L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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L’ETERNAUTE ETERNEL

lundi 31 mai 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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1ère PARTIE


« Vertige Graphic », excellente maison dont je ne parle pas assez, a eu la formidable idée de rééditer l’intégrale de « L’Eternaute », « L’Eternaute » original : pas celui de Breccia  où le dessin sublime s’avère à l’aune de l’ouvrage dont je vais vous parler, un peu envahissant, de par sa beauté grandiose même qui curieusement fait ombre à l’histoire.

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Ne tournons pas autour du pot, « L’Eternaute » de Francisco Solano Lopez est meilleur. D’abord, parce qu’il n’a pas été interrompu par des circonstances tragiques, mais aussi grâce au dessin de Solano Lopez.

 

C’est donc une œuvre de Hector German Oesterheld qui a porté toute la nouvelle bande dessinée en Argentine, des années 60 / 70 jusqu’à ce qu’il devienne l’un des trente mille disparus de la dictature. Des argentins j’en connais, et j’en ai connu, passés ou présents. Aujourd’hui, Carlos Nine

que j’aime tant et qui a la dent dure sur les exilés qui, comme il dit, donnaient des leçons de Paris alors qu’ils avaient choisi l’exil mais pouvaient-ils faire autrement ? Ruben Alterio, excellent dessinateur exilé à Paris, devenu grand peintre, lui a dû choisir l’exil et le vit comme on vit un exil, son corps est à Paris, son esprit toujours là-bas, cosmopolite,

mais de son travail passionnant, il faudra que je vous reparle un jour.

 

Oesterheld on le connait d’abord pour son « Sergent Kirk » avec Hugo Pratt, pour ses collaborations avec Breccia et surtout « Mort Cinder »,

on le connait moins pour son travail d’éditeur novateur où il fit ou provoqua l’équivalent du « réalisme magique » en littérature.

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C’était décidément le pays où tout se passait à ce moment là et les écrivains américains ou anglais, de Harlan Ellison à Ballard ne s’en sont jamais tout à fait remis, de Borges bien sûr mais aussi des autres.

Et les français aussi qui virent là qu’il y avait une autre manière d’écrire.

Ils ont changé la littérature.

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Comment ce pays qui était le plus talentueux intellectuellement dans tous les domaines à ce moment là, a-t-il pu sombrer, cela reste un mystère, une énigme que l’histoire anecdotique n’explique pas complètement, comme l’extraordinaire culture allemande qui, jusqu’à l’arrivée de Hitler, était de la fin du XIXème aux années 20, la plus brillante du monde.

D’autant que ce n’est pas une première, ni une deuxième : les grands littérateurs russes de la fin du XIXème siècle assistaient à la fin du tsarisme malade et virent venir la révolution, ils n’ont pas pu empêcher non plus ce qui se passait en dehors de leur sphère. Le mythe selon lequel « la plume est plus forte que l’épée » n’est hélas que cela : un mythe magnifique. C’est comme ça.

 

La disparition de Oesterheld fut celle d’un homme mais aussi d’un auteur et d’un penseur aussi important que, disons (et ce n’est pas pour rien que je pense à lui), Bradbury pour la science fiction américaine. Quelqu’un qui était dans le genre mais qui dépassait le genre et qui le changea une fois pour toute. Il collabora donc avec les meilleurs, j’ai cité Pratt et Breccia, mais il oeuvra aussi avec le grand Arturo del Castillo et avec Solano Lopez.

La suite demain.

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CENT 100 !

lundi 31 mai 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

J’ai parlé récemment, à propos des magnifiques anthologies de Fleurus, « L’Encyclopédie des mythologies », « L’Encyclopédie de la Mer » et « L’encyclopédie des religions », de l’obsession qu’il y avait pour les adultes de ramener la culture à cent ouvrages essentiels. Je disais la jeunesse épargnée.

 

Et bien ce n’est plus le cas car sort maintenant un livret proposé par « Le Centre National du Livre » et « Bayard-Milan », annonçant les cent livres récents pour tous les âges et qui est donc destiné aux jeunes qui eux aussi vont avoir maintenant un guide bien complet mais minimaliste de ce qu’il faut avoir absolument lu. Je sais que la raison ici est différente :

promouvoir les cent livres en question. N’empêche, pourquoi cette obsession de vouloir toujours tout ramener à cent. Une époque où on veut aller trop vite est une époque bâclée.

The mammoth book of the best crime comics

jeudi 27 mai 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

« The Mammoth book of the best Crime Comics » édité par Running Press & Robinson, l’un pour l’Amérique, l’autre pour l’Angleterre, le site anglais étant : www.constablerobinson.com , continue son formidable travail dont je vous ai déjà parlé à propos du « Mammoth book of War ».

