L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Tous les fous ne sont pas enfermés : The Bizarre comics of Boody Rogers

vendredi 30 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

J’avoue que je ne savais rien de Boody Rogers dont Robert Williams, maître s’il en est de l’art dérangé dit :

« le travail de Boody Rogers est une espèce de typhon visuel qui nous oblige à tourner les pages, j’aimerais bien que nos grands artistes reconnus de tous et que les dictateurs de la culture contemporaine arrivent à descendre aussi bas que lui pour atteindre une épiphanie imaginative aussi puissante ».

Il a raison. En plus, le livre est présenté par Craig Yoe qui est une garantie en art follingue ces temps-ci.Tout ce qu’il publie, je vous ai déjà parlé de lui et je vous en reparlerai, a quelque chose de singulier et il fait des découvertes que parfois ma génération a râtée.

Boody Rogers est né en 1904, en Oklahoma, à une époque où il y avait encore des cow-boys, des indiens et des chercheurs d’or.
Sur un drap, le samedi soir, son père projetait quelques films muets en une ou deux bobines et Boody Rogers faisait la même chose, réalisant de petits livres qui ressemblaient à des films muets avec leur liberté, leur absurdité, leur invention constante et la folle naïveté d’un art qui naît.

Comme son père cherchait de l’or, il changea souvent d’école et finit à l’université de l’Arizona où il commença à dessiner des bandes dessinées pour le journal du campus, « The Arizona Kitty-Kat ».
Mais le plus étonnant c’est que presque aussi sec, il se retrouva à être publié dans des magazines respectables, comme « Judge », où il y avait les meilleurs humoristes du temps.
Avec l’argent il alla à Chicago, où on pouvait apprendre l’art y compris l’art de l’humour.
Son professeur s’appelait Shoemaker, il avait eu le Pulitzer.
Et parmi ses compagnons de chambrée, si l’on peut dire, se retrouvèrent Tex Avery, Harold Gray et Chester Gould. Bref, que des dessinateurs singuliers en somme.

Il fit quelques bandes dessinées dans les journaux, vint à New-York pour travailler pour Dell, fit quelques comic books, quelques pages de puzzle pas si éloignées en fait de celles contemporaines d’un autre grand excentrique graphique, encore méconnu mais qu’il faudra bien rééditer, George Carlson, puis se fut la crise et il se retrouva lui aussi à chercher de l’or.

Embellie soudaine : le grand dessinateur de comic strips oublié aujourd’hui, Joseph Patterson, fit venir à Chicago Zack Mosely qui produisit lui aussi un strip étonnant, drôle et dramatique, consacré à l’aviation, « Smilin’Jack » Boody l’accompagna comme assistant.

C’est alors qu’il créa son premier comics trip important, « Sparky Watts ».
C’était un super héros pas comme les autres, il était costaud mais pour voler il devait battre des bras comme un oiseau.

Mais « Superman » arriva : désormais les super héros étaient sérieux.

Et puis, il parti à la guerre. Ensuite, il revint au comic book, reprit un temps « Sparky Watts » pour des comic books de firmes minuscules comme Columbia Comics. Puis comme d’autres, comme Frazetta qui signait encore « Fritz », il s’inspira de « Li’l Abner », c’était le grand strip du moment, celui que tout le monde lisait même les gens sérieux, il appela ça « Babe ».

La censure n’avait pas encore frappé, c’était plein de blagues sexy, savamment dissimulées pour les petits, un peu comme dans le « Li’l Abner » d’Al Capp encore. Le monde étant petit, c’est là qu’il croisa Eric Stanton qui fut son assistant et plus tard un roi de la bande dessinée sado-masochiste et qui lui même si fit assister, mais ceci est une autre histoire, par un copain d’atelier, Steve Ditko.

« Babe » était publié par Crestwood qui publiait aussi du Simon et du Kirby et l’étonnant « Frankenstein » de Dick Briefer qui mériterait lui aussi une réédition.

C’était des histoires loufoques, sans aucune retenues. Et Craig Yoe, lui aussi a eu son épiphanie, puisqu’un jour il rencontra grâce à Ron Goulart, Boody Rogers dans une petite ville du Texas. C’était apparemment un personnage truculent à la Steinbeck.

