L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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LES MEILLEURES REVUES LITTERAIRES SONT PARFOIS DES CATALOGUES DE LIBRAIRES (1)

vendredi 30 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

 

La librairie Nicaise (145 bld Saint-Germain 75006 Paris – info@librairienicaise.com) fait de merveilleux catalogues, admirablement mis en pages, qui valent bien des livres tant il y a de choses évoquées, du pointu comme de l’évident mais c’est le pointu qui m’intéresse.

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Si je reprends le catalogue d’avril 2008, la plupart des œuvres devant être vendues, je retrouve le « Mardi » de Herman Melville aux éditions Robert Marin en 1950, dont j’avais oublié que la couverture magnifique était de Max Ernst.

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Dans le catalogue de novembre 2008, il a dû se vendre entre temps,  je découvre que Maurice Lalau, illustrateur populaire raffiné issu de Rackham, Dulac et les autres, a aussi fait dans l’art déco avec un admirable « Tabubu » paru en 1932 où il illustre Rosny Aîné, un des créateurs du Goncourt et aussi écrivain de science fiction conséquent.

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Dans le catalogue de juin 2009, j’ai été interpellé par le fait que Frank Kupka, immense dessinateur et peintre tchèque a aussi apparemment fait dans le roman graphique avec « Quatre histoires de blanc et noir gravées par Frank Kupka ».

 

Il faudra que je trouve un jour l’œuvre pour voir si elle est bien narrative et s’il aurait donc été également dans le roman graphique et donc forcément un de ces maîtres.

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Et enfin pour passer aux choses sérieuses, dans le catalogue de décembre 2009, le plus récent, il y a une incroyable photo d’Antonin Artaud à propos du livre d’Antonin Artaud et Denise Colomb, « Le Visage Humain », édité par Fata Morgana en 1993, il n’y a pas si longtemps donc mais les beaux livres existent toujours.

Denise Colomb a photographié Artaud, Giacometti, Ernst, Bram van Velde et Vieira da Silva.

Elle rencontra Artaud à la galerie Pierre Loeb en 1947 et elle dit : « Il changeait tout le temps d’expression. J’avais à peine le temps d’armer et d’appuyer. Ses mains étaient aussi tragiques que son visage. On aurait dit qu’il avait des menottes. J’étais bouleversée ».

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Le livre n’a été tiré qu’à trente exemplaires et il est déjà à un prix conséquent : 3500 euros, ce qui prouve que la bibliophilie existe encore quand les éditeurs sont intelligents et choisissent les bons sujets.

 

Ce qui m’a également interpellé c’est « Le Laboratoire Central » de Max Jacob, publié aux éditions Au Sans Pareil en 1921.

Enrichi d’un poème en cours de Max Jacob et surtout d’un dessin de Trémois pour qui je n’ai pas grande admiration mais qui s’avère ici éblouissant :

on dirait du Max Klinger.

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Pour la petite anecdote, ce livre un peu cher (4800 euros) – mais moins cher qu’un sac à main de pétasse : cherchez l’erreur - est peut-être vendu, dédicacé par Max Jacob donc à Willy Michel dont il y a quelques clichés.

Or Willy Michel passe souvent, comme le dit le libraire, pour l’inventeur du photomaton.

« Il en abusait en effet avec les personnalités du monde littéraire et artistique ayant une cabine dans son atelier au 26 boulevard des Italiens à Paris, le « Studio d’Arts – Photomaton ».

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Demandez donc ces catalogues, vous verrez qu’il y a aussi des livres pour toutes les bourses (ce qui tombe bien pour les ouvrages « curiosa ») et surtout, si vous en achetez quelques-uns, peut-être que vous continuerez à recevoir lesdits catalogues qui sont une des plus belles revues actuelles.

 

Dernière minute :

 

Ca y est, j’ai récupéré le premier catalogue de la librairie Niçaise, le numéro 1 d’avril 2007, déjà indispensable.

 

Tout doit être vendu hélas, n’empêche que ça fait saliver.

 

Comme par exemple « Au royaume du bistouri » dont je vous montre la couverture, qui était une plaquette humoristique mettant en scène des infirmières au front, préfacée par Marcel Proust !