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Ce sont de gros bottins de téléphone en somme, de petit format, qui contiennent des bandes dessinées en noir et blanc d’après les originaux ou souvent les parutions anglaises en noir et blanc ou en grisé quand ils n’ont eu accès qu’à du matériel couleurs, mais ça fait la farce.

« The Mammoth book of the best Crime Comics » dû à l’excellent Paul Gravett fait bien le tour du genre avec les défauts habituels de ce genre d’anthologie. Effectivement il est plus facile de trouver des chefs-d’œuvres rétroactivement jusqu’aux années 70/80 car les bandes dessinées de genre, alors, étaient innombrables, moins par la suite, ce qui fait que la sélection dès lors devient plus subjective mais ouvre parfois certaines portes sur des auteurs nouveaux dont vous ignoriez tout.

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"Murder, Morphine and Me!", Jack Cole, 1948.

Pour le passé par contre, c’est presque toujours un régal, c’est pourquoi je vous parlerai, tout de suite derrière, de « The Mammoth book of Horror Comics ».

Pour la petite histoire, cette série de Mammoth a été un succès d’abord en faisant des compilations de nouvelles ou de romans qui pouvaient être les whodunits (toutes ces histoires « à la Agatha Christie » où on ne sait pas si c’est le jardinier ou le majordome qui a tué la vieille dans la chambre close), ou bien c’était l’érotisme lesbien, ou les mangeurs d’hommes, ou les désastres, ou les bikers (motards), mais depuis quelques temps c’est aussi la bande dessinée.

Et les objets livres sont bien car format pratique, nombre de pages invraisemblable, (près de 500), on se retrouve forcément avec des choses qu’on ne connaissait pas ou que l’on redécouvre et qui souvent étaient bien difficiles voir impossibles à trouver.

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"87th Precinct : Blind Man's Bluff", Bernie Krigstein, 1962

C’est ainsi que dans « The best Crime Comics », sous une impeccable couverture de Bernet, le dernier grand dessinateur classique de l’école « Caniffienne », il y a de tout, beaucoup à manger et un peu à boire, sec, puisqu’il s’agit de polars.

Dans sa brève préface, Gravett fait bien le tour en rappelant que c’est un peu « Sin City » qui a relancé la machine mais qu’elle commença tôt avec, entre autres, dans le « Chicago Tribune », l’incroyable « Dick Tracy » dès 1931 et juste derrière Dashiell Hammett en collaboration avec Alex Raymond sur « X9 ».

Puis cela n’a jamais cessé, confère le « Spirit » de Will Eisner et surtout il y a tous ces comic books qui précédèrent le code de censure, le comic code authority, consacrés soi-disant à dénoncer les crimes abjects et les faits divers horribles (pour essayer d’échapper à la censure ce qui ne fut pas le cas), en racontant des histoires vraies ou vraisemblables pleines de sadisme, de torture et d’horreurs divers dont le plus bel exemple fut « Crime does not pay », le magazine de Charles Biro.

Il dit bien aussi la manière dont le genre mourut, dans les années 60 en Amérique, tout doucement, et la manière malgré quelques tentatives ensuite de Gil Kane avec « His name is savage », ou « In the days of the Mob » de Kirby ou le « Chandler » de Steranko, ne furent pas des succès mais à postériori des tombeaux du genre, il rappelle qu’en Europe, en Italie surtout, le genre a continué et qu’il y a toujours eu du polar graphique : Tardi, de Lucca ou Munoz et Sampayo.

Et puis il signale le tournant autour des années 80/90 où de nouveau des écrivains de polars comme Greg Rucka, Jérome Charyn ou Ian Rankin n’ont pas hésité à se mettre à la bande dessinée, voir Max Allan Collins avec « Les Sentiers de la Perdition », bande dessinée qui passa inaperçue jusqu’à ce que le film impeccable par Sam Mendes en fasse un best seller, après coup.

Dans ce livre vous découvrirez donc une histoire rare d’Alan Moore datant des années 80, Torpedo bien sûr, du Kirby de la période policière où l’on dénonçait le crime pour mieux le montrer (c’était « True Confessions »).

Il y a une adaptation de la formidable série de Ed McBain consacrée au 87ème district, dessinée par Bernie Krigstein dont il n’y eut hélas qu’un seul épisode, Krigstein jugeant le second scénario qu’on lui proposa trop mauvais, il y a du Tardi forcément avec les bas quartiers de New-York merveilleusement décrits, du Jack Cole avec une histoire qui servit de base avec son sadisme merveilleusement outrancier à l’argumentaire du Dr Wertham qui amena la censure, il y a du post moderne avec « El Borbah » le catcheur masqué de Burns, « Spirit », « X9 » forcément, un épisode du beau « Commissaire Spada » de Lucca, à moitié pointilliste et du Toth.