C’est donc de l’humour dingo avec un dessin étrange où il y a un peu de Chester Gould, un peu de Gasoline Alley aussi, un peu de Carlson, c’était la même période et on ne peut pas dire que l’un a copié l’autre, c’est très bavard et la trame souvent absurde était l’équivalent des films muets qu’il regardait étant petit.

Il y a des pin-up, pas bien dessinées mais curieusement sexy qui jouent au baseball et pleurnichent, habillées souvent d’un court chiffon rouge à la manière de la « Daisy May » de Al Capp, il y a beaucoup d’hommes forcément obsédés, un peu baveurs, un peu suants qui font penser à ce que sera un jour le cinéma de Russ Meyer.

je vous le dis à propos des quelques pages de « Babe », mais le plus étonnant est que ce livre est surtout consacré à son personnage suivant, l’incroyable « Sparky Watts ».

Il y a des savants fous, des monstres avec œil et oreilles au bout de leur queue de lézard, des hippopotames géants qui se révèlent avoir un salon fort confortable sur le dos comme dans « Totoro » ou chez le « Dr Seuss » et plus de pattes que nécessaires, des gros hommes verts toujours souriants et des cyclopes avec des corps d’abeilles, des orchestres martiens dont les corps sont instruments et surtout deux femmes magnifiques jamais d’accord sur rien, une rousse et une platinée, cachées derrière un paravent : on découvrira ensuite qu’elles n’ont qu’un seul corps, très beau, très féminin au-dessus de la ceinture et assez monstrueux, dans le genre chenille en-dessous.

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Le héros va se faire écarteler par des espèces d’éléphants un peu maigres… j’arrête là l’énumération : ça continue avec des chiens qui dansent le Fox Trot, Babe le super héros pas super découvre une paire de pieds sans rien au-dessus, se lavant dans une baignoire, une femme à barbe une autre qui n’est qu’une paire de jambes magnifique à la Betty Boop sous un châpeau qui va se faire courtiser par une paire de pieds d’hommes avec un canotier à la Maurice Chevalier, sous l’œil d’un homme à tête de marteau.

Béni sois-tu Craig Yoe, avec ta chevelure ridicule mais qui te va bien, car tous les livres que tu publies sont aussi inutiles qu’indispensables et tu m’as donné une idée : il y aurait tant de choses en Europe dans le même genre que tout le monde a oublié qu’il faudrait rééditer. Des merveilles d’absurdités, de naïveté, d’étrangetés, espagnoles, italiennes ou françaises que souvent je montrais à Schlingo qui, dégoûté, me disait qu’il ne serait jamais aussi bête qu’eux.

Un de ces jours il faudra que je vous en fasse une compilation.

Le livre s’appelle donc « Boody », il est publié par Fantagraphics.

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The best of Simon and Kirby

jeudi 29 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Le livre “The best of Simon and Kirby” publié par Titan Books est mieux, ça m’arrache la gueule de le dire, que celui que j’ai publié il y a longtemps aux Humanoïdes Associés et qui était compilé magnifiquement par Doug Headline.

D’abord parce qu’il est en couleurs, avec les couleurs de l’époque, que les planches qu’ils ont retrouvées, fragiles, originaux perdus ou dispersés, ont été restaurées avec soin et parce que le choix dans les innombrables œuvres de Simon et Kirby est large et riche.

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C’est une merveille qui commence par une introduction de Joe Simon qui rappelle l’histoire, ils étaient deux petits juifs, fils de tailleurs tous deux, qui produisirent une centaine de super héros et de séries à succès en quelques dizaines d’années.

Joe Simon signa au début Charles Nicholas quand il travaillait avec Kirby ce qui confirme ce que je pensais déjà, l’édition en grand format dans les années 50 de « Blue Beetle » en France et en récits complets, a été la première œuvre de Kirby publié chez nous à l’italienne et en grand format, suivie un peu plus tard, un peu avant « Artima », mais on l’oublie toujours, par la quasi intégralité de « Sky Masters » dans Hurrah petit format dernière période.

