L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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LE MYSTERE JOE STALINE

mercredi 30 juin 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

 

J’ai très bien connu Joe Staline. Je lui ai même quelquefois emprunté son nom. Je n’étais pas le seul : d’autres, que ce soit Manœuvre ou Cornillon par exemple, ont parfois signés Joe Staline quand il voulait se dissimuler.

 

Mais le gros de la prose de Joe Staline est évidemment dû au vrai Joe Staline qui d’ailleurs ne mâchait pas ses mots envers moi quand, de son point de vue, je faisais des erreurs éditoriales ou esthétiques.

 

Nos chemins ont fini par se séparer définitivement, il s’est retiré quelque part dans la Creuse, pas loin de l’endroit où on a tourné « Tous les matins du monde », il vit comme un reclus et refuse désormais d’écrire.

 

Or, quelle n’a pas été ma surprise de voir qu’un nouveau un Joe Staline qui signe « Jo », s’était glissé sur internet sur un site appelé « Le Culte du Cargo », sympathiquement réactionnaire.

 

Cela me fait penser au « vrai » Joe Staline, à qui on faisait le même reproche et qui disait, parmi ses fortes maximes : « les avions à réaction avancent plus vite que les avions à hélice ».

 

Pour la petite histoire « Le Culte du Cargo » me fait penser à Serge Gainsbourg. Un jour nous parlions ensemble chez lui, après un déjeuner trop arrosé comme d’habitude, de mon poète préféré, José-Maria de Hérédia et de son poème magnifique « Les Conquérants ». Serge a rigolé et il m’a demandé si j’avais écouté sa chanson « Le Culte du Cargo » sur le concept album « Mélody Nelson ». Je lui ai dit que oui. Il m’a demandé si j’avais remarqué quelque chose. Je lui ai dit que non. Alors il est allé chercher son édition de Hérédia, « Les Trophées », il l’a ouverte à « Les Conquérants » et, en même temps m’a sorti les paroles du « Culte du Cargo » : il avait utilisé le poème en changeant les mots mais en laissant la musicalité, et aussi le sens à la fois différent et proche. C’était un travail prodigieux. Il m’a expliqué que s’il s’identifiait à Hérédia, c’est que lui aussi était un métèque qui parlait parfaitement le français, et il semblait secrètement content que cette chanson magnifique ne soit pas devenue un tube. Pour une fois il était vraiment maudit ce qui, dans l’au-delà, doit toujours ne pas lui déplaire.

LA BIBLIOTHEQUE DE BEBEL

mardi 29 juin 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

16ème PARTIE

 

Stanislav Szukalski avait été l’objet d’un beau livre il n’y a pas si longtemps, en l’an 2000, chez Last Gasp. Il y eut d’autres livres avant sur lui édités par l’infatigable Glenn Bray, plus un livre rarissime des années 30, en Amérique, qu’heureusement je possède. Glenn Bray est spécialiste en Szukalski et en Wolverton : deux artistes dérangés. Et l’ouvrage « Struggle : The Art of Szukalski » que vous trouverez par exemple chez « Un Regard Moderne », est extraordinaire.

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Szukalski était un immense sculpteur, disciple de Rodin quelque part, mais avec aussi un peu de la folie baroque Du Bernin, il était également un immense illustrateur et je vais vous montrer quelques-unes de ses œuvres afin que vous ne mouriez pas idiot. Il était aussi fou comme un lièvre de Mars, je dis ça sans méchanceté, car j’ai correspondu avec lui, il m’avait fait une lettre qu’il m’avait demandé de transmettre au Président Jacques Chirac, je me suis dégonflé, même si à l’époque je connaissais un proche du nommé Chirac, car dans cette lettre et avec des plans d’accompagnement, il expliquait qu’il voulait enfermer Notre Dame de Paris dans la bouche d’un serpent géant ce qui aurait obligé la démolition du quartier sur dix hectares alentours. Je me suis dit que le jeu n’en valait pas la chandelle : que c’était moi qu’on allait enfermer. Il est également l’auteur d’un alphabet et d’une langue nouvelle, le Protono, car il a travaillé sur nos ancêtres animaux et a là-dessus des théories raciales tout à fait singulières et tout à fait extraordinaires puisque nous descendons en gros de sortes de singes très différents ce qui modifie notre caractère. C’était, le moins que l’on puisse dire, un grand excentrique.

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Son drame : avoir été chassé par les nazis et ne jamais avoir pu trouver sa place en Amérique, où son talent grandiose n’a commencé à être connu que dans les années 70/80 et en gros par quelques proches de l’underground comme Glenn Bray ou George DiCaprio.