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"Commissaire Spada", Gianluigi Gonano et Gianni de Lucca, 1979.

Une vraie rareté dûe à Denis McLoughlin, excellent dessinateur et peintre anglais, illustrateur de pulps qui retrouve un peu le ton du Graham Greene de l’époque, un mélodrame à la John Waters sortit des années 50 et d’un magazine « Crimes by women » dont j’ignorais tout, évidemment Munoz et Sampayo qui ont été au renouvellement de la BD noire ce que Manchette a été au renouvellement du roman noir, une curiosité de Bill Everett, un polar roboratif pour « Le Crime ne paye pas » (« Crime does not pay ») de Fred Guardineer, une histoire de Mickey Spillane puisqu’il fut un temps scénariste de comic books découvrant le résultat dans un kiosque, il fut ici scandalisé par le résultat, plus tard quand il devint célèbre, anticipant en quelque sorte sur ce qu’allait radicaliser Frank Miller, il initia une adaptation de son grand héros « Mike Hammer » qui paraissait en planches du dimanche et qu’on découvrira ici à l’époque où il incarna lui-même « Mike Hammer » au cinéma.

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"Kane: Rat in the House", Paul Grist, 1994.

Et quelques anglais comme la série charmante de Paul Grist, « Kane », qui poursuit son petit chemin bon an mal an depuis 1993, une excellente bande dessinée policière, élégante et minimaliste trop peu connue en France, une histoire encore d’un autre maître reconnu aujourd’hui, Neil Gaiman, avec le très étrange dessin de Warren Pleece et forcément une histoire de Johnny Craig pour les EC comics, et encore un petit polar écrit par Alan Moore.

Un livre pour ceux qui ne veulent en avoir que cinquante en tout dans leur bibliothèque qui, comme celle de Blaise Cendrars, pourra tenir dans deux malles cabines, pour faire le tour du monde.

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L'éternaute éternel

mercredi 26 mai 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Vertige Graphic », excellente maison dont je ne parle pas assez, a eu la formidable idée de rééditer l’intégrale de « L’Eternaute », « L’Eternaute » original : pas celui de Breccia où le dessin sublime s’avère à l’aune de l’ouvrage dont je vais vous parler, un peu envahissant, de par sa beauté grandiose même qui curieusement fait ombre à l’histoire.

Ne tournons pas autour du pot, « L’Eternaute » de Francisco Solano Lopez est meilleur.
D’abord, parce qu’il n’a pas été interrompu par des circonstances tragiques, mais aussi grâce au dessin de Solano Lopez. C’est donc une œuvre de Hector German Oesterheld qui a porté toute la nouvelle bande dessinée en Argentine, des années 60 / 70 jusqu’à ce qu’il devienne l’un des trente mille disparus de la dictature.

Des argentins j’en connais, et j’en ai connu, passés ou présents.
Aujourd’hui, Carlos Nine que j’aime tant et qui a la dent dure sur les exilés qui, comme il dit, donnaient des leçons de Paris alors qu’ils avaient choisi l’exil mais pouvaient-ils faire autrement ?

Ruben Alterio, excellent dessinateur exilé à Paris, devenu grand peintre, lui a dû choisir l’exil et le vit comme on vit un exil, son corps est à Paris, son esprit toujours là-bas, cosmopolite, mais de son travail passionnant, il faudra que je vous reparle un jour.

Oesterheld on le connait d’abord pour son « Sergent Kirk » avec Hugo Pratt, pour ses collaborations avec Breccia et surtout « Mort Cinder », on le connait moins pour son travail d’éditeur novateur où il fit ou provoqua l’équivalent du « réalisme magique » en littérature.

C’était décidément le pays où tout se passait à ce moment là et les écrivains américains ou anglais, de Harlan Ellison à Ballard ne s’en sont jamais tout à fait remis, de Borges bien sûr mais aussi des autres.

Et les français aussi qui virent là qu’il y avait une autre manière d’écrire.
Ils ont changé la littérature.

Comment ce pays qui était le plus talentueux intellectuellement dans tous les domaines à ce moment là, a-t-il pu sombrer, cela reste un mystère, une énigme que l’histoire anecdotique n’explique pas complètement, comme l’extraordinaire culture allemande qui, jusqu’à l’arrivée de Hitler, était de la fin du XIXème aux années 20, la plus brillante du monde.

D’autant que ce n’est pas une première, ni une deuxième : les grands littérateurs russes de la fin du XIXème siècle assistaient à la fin du tsarisme malade et virent venir la révolution, ils n’ont pas pu empêcher non plus ce qui se passait en dehors de leur sphère.
Le mythe selon lequel « la plume est plus forte que l’épée » n’est hélas que cela : un mythe magnifique. C’est comme ça.