Et moi qui disais que les deux seules éditions possibles du « Jardin des Supplices » étaient celle de Raphaël Freida et celle de Eichenberg. J’ignorais, ça donne envie, celle publiée par Ambroise Vollard en 1902, d’Auguste Rodin, avec vingt et une lithographies de Rodin qui ne paraphrasent pas le livre mais, corps nus torturés, viennent compléter « autrement » le texte de Mirbeau.

 

Comme il s’agit de Rodin, il y aura peut-être quelqu’un un jour pour nous rééditer ça.

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UNE REVUE MYSTERE

jeudi 29 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je ne sais pas où on en est et si ça existe toujours ou si ça a été juste quelques numéros et puis s’en vont, j’ai en tout cas découvert le Volume 1 – Numéro 4 (Automne 2005) de la revue « Coppervale’s – International Studio ».

 

C’est grand et beau.

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Dans l’éditorial, l’éditeur parle d’une autre revue jumelle que je n’ai jamais vue, « Argosy », qui aurait été une revue en deux volumes sous boîtier dont ils auraient bien eu du mal à vendre les numéros 1 et 2 et le distributeur n’y croyait pas.Bien sûr rien à voir avec « Argosy » la belle revue de science fiction parue en pulp avant-guerre et dont ils ont par miracle récupéré le titre, ni avec sa renaissance éphémère des années 70 (Steranko en couverture, Kirby dedans).

 

Et un projet appelé « Words & Pictures » qui à la date où je lis ces lignes était un livre à venir de deux cent cinquante pages mais avec beaucoup de retard.

 

On ouvre sur deux pages appelées « The Wonder Cabinet » consacrées à de récentes rééditions avec des couvertures très années 50, dans la collection Hard Case Crime, de romans aussi bien récents (Stephen King), qu’anciens (Wade Miller). Apparemment si Stephen King s’était joint aux rééditions de Lawrence Block et Ed McBain, avec « The Colorado Kid », c’est qu’il avait envie, par nostalgie, pour avoir une couverture fifties.

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Suit un article sur Willy Pogany, un des plus grands illustrateurs américains et un des plus sous-estimés auquel d’ailleurs je reviendrai puisque Dover, la grande maison de rééditions des années 70 revient en force et qu’un de leurs premiers livres qui n’est pas une réédition est un Pogany. Pogany est un illustrateur qui a pu combiner tous les styles. Il a des côtés Rackham, William Heath Robinson, il a aussi des côtés plus modernes, il peut être définitivement art déco, mais chaque fois son dessin est formidable. Le problème est qu’il était la plupart du temps extraordinairement mal imprimé. Ici il y a quelques belles images en sépia pour des contes de fées et même une fresque car comme Brangwyn ou Cornwell ou Parish il faisait aussi des fresques. Il a par exemple trois fois illustré les « Rubayat » d’Omar Khayyam avec trois styles de dessins différents et toujours avec un lettrage arabisant à chaque fois différent également. C’est un géant mais un géant encore méconnu.

 

Suivent deux pages d’archives consacrées, c’est mignon, à International Studio, qui était le concurrent américain dans les années 20 de la célèbre revue anglaise « Studio ».

 

Et suit surtout un immense article sur Bob Peak à propos des expositions organisées par son fils Thomas Peak. Bob Peak vous le connaissez forcément à cause de ses affiches pour « My fair Lady », pour « Camelote », pour « Excalibur » ou pour « Apocalypse Now ». J’ai eu le privilège de voir son premier projet d’affiches pour « Apocalypse Now », que j’aurais dû acheter, j’ai été bête, il n’y avait pas Brando dans le ciel, magnifique, mais juste trois hélicoptères dans le soleil. Evidemment c’est celle avec Brando qui a fini sur le mur. Ah oui, j’oubliais de vous dire que mon affiche préférée de Peak c’était celle de « Roller Ball ». C’était aussi un grand dessinateur de sport et de vie mondaine avec toujours ce traité rapide aux limites de l’esquisse, presque inimitable.

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Il y avait lui et Bernie Fuch qui étaient les grands maîtres connus d’alors.

 

Je me souviens quand j’ai parlé il y a longtemps avec Jim Steranko, de mon admiration pour ces deux-là, et il m’a dit que tout venait de chez eux de Ward Brackett.

 

Un jour j’ai trouvé enfin un original de Ward Brackett et j’ai compris. Oui, effectivement, ce style faussement rapide mais où tous les détails nécessaires sont là, vient bien de Ward Brackett qui était un G.I, qui épousa une japonaise et resta une quinzaine d’années après la guerre, inventant le nouveau style américain à partir donc d’une certaine japonisation.