 

Il y a d’ailleurs une photo de George DiCaprio, la tête en bas, à côté de Szukalski, c’était en 1983, Szukalski mourra en 1987.

 

Le livre est formidable et le plus extraordinaire c’est la préface car Szukalski a trouvé à titre posthume un mécène, le fils de George DiCaprio, Léonardo, que j’ai croisé souvent dans des boutiques de comic books à Los Angeles à une époque et dont je sais qu’il a assez bon goût et paraît-il une collection d’art commune avec son père, tout à fait extraordinaire. Beaucoup d’artistes parlent d’art avec un grand « A », lui n’en parle jamais et pourtant on m’a dit qu’à propos de certains artistes des années 80 comme Robert Williams par exemple, il avait les plus belles peintures, et il se paierait paraît-il le luxe de faire rééditer maintenant, d’après les moules de plâtre, certains bronzes de Szukalski, il a d’ailleurs une belle collection d’originaux de ses dessins architecturaux.

 

Ce qui est le plus étonnant dans ce livre est que sachant que les fans habituels de la « vedette » n’iront pas voir là-dedans, Léonardo et George DiCaprio, d’un commun accord, ont signé un texte assez étonnant, hommage à Szukalski qui finit par, je traduis littéralement : « cette préface serait incomplète si on ne consacrait pas quelques lignes à insulter Picasso que Szukalski appelait « Pick Asshole » (« Pic trou du cul »). Je continue à traduire la préface littéralement : « Picasso qui durant la guerre abusait des femmes pendant que nombre de ses amis souffraient et mouraient, et bien c’est l’homme qui ensuite rabâcha des croquis rapides et hâtifs, et dessina des colombes de la paix pour la machine artistique, Picasso qui a mécaniquement recopié les éléments classiques de la sculpture grecque pour un public trop bête pour ne pas se rendre compte que cette personne n’est pas le Picasso du XXème siècle », et c’est bien signé Léonardo et George DiCaprio !

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L’ENIGME DITKO (9)

lundi 28 juin 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

 

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9ème PARTIE

 

« The Creeper » bénéficie aussi d’une maquette sublime à la « Chip Kidd », comme souvent chez DC ces temps-ci. On aimerait bien qu’ils rééditent maintenant « Shade, the changing Man », et le très étrange « The Hawk and the Dove », (« L’aigle et la colombe »), où deux frères, anticipant sur « TekkonKinkurito », ils sont le blanc et le noir : le bien et le mal, pas d’accord sur la manière d’annihiler les méchants, une série d’autant plus curieuse que, commencée par Ditko, elle fut reprise avec brio par Gil Kane.

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J’oubliais de vous dire qu’il y eut six numéros de « The Creeper » seulement et six ans après une histoire dans « First Issue Special », puis trois ans plus tard, en 1978, la suite, enfin, dans « World’s finest comics », pour sept numéros. En ce qui concerne les revues de Steve Ditko publiées par Robin Snyder, on est en droit de s’y perdre. En effet il package et repackage sans cesse les mêmes histoires dans des formats et avec des paginations différentes et avec des suppléments à chaque fois. Impossible de s’y retrouver : c’est sans doute volontaire, le Ditko se mérite.

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A l’heure où je vous parle, il y a une trentaine de fascicules disponibles, souvent sous forme de « Ditko Packages » à tailles et à formats variables donc, d’étranges fascicules qui s’appellent « Ditko, etc… », « …Ditko Continued… » ou « Oh, No ! Not Again, Ditko ! » ou « Ditko Once More ».

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Quant au contenu il est, comme je vous l’ai dit, plutôt obsessionnel puisque nombre de fascicules contiennent la série des « Tsk ! Tsk ! », longs articles où Ditko discute son copyright et la manière dont Stan Lee et les autres l’ont volés. Vous pensez vous y retrouver dans les publications de Steve Ditko que vous pouvez commander auprès de Robin Snyder : robinbrigit@comnast.net ? Je vous souhaite bonne chance, tout risque de réapparaître un de ces jours avec un aspect légèrement différent, un format différent et un nombre de pages différent.

 

Le maître est fantasque, mais il est le maître.

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LA BIBLIOTHEQUE DE BEBEL

vendredi 25 juin 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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15ème PARTIE

 

J’ai retrouvé un fanzine qui ne veut pas avoir de lecteurs, il s’appelle « Comic & Fantasy Art Apa », il est daté d’octobre 1997, numéro 44. Qu’il y avait-il donc dans les précédents ? Je ne le sais pas et je ne le saurais peut-être jamais, y-a-t-il eu des numéros suivants ? En tout cas, ils ne donnent pas leur adresse, juste le fait qu’il y a vingt sept membres du CFA-APA Group, donc au moins vingt sept exemplaires imprimés plus celui que j’ai acheté car j’ai eu du mal à le trouver, et parmi les contributeurs au hasard, je citerai celui qui a un nom de voiture, un nommé Dennis Beaulieu, un nom français mais de voiture américaine. C’est un énorme pavé photocopié et relié comme on le fait dans les bureaux avec une spirale classique blanche, et c’est un émerveillement.