La disparition de Oesterheld fut celle d’un homme mais aussi d’un auteur et d’un penseur aussi important que, disons (et ce n’est pas pour rien que je pense à lui), Bradbury pour la science fiction américaine.
Quelqu’un qui était dans le genre mais qui dépassait le genre et qui le changea une fois pour toute. Il collabora donc avec les meilleurs, j’ai cité Pratt et Breccia, mais il oeuvra aussi avec le grand Arturo del Castillo et avec Solano Lopez.

Solano Lopez je le connais mal, ce que j’ai surtout vu de lui, ce sont ses œuvres récentes, tardives, depuis que vieil homme a été saisi par la débauche, il ne fait plus que dans le porno avec beaucoup de talent d’ailleurs, et avec un goût pour le grotesque, l’horrible et le répugnant, tout à fait passionnant.

Je n’ai jamais vu son adaptation de « Freaks », le film de Tod Browning, j’aimerais bien, mais toutes ces histoires pornographiques ne sont que défilés monstrueux, sueur et bourrelets et il reste cependant, extrêmement stimulantes sexuellement, réveillant en nous le cochon qui dort.

C’est une autre carrière donc qui succède à d’autres carrières encore, puisqu’on sait qu’il a longtemps travaillé comme beaucoup d’autres argentins pour la Fleetway en Angleterre dans les années 60, faisant l’aller / retour avec l’Argentine et avec la maison d’édition d’Oesterheld, « Frontera », pour laquelle d’ailleurs il succéda un jour à Pratt sur la série « Ernie Pike ».

Et on se souvient qu’il publia chez Dargaud, dans les années 90, sur un scénario de Carlos Sampayo, un autre exilé, une belle série policière, « Les aventures du commissaire Evaristo Meneses » qui passa inaperçue.
Avec « L’Eternaute », il atteint au génie.

C’est donc une histoire de science fiction cosmique mais traitée par le petit bout de la lorgnette, de manière minuscule, avec un homme surgi du temps qui raconte comment les humains ont été ou vont être envahis par des extraterrestres contre lesquelles ils ne pourront rien.

L’histoire est traitée avec un dessin minimaliste, extraordinairement efficace et élégant, qui fait penser au grand dessinateur espagnol méconnu de « Mundo Futuro », Buylla, par le lyrisme étrange et sec de certains dessins, mais aussi dans l’économie à Breccia justement avec moins d’élégance, mais cela s’avère être ici un atout majeur. C’est donc l’histoire de la conquête de la terre qui commence à Buenos Aires,avec une succession de créatures de plus en plus étranges qui vont s’emparer de notre terre et surtout l’histoire de quelques humains isolés qui vont tenter, entre voisins, d’empêcher l’invasion.

Le seul équivalent dans cette manière prosaïque de traiter la science fiction en bande dessinée, ce fut en Angleterre un peu plus tard avec l’admirable « Jeff Hawke » de Sydney Jordan.

Mais je crois que c’est « L’Eternaute » que je préfère car en trois albums édités par Vertige Graphic, on a une histoire globalement parfaite qui s’avère à la fois, magie du dessin et du scénario conjugués, être extrêmement convaincante, retenue, mais cependant totalement émouvante.

D’une part un récit imparable comme « La Faune de l’Espace » de Van Vogt où chaque révélation monstrueuse extraterrestre débouche sur de nouvelles monstruosités contre lesquelles il faudra combattre, un mélange de prosaïsme et de réalisme magique donc, de poupées russes de cauchemars, y compris l’impossibilité qu’il a de savoir ce qui se passe vraiment car sont mêlées d’effrayantes hallucinations provoquées par certains E.T’s qui viennent troubler encore davantage le récit, cette invasion, la lutte contre cette invasion, sont racontés de manière quasi journalistique, comme chez Welles, comme un maquis qui lutte, et où quelques individus peuvent espérer – n’oubliez pas où est Oesterheld quand il écrit cette histoire, ce qui va se passer – renverser la vapeur contre le plus grand nombre et les plus grandes forces.

Le dessin est faussement simple, sans effets et d’une incroyable richesse avec d’extraordinaires audaces graphiques qu’il faut bien regarder pour les percevoir tant elles sont ferrues, et pourtant jamais vues.

Comme toutes ces scènes traitées d’extrêmement loin, avec le peu d’éléments nécessaires.