 

Mais le domaine où Peak est sans égal, c’est celui du Glitz disco avec ses dernières œuvres : comme si un illustrateur de génie avait dû faire des toiles immortelles à partir des tenues de Gloria Gaynor ou du film « Xanadu ».

 

Il y arrive je vous rassure.

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Le dernier article tout aussi passionnant est consacré à un des meilleurs illustrateurs actuels, Scott McKowen qui a illustré les Sherlock Holmes de Conan Doyle : je vous montre ça, et par exemple pour DC la série écrite par Neil Gaiman, « 1602 », où hélas il n’était pas à la hauteur de ses couvertures.

 

Il fait penser parfois dans son traité quasi de bois gravés à Mosser mais il a autant de talent et est décidément un des grands illustrateurs actuels dans une veine hors du temps mais il est un des rares aussi à ne pas donner l’impression de revisiter les années 60. Son dessin est classique et pourtant moderne.

 

La preuve, c’est qu’il s’est mis au comic book avec « 1602 » pendant le troisième millénaire et les marchands de soupe de Marvel ne referaient pas l’erreur d’aller chercher quelqu’un du passé ou hors du temps pour les couvertures de comic book, il doit donc faire vendre : ce qui prouve donc que les lecteurs de comic book ont du goût.

 

Ca, je le savais déjà.

 

Certains bien sûr.

 

 

IN THE POCKET

mercredi 28 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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Les livres de poche depuis longtemps n’en sont plus.

 

Il y a des quintuples volumes et si on les met dans la poche, ce qui arrive parfois, ça la déforme. Il faut donc les banir. On peut aimer les livres et respecter quand même la tenue de ses costumes. C’est pour cela qu’il faut chanter la gloire des éditions Allia qui font des livres qui sont vraiment de poche de par leur format et de par leur nombre de pages.

 

C’est ainsi qu’ils ont eu la bonne idée de vendre séparément deux essais de Hans Magnus Enzensberger, en deux petits volumes.

 

Il y a eu « Les Rêveurs d’Absolu » qui parle de la naissance du bolchévisme et de ces idéalistes bien pensants et propres sur eux qui ont fait la révolution, et il y a maintenant « Chicago-Ballade ».

 

On attend la suite puisqu’il y avait dans le recueil allemand d’origine, neuf textes dont certains me font fortement envie (je ne parle l’allemand) comme celui sur Rafael Trujillo ou « Réflexion dans une Vitrine ».

 

« Chicago-Ballade » est sous-titré « Modèle d’une société terroriste ». C’est la seconde édition et j’avais râté la première en 1998 chez l’Esprit Frappeur. C’est une merveille, on dirait du Nick Tosches.

 

C’est écrit dense mais enjoué, cela mélange paradoxes et faits historiques oubliés qui pour nous deviennent paradoxaux et réflexions de grande amplitude qui nous font aussi sec décoller.

 

Autour de Al Capone donc, et du fait qu’il est resté un mythe, car humain, et assez humain pour être mythifié, on évoque Capone et ses amis, quelques tueurs qui avaient toujours un crucifix sur eux pour égrener leur rosaire en attendant le client qu’ils devaient effacer.

 

L’auteur évoque les hauts faits de Capone, sa morale irréprochable, son sens de l’entreprise qui aurait pu en faire un grand capitaliste, ce qu’il était d’ailleurs, sa chute, pour lui incompréhensible, puisqu’il pensait qu’il faisait plus de bien que de mal et qu’il était au-delà du bien commun, du mal commun, entre Hitler et les personnages de Sempé, car il était parfois touchant.

 

Je ne vais pas vous raconter le livre, allais-je ajouter. Or, je m’aperçois que chaque fois que je vous dis ça, j’en ai déjà trop dit, tant pis : il fait merveilleusement le tour de Chicago, ville frontalière, car envahie d’immigrants de la seconde génération venus de partout, ville froide et venteuse, dure, ville magnifique qui était en faillite au moment où Capone arriva et qui soudain retrouva la prospérité avec le gangstérisme.

 

Et puis on ne le dira jamais assez avec l’abject grand retour que nous vivons de l’ordre moral et de nouvelles prohibitions, comment ces prohibitions justement peuvent être un terreau fertile pour le gangstérisme.