Il ajoute non sans orgueil, qu’ils étaient les Beatles d’alors, puisque tout ce qu’ils faisaient, de « Captain America » à « Sandman », de « Man Hunter » à « Boy Commandos » en passant par les premiers comics d’horreur et les premiers comics de romance, furent des succès immédiats et instantanés.

Le reste de la préface, extrêmement émouvante de Joe Simon, je vous laisse la découvrir.

Et on annonce à la fin, on l’attend avec impatience, pour bientôt, « The Simon Kirby Super Heroes ».

J’espère qu’on aura un de ces jours l’intégrale de ce qui est peut-être la meilleure bande dessinée d’horreur de tous les temps, leur magnifique « Black Magic » qu’on devrait compléter par les quelques numéros de « The Strange World of your dreams », mélange détonnant d’horreur, de psychanalyse et de thaumaturgie.

Les autres textes sont dûs à Mark Evanier, un vieux routier de la BD US un moment et collaborateur de Kirby en tant que scénariste et ne sont pas non plus sans intérêt.

Il y a donc du « Captain America » qui, rappelons-le aux imbéciles, cassa du nazi bien avant que l’Amérique ne rentre en guerre, pour la pousser à y entrer justement, et pour également revenir à une stupide idée reçue que la prodigieuse production de Simon et Kirby était dûe aux deux hommes, un dessinant, l’autre encrant, Kirby en général dessinant :

ils étaient des auteurs complets, sauf pour les histoires qui clairement étaient d’autres mains, contrairement au grand Will Eisner qui avait, lui, un atelier et qui pendant quelques années, pendant qu’il était à la guerre, ne mit pas du tout la main à « Spirit », ce qui n’enlève rien à son talent d’entrepreneur ni à son talent propre pour les épidodes magnifiques qu’il fit avant puis après.

Il y a aussi « The Vision », un super héros aux limites de l’horreur, « Sandman » qui allait donc rencontrer les méchants dans les rêves et qui croise ici un ancêtre lointain d’une autre série de Kirby, « Thor ».

« Stuntman », le cascadeur, qui lui aussi se retrouvera plus ou moins dans un autre héros de Kirby basé sur les aventures véritables de Jim Steranko quand il était magicien, « Mister Miracle ».

« Fighting American » qui était une parodie très drôle des super héros, « The Fly » qui avait aussi sa touche de grotesque et qui paru chez Harvey, et aussi bien d’autres choses comme « Solar Patrol », une bande dessinée où ils n’ont pas encore tout à fait trouvé leur style et qui a des côtés Buck Rogers, « Blue Bolt » leur premier super héros qui fait dans la science fiction et parue chez Harvey comme les bandes précédemment citées, une BD de SF où on a l’impression que l’encrage est fait par Wallace Wood avec qui il va réaliser « Sky Masters », l’unique strip que Kirby au cours de sa vie réussit à vendre pendant une période assez longue aux journaux, avec, plus tard « Black Hole ».

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Puis viennent les histoires de guerre comme « Boy Commandos » où j’avoue que le choix m’a un peu déçu : une belle histoire de SF de guerre et de fin du monde, une histoire de tranchées où l’on sent que Kirby met un peu de ce qu’il a vécu, puis on découvre leurs merveilleuses bandes dessinées romantiques, un genre encore qu’ils ont créé avec quelques histoires, et enfin on passe, c’était l’époque où « Crime doesn’t pay », à leurs bandes dessinées policières extrêmement violentes où d’ailleurs ils soulignaient constamment, lourdement que les histoires étaient vraies, que bien sûr le crime ne payait jamais, histoire de ne pas affoler la censure, ce qui ne l’empêcha pas de tomber sur eux et sur tout le monde un peu plus tard.

Là, tout est bien, y compris une biographie de « Scarface » et une de « Ma Baker », formidable matronne qui entraîna toute sa famille dans le gangstérisme.

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Puis viennent les westerns avec entre autres une double page éblouissante sur « Alamo » et « Bulls Eye », un ancêtre de « Two Gun Kid ».

Et enfin, l’horreur, avec heureusement deux histoires de « Black Magic » et une histoire de « The Strange World of your dreams », des merveilles absolues.

