L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

Liste des billets

ART IN TIME

vendredi 31 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

2ème Partie

Artintime-0_defaultbody

Puis on en vient, c’est plus vicieux, à Sam Glanzman avec « Kona » qui était une espèce de sous-Tarzan dessiné tout ensemble avec maladresse et conviction, avec une histoire aberrante « La Cave des Mutations » où Kona, notre musclor à cheveux longs et blancs, rencontre un nombre invraisemblable de créatures impossibles, superbe zoologie déviante qui anticipe sur ce que nous avons connu récemment avec l’impeccable Leo.

Il y a Michael McMillan, un autre dessinateur underground totalement oublié qui publia dans des anthologies comme « Young Lust » avant de devenir auteur de posters et de collaborer sur des films d’animation qu’on aimerait bien voir un jour, avec le grand Victor Moscoso.

Artintime-1_defaultbody

On en vient à un dessinateur pour lequel j’ai un faible et qui fut publié en France en petit format avec quelques œuvres parues chez Charlton entre autres, Pete Morisi.

Ici il s’agit d’un polar de grande qualité, « Johnny Dynamite », mais j’avoue préférer certaines de ses œuvres moins abouties ou plus tardives car son dessin peut devenir extraordinairement atone comme des décalcomanies de décalcomanies. Et dans son grenier des merveilles secrètes, je me souviens que Art Spiegelman m’avait montré une histoire de Morisi, une histoire de cœur avec une seule case par page avec une bulle, c’était paru quand même.

C’était merveilleusement vide.

Artintime-2_defaultbody

Ensuite vient, je vous l’ai annoncé, une jolie histoire policière avec une très belle atmosphère morbide de John Stanley, et l’on pourrait difficilement imaginer que l’auteur est celui de la charmante « Little Lulu » avec deux histoires qui sont des chefs-d’œuvres du grotesque au sens propre.

Artintime-3_defaultbody

Puis il en vient à un dessinateur dont je vous rebats les oreilles, Matt Fox, dessinateur d’horreur compulsif chez qui tout est laid mais dessiné avec un soin maniaque, étouffant, obsessionnel, même s’il s’agit d’histoires d’horreur toutes simples elles ont un côté lovecraftien tant l’ambiance est répugnante, laide et en même temps d’une grande cohérence.

Artintime-4_defaultbody

Il y a John Thompson, auteur de « Cyclope Comics », un comix underground que j’avais oublié, empreint de kabale qui fait un peu penser aux rares expériences de Denis Brandin, le français qui fit un moment les lettrages en volume de Druillet dans « Pilote ».

Artintime-5_defaultbody

Et puis il y a ce géant étrange qu’est Pat Boyette avec son dessin si particulier, totalement cohérent et en même temps ne ressemblant à personne, avec ses visages grotesques qui se ressemblent tous, on a la bonne idée de rééditer ici ce qui est pour moi le meilleur comic book post atomique de tous les temps, « Children of Doom », un truc incroyable qui au départ selon le désir de l’auteur, aurait dû être tout en noir et blanc avec un peu de sépia mais auquel on a ajouté de la couleur.
Artintime-6_defaultbody

N’empêche qu’à revoir aujourd’hui, il s’agit définitivement d’un chef-d’œuvre qui rappelle les grands romans graphiques de Lynd Ward et des autres.

Mais il y a aussi du Jess March, un des meilleurs dessinateurs de « Tarzan », avec sa fausse maladresse en réalité grande habileté qui lui permettait d’abattre un fasicule de « Tarzan » tous les mois et on découvre ici que l’homme avait encore du temps puisqu’il fait ici dans le western et que là aussi il arrive avec un minimum de traits à suggérer énormément de choses avec un dessin qui ne ressemble à personne.

Artintime-7_defaultbody

Il y a Bill Everett avec une histoire de vague meurtrière qui confirme ce qu’on savait déjà : le dessinateur de « Sub-Mariner » avait bien du talent et bingo, moi qui le comparait il y a pas longtemps à William Blake, j’apprends qu’il est un descendant de William Blake et qu’il signait parfois William Blake ou Everett Blake.

Vue l’énormité de sa production et sachant qu’il fit d’autres choses comme des cartes de vœux ou du papier peint, j’ai été étonné d’apprendre qu’il était mort à cinquante cinq ans sans doute d’épuisement.

