Humbug, enfin - suite et fin
Le numéro 10 a une couverture couleur de vrai magazine, un aspect presque Life.

Une
femme pose devant une émeute un peu floue avec à l’intérieur une parodie de
« Flash Gordon » devenu communiste.
Il y a plus de dessins d’humour, plus de
textes, plus de collages photos aberrants, de
belles femmes qui posent dans des lieux inhabituels selon le procédé inventé
par Cecil Beaton pendant la guerre quand il filma des modèles de couture sur
fond de Blitz, avec derrière des maisons détruites, ce qui devint la norme dans
les années 50 de la mode en général, sauf
qu’ici les deux belles posent dans un saloon où derrière, flous, des cow-boys
s’entretuent.
Et enfin le numéro 11, le dernier numéro, prophétie accomplie, car sur fond rouge, un petit homme doucement coule : il y a moins de BD, plein de fausses pub, des gags en demie page, des photos de mariages effrayantes prises par un idiot à une union de crétins, dessinées par Al Jaffee, deux pages pour les lecteurs « intelligents », un court extrait très légèrement dénaturé des voyages de Gulliver et un test : « Etes-vous conformiste ? ».
Le second volume s’achève encore par un beau cahier de notes de John Benson, qui vous aidera à comprendre ce que vous avez lu car certaines des parodies sont très américaines et parlent de choses que nous avons soit oubliées, soit jamais connues, comme TV Guide ou Confidential Magazine ou sur certaines stars de la télé qui ne l’ont jamais été chez nous, vous aurez besoin d’un lexique ce qui est vrai aussi pour les jeunes lecteurs américains. Un peu comme récemment cet auteur qui a fait un ouvrage consacré à Je me souviens de Georges Pérec, pour expliquer de quoi parlait Pérec, dans ce livre pas si lointain, mais déjà très loin de nous : au dernier millénaire.
C’est publié par Fantagraphics, c’est un objet sublime, en deux volumes, indispensable.
Humbug, enfin - suite
Puis il y a le second volume, avec une couverture inédite d’Arnold Roth qui est décidément un des plus grands dessinateurs d’humour de ce temps, l’équivalent pour moi de Saul Steinberg même s’il n’a eu droit pour l’instant qu’à un ou deux recueils.
Il y a un numéro Noël avec forcément une couverture « dickensienne » qui se moque joyeusement de Noël et donne envie de ne pas y participer en quelque sorte.
La couverture suivante est une femme nue, fort pudique en vérité, observée par des caméras espions : je crois que Harvey aurait beaucoup aimé nos téléphones portables grâce auxquels maintenant on peut tout photographier, tout filmer, et qui suppriment totalement la notion de vie privée. Il en aurait tiré quelque chose d’épatant.
D’ailleurs, il l’a déjà fait avec cette couverture.
Il
y a une parodie de Frankenstein où l’on revient à l’esprit de Mad, c’est Elder qui s’y colle, et un beau
projet de satellite américain, typique du design de l’époque, histoire de concurrencer
les Sputniks et
l’invention d’un genre, le
détournement de tableaux avec par exemple deux peintures de Picasso utilisées
pour représenter les grands mystères irrésolus de l’histoire américaine, comme
le premier grand vol de train postal, un
procédé que tout le monde a repris depuis : ils
inventaient là le détournement graphique, celui des situationnistes, et de
Cavanna dans Hara-Kiri, mettant des bulles dans des tableaux
pompiers.
La couverture suivante c’est le Washington des billets de banque, avec aussi une jolie parodie d’Elvis Presley qui, de retour de l’armée, bouge tellement vite, qu’il prend trois attitudes dans le même dessin.

Il
y a un cours pour transformer sa voiture qui anticipe sur les voitures
customisées et les hot-rods qui feront partie de la culture underground, et
une vision du Miami de demain.
Puis viennent des images bibliques dûes à un cousin de Flaxman et de Doré qui sont théoriquement le récit de la chute d’un Sputnik, détournement encore.
Pour le numéro suivant, la couverture représente un homme en chapeau, qui vole, parmi des chapeaux : c’est encore Magritte et c’est déjà Folon et on annonce que le prochain numéro sera chic.
La suite demain.










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