Il y a même de l’humour qui, soyons clairs, n’a jamais été leur point fort : Mad à côté leur taillait des croupières, mais avec malgré tout une très belle double page de Joe Simon sur « Lenny Bruce » tout ce qu’on attend maintenant, c’est le numéro deux.

Une acquisition indispensable.

Ce qui m’amène d’ailleurs à vous signaler la parution chez DC Comics de l’intégrale de « The Losers », bande dessinée tardive (1974) où le Kirby qui a déjà créé les « Fantastic Four » et qui est donc au sommet de sa déconstruction graphique et de sa puissance narrative inégalée et inégalable, revisite la guerre. Le livre est extrêmement soigné, il contient des planches inédites, et ce qui est désormais la norme chez Marvel, sur un papier pas brillant et avec des couleurs qui respectent les parutions d’origine dont vous pouvez maintenant vous débarasser d’autant que comme je vous l’ai dit, il y a quelques bonus supplémentaires.

Dernière minute chez DC encore : l’intégrale de « Sandman » des années 40 puis un numéro 1 : celui d’un nouveau « Sandman » de Kirby, qui n’eut pas de suite, hélas.

Il faudra attendre Neil Gailman qui, avec le même nom, fera autre chose.

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Scarce : au sens propre

mercredi 28 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Scarce » est devenu vital, il ne l’a pas toujours été, au départ je trouvais qu’il n’était que l’équivalent de certains magazines américains du genre consacrés à la bande dessinée et au super héros, un peu moins bête cependant et un peu plus ouvert car tous les « Wizard » du monde sont bas de plafond, mais il n’a fait que s’améliorer et j’ai été par exemple ébloui par le numéro 73 consacré aux artistes français aux USA et qui en fait très bien le tour.

Ils ont interviewé tous ceux qui ont choisi le rêve américain et les ont fait parler, c’est assez intéressant et puis ils n’oublient pas mes pêchés mignons, des anciens qui ont traversé le rêve américain comme Gérald Forton que j’ai connu dans « Pif Gadget », Uderzo dessinant « Captain Marvel » et il y a un beau dossier consacré à ce dessinateur au traité quasi photographique qu’est Russ Heath qui a fait quelque chose d’à peu près unique dans le comic book avec son traité quelque part pop, décalquant des photos, mais avec un tel talent que ça en était sidérant et je me souviens dans « Métal Hurlant » d’avoir publié son histoire sado maso « Cow Girls at War », d’où ma surprise quand j’ai vu que dans « Iron Fist », il avait remis le couvert avec des « cow girls » tout à fait scandaleuses.

J’avais râté ça.

Pour joindre « Scarce » : scarce@neuf.fr

 

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Pour apprendre, redevenez enfant

mardi 27 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Aux adultes désormais on propose souvent d’étranges livres inutiles et forcément lacunaires qui s’appellent en gros 100 : les 100 plus beaux poèmes de tous les temps, les 100 plus beaux tableaux du monde, les 100 auteurs qu’on ne peut pas ne pas avoir lu sous peine de passer pour un idiot, etc, etc…

Il semblerait donc qu’on n’a plus le temps de s’intéresser à un sujet à fond, qu’on a besoin d’une liste présélectionnée et éventuellement d’un tiercé gagnant pour savoir juste ce qu’il faut mais pas plus.

Heureusement il reste les ouvrages pour enfants et les encyclopédies pour enfants et adolescents qui eux sont complets.
Et j’ai été par exemple ébloui, chez Fleurus, par ce qu’ils appellent « Les Encyclopédies Junior ».

Comme « Les mythologies », encyclopédie junior destinée aux enfants à partir de 9 ans, en images et en textes, qui fait le tour de tous les dieux, avec la mythologie grecque bien sûr que nous n’avons presque pas besoin d’apprendre puisque nous en sommes en quelque sorte imprégnés, que nous faisons tous des travaux d’Hercule et que Eros nous fait penser à érotisme, mais ils vont beaucoup plus loin : ils n’oublient pas non plus les dieux d’Egypte qui fascinent, je ne sais trop pourquoi d’ailleurs : je connais nombre de monomanes qui s’intéressent à la mythologie égyptienne et à elle seule, ils parlent aussi des autres mythologies, celles d’Amérique y compris l’Amérique des amérindiens, d’Europe germanique et du Japon.
Et ils vont dans ces mythologies qui sont toujours vivantes et d’autant plus passionnantes, amérindiennes donc, inuites, hindous ou yorubas car là-bas, ce sont encore des religions.

