L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

Liste des billets

SHIELD

mardi 5 octobre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

                                                               Couv-Shield_defaultbody

« Shield » paru chez Marvel a fait sensation puisque dans cette période les comic books se vendent de moins en moins et où les tirages ne font que s’amoindrir, il a été épuisé en deux jours.

 

Bientôt le comic book mourra et il n’y aura plus que des « trades », des recueils. C’est comme ça.

 

Mais d’un autre côté un grand nombre de comic books paraît désormais simultanément,  remaniés, sur internet, sur votre iPhone, sur votre iPad, ou sur votre ordinateur.

 

Cela n’a absolument rien à voir avec Nick Fury et ses commandos hurleurs du début, ça n’a pas grand chose à voir avec la grande époque de Steranko ni avec sa suite dégénérée.

 

C’est une fresque historique qui traverse le temps et le multivers, de l’Asie à l’Occident et vice versa, avec comme héros central, genre de « Iron Man » médiéval, Leonardo da Vinci.

 

Il est toujours facile d’expliquer après coup sur un succès soudain. Disons simplement qu’ici Jonathan Hickman et Dustin Weaver ont mis tout leur cœur et un procédé à accumulation graphique et narrative surprenante qui va dans d’innombrables directions et qui donne envie de lire la suite, ce que j’ai fait, le deux est bien, j’attends maintenant le trade, comme tout le monde.

 

Ce qui m’a fasciné, c’est la couverture que je vous montre et qui, il y a quelques années encore, aurait été considérée comme totalement anti-commerciale, là-bas. Imaginez un enfant de Schuiten qui se contente de représenter en couverture une Rome savamment architecturée avec dans le ciel deux super héros, l’un à peine visible, l’autre très présent mais venant dans le fond, superposé au titre : Galactus. On aurait forcément dit si cela n’avait pas marché, que cela ne faisait pas américain, pas comic book, mais puisque cela marche cela veut décidément dire que la bande dessinée est maintenant un grand melting-pot mondialiste :

                          INT_defaultbody 

C’est un comic book donc, mais il y a à deux ou trois endroits une influence du manga et dirais-je même du manhua, à d’autres une très évidente influence de la bande dessinée européenne, française ou italienne, mais c’est cependant un comic book avec quelque chose du « Planetary » de Warren Ellis dans la mégalomanie.

 

En tout cas le résultat est là et pour quelques mois encore le comic book respire à nouveau, puisqu’il a eu tout d’un coup un best seller au moment où il ne s’y attendait plus.

Commentaires (8)

TIENS, T’AURAS DU BOUDIN

lundi 4 octobre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

                             Battaglia-couv_defaultbody
« L’Homme de la Légion » de Battaglia paru il y a longtemps dans une collection inégale chez Dargaud, qui faisait la part belle à l’héroïsme, est une merveille qui sent bon le sable chaud. Une histoire de légionnaires dus à un Battaglia remarquablement économe, dont je vous montre quelques images.

                                                                 Batt-1_defaultbody

Je me demande toujours ce qui nous fascine tant dans la Légion puisque nous savons, la légende, que tout ça c’est délinquants et compagnie, réprouvés et bandits. N’empêche que quand ils défilent le 14 juillet, tout le monde applaudit, et que dans les pays étrangers qui souvent ont subi les coups de la Légion, on l’admire autant.

                                              Batt-2_defaultbody

A noter qu’en France on a des idées mais une mémoire courte, car nous avons eu un évènement largement aussi considérable que « Alamo », c’était « Cameron », où quelques légionnaires français résistèrent assiégés par l’armée mexicaine et s’en sortirent mieux que la poignée des braves de l’Alamo, pourtant il n’y a jamais eu de film là-dessus. C’est pourtant un sujet magnifique comme par exemple et pour parler d’autre chose, l’histoire du père Charles de Foucauld qui choisit d’abord « la voie d’en bas » : les bordels et les stups, avant de prendre « la voie d’en haut » et de devenir un saint et en plus un designer  magnifique car son logo, croix plantée dans un cœur sur fond rouge était digne de Saul Bass.
             Batt-3_defaultbody 

Commentaires (4)

GLENAT ? OUI, MAIS GLENAT Espagne (13)

vendredi 1 octobre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

                             Couv2_defaultbody
« La magia de Maga : Desde la nostalgia » de Paco Baena qui est né la même année que  moi il y a longtemps, m’a ému et remué.

 

Il a le même âge que moi donc et nous avons en gros la même culture puisqu’il a essentiellement écrit des livres sur le cinéma et ici sur Maga, maison d’édition qui pendant longtemps fit de Valencia (Valence) un des centres de la bande dessinée populaire espagnols.

 

Je me souviens que j’allais en camping du côté de Sitges, l’Espagne n’était pas chère pour les petits français alors, il suffisait de travailler un mois chez Kodak à la chaine (et de se couper la main sur les pellicules qu’il fallait trier, mettre dans des petites poubelles, puis les petites poubelles dans des moyennes et les moyennes dans des grandes) pour se payer un mois super.