Ce que perçoivent dans ce petit monde confus les participants, sous cette neige peut-être radioactive, et qui les tue, sur un mode mineur donc qui rend la chose encore plus poignante puisqu’il ne s’agit que de nous, les humains, il y a des moments d’émotion comme je n’en ai presque jamais vus en bande dessinée, comme cet extraterrestre forcément ennemi et qui nous est apparemment supérieur, ébloui soudain par l’extraordinaire beauté de la culture humaine et qui, je cite Oesterheld : au moment où il va se laisser mourir, regarde autour de lui dans la cuisine et dit, comme le héros lui demande de quelle planète il vient :

« Son nom ne vous dira rien…et il me reste peu de temps pour le perdre en explications…mieux vaut jouir de la présence de tous ces objets… »

« Chaque chose ici irradie de millénaires d’intelligence…de millénaires d’art, de millénaires de tendresse…dommage de ne pas avoir le temps de comprendre pourquoi cet objet est cylindrique…pourquoi il y a des moulures aux pieds de cette table…et pourquoi… »

« Il continua de parler. Par le sortilège de ses paroles, le pot d’herbes cabossé, les casseroles noires de suie, la cuisinière à charbon délabrée se transformaient en objets uniques, plus précieux que des joyaux exhumés d’une tombe égyptienne ».

Des moment comme ça, dans la bande dessinée, il y en a eu quelques-uns, comme « Master Race » de Bernie Krigstein, comme l’adaptation de la nouvelle de Bradbury par Wallace Wood « Et il viendra des pluies douces », avec cette maison robot des chroniques martiennes qui a oubliée qu’elle n’a plus d’occupants, morts, depuis longtemps et disparait dans un incendie, les robots à roulettes répétant aux humains de sortir d’urgence alors que ceux-ci ont, depuis longtemps disparus, comme l’avant dernier épisode du « Musée de l’Espace » de Carmine Infantino où le fils réalise que le Musée de l’Espace raconte aussi la rencontre de son père et de sa mère et donc sa naissance.

Des moments de magie totale.

Je reviens un peu tard sur ce livre qui n’est pas paru aujourd’hui mais hier, pour vous dire que si vous ne lisez qu’une bande dessinée cette année et que vous voulez que ce soit forcément un chef-d’œuvre, et même si cela ne vous semble pas être au premier regard de votre obédience graphique habituelle (vous avez des habitudes plus dispendieuses d’effets qui viennent du comic book, du manga ou de la « nouvelle bande dessinée »), passez outre : si vous plongez dans « L’Eternaute » de Oesterheld et Solano Lopez, vous lirez une bande dessinée comme il n’y en a pas beaucoup.

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Les indispensables de l'illustration

mardi 25 mai 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Il y a quelques livres indispensables pour ceux qui s’intéressent au dessin ou à l’illustration.
Presque tous sont parus en France ou aux Etats-Unis ou multilingues, chez Taschen. Et je suis toujours sidéré quand je vais dans des pays riches en génies graphiques, comme l’Espagne ou l’Italie, de voir qu’il y a bien peu de choses.
Pas beaucoup de dictionnaires fiables sur les auteurs de bandes dessinées. Pratiquement pas de dictionnaires sur les illustrateurs. Comme s’ils n’étaient pas fiers de leur patrimoine.

En Amérique, les ouvrages de référence fondamentaux restent ceux de Roger Reed et ceux de la « Society of illustrators » dont il s’occupe désormais.

Pour la France, même si ce sont des suisses, il y a l’admirable travail d’Osterwalder qui, je crains, après avoir été vendus la peau du cul, disparait puisque tout a été récemment soldé.
Trois volumes qu’on peut maintenant acquérir avec du pot à 40 euros. Sans oublier le Dico solo consacré aux dessinateurs de presse.

Ce dernier, je l’avais connu sous forme d’un énorme fanzine oblong, il y a des années, qui contenait des informations qu’il n’y avait nulle part ailleurs.
Il était rédigé à l’époque par le dessinateur Solo lui-même, homme de culture sans doute aucun.

C’est par hasard que je me suis aperçu qu’aux éditions Aédis, et en 2004, était reparu une édition couleur, extraordinaire.
Comme je suis vicieux, j’ai tout de suite été cherché ce qui manque, il ne manque presque rien.
Il y a bien Jean David à qui l’on doit de jolies pin-ups à la manière d’Al Capp et de beaux pamphlets anticommunistes, excessifs à souhait.
Il y a bien Boll, excellent dessinateur humoristique au dessin un peu rond dont il est dit dans le Dico qu’il était influencé par Barbe (je ne vois pas trop), mais aussi par Avoine (là, je vois mais ne suis pas trop d’accord) et qui fit des dessins dans des journaux qu’on n’attend pas, tels que « L’expansion », « Que choisir » ou « La Croix ».

C’est vous dire qu’on est dans le pointu ! et il a droit ici à toute la distance nécessaire pour que l’on connaisse enfin son œuvre.