 

On y interview le très obscur Gonzalo Mayo qui vient du Mexique où il a dessiné des super héros locaux dans les années 90 comme « Kaliman » ou « Lucha Libre », l’hebdo de catch mexicain, il a travaillé un peu pour Warren, et sur « Vampirella », et dans « Eerie », il a encré « Le Spectre » et il a participé au retour râté de Magnus le casseur de robots et il dessine maintenant pour Disney : il a travaillé par exemple sur « Le Roi Lion » et « Pocahontas ».

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Il y a quelques reproductions d’originaux issus des collections des membres de l’APA, un article sur un de mes dessinateurs dérangés préférés de l’Age d’Or du comic book, Fred Guardinner, des rapports de convention aussi sérieux et techniques que des rapports de stage, un excellent article sur J. Carver Pusey, dessinateur de comic strips peu connu des années 30 qui faisait dans le clochard à peine esquissé, il est mort jeune, à 52 ans, avec la reproduction d’archives, courriers et autres divers, la description dans une convention d’une rencontre râtée d’un fan avec son idole Jim Steranko, la plus petite interview du monde de Millo Manara qui a dû prendre dix minutes, le résumé d’une discussion avec Dick Sprang, dessinateur de « Batman » dans sa période la plus bizarre et la plus passionnante, celle dont s’est inspiré en vérité Tim Burton avec ses « Batman », et surtout l’essentiel du numéro, énorme, est consacré à Windsor McCay et contient des choses que je n’ai jamais vues ailleurs, dessins certes, mais pas seulement, avec par exemple un énorme cahier photos sur les origines architecturales des décors de Windsor McCay au travers de photos diverses, d’immeubles de Chicago, de vues de Coney Island, et on y parle de la « Columbia Exposition » de 1893 où furent érigés aussi quelques immeubles pas piqués des hannetons, mais aussi de l’architecture new-yorkaise autour de 1900. C’est tout à fait extraordinaire car en gros les auteurs ont retrouvé à peu près tous les immeubles, et toutes les maisons, que l’on aperçoit dans « Little Nemo ». Cela aurait pu être un beau livre d’art, c’est juste mais c’est encore mieux, un fanzine, impossible à trouver mais que vous devez traquer désormais.

 

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THE UNIT « Commando d’Elite » Saison 4

jeudi 24 juin 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

 

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« The Unit – Commando d’Elite » s’achève sur une saison 4 avec une fin ouverte « à la Cendrillon » puisque le plus moche de la bande va finir par épouser la princesse. « The Unit », c’est une drôle d’histoire. C’est le retour de David Mamet, grand cinéaste des groupes disparates, joueurs ou autres, qui parlent beaucoup, et l’on comprend au travers de ce qu’ils disent, et surtout au travers de ce qu’ils ne disent pas. Il est définitivement du dernier millénaire. Il a dû se replier sur une série télé, et une série, qui plus est, d’action, autour de la vision paranoïaque habituelle sur l’état du monde : il y a dans les services spéciaux américains des unités si spéciales que personne, même les autres corps d’élite de l’armée ne savent qu’ils existent. En gros ils ne rendent compte qu’au président.

 

L’histoire avait bien commencé, autour du fait qu’ils sont censés avoir des métiers normaux, une vie normale, et ne pas exister en tant qu’espions, et que leurs familles sont tenues au même secret. Leurs femmes surtout. Progressivement les épouses des protagonistes sont prises dans l’engrenage et se trouvent entraînées dans leur monde, sombre. Il y a des dérapages, sexuels et autres, comme il y en a dans tous les groupes, il y a des erreurs ou des ratages qui une saison plus tard, effet papillon, aboutissent à des résultats désastreux : on veut tuer un président américain, à cause d’un président de l’Amérique du Sud qu’on a râté la saison précédente.

 

En gros, ce que fait Mamet, c’est reprendre les ingrédients habituels de séries souvent un peu bêta et de les sanctifier, d’en faire autre chose.

 

C’est une mini série admirable en quatre saisons donc, que j’appellerais plutôt un long film, puisque, à part quelques épisodes, tout se tient : c’est l’histoire d’un groupe contre le monde entier, cela s’achève avec le même groupe, toujours, qui pourrait repartir demain, mais déjà cela ne nous intéresse plus.

