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Interview de Silvio Camboni

vendredi 13 mars 2015

Pour satisfaire votre curiosité, les Humanos sont allés à la rencontre de Silvio Camboni, un dessinateur extrêmement talentueux qui montre ses prouesses dans Les Mondes cachés : L'Arbre-forêt.

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Qu'est-ce qui vous a donné envie de devenir dessinateur de BD ?

J'ai toujours aimé dessiner, j'ai toujours aimé lire des BD (ou, comme on les appelait à l'époque en Italie, des "fumetti"), et j'ai toujours aimé raconter des histoires. Je rêvais de devenir auteur de Topolino, le magazine de Disney, dont j'étais fan et collectionneur comme la plupart des jeunes garçons de l'époque. Sauf que les autres étaient de simples lecteurs. Je reconnaissais toutes les différences de trait, de style parmi les différents dessinateurs, et mon but était de devenir comme eux.

C'est bien pour cela que j'ai commencé à écrire des petites histoires et à les dessiner, en regardant attentivement mes auteurs préférés. avec au début des résultats mitigés, bien sur, mais avec plein de passion et l'envie de m'engager à fond !

Avez-vous des modèles ou des sources d'inspiration parmi les autres artistes, passés ou actuels ?

J'ai déjà parlé de Disney et de ses auteurs, dont Giorgio Cavazzano était pour moi la référence absolue. Après j'ai connu Astérix et j'en suis devenu fan (quelle originalité !). J'adore encore tous les albums de Goscinny & Uderzo, Lucky Luke, encore écrit dans le style de Goscinny et dessiné par Morris. Egalement Hugo Pratt, Toppi, Manara, Magnus, Moebius, Jimenez... et je pourrais continuer, car parmi les auteurs passés et actuels on peut trouver de vrais maîtres !

Comment avez-vous adapté votre style graphique pour marquer l'évolution de Grégoire, étant donné qu'il a grandi depuis la série Gargouilles ?

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En fait, quand j'ai repris les dessins de la série Gargouilles (le tome 1 a été dessiné par Etienne Jung), j'ai du adapter mon style à celui d'Etienne. Mais après les six tomes que j'ai dessinés, Grégoire et les autres personnages ont évolué, ils se sont rapprochés de mon style personnel. Et pour cette nouvelle série, j'ai pu pousser ce principe encore plus loin, car Grégoire a grandi et donc il a changé physiquement. Il y a également des personnages totalement à moi. En fait, le style des Mondes cachés est un mélange subtil entre le style de Gargouilles et le style plus personnel du Voyage extraordinaire.

Comment vous êtes-vous documenté pour cet album ?

Comme d'habitude. Une fois que j'ai lu l'histoire, j'ai commencé à chercher des images qui pourraient m'aider à me plonger dans les différentes ambiances qu'on croise pendant la lecture de l'album, des images qui me faisaient rêver. Dans ce récit, il y a un mélange de réel et de fantastique : le réel doit être reconnaissable et le fantastique époustouflant. Une affaire délicate à gérer, mais qui est le vrai défi du dessinateur de BD jeunesse.

Quelle a été votre inspiration pour les décors et les créatures ?

J'adore les jardins japonais ! J'ai regardé plein de photos de jardins réels. J'ai dessiné plein de plantes et statues bizarres, cascades, ruisseaux, puis j'ai essayé de mélanger tout ça dans un endroit extraordinaire et magique dans le coeur du quartier Montmartre à Paris. Pour les créatures magiques, il s'agit de trouver à chaque fois des formes particulières qui soient bizarres et visiblement différentes des animaux ou humains réels tout en restant sympathiques, agréables à voir mais surtout vraisemblables ! Il s'agit d'inventer et de dessiner des êtres merveilleux que les jeunes lecteurs pourraient avoir imaginé dans leur tête, sans pourtant être arrivés à leur donner une véritable forme.

Qu'est-ce que vous avez aimé dessiner dans Les Mondes cachés ?

J'ai tout adoré : imaginer à nouveau Grégoire un peu plus ado, créer le personnage d'Itsuki, dessiner Paris et le quartier de Montmartre derrière le Sacré-Coeur (un vrai coin paisible contrastant avec la confusion générée par les touristes). J'ai beaucoup aimé la liberté qu'on a dans ce monde caché, où l'on peut (on doit) laisser notre imagination et notre fantaisie s'évader, pour imaginer des cascades ascensionnelles ou des animaux impossibles, des lieux où les règles physiques sont différentes de celles de notre univers.

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Vous menez beaucoup de projets avec D-P Filippi, comment se passe votre collaboration ?

Cela fait des années de Denis-Pierre Filippi et moi sommes devenus tout d'abord co-auteurs, puis collègues, et finalement amis. Maintenant on a un rapport très solide, on parle beaucoup. On fait les choix ensemble, à partir de l'idée du projet jusqu'à la mise en couleurs et les choix de la maquette de couverture. On n'est pas toujours d'accord, mais c'est normal, et surtout positif. C'est comme cela qu'on arrive à progresser dans notre travail.

Comment travaillez-vous avec Gaspard Yvan, le coloriste ?

Pour la mise en couleur, on donne d'abord à Gaspard les indications incontournables, les données essentielles pour l'histoire et pour la logique : comme par exemple l'atmosphère générale, la situation géographique, l'horaire de la journée... Pour le reste, on lui fait confiance. Généralement il y a très peu de modifications à faire, il s'agit de détails de pinailleurs que nous sommes !

Gaspard apporte un réel plus à notre travail. C'est un coloriste talentueux, et le fait qu'il soit avant tout un bon dessinateur aide beaucoup à sa compréhension et interprétation de mon dessin.

Pourquoi raconter des histoires en BD ?

La BD me permet de raconter des histoires avec mes dessins, et j'aime bien dessiner ! Je collabore aussi avec d'autres médias, je travaille pour la radio et le télévision, c'est différent. Chacun a ses particularités, mais tous sont intéressants.

J'ai toujours considéré la BD comme mon travail principal, le fil rouge de ma vie professionnelle.

Avez-vous des règles ou des principes pour la mise en scène et la composition de vos pages qui sont spécifiques à votre style ?

Oui, mais je ne vais pas révéler tous mes secrets !

Je dirais seulement que j'essaie à chaque fois de mettre mon talent, mon expérience et mon professionnalisme au service de l'histoire et des lecteurs. Mon but est de rendre l'expérience de la lecture la plus surprenante et agréable possible. Raconter au mieux l'histoire avec le bon rythme, des personnages vivants avec les bonnes expressions, des décors riches et fonctionnels à l'histoire. Je ne suis jamais à la recherche de compliments, et je ne pense pas à ce que mes collègues diront en regardant mes dessins. Je ne fais jamais un exercice de style.

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Tags : Interviews