Dans ce qui est la catégorie dessinateurs de pin-up français ou européens, les meilleurs du monde pendant bien longtemps, et peut-être les meilleurs du monde tout court (je ne supporte plus les pin-ups américaines), il y a tout ce qu’on doit savoir sur Kirchner, le véritable inventeur de la pin-up.
Il y a aussi un bel article sur Le Rallic qu’on assimile trop à ses bandes dessinées pour « la bonne presse », souvent ennuyeuses quoique fort habiles, qui fit avec légèreté et intelligence dans le coquin.

Un long et bel article sur René Giffey qui lui aussi fit dans l’illustration pour enfants, dans le roman historique en BD, parfois avec bonheur (voir ses adaptations de Victor Hugo), parfois de manière suprêmement ennuyeuse (voir son Buffalo Bill), et dans le polisson sur commande.

Il y a dans ce Dico l’ensemble de son œuvre, une belle bibliographie de ses parutions en presse et comme souvent les opinions d’autres dessinateurs.

Ici, une remarque particulièrement éclairante de Raymond Poïvet que je cite :

« Une élégance des choses et des gestes tout naturelle, sans afféterie.

Jamais vulgaire, même dans l’illustration des polissonneries les plus osées.

René Giffey fût le seul à pouvoir illustrer les sujets les plus marginaux,

les plus scabreux, sans souiller la dentelle de ses manchettes. »

Raymond Poïvet, 1983.

Une de mes seules réticences serait sur l’œuvre de Hérouard, ramené assez vite au dessin humoristique et à son style léché illustré par une planche couleur sans intérêt, alors même qu’il est un extraordinaire maître du noir et blanc, et sans doute l’inspirateur du Pierre Joubert première période. Hérouard avait une sureté et une perfection de trait qui parfois atteint au génie.

Autre réticence, décidément, je cherche la petite bête, la trop courte notule sur Jobbé-Duval qui fut, au début, un gentil illustrateur classique, mais qui à un moment de sa vie, dans des journaux pour filles, « Fillettes », entre autres, arriva à un traité mélangeant une espèce de cubisme assagi et des arrondis art nouveau pour une série d’images et de contes de fées sidérants.

J’en parle parfois avec Etienne Robial dont le grand regret fut pendant longtemps de ne pas l’avoir publié en 30x40.

Maintenant, avec ce Dico Solo en couleurs, sur-titré « plus de 5000 dessinateurs de presse et 600 supports en France de Daumier à l’an 2000 » aux éditions Aédis, ce Dico Solo comme la première version, est cosigné par un certain nombre de gens de qualité, dont, au premier titre, Catherine Saint-Martin et Jean-Marie Berthin qui savent la chose la plus indispensable du monde :

« du passé il ne faut jamais faire table rase, car sinon on réinvente tous les jours l’eau chaude ».

(Citation empruntée à mon ami Joe Staline, qui avait des fulgurances qu’on aimerait retrouver dans la presse d’aujourd’hui et qui devra bien un jour sortir de sa retraite creusoise).

 

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This is England - 4ème partie

lundi 24 mai 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Dans la deuxième saison de « Torchwood », il y a une mère de famille qui se transforme en machine à tuer, un soldat de la guerre de 14 qui surgit dans notre présent et doit repartir aussi sec pour arrêter la fuite temporelle qui pourrait faire surgir la guerre de 14 parmi nous, il y a des extraterrestres qu’on vend sous forme de hamburgers et des tas d’autres choses saugrenues encore.

Et la troisième saison est une grande histoire développée tout au long des épisodes, il y a plus de budget puisqu’apparemment la série marche bien et elle est totalement sidérante.

Ca fait un peu penser, obsession très anglaise, au livre de Wyndham et au film de Wolf Rilla, « Le Village des damnés », les enfants des écoles anglaises n’ont soudain plus rien d’humains : ils se mettent tous à crier ensemble d’une seule voix et disent qu’ils vont revenir.

Ce sont des extraterrestres qui parlent par leurs bouches et qui effectivement reviennent.
Car ils sont déjà venus il y a longtemps dans le plus grand secret et ont emporté quelques enfants, mais cette fois-ci ça ne rigole pas, ils veulent dix pour cent des enfants de l’humanité entière, sinon ils vont tout casser.

Le gouvernement anglais, un peu embêté de devoir négocier sur un sujet aussi épineux, essaye de dégager sa responsabilité et envoie pour se couvrir et pour négocier avec les monstres extraterrestres qui se sont fait installer un appartement spécial, irrespirable pour nous, à l’intérieur d’une bâtisse anonyme qu’ils ont choisie, un pauvre fonctionnaire qui tout d’un coup est seul face à eux.

