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Le Manoir des murmures - Interview de Tirso

mardi 25 novembre 2008

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Une interview express avec le dessinateur Tirso Cons, à l'occasion de sa venue en France pour la tournée Manoir des Murmures.

Le Manoir des Murmures est une série 100 % espagnole [Tirso au dessin, David Munoz au scénario, Montes à la couleur et Felix Ruiz au lettrage]. Comment est-elle arrivée jusqu’en France ?

D’abord, il aurait été très difficile de publier Le Manoir des murmures en Espagne, où le secteur de la bande dessinée est peu développé. Nous travaillons tous les quatre, jusqu’à présent en parfaite harmonie, ce qui ne nous empêche pas d’être également amis. C’est David qui nous a rejoints le plus récemment, je l’avais rencontré dans un festival. Il travaillait dans le cinéma à l’époque, on a voulu travailler ensemble, et le projet du Manoir a été déposé aux Humanos, où j’avais déjà dessiné le tome 4 de Marshall. Le projet a plu et la série a été lancée.

La série a une tonalité particulière, elle pourrait presque s’adresser à un public jeune, même si ce n’est clairement pas le cas. Ce réalisme d’après-guerre, avec le virus, la mort, et en même temps l’univers de l’enfance, ce sont des éléments que vous avez voulu mélanger ?

Oui, et il y a de nombreux exemples, je pense au film Stand by me [Rob Reiner, 1986], où un groupe d’enfants trouve un cadavre. C’est intéressant de voir ces jeunes, que l’on suppose naïfs, innocents, plongés dans un monde d’adultes, comme forcés à grandir. On a tendance à enfermer les enfants dans un monde clos, alors qu’ils peuvent capter des tas de choses. Dans Le Manoir des murmures, l’ambiance générale est moins violente que fantastique, et je crois que les enfants sont une métaphore. Une chose qu’on retrouve et que j’apprécie particulièrement chez Harry Potter : les personnages sont des enfants, la série a été écrite pour les enfants, mais les adultes l’apprécient peut-être plus encore, sans doute parce que les enfants agissent comme des adultes. Dans Le Manoir, Sarah s’exprime en adulte ! Regarde comme [Simon] lui parle comme à une adulte [au début du tome 2]. La mort est évoquée, elle apparaît comme une possibilité, les enfants dans la série ne sont pas préservés mais au contraire totalement exposés, conscients de la mort. Par rapport aux contes anciens, les histoires pour enfants d’aujourd’hui me semblent édulcorées, on cherche à rassurer, à préserver. On apprend beaucoup par exemple dans les contes d’Andersen, qu’on devrait à mon avis de nouveau lire aux enfants. Munoz a lui-même travaillé avec des enfants, et on est très attentifs à ces questions, on ne veut pas que les enfants aient l’air stupides, ils absorbent énormément de choses qui font partie de notre quotidien.

Il y a aussi, dans le tome 2 de la série, les notions de bien et de mal, c’est-à-dire les choix que doit affronter Sarah…

Sarah est un personnage qui doute, elle essaye de distinguer le bien du mal. Nous, les auteurs, n’allons d’ailleurs pas trancher ! Dans le tome 2 elle est amenée à faire un choix entre Simon et Demian, un humain ou un vampire qui s’apparente plus à une créature issue de mutations, malade et mortelle. Il y a ici une réflexion sur la maladie, sur la mise à l’écart de ceux que l’on considère comme malades. Le personnage de Simon symbolise plutôt la société dans laquelle nous vivons, hygiéniste et moralisatrice. Nous voulons insinuer le doute, et non pas répondre à certaines questions comme je viens de le faire (Rires). Chaque lecteur choisira, certains se reconnaîtront plus dans Simon, d’autres dans Demian… Le Manoir des murmures nous ramène à la notion de préjugé, aux dogmes sociaux qui déterminent les opinions des gens. L’histoire elle-même se déroule dans un endroit particulier, à un moment particulier : en 1949 Prague est une ville détruite par la guerre, et les Soviétiques ont pris le contrôle de la Tchécoslovaquie.

Comment la série va-t-elle évoluer ?


L’écriture du tome 3 est achevée, mais ne compte pas sur moi pour révéler quoi que ce soit ! (Rires). Ce sera le dernier tome du Manoir, et moi qui suis dessinateur, je dois tout de même avouer que l’histoire dans une bande dessinée me paraît plus importante. Si je devais mettre mon dessin au service d’une histoire faible, ça ne m’intéresserait pas.

Commentaires (3) Tags : Interviews