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Corbeyran raconte l'écriture des Décastés d'Orion

mardi 3 janvier 2017

Corbeyran revient sur son processus d'adaptation de l'œuvre de Julia Verlanger, La Croix des décastés.

Connaissiez-vous Julia Verlanger et son oeuvre ? 

Absolument pas ! C'est une découverte totale ! Je suis un lecteur boulimique mais cette auteure m'avait complètement échappé, ainsi que l'adaptation BD : Horlemonde (que j'ai lu juste avant de commencer à travailler sur le sujet). Jusqu'ici j'ai plutôt pioché dans la littérature anglo-saxonne pour ce qui est de la science fiction et de la fantasy, avec une exception pour Serge Brussolo, dont je dévore les ouvrages depuis longtemps, quel que soit le genre qu'il aborde. J'ai beaucoup lu des auteurs comme Philip K. Dick ou Morcock et bien sûr Lovecraft, l'inclassable, mais dont les visions stellaires et abyssales ont un coté SF sous acide. Verlanger est une découverte intéressante car sous leur apparente simplicité, ses romans défrichent des thèmes qui sont chers à des séries tv comme Star Trek, sorties à peu près à la même époque.

Quelle logique avez-vous suivi pour adapter le roman, La Croix des décastés ?

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Pour cette adaptation, j'ai travaillé en étroite collaboration avec l'éditeur Bruno Lecigne qui connaît bien l'univers de Verlanger. Nous avons tenté de proposer un récit qui soit en cohérence avec ce qui avait déjà été publié aux Humanos (Horlemonde). J'ai travaillé par strate successive, m'éloignant peu à peu des péripéties du roman sans en renier la trame originale. J'ai nourri les personnages d'un background qui les affirme sans les encombrer. La grosse difficulté résidant dans le fait de parvenir à faire ressentir tout un univers avec sa culture, sa géographie et son histoire en moins de 100 pages (2 tomes de BD).

Était-ce le premier roman que vous adaptiez ? Quelle différence avec le travail scénaristique d'une oeuvre que vous imaginez vous-même ?

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Ma carrière est déjà longue et j'ai réalisé pas mal d'adaptations, les deux dernières en date étant parues récemment chez Marabulles : L'éloge de la faiblesse (avec Nicolas Tabary) et le 4e mur (avec Horne). J'ai également adapté des classiques (Le Scarabée d'or, La Métamorphose) et quelques auteurs contemporains comme Marc Lévy et Bernard Werber. Le point le plus positif d'une adaptation réside dans le fait que le récit n'a plus à faire ses preuves. Il a déjà conquis un public, il est validé par ses lecteurs. On est donc soulagé de ce côté-là. Le point le plus négatif est corollaire au point positif : les gens l'ont déjà lu et du coup, ils en ont déjà fait leur propre adaptation dans leur tête. L'originalité de l'adaptateur réside alors dans les choix qu'il fera pour mener la narration. C'est l'énorme avantage de l'oeuvre originale sur l'adaptation. Le récit ainsi que les choix narratifs vous appartiennent à 100%.

Ce roman date des années 70, est-ce qu'il a fallu moderniser certaines idées ?

Oui, c'est certain, il y a un petit côté suranné dans l'oeuvre de Verlanger, mais c'est ce qui en fait le charme à la lecture. En revanche, le lecteur moderne peut difficilement se contenter d'une sphère brillante comme moyen de locomotion ou d'un pistolet laser caché dans la cuisse d'un personnage comme coup de théâtre. Le public a vu des dizaines de films, lu des centaines de livres et de bandes dessinées, il a même joué à des tas de jeux vidéos qui l'ont habitué à un certain rythme, à une certaine densité et à une certaine crédibilité. Ce qui faisait peur ou rêver il y 40 ans passe difficilement aujourd'hui. Alors sans dénaturer le sujet ni révolutionner le genre, il faut donner un petit coup de collier technologique. Mais ce travail de "resserrage de vis" va de paire avec le dépoussiérage narratif. Ça fait complètement partie du jeu.

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Qu'est ce qui vous a donné le plus de fil à retordre ? Et au contraire ce qui allait de soi ?

Rien de va jamais de soi quand on écrit une histoire. Pour qu'elle paraisse limpide et coulant de source au lecteur, il faut se tordre les neurones dans tous les sens. Ce qu'il fallait éviter en priorité c'est de passer d'une action à une autre, en enchainant des péripéties qui n'ont aucun lien entre elles hormis la présence des personnages principaux. J'ai tenté de donner du lien entre les séquences, d'établir des causalités, d'éviter les séquences gratuites, de donner du sens à toutes les étapes de l'aventure des protagonistes.

Vous travaillez sur des genres très variés : le polar, l'aventure, l'humour... Est-ce que la SF est un genre de prédilection ? 

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Le fantastique est un territoire qui n'a de limite que votre propre imagination. 90% de ma production appartient au registre du fantastique. Dans cet ensemble, j'ai écrit quelques séries qu'on peut qualifier de SF, notamment Metronom' (avec Grun) et Uchronie(s) (avec Chabbert), et aussi Le régulateur (avec Moreno), mais pour ce dernier titre les puristes diront qu'il s'agit de steampunk (rires). C'est toujours un grand bonheur pour un scénariste de travailler sur des sujets d'anticipation car la vision des dessinateurs apportent énormément de profondeur et de crédibilité à son propos. 

Justement comment s'est déroulée votre collaboration avec Jorge Miguel ?

Jorge a un talent extraordinaire car il a une excellente compréhension de l'univers que je voulais mettre en place. Maintenant que la bande dessinée est terminée, j'ai hâte de le rencontrer (rires) !

Tags : Interviews