 

A noter que le très malin Mamet arrive à faire le nécessaire dans les scènes d’action mais sans en rajouter, et que l’intensité est plutôt dans les affrontements verbaux, paroles entre chefs et sous-chefs, entre maris et femmes, entre président et hommes à tout faire du président. C’est avec une annonce d’attaque spectaculaire, une série feutrée, qui ne prend pas partie.

 

On dirait que maintenant on a tous accepté le fait qu’il y a partout, peut-être est-ce vrai, peut-être est-ce faux, dans le monde de l’espionnage, des agents qui font tout et n’importe quoi au nom du bien collectif et qui ne sont pas tenus par la loi. Ils ressemblent à « Parker », le héros de Richard Stark : dans un contexte discutable ils se contentent de faire leur métier le mieux possible.

 

Les seuls reproches qu’ils peuvent se faire, ce sera par exemple leur chef qui a commis l’acte terrible : non pas bombarder une ville ou tuer un président ou enlever une famille ou détruire une usine vitale pour le pays, mais coucher avec la femme d’un de ses officiers. Là c’est impardonnable car ça dérange le groupe. On est donc dans une logique de guerre, une logique de groupes fermés, une logique de western, mais aussi dans le monde de Mamet.

 

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L’ENIGME DITKO (8)

mercredi 23 juin 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

 

8ème PARTIE

 

« A Ditko Act 3 » fait suite à « A Ditko Act 2 », il n’y a pas de « A Ditko Act 1 » : nous sommes chez Ditko, il fait ce qu’il veut. Dans « A Ditko Act 3 », il y a déjà l’annonce du « A Ditko Act 4 » et on retrouve « Miss Eerie » qui revient avec un dessin simple barré de traits noirs : comme les barreaux d’une prison. Elle enquête avec la police, digne fille de son père flic, mais on ne l’a pas engagé car c’était une femme, et elle découvre que les voleurs de bijoux sont le chat et le rat… Déformation de la tête de l’héroïne qui devient une gargouille quand elle attaque les méchants… Suit une brève fable sur l’inutilité des héros et des sentiments héroïques, puis une très jolie histoire, « Négotiator » : un ange femme contre la force démoniaque du chaos incarné, et l’homme, faible, au milieu. Puis une histoire complètement bêta, où deux imbéciles heureux deviennent « Fan-Man & Fan-Boy ». Puis une histoire encore autour du comic book avec deux jeunes loups qui travaillent dans une maison d’édition, et se trouvent projetés dans une jungle magique, ça s’appelle « The Cape »… et c’est à suivre. Quand ? Nous sommes chez Ditko, on verra. Suivent les « Droodles » habituels, obsessionnels.

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Mais la grande nouvelle du jour, c’est l’édition enfin, et on attend la suite avec les autres personnages de Ditko pour DC, qui ne saurait tarder, d’une édition complète de « The Creeper », un des personnages les plus inquiétants de Steve Ditko, une espèce de « Tarzan » urbain d’opéra avec un slip vert et une cape qui ressemble à un poulpe, attachée au cou du héros, il a les cheveux verts, comme son slip, et des chaussons bordés de fourrure, rouges, assortis à ses gants et à ladite cape.

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« The Creeper » n’a pas duré longtemps, il est né en mars / avril 1968, dans « Showcase », et en mai 68 – on frémit : Ditko, heureusement pour lui, ne savait sans doute pas qu’il y avait alors la révolution en France –

puis dans son propre magazine « Beware the Creeper » qui aura sept numéros seulement et dont les restes, cela n’a sans doute pas marché, paraîtront plus tard. Il y a aussi un inédit de choix : la dernière aventure du « Creeper » : j’y reviens. La préface est de Steve Niles, l’auteur de « 30 Days of Night », comics maintenant célèbre suite à son adaptation au cinéma, il est malin : citant l’influence évidente de Ditko sur Frank Miller et sa « philosophie », mais aussi sur Alan Moore puisque « Rorschach » est directement issu de Ditko, ou plutôt de son personnage pour Charlton : « The Question ». On sait que dans un premier temps les « Watchmen » devaient être la récupération et le recyclage des héros de Charlton, et donc essentiellement de Ditko, qui appartenaient désormais à DC, et c’est en cours de route que les instances dirigeantes décidèrent d’abandonner les références à la mythologie « charltonnienne ». « Rorschach » en est un beau reste. Le héros c’est n’importe quoi, un présentateur télé qui a dit qu’on était trop doux avec les criminels et qui a été viré, il devient le super héros précité, avec le costume très étrange que j’ai déjà décrit. Ajouter un savant fou qui va introduire un transporteur moléculaire dans une blessure du Creeper qui a été poignardé, et qui lui permet désormais de se transformer instantanément de présentateur télé en Creeper, et vous aurez réalisé la folie furieuse du propos « ditkoïde » dans ces histoires formidables, ici très bien réimprimées, sur le même papier et avec les mêmes couleurs qu’à l’origine.