Artintime-8_defaultbody

Le livre s’achève sur Willy Mendes, une dessinatrice underground encore qui s’appelait en réalité Barbara Mendes avec « Illuminations » qui ressemble, Nadel a raison de le souligner, davantage à une tapisserie qu’à un comic book et dont justement l’ambition était de provoquer chez les lecteurs une illumination spirituelle sur les temps nouveaux.

C’est chez Abrams Comic Art et c’est extraordinaire.

Commentaires (3)

ART IN TIME

jeudi 30 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

1ère Partie

Artintime-0_defaultbody

On le sait, en France, les droits d’auteurs sont bien protégés et on ne peut pas faire n’importe quoi, ce qui a du bon mais aussi un effet négatif paradoxal.

Nombres d’auteurs ne sont pas réédités chez nous parce qu’il n’y a plus d’ayant-droits visibles ou alors parce que les héritiers estiment que leur armoire normande vaut beaucoup plus que ce que l’éditeur leur propose ou même, je connais certains cas, ne répondent même pas au courrier puisqu’il s’agit d’aller fouiller dans les œuvres du grand-père fou dont on n’a peut-être pas le meilleur souvenir.

En Amérique on le sait c’est la gabegie contraire puisque les œuvres tombent progressivement dans le domaine public. C’est vrai au cinéma, c’est vrai en bande dessinée aussi et c’est ainsi qu’un certain nombre de chefs-d’œuvres sont réédités puisqu’il n’y a pas de droits à payer.

C’était le cas de « Art out of time » de Dan Nadel où l’on retrouvait par exemple le sublime et indispensable Georges Carlson, cousin du Herriman de Krazy Kat qui oeuvra essentiellement dans les comic books et dont on aimerait une réédition de l’intégrale un jour. Il exhumait un certain nombre de petits maîtres de grand intérêt et avec ce second volume il continue. Ca s’appelle « Art in Time ».

L’auteur, Dan Nadel, est une pointure qui explique que s’il avait exhumé, dans son anthologie précédente « Art out of time » : « Unknown comics visionnaries 1900-19069 » un certain nombre d’auteurs totalement oubliés, il continue avec celui-ci, volume jumeau, où il élargit un peu, par exemple sur des auteurs connus pour une partie de leur œuvre seulement et qui oeuvrèrent dans d’autres domaines comme l’auteur de « Little Lulu » dont j’étais le premier à croire qu’il n’avait fait que cette héroïne énervante. Son livre tient la route allant jusqu’au début de l’underground où là aussi il y a déjà des oubliés.

Les œuvres underground d’ailleurs sont reproduites en noir et blanc, et donc parfois d’après les originaux, la plupart des œuvres sont reprises dans des fascicules et donc jaunâtres comme leur parution d’origine l’est devenue.
Artintime-1_defaultbody

Il y a Harry Lucey que tout le monde connait même si personne ne sait son nom, puisqu’il fut un des principaux dessinateurs de « Archie » qui encore aujourd’hui est un des rares comic book qu’on trouve dans les supermarchés en Amérique. Je ne savais pas qu’il avait été aussi un dessinateur réaliste avec un détective privé, Sam Hill, qu’il dessina un temps, un peu inspiré dans la gestuelle et son sens du grotesque par le « Spirit » de Will Eisner.

Il faisait aussi (c’était l’époque où l’on pouvait tout faire dans l’art du comic book, avant le comic code) dans le good girl art, commençant par exemple une des histoires ici, par des gros plans d’une star du burlesque (tout le monde sait désormais grâce à « Tournée » qu’il s’agit des strip-teaseuses qui ont quelque chose de plus ou quelque chose de moins et qui pendant longtemps eurent autant voire plus de succès que les bimbos habituelles).

Artintime-2_defaultbody

Il y a un super héros parfaitement grotesque de H.G. Peter, le créateur pourtant bien connu de « Wonder Woman » qui ressemble un peu à « Hulk » d’avant-guerre, « Man o’Metal » qui précéda « Wonder Woman » et qui a les mêmes qualité d’étrangeté.

Il y a aussi Sharon Rudahl, une des premières dessinatrices underground dont « The Adventures of Crystal Night » paru en 1980 juste avant que le comic book underground soit vraiment reconnu.