 

A partir du moment où on interdit certaines activités, on les rend glamour pour les adolescents paumés que nous avons tous été et on fait le lit des gangsters et ça risque d’empirer, vu les tas d’autres choses qu’on nous déconseille ou qu’on nous interdit.

A TRAVERS LE TEMPS de Robert Charles WILSON

mardi 27 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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Les romans qui racontent les voyages dans le temps, il y en a tant, c’est presque un sous genre de la SF.

 

On pourrait avoir une bibliothèque consacrée uniquement à ce domaine où pour partie les choses se répètent avec les fameux paradoxes temporels qui sont désormais considérés comme des vérités. Qu’en sait-on ?

 

En effet c’est un peu comme la robotique de Asimov qui disait d’abord que les robots ne pouvaient pas faire de mal aux humains. Or, dans le monde réel, quand les robots sont arrivés, on a vu que leur premier but était justement de faire du mal aux humains.

 

Quand on voyagera dans le temps, on saura si c’est pareil pour les célèbres paradoxes temporels.

 

Le plus roman de voyage dans le temps que j’ai lu de ma vie reste « Le Carrefour des étoiles » de Simak.

 

Une histoire bucolique d’un homme qui vit seul, isolé, sans moyens apparents d’existence et qui pourtant est là.

 

On découvrira un jour qu’il est une espèce d’aiguilleur du temps et que venus de tout l’univers, des êtres divers, humains mais pas forcément, passent par sa station jusqu’au jour où il y a un accident et où un des voyageurs sort au grand jour et rencontre l’aiguilleur.

 

C’est l’écho de ce livre que j’ai retrouvé dans l’épatant ouvrage « A travers le temps » de Robert Charles Wilson, l’auteur passionnant de « Spin ».

 

C’est déjà un livre ancien puisque écrit en 1991 mais qui inexplicablement n’avait pas encore été édité en France.

 

C’est un très beau livre qui, comme celui de Simak (je me demande si Robert Charles Wilson a lu « Le Carrefour des étoiles », peut-être pas car il n’aurait peut-être pas osé faire ce livre sans doute), a les mêmes préoccupations intimistes, la même manière de considérer le voyage dans le temps par le petit bout de la lorgnette, le même amour de la nature qui demeure, quelque soient les époques évoquées : époques futures effrayantes ou époques passées dont les protagonistes ont concomitamment la nostalgie au moment où on les traverse.

 

L’histoire je ne vous la raconterai pas, elle vous emporte, tout doucement, c’est une excellente surprise, un livre qui aurait pu être écrit il y a trente ou quarante ans, au moment de l’Age d’Or de la science fiction.

 

Un livre intemporel, ce qui tombe bien vu le sujet.

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UN MANGA DE PIERRE VERY

lundi 26 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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« L’Ile de Hôzuki » de Kei Sanbe paru aux éditions Ki-oon, m’a bizarrement fait penser aux « Disparus de Saint-Agil ». Le livre de Pierre Very, le film de Christian-Jaque.

 

Selon les nouvelles étiquettes, c’est un survival : l’histoire d’un endroit clos - ici une île – et d’enfants qui sont condamnés à mort à moins qu’ils n’arrivent à vaincre les adultes.

 

Les adultes se sont les professeurs qui sont aussi nombreux que les enfants.

 

Dont un professeur forcément sadique et obsédé sexuel, une maîtresse, bombe écervelée, du moins c’est comme cela qu’elle apparaît pour l’instant, et leurs supérieurs qu’on voit à peine. En face des enfants, qui ne sont pas tout à fait comme ils apparaissent d’abord.

 

Un « bully » qui s’avère assez raisonnable en fait et qui sait beaucoup de choses sur le passé de l’île. C’est une île dangereuse où il y a peut-être un trésor.

 

C’est en tout cas une île où les enfants meurent dans des accidents. Et les professeurs aussi.

 

J’avais passé volontairement à la trappe les livres précédents de Kei Sanbe dont les sagas d’héroïque fantasy m’étaient tombées des mains. Il fait partie de l’écurie Square Enix et c’est un auteur-dessinateur conséquent.

 

Le dessin est minimaliste, sans fioritures aucunes, et l’on serait en droit, si pour les mangas on appliquait les critères de la bande dessinée, de trouver ça laid.

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Seulement dans le manga ça se complique toujours, puisque ce qui compte avant tout c’est l’histoire.