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Dommage qu’il y ait quelques planches que Ditko n’a pas dessinées, dûes à Jack Sparling, car l’encrage, quand il n’est pas de lui, est de Mike Royer :

extrêmement fidèle à son dessin.

 

Les méchants font partie de la cohorte habituelle : il y a des bandits en costumes qui ressemblent à des hommes d’affaires, des zazous, un homme sans visage et même un méchant ridicule, en T-shirt à manches longues et collants verts avec une cape et un masque de catcheur : un adolescent qui a trop lu de super héros, « The Fire Fly », qui porte sur le torse un logo « FF », référence évidente et ironique aux « Fantastic Four ».

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Mais le plus précieux pour les fans de la première heure, c’est donc l’histoire que pratiquement personne n’a jamais lue, qui date du début de « Creeper » et qui devait paraître dans « Showcase », quand le magazine s’est arrêté, et qui parut donc dans « Cancelled comic Cavalcade » tiré à trente cinq exemplaires. On y rencontrera le méchant « Dr Storme » qui a des côtés « Dr Strange ».

C’est une merveille.

 

On y revient demain.

 

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MESSAGE DANS UNE BOUTEILLE (13)

mardi 22 juin 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je ne répondrais pas à tout le monde même si certaines blagues m’ont fait rire et aussi parce que vous êtes plusieurs, ce qui m’a troublé, souvent à me dire la même chose.

 

Par exemple, nombreux à répondre sur Lovecraft et son racisme et sur ce qu’il faut en penser et sur Lacassin, et je vous laisse vous lire entre vous.

 

 A Pierre je dirais juste : ce qui me déplait dans « Harry Potter », (je suis de mauvaise foi) c’est son succès d’arbre qui cache une forêt entière. En réalité « Harry Potter » n’est pas si mal que ça et même pas mal du tout, simplement je suis toujours énervé, tant mieux pour l’auteur, quand tout d’un coup un succès planétaire fait qu’on ne lit plus que ça. Peut-être que si « Harry Potter » n’avait pas marché, aurais-je adoré.

 

A Hectorvadair, je lui dirais bien d’aller voir, pour les « Creepy » français, ils ont peut-être une collection, dans les une ou deux bonnes librairies spécialisées dans ce genre de choses, soit celle de Christian Journé – Librairie « Le Petit Roi » - 39 Passage Jouffroy 75009 Paris, soit chez Gérard Thomassian – Librairie « Fantasmak » - 17 rue Belzunce 75010 Paris. Moi-même, je dois bien avoir une collection quelque part puisque j’ai collaboré entre autres à « Creepy » et à « Vampirella », si je les retrouve un jour je vous le dirais.

 

J’ai jeté un œil sur BDoubliées.com, bon travail.

 

Vous êtes plusieurs, jl.boutel en tête, à être revenus sur moi pour dire tout le bien qu’il faut penser du livre sur le cinéma japonais de Donald Ritchie sur la traduction de Slocombe. C’est bien, je ne suis pas seul.

 

Vous êtes nombreux à me parler de Tibet, en disant que j’annonce que je vais être méchant et que je ne le suis pas, en me demandant le titre (je l’ai oublié), de l’album avec les vestes toutes pareilles, en me soulignant qu’il y a de jolies choses dans « Chick Bill », en me disant que le gag sur le costume de Ric Hochet existait déjà dans Donald. Je ne me rendais pas compte que j’avais remué tant de choses.

 

Cher 2 jules, oui la mission Pelliot pour soutenir le baron Ungern est une histoire à la Raspail, et donc à la Terpan, j’espère qu’ils y penseront un jour.

 

Cher lupo mnema, le nouveau space opera s’appelait donc en anglais « The New Space Opera » mais ce n’était pas obligé d’en faire NSO quand même.

 

Et puis vous êtes nombreux, bibliothécaires qui m’expliquez que votre métier est difficile ou voleurs de livres, à être revenus sur moi et là aussi j’ai l’impression que mon caillou fait beaucoup de remous.

 

Quand vous volez, vous choisissez bien.