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J’envie les enfants à partir de 9 ans qui ont autant de documentation, aussi riche.

D’ailleurs, je leur pique les livres. Bien sûr, c’est en vain, j’y picore quelques informations, je redécouvre certaines que j’ai sues et je regrette cet âge merveilleux où nous sommes une éponge et où nous pouvons absorber tout ce que nous lisons.

Entre 6 ans et 15 ans en gros, selon mes estimations personnelles.

Ensuite, c’est comme pour les livres qui ont été pour nous des révélations, pour les films qui nous ont bouleversés ou les poètes qui nous ont montré le chemin : on avait des questions, on a désormais la réponse, on peut continuer à accumuler mais notre destin est désormais tracé par ce que nous avons choisi alors, hasard et nécessité : comme révélateurs.

Il y a chez Fleurus une autre encyclopédie superbe consacrée aux religions avec les mêmes qualités et la même diversité, où par exemple à propos des religions chrétiennes on n’oublie pas la religion orthodoxe, ma préférée.

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Et puis il y a également, air du temps, une merveilleuse « grande encyclopédie de la mer » qui parle de tout : des poissons, des bâteaux, des courants et des côtes et où une salière (sel de mer) trône à côté d’un bâteau égyptien.

C’est peut-être la plus indispensable car, préoccupations écologiques aidant, elle nous ramène au fait que nous sommes faits d’eau, que la mer occupe le plus gros de la terre et que ce que nous saccageons avant tout, tous les jours, c’est l’essentiel de notre habitat naturel.

Le bouquin est formidable d’autant que les auteurs, Christine Causse et Thierry Piantanida ont fait partie des successeurs de Cousteau et rendent les choses à la fois très lisibles, très agréables et très pertinentes. Ah Cousteau ! et l’empathie extraordinaire que provoqua dans ma génération le film « Le Monde du Silence » avec Jojo le mérou.
Nous rêvions tous alors d’avoir un mérou chez nous au lieu d’un chat ou un chien.

Mon conseil, achetez ces livres car ils sont à double emploi. Faites semblant de les offrir à vos enfants et de temps en temps dérobez leur, car ils sont cent fois plus agréables à lire et cent fois mieux fait que la plupart des livres du même genre destinés aux adultes.

C’est comme ça et quelque part c’est tant mieux.

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les pin-up d'Aslan

lundi 26 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Edition La Musardine

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Comme le temps passe. Je me souviens, il y a longtemps, à avoir été le premier à éditer un recueil des Pin-Up d’Aslan dont les ventes m’ont déçues tout autant que lui d’ailleurs. Nous arrivions un peu trop tôt, il était encore publié dans « Lui » et nous pensions que tout le monde allait vouloir se procurer, cela n’a pas été le cas.

Maintenant le livre est rare.

Aslan était le roi de la Pin-Up française, très différente de la Pin-Up américaine : en bonne santé, bien en chair, élevée sous la mère, pulpeuse et extrêmement sexuée, il n’a fait que se bonifier avec le temps.

Bonne idée donc que de rééditer enfin des Pin-Up d’Aslan parues dans « Lui » entre 1963 et 1981 car depuis les premiers dessins, fort chastes rétroactivement, où on ne voyait presque rien en passant par l’apparition de la pilosité puis des organes génitaux, il y a là un bel ensemble cohérent.

Et c’est mieux maintenant car cet ancien illustrateur pour la Bibliothèque Rose et les Folies Bergères, cet auteur de bustes sculptés de Bardot en Marianne, puis du Général de Gaulle ou de Mireille Mathieu ou d’Alain Delon, « hyperfiguratif » comme il le dit lui-même, qui s’est réfugié désormais au Canada, avait un « + » qui n’est apparu qu’avec le temps car il a apporté un soin maniaque au choix des costumes, si bien qu’à une époque où on est très « back to the seventies », les maquillages, les nuisettes, les horribles body en lycra, les jupes à trous genre Paco Rabanne, les mini-jupes en skaï et surtout les maquillages – « biche, oh ma biche » – et les coiffures brushees, sont ceux qu’on revoit désormais dans les concerts branchés, le temps étant circulaire et la boucle étant bouclée.