 

Et l’histoire justement, dérapage du récit qui reprend un peu avant le chapitre précédent, répétitions nombreuses et volontaires et moment intenses, courts et surdéveloppés et à d’autres endroits à peine esquissés, nous balade.

 

Dans un genre précis qui est souvent abordé en Asie puique là-bas il y a encore des écoles fermées avec des uniformes censés abolir les castes et une fascination desdits uniformes chez les adultes, aux limites de la pédophilie.

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Chez les japonais mais pas seulement car on trouve la même chose en Corée, pays ennemi et pourtant parfois semblable, ça m’a fait penser au beau film coréen justement « Memento Mori », même si la magie est moins apparente car elle est réelle, comme dans « Les Disparus de Saint-Agil » de Pierre Very justement où le microcosme de l’enfance servait à raconter l’univers et ses mystères à jamais insolubles.

 

A PROPOS DE DEUX LIVRES QUE J’AI FAILLI NE JAMAIS FINIR…

vendredi 23 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

Trop de livres.

 

Il paraît trop de livres et forcément au bout de quelques pages, si comme moi on a la chance d’en recevoir beaucoup ou, si comme moi à une autre époque on en achète beaucoup, on ne peut pas tout lire. Ceux qu’on achète c’est plus simple, puisqu’en lisant quelques lignes au début et souvent trois à la fin, on sait à peu près où on va.

 

Ceux qu’on reçoit, c’est différent. Puisque c’est quelque chose auquel on n’était pas préparé. Et plus la pile augmente, plus on en râte.

 

Je m’explique : on regarde la couverture, si elle est laide on se méfie, pas trop quand même puisque souvent les couvertures, surtout pour les ouvrages de fantasy, n’ont rien à voir avec le contenu. Tant mieux ou tant pis.

 

On n’est plus à l’époque où on achetait les livres de poche américains à cause de la couverture et où éventuellement on découvrait que le contenu était aussi bien, voire mieux.

 

C’est ainsi que si je n’avais pas reçu « La Colonie des Ténèbres » de Jérôme Bucy, paru en thriller chez Belfond, je l’aurais pas ouvert.

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Et c’est ainsi que l’ayant ouvert, j’ai failli le refermer aussi sec car cette histoire écologique d’amis des chauves-souris me semblait trop bien pensante. Heureusement j’avais lu au dos que l’auteur était vétérinaire, qu’il avait une licence d’histoire, j’avais vu sur la photo qu’il avait une drôle de tête et qu’il avait également été l’heureux récipiendaire de prix totalement aberrants comme « Le Goéland Masqué » en 2003, le prix « Yves Jibeau » en 2009, année où il reçut également le prix de « La ville de Mauves sur Loire ». Ce qui m’a interpellé.

 

Et puis, comme je n’avais rien d’autre sous la main, heureusement j’étais en déplacement, me rendant jusqu’en banlieue, dans le 9-3, là où j’abrite mes livres ou plutôt là où mes livres m’abritent, après l’avoir lâché je l’ai repris.

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Et bien sachez que je n’ai pas regretté car ce roman un peu terne, mais au sens où certains romans d’espionnage que j’adore étaient ternes également, car ils parlaient doucement, disant cependant des choses passionnantes, j’ai été ravi.

 

Ce n’est pas le plus grand livre du monde, cette histoire de chauves-souris malades, d’amis des chauves-souris, qui mélange l’espionnage (Berlin Est dans les années 60), une société anonyme qui pourrait exister : une énorme boîte qui a fait beaucoup pour l’industrie chimique et donc contre la nature et qui décide en gros en changeant de nom, et en s’appelant « Naturalis », de changer son image et de devenir écologique sans par ailleurs ne rien changer dans ses pratiques.

 

J’aime bien les personnages principaux, Andersen Olchansky, alter ego de l’auteur sans doute qui adore les chiroptères (les chauves-souris), j’aime bien la jeune femme qu’il croise à un moment, en Province, et la différence entre ce qui se passe ici et là-bas : on déambule davantage en Province, on réfléchit et on parle plus lentement. Elle s’appelle Ephémère.

 

J’aime bien le livre en somme et maintenant je lirai Jérôme Bucy chaque fois que l’occasion se présentera.

 

Pire encore, j’ai failli refermer aussi sec « Métro 2033 » de Dmitry Glukhovsky aux éditions l’Atalante. Un énorme pavé.