 

Cher le reclus, j’ai adoré ton texte sur Lovecraft où tu reviens en détails sur des tas de points, assez fascinants d’ailleurs, qui ne résolvent rien mais il y a-t-il quelque chose à résoudre ? C’est le mystère de Lovecraft qui nous plaît. Par contre, j’aime beaucoup ta comparaison entre les univers de Lovecraft et ceux de Jim Woodring et son dernier livre paru à l’Association, avec son côté diable surgit de fresques médiévales dans un univers à la Félix le Chat, est admirable.

 

Cher Siestacorta, je vais me jeter sur « Fighting » de Dito Montiel qui m’a l’air tout à fait intéressant. Par contre, pas d’accord pour dire que Wesley Snipes est bêta. Je l’ai un peu connu, il m’invitait à ses anniversaires, il vivait à l’époque et je crois même qu’il était marié avec une jolie japonaise et sa conversation était tout à fait intéressante. En plus, il était une très grosse star à l’époque et il ne se la jouait pas du tout, il n’y avait pratiquement à son anniversaire pas de personnes de Hollywood mais beaucoup d’anciens copains de « The Hood ».

 

Cher Kieran, j’aime bien, c’est presque le début d’un film, tout ce que vous me racontez sur les traumatismes que peut subir un bibliothécaire.

 

Quand je lisais vos lignes, je parlais avec un camarade qui me disait qu’il y aurait de formidables sujets de films qu’on n’aborde jamais, par exemple lui qui est collectionneur de robots et moi qui l’ai été dans le passé, la manière dont ça nous a amené dans des endroits improbables, aussi improbable que quelqu’un qui cherche des amphétamines presque pures en Californie, et qui se retrouve dans des villes qui n’existent pas et dans des coins très paumés. Des aventures minuscules mais qui pourraient faire de bons films, apparemment bibliothécaire aussi.

 

Par contre, attention, en ce qui concerne « Mister X », les plus beaux ne sont pas ceux illustrés par les frères Hernandez, ni les suivants, mais les premiers, les vrais, dûs à ce dessinateur qui s’appelait Paul Rivoche et qui hélas est parti depuis vers l’animation. Apparemment, il ne s’entendait pas bien avec Dean Motter mais c’est définitivement le plus haut sommet de « Mister X ».

 

Parmi les voleurs de choses défendables, il y en a un qui m’a fait rire, c’est celui qui a volé une carte postale de Samantha Fox, ce qui est évidemment indéfendable et encore mieux.

 

Oui cher boutel, les livres rares de science fiction sont légions et il se passe quelque chose d’extraordinaire en ce moment, contrairement à ce que vous dites, c’est que en gros tout ce qui est antérieur aux années 50, sauf chez quelques libraires qui s’entêtent, ne vaut plus rien, je dirais même antérieur aux années 60, et qu’on peut maintenant s’acheter des Maurice Renard originaux pour le prix des rééditions Omnibus si l’on sait fouillasser.

 

Alain Brion, illustrateur que j’aime des fois et d’autres fois moins, a apparemment de l’humour, bravo. Cher fridobec, « Nasdine Hodja » est réédité par Le Coffre à BD, formidable petite maison qui fait un excellent travail même si leurs livres sont durs à trouver. Il faut aller voir sur internet. Ils viennent d’ailleurs de rééditer, paraît-il, l’admirable et très sexy « Robin Malone » de Bob Lubbers.

 

A olivier qui me demande quels sont les plus beaux films du monde, je vais lui répondre qu’aujourd’hui, pour moi, j’ai le droit de changer d’avis et j’en change souvent, ce sont deux films avec Tusday Weld, « Le jour du vin est des roses » de Blake Edwards avec Jack Lemmon et « Thief » qui s’appelait en français je crois « Le Cambrioleur » de Michael Mann avec James Caan.

 

J’aime bien me faire mentalement des listes au coucher ou au saut du lit, des trois ou cinq meilleurs films du monde et je me suis aperçu que j’ai souvent changé d’avis.

 

Certains films pourtant reviennent périodiquement dans ma liste, ils sont peut-être mes vrais plus grands films du monde car tous les cinq ans ils remontent, c’est « L’Aventure de Madame Muir » de Mankievicz, c’est « La Prisonnière du Désert » de John Ford, c’est « Comme un Torrent » de Minelli, c’est « Ecrit sur du vent » de Douglas Sirk, c’est « Le Voyeur » de Michael Powell…

 

Je suis très content (et je ne vous citerais pas tous) que vous soyez plusieurs à vous êtes rendus compte en même temps que moi que « Planète Hurlante » était la meilleure adaptation de Dick.

 

Cher Juju Collector, pour le Wolverton tu devrais essayer dans quelques bonnes librairies spécialisées en comics, chez « Déesse » par exemple rue Cochin ou bien plus simplement sur internet ou alors chez Jacques Noel à la librairie « Un Regard Moderne ».

