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Seul Survivant : les scénaristes Thomas Martinetti et Christophe Martinolli nous parlent de leur premier album :

lundi 21 mars 2016

Avec des noms aux consonances si proches, Thomas Martinetti et Christophe Martinolli étaient faits pour se rencontrer. Originaires de Nice, c'est finalement à Paris que leurs routes se croisent, en 2004. Thomas vient de terminer d'écrire son premier concept de série et Christophe son premier long métrage. Depuis lors, les deux amis n'ont cessé de collaborer ensemble jusqu'à l'écriture du scénario de Seul survivant.


Seul Survivant est votre première bande dessinée, pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet ?

Thomas Martinetti : Le concept de la série Seul Survivant existait déjà lorsque l'éditeur Bruno Lecigne nous a proposé d'y travailler. Stéphane Louis avait imaginé une mécanique cyclique simple et efficace : dans chaque tome, un personnage provoque inéluctablement, qu'il le veuille ou non, une catastrophe à laquelle une seule personne survivra.

Christophe Martinolli : Ce qui provoque ces catastrophes trouve son origine dans un traumatisme, une blessure qui a ébranlé les personnages qui y ont été confrontés et qui n'a pas cicatrisé. D'ailleurs, au tout début, le concept s'appelait "Trauma". Cette série a une mécanique infernale qui joue avec les codes du "Slasher" et du film catastrophe : chacun doit lutter avec ou contre les autres, pour survivre. Tout le concept est imprégné de la force du destin, du fatum, qui vient s'abattre sur les personnages. Lequel va s'en sortir ? Le plus gentil ? Le plus malin ? Le plus cynique ? Les réponses sont multiples, et résonnent profondément en nous, car la logique de survie est inscrite dans notre ADN.

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Quelles difficultés avez-vous rencontré ?

Thomas Martinetti : Si le huis clos en plein ciel facilite le respect du concept, il complique la narration puisque tous nos personnages sont confinés dans un espace réduit, n'offrant que peu de mouvements possibles. Finalement, vous avez la cabine de pilotage, les WC, le couloir central, et les sièges de chacun… Le risque premier est d'avoir un récit statique, et lassant à l'image. On a commencé par établir un plan de cabine, avec les positions de nos héros à chaque étape de l'histoire. Ensuite, on a essayé d'inscrire la narration dans un mouvement, d'abord vers la cabine, où Max veut confronter son ennemi, puis vers l'arrière de l'appareil, où nos héros vont tenter de s'abriter…

Christophe Martinolli : En tant que scénaristes de cinéma, Thomas et moi avions fait quelques erreurs de débutant, vite corrigées par Bruno Lecigne : par la suite on s'est vite éclatés à faire vivre nos héros dans des cases !

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En quoi est-ce différent de travailler sur un scénario de film et de bande dessinée ?

Thomas Martinetti : Quand je n'écris pas, je travaille en régie ou en production dans le cinéma et la TV. Du coup, dès les premières lignes, j'ai toujours dans ma tête la notion de budget ou de faisabilité d'un script. En bande-dessinée, brûler un bus plein à craquer, ou envoyer au sol un Boeing 737 ne coûte rien ! C'est une véritable libération pour un auteur. Avec Christophe, nous avions écrit 3 épisodes d'une série jeunesse 26min (Déjà Vu - France 2) et c'est plus ou moins ce à quoi correspond un album, s'il fallait comparer les deux supports en terme d'écriture. Au final, les premières étapes sont les mêmes : synopsis, séquencier… Mais au lieu de passer au scénario par séquence, Bruno Lecigne a dû nous apprendre à découper en planches et en cases, tout en pensant en images fixes. Il semblerait que certains auteurs n'aillent pas aussi loin, mais Christophe et moi avons au contraire beaucoup apprécié cette étape finale, qui insuffle son rythme et son style à l'album.

Christophe Martinolli : Absolument, c'est une partie qui en France, au cinéma est dévolue au réalisateur - qui va faire son découpage technique en fonction du scénario. Quel plaisir alors d'utiliser certains des artifices techniques cinématographiques pour la bande dessinée : choix du cadrage, de la valeur du plan... En quelque sorte nous avons agi en "showrunner", en insufflant à l'œuvre sa cohérence visuelle et devrais-je dire sonore (car il y a du son dans la bande dessinée !) et en supervisant le magnifique travail de "réalisateur" de Jorge Miguel. Ce dernier a de suite saisi l'importance de donner à cette histoire un aspect cinématographique. En plus des plans et des cadres, il a eu le talent de jouer sur la focale - la profondeur de champs -  et sur la lumière. Chaque plan est intelligemment éclairé à la manière d'un chef-opérateur. Par exemple, lorsque les personnages sont assis à leurs sièges, l'éclairage vient d'en haut, "en douche". Cet aspect naturaliste, et son choix final du découpage rendent l'ensemble cohérent et fluide. C'est Jorge qui a donné tout le mouvement à cette histoire, avec un talent certain pour le story-board et les expressions des visages.

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Christophe Martinolli ©‎Les Humanoïdes Associés



Vous êtes-vous appuyés sur des faits divers précis pour imaginer le scénario de Seul Survivant ?

Thomas Martinetti : En passionné d'aviation, j'avais déjà en tête des clichés que je tenais à éviter. Le film Flight, sorti en début d'année 2013 avait mis la barre assez haute côté réalisme. Robert Zemeckis s'y était inspiré d'un atterrissage pour le moins risqué, sur le dos. Nous avons aussi bien entendu visionné le film United 93 de Paul Greengrass, dans lequel les passagers se rebellent contre les terroristes, jusqu'à ce que leur avion ne s'écrase en rase campagne. Que s'est-il réellement passé à bord ? Ce cas précis se rapprochait déjà pas mal de notre intrigue. Et puis nous avons lu un maximum de témoignages, ainsi que les rapports rendus publics du BEA sur les crashs les plus marquants. 

Christophe Martinolli : A noter, car on nous pose souvent la question, que nous ne nous sommes pas inspirés de la catastrophe de la Germanwings car nous avions déjà fini d'écrire le scénario. Lorsque c'est arrivé, j'étais glacé d'effroi. Cette catastrophe n'a pas pas échappé à la loi de Murphy : tout ce qui peut arriver, finit toujours par arriver.


Quel serait le plus beau compliment que l'on puisse vous faire sur cet album ?

Thomas Martinetti : J'aimerais que nos lecteurs se laissent prendre par l'intrigue, et se demandent à chaque fois qu'ils tourneront une page : qui sera le seul survivant ?

Christophe Martinolli : Que nos lectrices et lecteurs n'aient pas pu refermer l'album avant de connaître la fin… et que ce souvenir les habite encore un peu après.


Merci à tous les deux !

Tags : Interviews