On apprend que sous le nom de Mary Sativa, elle fit un roman pornographique hippie pour Olympia Press.

Ici c’est une étrange histoire de science fiction avec du sexe qui rappelle un peu les expériences que faisait à la même époque en littérature, dans ses livres les plus extrêmes, Philip José Farmer.

Et puis il y a Mort Meskin qui est, il faut le dire et le redire, un des plus grands dessinateurs de comic book de tous les temps, particulièrement lorsqu’il collabora avec Jerry Robinson.
Artintime-3_defaultbody

Son dessin était d’une extraordinaire économie mais aussi incroyablement évocateur et il oeuvra discrètement des années 40 jusque dans les années 70 essentiellement pour DC Comics, perdant un peu de son panache vers la fin mais on lui doit quelques-uns des plus beaux comic books du monde.

La suite demain.

Commentaires (1)

TEMPOREL ET 20 ANS D'ASSOCIATION

mercredi 29 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Dans « Chronographie », bel objet et beau livre, je me contenterais de reprendre le texte de l’Association :

Association-0_defaultbody

« CHRONOGRAPHIE recueille l’intégralité de l’expérience effectuée entre 1998 et 2008 par Dominique Goblet et sa fille Nikita Fossoul. Les double-pages de ce livre correspondent aux 273 sessions que les deux dessinatrices, mère et fille, ont réalisé suivant la contrainte qu’elles s’étaient établie au départ et qu’elles ont réussi à mener à bien : faire le portrait l’une de l’autre puis réciproquement, chaque semaine où elles se voyaient (c’est-à-dire une sur deux), et ce pendant une durée de dix ans.
Association-1_defaultbody
Association-2_defaultbody

En 1998, Dominique Goblet (née en 1967) est déjà une artiste accomplie ; Nikita Fossoul (née en 1991), est une enfant de 7 ans. Lorsque l’aventure de ces « portraits-croisés » s’achève, Nikita a 17 ans : c’est donc aussi bien à travers le style de son propre dessin qu’à travers le regard que porte sa mère sur elle que nous la voyons évoluer de l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte.

Association-3_defaultbody
Association-4_defaultbody
Cette CHRONOGRAPHIE est une extraordinaire expérience temporelle et intime : jamais peut-être ce qui se passe entre deux regards, ceux d’une mère et d’une fille, n’aura été mieux saisi, mieux offert à un troisième regard : celui du lecteur. Le dessin est ici au service du temps, tout comme le temps est au service du dessin : la narration qui en résulte se confond avec la vie même ».

Association-5_defaultbody
Association-6_defaultbody

Tout ce que je peux ajouter est que l’ensemble est un livre extraordinaire.

Association-7_defaultbody

J’en profiterais car la place ou plutôt le temps me manque pour vous dire que dans les indispensables récents de l’Association, il y a « Le Passage aux Escaliers » dans la collection Ciboulette de Vincent Vanoli toujours impeccable dans son récit quasi buzattien, Matt Konture ici en couple avec Jacques Velay pour « Jean de l’Ours » dans la collection Espôlette et la jolie japonaiserie naïve dans la collection Mimolette de Grégoire Carlé « Baku ».
Association-8_defaultbody

Association-9_defaultbody

Pour fêter les vingt ans de l’Association, l’Association a sorti un livre qui s’appelle « XX » où on a demandé aux auteurs pour le festival de Sierre de retrouver une page de leurs archives et d’y ajouter une autre page.
Association-10_defaultbody
Association-11_defaultbody
Association-12_defaultbody

Tout y est bien et il y a, pour prendre des auteurs connus de tous, du moins je l’espère, du Menu, du Caro, du Bazooka, du Mattioli, Henriette Valium, du « Sergent la Terreur », du Jim Woodring, du Ott, du Wilhem et du Mokeit, lui qui s’est fait trop rare depuis.

Association-13_defaultbody

C’est également un indispensable.

Une radiographie de ces vingt ans d’Association.

Commentaires (1)

LAPIN ETERNEL

mardi 28 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Lapin-0_defaultbody

Le numéro 42 de « Lapin » contient des merveilles absolues, le détournement par Anne Baraou et Jochen Gerner d’une vieille histoire de Francisco Hidalgo et Victor Mora parue dans « Mystic » en 1958.