Un très joli voyage dans le passé donc pour les nostalgiques mais aussi pour les teenagers qui veulent trouver un look tribal pop « seventies » et qui, comme ma génération, s’habille à nouveau – temps de crise - en friperies pour sortir.

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Lapin - trimestriel n°41 serie 2010

vendredi 23 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

à l'Association

Comme d’habitude, le dernier « Lapin », le numéro 41 de la série 2010 est très bien, avec surtout une page d’Aurélie William Levaux, sur tissu semi-brodé qui fait penser à cette formidable époque, les années 20, où les illustrateurs français utilisaient tous les moyens possibles de reproduction, tirant le maximum de la linogravure autant que de l’inclusion de tissus dans des dessins, et où la matière de l’œuvre était essentielle et où les procédés de reproduction plus nombreux permettaient mieux d’en rendre compte.

De ce point de vue là, nous avons un peu regressé, puisque tous les livres maintenant sont imprimés pareils, si on peut dire, sur le même papier, trop souvent glacé.

J’aime beaucoup aussi la suite de « Au Travail » de Olivier Josso qui raconte sa découverte du monde merveilleux de la bande dessinée, entre autres, avec un graphisme de graffitis où il retrouve aussi l’école belge par endroit, en un joli mélange.

Et j’aime surtout l’éditorial de Menu avec qui je suis d’accord sur l’impossibilité qu’à Angoulême de représenter toute la bande dessinée.

Ils essayent pourtant et ils font de leur mieux, faisant le grand écart entre les gros succès populaires qui font les gros stands qui leur rapportent des sous, et ce qu’on appelle la nouvelle bande dessinée.

Ils sont victimes de leur succès en somme et de leurs envies artistiques du côté forcément marchand et en même temps de l’envie d’innover.

C’est presque impossible à résoudre.

Non, cela ne l’est pas tout à fait mais cela demanderait des changements techtoniques, car Cannes arrive bien à naviguer entre ce qu’on appelle « Le Marché du Film » et « La Sélection Officielle », mais c’est d’un autre monde qu’il s’agit où même dans les films indépendants, il y a suffisamment d’argent et de stars pour que tout le monde soit content et aussi parce que dans le monde du cinéma, souvent, ce sont les mêmes maisons qui font les gros blockbusters destinés uniquement à faire des sous, parfois intéressants, et certains films indépendants qu’ils abritent dans une cabane à côté de la Major, histoire d’obtenir un Oscar.

Pour la France je n’ai pas de solutions, mon seul point de désaccord avec Menu serait que oui, nouvelle bande dessinée et ancienne bande dessinée cohabitent mal, mais aussi je trouve que Angoulême a oublié son devoir d’historicité et qu’il n’y a plus jamais de grandes rétrospectives consacrées à des pays ou à des auteurs du passé incontournables.

C’est ainsi que sur un auteur qui ne m’intéresse absolument pas et qui pour moi n’a fait qu’une bonne bande dessinée, le « Silver Surfer », John Buscema, il y a l’extraordinaire ouvrage, retour sur toute son œuvre, un pavé énorme publié en 2002 à Palma, en Espagne, qui fait beaucoup plus que raconter et nous montrer Buscema puisqu’au travers de ce bottin, c’est toute une période des comics populaires américains, des comic books donc, qui est savamment revue avec des textes brillantissimes qui en font un livre incontournable.

Et je verrais bien la même chose sur certains pays.

En ce moment je me passionne pour la bande dessinée danoise que je connais mal, évidemment il y a eu des choses que nous n’avons jamais vues.

Moi ce que je voudrais c’est tout savoir, un pays à la fois au moins, ou alors sur des auteurs voyageurs dont la carrière fut si longue, si riche et diverse, en Europe du sud ou dans d’autres pays où, raisons financières, on va d’un éditeur à un autre et d’un pays à un autre pour gagner sa vie des carrières bousculées qui racontent l’histoire.