 

Quand j’ai commencé à lire cette histoire de métro d’après la fin du monde où tout le monde s’est réfugié dans différentes stations, les néo-nazis, les néo-staliniens, ailleurs les mutants et à l’extérieur un monde détruit qu’il vaut mieux éviter. Et au milieu un adolescent qui doit partir pour un grand voyage, devenir lui-même. Artyom… Au bout de dix pages, j’ai eu l’impression d’être dans un « Fleuve noir » de la grande époque. J’ai arrêté.

 

Dès que j’ai eu fini « La Colonie des Ténèbres », comme je n’avais encore une fois rien d’autres sous la main, je m’y suis remis et j’ai adoré.

 

Oui c’est un pavé de plus de six cent pages. Mais oui aussi c’est nécessaire, car c’est une grande fresque digne de la science fiction classique américaine des années 50 avec un petit charme slave en plus, et c’est peut-être parce que c’est un roman russe qu’il prend autant son temps et autant de pages mais il se passe beaucoup de choses.

 

J’avais eu tort en gros de penser que c’était un nouveau « Nightwatch » : une espèce de « Matrix » russe dont on voyait les ficelles mais qui se lit bien.

 

Et je me suis retrouvé devant un grand roman d’après, d’après le cataclysme, avec des personnages extraordinairement attachants.

 

Ah ! les Chasseurs, Ah ! les Trackers, et surtout une ou plusieurs énigmes dont la résolution ne règle rien, ou plutôt ne règlerait rien si Artyom, comme d’autres adolescents qui n’ont pas encore trouvé leurs voies, ne se sous-estimait pas. Car peut-être qu’Artyom peut sauver l’humanité.

 

Jetez-vous dessus.

 

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LA MORT EN CE JARDIN : BUÑUELIEN !

jeudi 22 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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La dernière fois que j’ai vue « La Mort en ce Jardin » c’était il y a une douzaine d’années, quand je l’ai passé dans « Cinéma de Quartier ».

 

J’avais été frappé par son côté prémonitoire.

 

C’était un pur film de cinéma de quartier, en couleurs et avec des stars, Georges Marchal habitué des péplums à l’époque entre autres, Simone Signoret et Charles Vanel pour cause de co-production avec le Mexique, et par l’histoire : ces étrangers qui ont des placers et que soudain le gouvernement mexicain dépossède, d’où révolte et fuite dans la jungle.

 

C’était donc en gros du Damiano Damiani, « El Chuncho », avant l’heure.

 

D’autant que c’était le deuxième film en couleurs après « Robinson Crusoe » de Buñuel et qui avait tous les apparats du genre : un vrai tournage au Mexique dans une vraie jungle, le contraire en somme de « Le Salaire de la Peur », mais la même touche d’exotisme frelatée à cause justement des circonstances co-productrices du film franco-mexicain donc. Je viens de le revoir puisqu’il ressort aux éditions Montparnasse dans une copie magnifique. En VF : c’est mieux, définitivement, pour les films de cinéma de quartier que j’ai vus quand j’étais petit en version française, c’est la version française qui me parle.

 

C’est comme ça. Des voix un peu robotisées mais qui, co-production encore, sont parfois celles des vrais comédiens quand il s’agit de français comme les susnommés, et des voix plus anonymes mais qu’on connaît par cœur pour les autres acteurs.

 

Mais cette fois-ci j’ai été frappé par le fait qu’il s’agit, comme le remarque Charles Tesson et Philippe Rouyer dans les suppléments qui ne sont pas mal, même s’ils n’arrivent pas à faire le tour du film (ça tombe bien moi non plus), d’un concentré des « obsessions buñueliennes ».

 

Au fil de l’histoire on découvre que l’aspect politique n’est que prétexte, que l’aspect aventure même s’il est tenu, n’est que prétexte également, que ce qui intéresse Buñuel jusqu’à la scène magnifique de la jungle avec les restes de l’avion « de riches » qui s’est écrasé avec robes du soir et bijoux épars, est un concentré des « obsessions buñueliennes ».

 

Enucléation comme dans « Un chien Andalou », obsession des sacs et des bourses qui contiennent « des choses ». Des diamants que Simone Signoret pourtant vénale, va rendre à son propriétaire Charles Vanel, dédaigneuse soudain, tout comme la sourde-muette (encore une obsession buñuelienne) va rendre la montre au curé.