Cela fait un peu penser à du Cathy Millet, à propos, qu’est devenue Cathy Millet ? C’était admirable, en plus radical, avec la folie douce et tranquille des dernières bandes dessinées finlandaises de Rosse.

C’est ce que j’ai lu de mieux depuis des mois.

J’aime beaucoup aussi « Les bâteaux n’aiment pas l’eau » de Mazen Kerbaj. J’aime beaucoup aussi « Cixite la grosse impératrice » de Anne Simon, récit à suivre. « Pursue and legs », accumulation un peu Mark Beyer de François Jonge.

Lapin-1_defaultbody

Et l’histoire à suivre de Henninger et Gosselin « lutte des corps et chute des classes » qui a quelque chose de l’art brut Draeger mais aussi du manga des origines.

Lapin-2_defaultbody

Bref, je n’ai pas cité tout le monde mais je m’aperçois que j’ai presque tout aimé dans ce « Lapin » y compris les comics ténus de Manuel.

Lapin-3_defaultbody

Ca tombe bien car en même temps j’ai reçu le numéro 43, hasard postier sans doute, et soudain je réalise que l’Association a vingt ans : comme le temps passe.

Et puis comment se fait-il que moi qui aime la bande dessinée réaliste, voire pompière, la seule revue que j’attends c’est chez l’Association qui est loin des critères que j’ai défendus un moment.

Lapin-4_defaultbody

Je ne vois nulle endroit où l’auteur du dessin de l’édito, sublime, et digne du meilleur de Pierre La Police, est nommé. D’autant que le même est l’auteur d’un beau dessin en page 2 de l’édito.

Lapin-5_defaultbody

On y retrouve pour partie les mêmes avec la suite de « lutte des corps et chute des classes » par exemple, la suite de « Pursue and legs » et il y a encore du Mazen Kerbaj en couleurs qui est aussi bien que du Muzo, pour ceux qui ont un peu suivi l’histoire de la bande dessinée des dernières années, et on retrouve Manuel.
Lapin-6_defaultbody
Lapin-7_defaultbody

Commentaires (3)

L'O10SSEE

lundi 27 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

O10ssee-0_defaultbody

L’O10ssée Folio en dix nouvelles est un livre gratuit, c’est-à-dire offert pour l’achat de deux folios SF et qui fait bien le point du genre au travers de nouvelles souvent inédites et de textes divers d’auteurs de science-fiction mais pas seulement, qui parlent de l’empreinte de la SF sur eux.

C’est absolument formidable.

A TOUTE BERZINGUE

dimanche 26 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Vite, car parfois il faut aller vite, j’avais râté lors de sa sortie en grand format le dernier Norman Spinrad, « Il est parmi nous », qui est digne de son chef-d’œuvre absolu « Jack Baron et l’Eternité », l’histoire d’un présentateur de télé ringard venu soi-disant du futur qui est peut-être Dieu, je ne vous en dirais pas plus sinon que c’est un livre absolument incontournable.

Berzingue-0_defaultbody

Berzingue-1_defaultbody

Vite encore, James Thompson est américain mais élevé en Finlande et le deuxième tome de sa série autour de l’inspecteur Kari Vaara est aussi impressionnant que le fut le premier, « La nuit glaciale du Kaamos », un thriller dans un pays où il fait presque toujours nuit, ça change tout d’autant qu’ici on réveille les fantômes de la seconde guerre mondiale et l’étrange manière dont la Finlande, on l’oublie, cohabita avec le nazisme un temps contre la menace communiste, chose qu’on a plus ou moins occultée ensuite mais que le roman ressasse à foison.

Berzingue-2_defaultbody

Vite encore, « La Main du Mort », anthologie de Otto Penzler dans la collection Rivages / Thriller, préfacé par un champion de poker, Howard Lederer, est à la fois pour les fans de poker mais aussi pour ceux qui comme moi n’y jouent jamais ayant estimé pendant longtemps qu’ils pouvaient faire autre chose de leur temps, ce que parfois je regrette.