Pourquoi par exemple n’y-a-t-il jamais eu d’ouvrages de fond sur la bande dessinée philippine tout à fait extraordinaire et sidérante qui, à un moment, a envahi la bande dessinée américaine puis qui est retournée chez elle et où il y a d’incroyables œuvres, classiques parfois avec des scénarios délirants, ou modernes, forcément en guerre avec la situation politique du pays.

Voilà un voyage mental que j’aimerais faire au travers d’un festival.

Le plus extraordinaire d’ailleurs, je m’en suis aperçu à propos d’un livre dont j’ai déjà parlé sur la bande dessinée portugaise, énorme, publié il y a quelques années par le centre belge de la bande dessinée, c’est que quand on traverse un pays dans son entièreté et des origines du graphisme jusqu’aux dernières créations, on se retrouve souvent avec une période intermédiaire, les années 30-80 où tout est à peu près cohérent et en continuité, mais généralement dans la période qui précède, dans le bouillonnement des débuts de la bande dessinée dans chaque pays, il y a des œuvres qui rejoignent et anticipent sur « la nouvelle bande dessinée ».

Décidément « Lapin » me fait réfléchir.

 

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La bibliothèque de Bebel : Bob Oksner for ever

jeudi 22 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

En triant dans mes piles et en tombant sur une collection de pop magazine, ces comic books publiés par Artima dans les années 70, tout en couleurs sur le modèle américain et qui hélas ne durèrent pas longtemps et qui sont désormais recherchés par les fans de super héros pour « Aquaman », « Flash », « Atom » ou « Monde Futur », il y avait bien d’autres merveilles comme « Glop » sur lequel je reviendrai, comme « Bomba », le plus con des sous tarzan peut-être comme « Foxie Magazine », comme l’admirable « Bib et Zette » de Sheldon Mayer, cette grande série sur laquelle il faudra également que je revienne, et puis surtout il y avait, je l’avais totalement oublié et apparemment la série eut du succès puisqu’il y eut au moins six numéros (je les ai et je les ai donnés à mes filles), « Stanley » de Bob Oksner.

Je ne peux m’empêcher de vous citer intégralement le début du numéro 4 de « Stanley » : « Ceci est l’histoire d’un petit garçon, Stanley, et de son animal domestique, Mouche.

La bête de Stanley, Mouche, est très gentil et en compagnie de deux gnomes Schnitzel et Shaugnessy, ils forment une bande joyeuse et vivent tous ensemble dans la chambre de Stanley. Bien sûr les parents de Stanley n’ont jamais vu les amis de leur petit garçon… D’ailleurs, s’ils les voyaient, ils n’y croiraient pas ! Voici qu’aujourd’hui, dans ce groupe heureux et uni, une complication va naître… En effet, le fils de Mouche, un hippie notoire arrive du lycée et veut vérifier le bien fondé du proverbe TEL PERE TEL FILS ».

L’histoire s’appelle donc « TEL PERE TEL FILS ».

Le dessin est comique mais réaliste en même temps, à la manière de Bob Lubbers quand il faisait des strips avec Al Capp (« Long Sam ») et avec quelque chose de Ketcham et de son « Dennis La Menace ».

Les histoires sont très bien et elles ont pris une formidable patine seventies.

C’est ainsi que dans le numéro 1, il y a une jupe à pompons portée sur un collant verdâtre avec des bottes blanches très Nancy Sinatra qui feraient des jalouses aujourd’hui.

C’est joli, c’est charmant, c’est un peu « La famille Adams » en dégénérée, et je réalise soudain que Bob Oksner nous a quitté en 2007 dans une indifférence quasi générale.

Il avait pourtant eu une longue et belle carrière puisque né en 1916, il est mort bien récemment en 2007.

Il débuta dans les années 40 seulement faisant du super héros dès 1943 : dessinant « Marvel Boy » pour Timely qui ne s’appelait pas encore Marvel, et puis il commença à dessiner des comics strips d’humour et de cœur comme, dès 1947, « Miss Cairo Jones ».

C’est donc Sheldon Mayer qui le fit rentrer chez DC.