Les autres gouvernements du monde forcément mis au courant envoient des seconds couteaux, car là aussi les chefs ne veulent pas se mouiller pour participer à la négociation et décident en accord avec les anglais, de continuer de laisser la négociation aux mains dudit fonctionnaire.

Il va donc falloir leur donner un enfant sur dix et on ne pourra pas choisir lequel, dans un premier temps on avait bien pensé leur donner les plus déshérités, mais ils veulent sélectionner dans tous les milieux y compris chez les grands de ce monde, et pire que tout, on va très vite comprendre ce qu’ils font avec les enfants en question puisqu’ils ont parmi eux un des premiers qu’ils ont emmené : il est toujours en vie, émacié, transformé en un petit monstre les yeux écarquillés de peur car nos monstres mutants genre « Alien » ont découvert qu’avec de l’enfant humain, on pouvait faire la meilleure dope de la galaxie.

Je ne vous raconterai pas la suite.

La prochaine fois si vous êtes sages, je vous parlerai des séries sérieuses de la BBC, de la suite peut-être si elle est sortie de « Life of Mars » que j’attends avec un peu d’appréhension car il était impossible apparemment de continuer après le final des deux saisons, mais ils ont semble-t-il trouvé une astuce pour continuer : j’espère que ça fonctionnera puisque pour moi « Life of Mars » c’est aussi beau que « Le Prisonnier ».

Attention, fuyez le remake américain qui existe et qui n’a aucun intérêt.

Ne me demandez pas sur quelle chaîne passe tout cela car je n’en sais rien, les programmes télé étant devenus pour moi un casse-tête absolu, je ne regarde jamais les séries à la télé surtout parce qu’elles sont souvent en VF et j’attends les saisons entières pour me faire des nuits blanches qui sont, en ce moment, ce qu’il y a de plus exaltant dans ma vie.

Les séries télé, je dois le reconnaitre, ont pris autant d’importance pour moi aujourd’hui dans ma vie et m’ont rendu aussi accroc qu’à un moment le comic book, le polar ou la science fiction.
Je ne peux plus m’en passer.

En attendant comme tout vrai dépendant, sur la dizaine de séries que je suis, entre l’Amérique et l’Angleterre, je me languis, parfois j’essaye d’autres séries en sachant que je ne serais pas comblé et deux ou trois fois par an, car tout cela sort souvent en même temps, je me fais des virées sauvages dans cet imaginaire collectif qui sont d’extraordinaires vacances mentales et aussi une formidable médication contre la mélancolie, car dans presque toutes ces séries les personnages ont tellement d’ennuis que les miens, j’en ai comme tout le monde, me paraissent bien ridicules en regard.

Mon conseil si vous êtes aux antidépresseurs, arrêtez et passez aux séries télé, le résultat risque d’être le même mais il n’y a pas de contre-indications à long terme.

Seul défaut, je le confirme,

qui est le même que celui des drogues qui finissent par être le centre de votre vie alors qu’au départ elles sont récréatives, vous ne pensez plus qu’à ça et dès que vous en avez, vous pensez au manque qui va suivre, forcément.

Je ne sais donc pas si je vous donne ici un bon conseil, mais d’un autre côté je sais bien que la plupart d’entre vous ne m’ont pas attendu pour s’y mettre.

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This is England - 3ème partie

vendredi 21 mai 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

« Torchwood » se passe à Cardiff. Il y a une faille spatio temporelle au travers de laquelle surgissent des extraterrestres et d’innombrables anomalies quantiques.

Il y a quatre ou cinq personnages principaux, l’équipe « Torchwood » qui vit dans un lieu secret mais pas discret, ils sont au-dessus des lois, au-dessus de la police et même des Nations Unies car eux seuls peuvent braver la menace extraterrestre.

Leur chef est un homo immortel, très beau, très classe, avec un joli manteau long militaire de la guerre de 14 qui lui donne beaucoup de style et un petit côté fashion victim.

Seule chose un peu gênante, dès qu’il sourit on dirait Mike Meyers dans « Austin Powers », il est entouré d’hommes qu’il se tape d’ailleurs les uns après les autres, leur faisant parfois virer leur cuti, et de femmes qui rêvent de lui et qui savent qu’elles auront peut-être leur chance un jour, on finira par savoir que dans son long passé d’immortel et dans son long futur qu’on découvrira aussi, il a été plusieurs fois marié : elles ont donc le droit de rêver.

Dans la première saison on voit arriver Gwen, une policière lambda qui va devenir par hasard membre de « Torchwood » et qui n’a vraiment rien pour elle, c’est une espèce de Emma Peel du pauvre, genre motarde et ménagère, mariée à un type ordinaire, elle joue les vamps tueuses mais elle n’est ni très vamp ni très tueuse, plutôt femme au foyer même si elle manie le flingue et se vêt de cuir noir.