Il y a tout le monde à bord, de Jeffrey Deaver à Walter Mosley, de Connelly à Lustbader, et j’avoue avoir un faible pour l’incroyable nouvelle de Joyce Carol Oates, « Strip Poker », étrange histoire malsaine d’une petite fille qui s’embarque avec des plus grands qui vont l’emmener irrémédiablement vers un vol collectif sauf que, dans les toilettes, ou peut-être est-ce inconscient, lui vient une idée de génie qui fait qu’elle va soudain leur faire peur.

A part ça pour les gens qui ne pratiquent pas le poker comme moi, ça reste tout à fait lisible et on comprend tout.

Berzingue-3_defaultbody

Ensuite, un anglais, Daniel Barber, vient de nous donner son « Gran Torino » avec Michael Caine qui s’appelle ici « Harry Brown », c’est un ancien marine et un jour il en a assez. C’est un chef-d’œuvre et on voit ici que le grand Michael Caine n’a rien perdu de son charme vénéneux et de sa force unique dans ce qui se révèle être un thriller crépusculaire tout à fait bouleversant. Le metteur en scène s’appelle David Barber.

Commentaires (1)

MESSAGE DANS UNE BOUTEILLE (20)

vendredi 24 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Comme d’habitude je ne répondrai pas à tout le monde sinon pour dire que le très beau film de Herbert Brenon est effectivement un des plus beaux « Peter Pan » d’autant que le directeur de la photo, un chinois, qui fut un des premiers grands et qui eut une carrière longue et belle (puisque c’est lui qui inventa les effets psychédéliques au cinéma avec des films comme « L’Opération diabolique » de John Frankenheimer plus tard et qui fit des choses sublimes en technicolor entre temps), était James Wong Howe et « Peter Pan » était interprété par la belle chinoise Myrna Loy.

Grande nouvelle si Abrams sort bientôt un livre sur Robinson, j’espère que les « Black Terror » y seront.

Philippe Gindre de « La Clef d’Argent » me rappelle, comme je parle de ses livres, que ces chefs-d’œuvre incontournables sont toujours à leur prix d’origine, le coffret sublime à 72 euros et le recueil à 12 euros.

Pas feignant et pas gâteux, JLF vous dit ce que je ne savais pas forcément sur certaines rééditions récentes de Kipling et j’applaudis à sa description de cet écrivain qu’on ne peut pas simplement ramener à une baderne, il fut plusieurs écrivains tous passionnants.

Renaud Leroy fait bien de souligner qu’il y a un coffret Bunuel de neuf films au Studio Canal avec Jean-Claude Carrière son scénariste de la grande époque qui s’y colle et qui raconte des tonnes d’anecdotes.

Cher hors champ, on s’est croisés donc on se recroisera.

JDB, je ne peux pas t’aider car je n’ai pas gardé ma collection de « Spectre », quelqu’un d’autre pourra le faire peut-être.

Cher Sigismund, j’ai été voir, tu as raison de recommander le lien http://thehorrorsofitall.blogspot.com

Cher Lodvig, non je ne suis pas mort, simplement j’ai eu un coup de mou, ce blog prend tant de temps.

Merci à Lefeuvre de ses précieuses informations sur le comics « 3-D Danse Macabre ».

J’espère que vous n’avez pas fait comme moi (arrêter de lire vos emails) car Raùl Mora nous disait d’aller à Ivry pour une expo Helios Gomez qui était sans doute indispensable.

Et merci à Sigismund de me remettre les pendules à l’heure. Oui, Vince Locke n’a pas disparu puisqu’il a écrit le livre dont fut tiré le film, tous les deux impeccables, « The History of Violence ».

Par ailleurs, on va aller voir sur ton blog http://george-leblogdegeorge.blogspot.com d’autant que tu as apparemment des opinions tranchées.

Cher Gabriel Gomez, merci de tous ces renseignements encore sur Helios Gomez et sur l’association crée par son fils.

A Sigismund encore, je lui dirais oui, je ne suis pas non plus un fou du papier glacé pour les comics, je préférais le vieux papier qui jaunit et craque mais on finit par s’habituer.

Et non, pour l’instant je ne cherche pas d’auteurs mais ça peut venir.

A Mantichore je dis merci sur les renseignements sur la première couverture de « Shield » qui était différente de celle qui m’a bien plu.

A Florence, Ah ! merde, quelqu’un se souvient de mon cocquelet / jardinière de légumes à l’époque où j’avais encore le temps de cuisiner, ce qui ne nous rajeunit pas, mais je vais m’y remettre bientôt.