Et il fut avant tout pour toute une génération le dessinateur de « Les Aventures de Dean Martin et Jerry Lewis » qui deviendront plus tard « Les Aventures de Jerry Lewis » chez DC.

Il y a aussi fait de très amusantes aventures de Bob Hope, l’histoire d’une secrétaire affriolante « Dobie Gillis », le plus rare des petits formats Artima à ma connaissance, paru à l’époque de Big Boss dont je ne connais qu’un seul numéro.

Comme il était bon dans la caricature ressemblante, après Lewis et Bob Hope, il fit « Pat Boone » dans les années 50, un comics strip basé sur le premier sitcom à succès de la télévision américaine, « I love Lucy », avec Lucille Ball et son compagnon Daisy Arnez.

A l’époque de « Stanley » et son monstre, il dessinait une autre série formidable avec une très jolie fille dont le partenaire était un gorille gigantesque, « Angel and the Ape ».

Il a donc fait du super héros mais on s’en fiche, ce n’était pas son point fort, et il a aussi remplacé Gus Edson sur l’excellent comic strip « Dondi » puis pris sa retraite en 1986.

Une courte carrière en somme pour une longue vie.

C’est un des dessinateurs les plus charmants du monde si vous êtes franco-belge et que vous aimez « Will », poétique, réaliste et comique à la fois, si vous aimez Peyo, vous devez définitivement vous mettre à Bob Oksner, à commencer donc par Stanley et son monstre.

Il fait partie de ces grands maîtres qu’on a totalement occulté parce qu’il faisait essentiellement du comic book et que dans le comic book on regarda toujours, surtout et avant tout les super héros, et puis parce qu’au milieu des années 60, le moment où on produisit le plus, on était obsédé par « Flash » ou les « Fantastic Four ».

Cela ne l’empêchait pas de se vendre et d’avoir du succès en Amérique.

Je sens d’ailleurs venir un prochain recours en grâce.

C’est comme quand on achetait il y a dix ans les bandes dessinées dites « romantiques » de Romita ou de Buscema qu’ils faisaient en parallèle avec leurs super héros habituels, à l’époque ça n’intéressait personne, maintenant les romances comics sont à la mode, c’est donc quelque chose à trouver maintenant, pendant que le secret est encore secret.

 

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L'encyclopédie amoureuse des vampires

mercredi 21 avril 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

De John Bolton et Katherine Quénot
Edition Hoëbeke

« L’Encyclopédie amoureuse des vampires » de Katherine Quénot et John Bolton chez Hoëbeke est un joli livre.

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D’abord parce que Katherine Quénot a écrit quelques romans fantastiques fort intéressants et suit son petit bonhomme de chemin.

Je ne savais pas, je l’ai lu au dos du livre, qu’elle a travaillé avec Guillaume Aretos, un dessinateur que j’adore et qui m’avait amené à la fin de « Métal Hurlant » (mais la porte était déjà presque fermée), d’extraordinaires dessins à la Léonard de Vinci qui representaient des squelettes de Mickey, admirables.

Mais je n’ai pas pu le publier et il est parti en Amérique où il a fait fortune en dessinant « Shrek ».

Je me demandais ce qu’il était devenu depuis.

Apparemment, il est de retour chez nous.

« L’encyclopédie amoureuse des vampires », forcément érotique, m’a fasciné aussi à cause du dessin de John Bolton qui est un dessinateur qui m’irrite : il est habile, trop habile et parfois un peu mou, il dessine de jolies choses, ce qui pour moi n’est pas un compliment.

Or, dans cette encyclopédie, il se renouvelle : il va dans des directions qui sont un peu celles de Brom et de quelques autres dessinateurs apparus plus récemment.

Et il fait mouche avec quelques dessins admirables, il me surprend : voilà enfin un dessinateur qui n’est plus tout jeune mais qui s’est remis en question et continue d’évoluer et qui est en train de déboucher tout à coup vers quelque chose de plus dense, de plus fort, je crois que le meilleur de Bolton est à venir, c’est ça l’art et les artistes, ce n’est pas une question d’âge ou de génération, juste d’état d’esprit.

Regardez les images et vous comprendrez ce que je veux dire.

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