 

Darren Aronofsky avec qui j’ai fait l’entremetteur (je lui ai présenté Moebius, son dieu) et nous nous sommes croisés plusieurs fois à New York, et pour son film « Black Swan » qui rendrait hommage à « Les Chaussons Rouges » ça ne m’étonne pas, je vais me renseigner.

 

Cher kaze, merci sur tous les renseignements sur le dessin sur ordinateur et le speedpainting. Ce que je remarque, c’est que chaque fois qu’une technique nouvelle apparaît, il y a deux sortes de gens qui s’y intéressent : ceux qui ont déjà œuvré dans d’autres domaines et qui rajoutent ce nouveau moyen technique à leur palette et ceux qui inventent quelque chose de nouveau en commençant à travailler directement sur ce nouvel engin. C’est souvent eux les plus intéressants.

 

Quant à Gilles, dire que les dessinateurs d’aujourd’hui sont moins imaginatifs que ceux d’hier, ce que j’ai d’ailleurs dit, non je ne pense pas que cela soit dû au formatage des écoles car il existe depuis longtemps surtout pour les arts graphiques ni à l’accès universel à tout ce qui précède, ça devrait au contraire inciter…

 

Mais je pense très sérieusement que la disparition du mysticisme et de la transcendance d’une part et le fait que nous avions des rêves, par exemple marcher sur la lune, quête qui a aboutie et qui n’ont été remplacés rien, sinon par des rêves médiocres, font beaucoup pour la disparition de l’imaginaire collectif.

 

Nous nous projetions dans un futur probable exaltant. Maintenant que nous vivons après la fin du monde, « Mad Max » est presque devenu un documentaire dont je retrouve des images en Afghanistan ou ailleurs, et bizarrement l’imaginaire colle au réel alors qu’avant le réel, voir toutes ces inventions qui furent envisagées par les écrivains et qui devint réel comme les télés de Robida, devenues télévision plus tard : on peut dire que préalablement la science fait souvent partie de l’imaginaire alors qu’aujourd’hui, ancéphalogramme plat de nos devenirs, à part les théories un peu quantiques qui permettent de dire qu’il y a une infinité de mondes possibles et que tout est légèrement différent, donc toujours semblable, nous sommes dans une période qui manque peut-être d’enjeux, d’enjeux autres qu’économiques.

 

Cher Mantichore, tu m’a foutu un coup. Oui, car je n’ai jamais lu les livres de Keith Henderson illustrant les bouquins de E.R Eddison « The Worm Ouroboros » et ses « suites », ça me passionne.

 

Merci à lupo mnema sur tous ces noms nouveaux qui s’ajoutent à ma liste des gens dont il faudrait chercher les œuvres.

 

Et quant à Y.Egly, c’est un peu l’histoire d’Alain Brion, avec le traducteur de « Jumper », mon histoire de jumper ou de sauter (sa femme) l’a fait réagir de manière assez rigolote. Encore quelqu’un qui a de l’humour. « L’humour étant la politesse du désespoir » comme le disait Jacques Steinberg, nous ne devrions plus en manquer désormais.

 

Cher Pierre-Florian Aznar, merci de signaler et j’aurais dû le faire, le formidable coffret Samuel Fuller édité aux Etats-Unis mais alors il faut aussi parler de l’incroyable coffret Bud Boetticher où les intervenants sont soit Quentin Tarantino qui n’y comprend rien puisque pour lui leur seul intérêt était d’avoir fait des petits film B, mais par contre Clint Eastwood ou Taylor Hackford disent des choses formidables sur ces extraordinaires westerns, tous avec Randolph Scott.

 

Quant à castelet, il a raison. Bien sûr que « Les Visages » de Jesse Kellerman doit venir plus ou moins de la révélation après sa mort des peintures guerrières et pédophiles de Darger.

 

Cher Raùl Mora, merci de me signaler qu’il y aura pour bientôt une exposition Helios Gomez à Ivry et merci pour me signaler qu’il y a deux autres livres sur cet auteur palpitant qu’on trouve chez deux libraires, un à Paris au « Point du Jour » rue Gay Lussac et un en banlieue à « Envie de Lire » à Ivry.

 

Cher Vincent Rif, c’est bien que quelqu’un à chaque fois revienne sur Schlingo même si de lui je retiens moins la noirceur de sa vie que les moments de bonheur et la loufoquerie plus que le désespoir.