Mais ça fonctionne.

Dès la première saison donc, ça attaque vite, les histoires ressemblent à des nouvelles fantastiques anglaises du dernier millénaire, je veux dire la fin du XIXème siècle et le début du XXème.

Il y a un extraterrestre qui se nourrit d’orgasmes, habitant le corps de jeunes filles qui risquent d’en mourir, il y a une télécommande qui permet de voir des fantômes, des fées telles que les photographiait Arthur Conan Doyle mais les photos sont vraies et les fées sont méchantes, ils se retrouveront même à un moment tous vérouillés à l’intérieur de la base de « Torchwood » et devront pour sortir dire tous les poèmes d’Emily Dickinson, comme des mentras,car l’un deux est le mot de passe si on le répète assez souvent et assez fort, la base ouvrira à nouveau sa porte.

Dans la cave il y a des extraterrestres, plein, derrière des cloisons de plastique transparent, comme dans un zoo, dont surtout les weevils qui sont très courants et qui aiment bien manger de l’humain, on apprend aussi à ressuciter des morts grâce à un gant d’acier qui fait penser à la bande dessinée « The Steel Claw » (« Griffes d’acier ») de la Fleetway, dessinée par Jesus Blasco que Davies a dû lire quand il était petit, et il y a à la fin de la première saison, deux voyages dans le temps bouleversants.

Un homme et deux femmes surgissent de l’année 1948 : pourront-ils s’adapter dans le monde d’aujourd’hui ?
Plus tard, une créature lovecraftienne venue de l’aube de la terre va réapparaitre pour tout dévorer. C’est une espèce de « Godzilla » en 3D et le combat entre ce dieu très ancien et notre Mike Meyers immortel est fait avec des moyens de fortune, pourtant on y croit.

La suite demain avec la seconde saison et la troisième.

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This is England - 2ème partie

jeudi 20 mai 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Mais aujourd’hui je vais vous parler de la série la plus baroque, la plus discutable et la plus discutée, (je connais des gens qui la détestent), la série de science fiction « Torchwood ».

C’est, comme on dit, un spin-off de « Docteur Who », la grande série de science fiction anglaise méconnue chez nous on la vit peu et reste dans sa longévité avec son ton très particulier, fantastique et humour mêlés, intelligence des histoires qui masque la pauvreté des budgets presque sans équivalent.

Ah ! les poubelles à roulettes du début censées représenter de méchants extraterrestres…

Et contrairement à « Star Trek », son équivalent US, cette série n’a jamais cessé de se réinventer constamment et ce avec un succès constant.
Comme dans le cas de « Star Trek » d’ailleurs, la dernière incarnation de « Docteur Who » a été détestée par les intégristes qui préféraient la vague précédente, ceux qui avaient aimé les débuts n’avaient d’ailleurs pas aimé ladite vague précédente, etc…

Mais d’un autre côté, tout le monde a continué à regarder.
La dernière incarnation de « Dr Who » était dûe à Russell T. Davies.

Russell T. Davies est un drôle d’animal, un peu comme en littérature puis au cinéma Clive Barker qui a vendu au plus grand nombre ses déviances et ses obsessions.

Russell T. Davies a commencé par une série télévisuelle anglaise, homosexuelle affichée, aussi radicale que les livres de sang de Clive Barker, c’était « Queer as Folk », je me souviens que cette série passa un jour sur Canal Jimmy au grand désarroi des fans de voitures de sport, de flingues, de motos et de bimbos, qui préféraient oublier que Jimmy Dean qui avait donné son nom à la chaîne était une folle perdue qu’on appelait dans les bars louches à l’époque, vu ses habitudes masochistes, « le cendrier humain ».

Il a donc d’abord relancé le « Docteur Who », évidemment on a crié au sacrilège, mais ça a marché et maintenant voici son chef-d’œuvre mainstream si on peut dire, « Torchwood ».

Les ennemis de « Torchwood », j’en connais, ils préfèrent les séries américaines, vous diront : « il n’y a pas de budget et ça se voit ».

Je leur répondrais : il n’y a pas de budget et ça se voit mais au bon sens du mot, comme en Amérique, au temps des grandes séries télé que furent « Au-delà du réel » ou « La quatrième Dimension » où avec trois bouts de carton mais des idées géniales et des scénaristes prodigieux.

J’ai commencé « Torchwood » à l’envers par la saison 3, puis accroc j’ai vu la 2 puis la 1. Vous n’êtes pas obligés de faire comme moi et vous devriez commencer dans l’ordre chronologique.

La suite demain.

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