A john mac pudead je dirais non, je ne pense pas que les super héros meurent rapidement.

Simplement leur mythologie s’est maintenant dévoyée sur d’autres supports, que cela soit jeux vidéo ou films ou séries télé de plus en plus nombreuses. Il y a dilution et je crains bien que les très nombreux spectateurs de Heroes ne soient plus des lecteurs de comic books de super héros. Par contre, comme Warren Ellis, je mets de l’espoir dans une continuation sur iPad ou autrement où il semblerait que les super héros soient bien réceptionnés.

Ceci dit, c’est vrai qu’on en a un peu fait le tour et c’est pour cela qu’avec ma série prochaine, trente albums sur cinq ans chez Dargaud avec une pléthore de dessinateurs, j’essaye à ma manière de renouveler le genre.


Cher lupo mnema, tu es un peu sévère avec « Shield » mais il est vrai qu’un des gros problèmes du comic book américain récent est qu’il a perdu sa force première kirbyesque, qu’il y avait le dessin qui racontait tout et les textes en plus, et que maintenant on est obligés de lire les textes parfois pour comprendre.

Et à Alex je dirais que pour l’instant j’ai remis au placard l’idée d’une adaptation de « Dragon’s fin soup ». En effet le metteur en scène devait être Takashi Miike puis il est parti sur un autre projet et moi aussi.

Commentaires (4)

POETES DE L'IMAGINAIRE. Aux Editions "Terre de Brume"

jeudi 23 décembre 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

4ème Partie

Puis vient, nous y voilà, la quatrième partie de « Poètes de l’Imaginaire », « Merveilleux Scientifique (Science-Fiction) », avec l’admirable « La Conquête » d’Emile Verhaeren extrait de « Les Forces tumultueuses » :

« Et les voici portés, sur leurs vaisseaux, ces hommes

Dont l’âme fit Paris, Londres, Berlin et Rome,

- Prêtres, soldats, marins, colons, banquiers, savants –

Rois de l’audace intense et maîtres de l’idée

Qui projettent les traits de leur force bandée

Aux buts les plus lointains des horizons vivants ».

En introduction l’auteur reprend un texte de Jean-François Marmontel, « secrétaire perpétuel de l’Académie française, dans ses Eléments de littérature » :

« Si Homère revenait aujourd’hui avec ce feu divin, quelles couleurs, quelles images ne tirerait-il pas des grands effets de la nature, si savamment développés, des grands effets de l’industrie humaine, que l’expérience et l’intérêt ont porté si loin depuis trois mille ans ? La gravitation des corps, l’instinct des animaux, les développements du feu, les métamorphoses de l’air, les phénomènes de l’électricité, les mécaniques, l’astronomie, la navigation, etc. ; voilà des mines à peine ouvertes, où le génie peut s’enrichir ».

L’auteur fait remonter à un texte qui raconte en gros la fin du monde, le « Dernier Homme » de Jean-Baptiste Cousin de Grainville qui devait être un poème mais l’auteur mourut et ce fut un roman, et il annonçait déjà l’épuisement de la terre.

L’auteur y voit la naissance de « l’épopée scientifique » puis il rappelle Versins et son « Encyclopédie de l’Utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction » pour dire que c’est dans les voyages imaginaires, les contes philosophiques et l’utopie littéraire que tout aussi commença.

« Le troisième fil » dit l’auteur, c’est Edgar Poe qui invente le merveilleux scientifique. Il explique bien comment, venu d’Angleterre ou de France, c’est en Amérique avec la science-fiction écrite et aussi la bande dessinée, voir « Flash Gordon », que la science-fiction n’est plus une bizarrerie qui apparaît ici et là dans les magazines, mais devient un genre avec ses revues.

Le premier chapitre « En Mer » cite l’anthologie de Yves La Prairie « Les plus beaux poèmes sur la mer » mais dit que, ce qui sera mis en exergue ici, c’est la manière dont cette mer pour nous étrangère peut devenir émerveillement ou terreur d’ailleurs, à cause de la surface de l’eau, des tempêtes et de tous ces monstres cachés sous les flots que nous devinons sans les voir. La mer c’est déjà les étoiles.

L’essentiel des textes les plus brillants vient de ce grand oublié qu’est Jean Richepin et de son recueil « La Mer ».