 

Pendant ces vacances ou à un autre moment, peut-être était-ce avec Robert Roquemartine, j’ai rendu visite à un petit libraire de Valence qui s’appelait Antonio Riera et que je n’ai jamais revu.

 

Et j’ai découvert chez lui des tonnes de fascicules populaires dont je ne savais rien et qui ressemblaient beaucoup à nos fascicules populaires à nous : dessins approximatifs souvent copiés sur les grands maîtres américains, impression grisâtre, format à l’italienne, des tonnes de merveilles où tous les genres étaient représentés.

 

Et c’est cette nostalgie là que nous raconte avec ce beau livre en couleurs, Paco.

 

Je ne savais pas alors, Maga c’était comme en France Artima de Tourcoing, que ce petit éditeur publiait avec « El Capitan Trueno » et « El Jabaro » les grands héros de l’Espagne d’alors destinés à la jeunesse.

 

Pendant longtemps, j’ai haï ou méprisé ces amateurs de bande dessinée qui voulaient que retrouver leur jeunesse et leur enfance car souvent ils étaient un peu aveugles sur ce qui se passait depuis.  Ils voulaient juste retrouver leurs dix ans.

 

Avec le temps j’ai compris que cela n’avait rien de grave, que c’était une manière de voyager dans le temps, et cela l’auteur le fait bien, à côté de sa photo il y a une image du premier comics qu’il a acheté (là-bas ça s’appelle Tebeo) : « Aventuras de boro-kay » dont le héros absurde a un côté absurde, c’est un petit garçon en short avec une chemise rouge, un flingue et des lunettes qui se bat contre des méchants gangsters.  C’est ainsi que j’ai été content de découvrir la première rencontre entre Jorge, le héros de « Pantera Negra » et sa panthère Isabellita !

                               Im1_defaultbody

Il y avait des histoires de vikings, de footballeurs, des histoires policières, vaguement inspirées par Alex Raymond et son « Rip Kirby » comme « Hombres de Ley » (« Hommes de loi »), des histoires moyenâgeuses avec des costumes étrangement sciencefictionnesques comme « El Guerrero del Antifaz » et des mises en pages audacieuses qui faisaient un peu penser aux premiers comic books, comme « Rebelion » où le titre venant bousculer les personnages qui se battent, ressemble à du Eisner.

                               Coraza_defaultbody

Il y a des contes de fée, avec des rois forcément maudits, des histoires d’indiens qui s’appelaient tout simplement « apaches », des histoires exotiques qui s’appelaient « bengala » et des dessins affreux mais qui donnaient envie comme « Piel de Lobo » avec des géants qui attrapaient les héros dans leurs mains pour mieux les écraser.

 

C’est un livre qu’on peut lire mais on n’est pas obligé, on peut regarder simplement les images et rêver sur « El acrobata terremoto » où les trapézistes du cirque s’accrochent à des parapluies, « Audaces legionarios » : la mythologie de la légion dans l’Espagne franquiste, était à la mode comme en France, avec ces « salopards » auxquels on ne demandait pas leur passé mais simplement dans l’avenir d’obéir et de se battre, s’inventant une vie nouvelle.

 

Il y avait les histoires de Californie, de la Californie de langue espagnole bien sûr, un cousin de « Hercule » dessiné par Lopez Bianco, qui s’appelait tout simplement « Colosso » et qui faisait bien son travail : taper les méchants et les jeter au loin, des histoires liées à l’histoire espagnole et des héros aussi que nous vimes aussi comme chez nous comme « Don Z » qui était, paraît-il, le fils de Zorro, et des histoires plutôt bien dessinées comme « El Espia » (« L’Espion ») dûes à des auteurs dont la carrière dura plus longtemps comme José Ortiz ou Eustaquio Segrelles qui n’a rien à voir avec le grand illustrateur des « 1001 Noches », ni avec le dessinateur du « Mercenaire » plus tard.

                                Huracan_defaultbody

Il y a eu « Huracan », une espèce de Flash Gordon local qui se bat contre des hommes fourmis dans un monde de space opera : une colonie pénitencière sur la lune et « Pantera Negra », un Tarzan local, la moitié plagiée sur Foster, la moitié plagiée sur Hogarth.

                                  Pantera_defaultbody

Et on découvre quelques imports comme « Le Chevalier Blanc » de Funcken qui apparemment dura pas mal là-bas. Les fascicules étaient minces et le héros avait à peine le temps de rencontrer les méchants qu’il devait déjà les défaire et passer à l’aventure suivante. C’était bien, et ce qui est bien surtout c’est la manière maniaque et extrêmement sérieuse dont Paco décrit ces personnages et leurs aventures comme s’il s’agissait d’œuvres importantes. 

 

Après tout elles le sont pour lui et comme il sait les raconter, elles le deviennent pour nous.

 

 

Commentaires (2)