 

Je viens d’ailleurs de tomber sur mon portrait par Schlingo, derrière mon bureau au téléphone, costume croisé, je dis à ma femme d’alors que « le zen c’est fini ». Du pur Schlingo : je ne savais pas si il se foutait de ma gueule ou non.

 

Cher Powerranger, je vais lire derechef « Rex » et « Invitation à la Danse » de Zezelj, d’autant que c’est une surprise dont je vous reparlerai, nous allons peut-être collaborer tous les deux un de ces jours sur une bande dessinée. Je lui ai proposé l’histoire la plus barrée du monde et il s’est contenté de chercher deux ou trois détails logiques ou pas logiques dans quelque chose qui, je le pensais de par son ambiguité, risquait, même lui, de l’effrayer ou de le révolter. Cela n’a pas été le cas.

 

Et si je fais bien mon ouvrage dans cette grande série sur laquelle je travaille pour les éditions Dargaud avec pas mal d’auteurs connus et qui se veut une série populaire, et où je pense Zezelj a sa place, cela permettra peut-être à ses autres livres admirables de se vendre davantage à postériori.

 

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ETONNANTS VOYAGEURS 2010 ET LE GRAND PRIX DE L’IMAGINAIRE

lundi 21 juin 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

3ème PARTIE

 

Et puis si je n’ai rien vu à Saint-Malo, c’est aussi parce que je courais donc comme un lièvre de Mars, pour par exemple vous présenter « Ilya Mouromets » (« Le Géant des Steppes ») de Ptouchko, cet extraordinaire film russe qui, à la revoyure, s’avère être le premier film d’héroic fantasy sauvage, avant « Conan », avec des différences

- slavitude –

avec un lyrisme extraordinaire et des images incroyables, dû au fait que Staline qui aimait beaucoup les enfants, comme beaucoup de tyrans, et qui aimait beaucoup Ptouchko qui avait eu le « Prix Staline » en 1945, lui donna son armée : plusieurs divisions et au final une charge de mongols ou des centaines de milliers de soldats déferlent sur l’écran face à nous. La première et dirais-je même la dernière où on a vu la guerre représentée de façon aussi ample avec ces nuées humaines se mêlant à d’autres nuées humaines en un combat rouge de sang : l’ennemi.

 

J’ai revu aussi un bout de « Aelita » dont je disais en le présentant qu’il était le film fondateur de l’imaginaire de la SF, puisque des traces de « Aelita » il y en a partout.

 

C’est un des premiers films de science fiction (1924), dû essentiellement à des futuristes russes, et son visuel et une partie de sa thématique vont se retrouver quatre ans plus tard dans « Métropolis » de Fritz Lang. Plus tard encore, une partie de son imaginaire visuel va se retrouver dans le « Flash Gordon » d’Alex Raymond et par ricochet, dans toute la science fiction visuelle, des origines à nos jours.

 

En y repensant, j’ai même réalisé que dans « Mothra contre Godzilla » que j’ai distribué il y a longtemps avec le Studio Canal+, il y avait deux petites créatures imaginaires merveilleuses qui s’appelaient les « Alitas » et que c’était évidemment un hommage à « Aelita », peut-être bien le jalon le plus important de la création du cinéma de science fiction.

 

PS : A propos de « Ilya Mouromets », j’ai eu l’occasion aussi de parler d’un formidable éditeur trop mal distribué car on ne trouve pas ses livres partout, « Anacharsis », qui publie des livres de recherches, d’histoire, et des ouvrages anciens jamais réédités en totalité à ce jour, et qui fait beaucoup pour la connaissance de la Russie, avec entre autres le recueil de Bylines : « Ilya Mouromets et autres héros de la Russie ancienne », traduit du russe par Viktorya et Patrice Lajoye, qui permet de mieux connaître le personnage et donc de mieux connaître la Russie, avec aussi dans mes autres livres préférés chez le mêmé éditeur, « La Chronique de Nestor », mélange de récits historiques et d’histoires merveilleuses, venus de la tradition orale également, qui raconte la Russie du début, celle où elle devint « La Rus  de Kiev », carrefour du monde où se rencontraient aussi bien les nordiques que les visiteurs de Byzance ou de Samarcande : les débuts de cette Russie gigantesque qui, entre son centre slave ou mongol et ses extrêmes, froid ou chaud, est définitivement le plus grand pays du monde au niveau des brassages culturels.

 

Et des russes j’en ai vu à Saint-Malo, bien sûr mais pas beaucoup.

 

Il paraît que fidèles à la légende, ils étaient souvent enfermés dans leurs chambres à boire de la vodka jusqu’à des pas d’heure.

 

J’en ai croisé un dans une grande surface qui achetait de la vodka. Petit pied, il n’a prix que six bouteilles.