Le deuxième chapitre s’appelle « Outremer » et il choisit en gros la manière dont les pays étrangers encore difficiles à atteindre pour nous, pouvaient représenter quelque chose de merveilleux, des voyages de Marco Polo au Pierre Benoit de « L’Atlantide » ou à « King Kong ».

Là-bas, dans l’exotique imaginaire tout était possible.

Là comme souvent c’est Victor Hugo qui triomphe avec un poème extrait de « Les Rayons et les Ombres » :

« L’intérieur du mont en pagode est sculpté.

Puis vient enfin le jour de la solennité.

On brise la porte murée.

Le peuple accourt poussant des cris tumultueux ;

L’idole alors, fœtus aveugle et monstrueux,

Sort de la montagne éventrée ».

Si je vous avais dit qu’il s’agissait d’un texte de Lovecraft, sans doute m’auriez-vous cru.

Le chapitre trois est consacré aux Résonnances Cosmiques, en gros la poésie de l’espace avant qu’on lui rende visite, celle que chantait dans ses innombrables ouvrages Camille Flammarion qui soulignait qu’il y avait déjà en 1865 une cinquantaine de romans et de nouvelles consacrés au voyage spatial dont l’auteur, c’est son droit, dit avoir volontairement écarté le plus célèbre « Plein Ciel » de Victor Hugo mais l’on retrouvera de vrais oubliés comme Louis Fontanes, Antoine-Léonard Thomas, Pamphile Le May.

Le chapitre quatre est consacré aux Horizons Nouveaux. A l’époque, dixit l’auteur, Marcelin Berthelot, chimiste, dit (nous sommes en 1885), que le monde est désormais sans mystère.

C’est déjà le space opéra, voir le poème de Sébastien-Charles Leconte « Défi lyrique » :

« Qu’importe ! Défiant l’Empyrée en ruines,

La colère lyrique armera nos poitrines,

Et, si même, pour nous peser,

La Destinée apprête en riant ses balances,

Et, dans un grondement fait de mille silences,

Si le Ciel veut nous écraser…

Nous recevrons le Ciel sur le fer de nos lances ».

Puis viennent les Angoisses Modernes, l’envers de la même pièce, la manière dont la Taylorisation et le progrès vont créer une nouvelle forme de misère, celle des ouvriers, celle que chante Fritz Lang avec « Métropolis ».

Avec le Verhaeren des villes tentaculaires justement.

Puis viennent les Fins du Monde, chapitre six, où l’auteur voit, c’est neuf pour moi, une vengeance des humains sur la nature indifférente, aux espoirs et aux malheurs des humains, si bien que l’homme se venge en voulant détruire la terre pour lui prouver qu’elle aussi est mortelle.

Avec « Le Dernier Homme », de Cousin de Granville qu’Auguste Creuzé de Lesser entreprit de mettre en vers, le récit de la fin du monde dans « Le Dernier Homme ».

Le chapitre sept est consacré au Réenchantement du monde, la manière dont en vérité il pourrait y avoir une tierce voix et que peut-être la science et le divin pourraient se retrouver. Il fait bien de citer Robert Silverberg, immense auteur de science fiction épique, capable de ne pas avoir peur de la science et au contraire chanter les au-delà qu’elle pouvait provoquer.

Je fermerai en citant Henri Cazalis, dit Jean Lahor, avec la première strophe du poème « Le Tourbillon » :

« Vois-tu les danses des atomes,

Les tourbillons d’astres au ciel,

Et tous les vivants, ces fantômes,

Roulant dans le cercle éternel ? »

Il y a ensuite une table des auteurs, bien utile, mais j’espère que dans l’édition suivante on nous en dira plus sur certains que j’ignorais, un index des thèmes extraordinairement utile et une bibliographie d’autres livres consacrés à la poésie de l’imaginaire.

C’est donc un livre totalement indispensable et contrairement à ce que dit l’auteur quelque part, ce n’est pas un livre de métro, lire un poème le temps d’un voyage c’est l’idéal mais on risquerait de vous le voler ou de vous l’abîmer et il vaut mieux que ça, mais pour moi un formidable livre à emmener en vacances en lisant un poème par jour, ou deux, et en l’absorbant lentement.

Commentaires (1)