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Il y a même une scène où ledit curé joué par Piccoli, un futur grand acteur buñuelien régulier, extrait des tonnes de choses de son sac à lui comme dans un film des « Marx Brothers ». Il y a tout dans ce sac et il est possible de tout en extraire.

 

C’est d’ailleurs Piccoli à la revoyure qui vole la vedette en missionnaire grotesque, faisant sans vouloir le savoir, le chemin pour les grosses sociétés minières car une fois qu’il aura christianisé les indigènes, on pourra les faire travailler pour rien.

 

Avec son costume blanc genre Renoma, ses bottes de cheval, sa faiblesse apparente, son refus de comprendre quoique ce soit, il est extraordinairement touchant, irritant en même temps.

 

Mais c’est décidément la scène de l’avion écrasé dans la jungle la plus belle car c’est un tableau surréaliste : l’apparition soudaine sous une aile d’avion de richesses arrivées là, surgies de nulle part, « culte du cargo ».

 

Un grand moment où soudain l’action s’arrête et se fige, tout comme elle s’anime tout aussi arbitrairement dans le moment sidérant où on se retrouve soudain sur les Champs-Elysées avec son et bruits de voitures : c’est une carte postale de Paris que regardait Charles Vanel avant de la brûler, qui prend vie, quatre secondes, sans raison.

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L’EBLOUISSANTE DAZZLER

mercredi 21 juillet 2010 par "Jean-Pierre Dionnet "

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Ca n’existe qu’en américain, chez Marvel Comics, dans la collection noir et blanc « Essential » et hélas sans les couleurs qui seraient pourtant très nécessaires, vous comprendrez derrière pourquoi, mais on peut trouver les comics pour pas cher car ça n’intéresse que moi, le droit à la bêtise.

 

« Dazzler » est l’héroïne la plus extraordinaire, peut-être, quand on revient sur elle après coup, de Marvel, dans les années disco. Elle a commencé la période en 1981-1982, d’abord dans les « X-Men » puis dans son propre magazine, elle eut même droit sur le tard à un graphic novel qui s’appelait « Dazzler the Movie ».

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Dazzler a été crée par Chris Claremont et son complice à ce moment là des « X-Men », John Byrne et entrevenue depuis par, entre autres, John Romita, dans les « Ultimate X-Men » ou dans « Excalibur » mais sa seconde vie est beaucoup moins intéressante.

 

C’est une chanteuse disco qui découvre que les pulsions de la lumière, stromboscopes des boîtes de nuit et projecteurs de la scène lui donne des pouvoirs spéciaux.

 

Elle sera dessinée par à peu près n’importe qui, par exemple par John Romita Jr et encrée par le philippin Acala, si bien qu’il y a certaines planches pas très discoïdes malgré la boule qui tourne et qui ressemble à du Gustave Doré, et pour les meilleurs épisodes par une excellent dessinateur réaliste qui travaillait en sous-main pour Frank Robbins mais à qui l’on doit une des meilleures bandes dessinées pour adultes du monde, « Phoebe Zeit-Geist » parue dans Ever Green puis en livre et où l’héroïne mourait au milieu de l’histoire puis se contentait de se putréfier jusqu’à la fin du récit.

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Franck Springer était un excellent dessinateur réaliste classique qui faisait tout et n’importe quoi et qui souvent dessinait trop vite pour les comic books, mais il apporte à « Dazzler » une dose de réalité  tout à fait sidérante, si bien qu’on s’y croirait. Le fait qu’elle rencontre le « Docteur Doom » et qu’elle soit pote avec « Spiderman » n’a pas d’intérêt. Ce qui a de l’intérêt par contre, c’est son look et la description du public de ses concerts et du night-club de l’époque, des années disco donc.

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Et je rêve d’une réédition, mais je pense que je rêverai longtemps tout seul, chez Marvel en dur et en couleurs, car vous avez compris maintenant que quand la force des lumières l’envahit, elle est entourée de halos psychédéliques qui manquent cruellement dans cette édition en noir et blanc.

 

Est-ce que c’est défendable ? Non, Est-ce que c’est bien ? Oui.

 

Et bien disons c’est aussi important pour le « Geek » véritable que le second film de « Village People », passé inaperçu, qui se passe entièrement à bord d’un sous-marin, avec Valérie Perrine et que je vous recommande également.

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