Méta-Baron T4

Le Blog des Humanos

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Des infos sur l'actualité des Humanoïdes Associés.

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Interview de Robert Silverberg, à l'occasion de Retour sur Belzagor


Que pensez-vous de l'adaptation de votre roman Les Profondeurs de la Terre en bande dessinée ?

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J'aime beaucoup le résultat de cette adaptation. Le dessin y est puissant, subtilement érotique par endroit et la représentation de la planète Belzagor y est très riche. Le scénario prend forcément certaines libertés par rapport à mon livre, mais c'est bien normal car les récits en bandes dessinées, comme les films, ont leurs propres exigences.


Dans la bande dessinée, la dessinatrice a choisi de donner votre visage au personnage de Kurtz…

Oui c'est vrai, bien que j'espère ne rien avoir en commun avec Kurtz. De plus, ma barbe est blanche maintenant — j'ai plus de 80 ans !— et à moins de savoir à quoi je ressemblais plus jeune, on ne peut plus réellement déceler la ressemblance. Mais moi je l'ai repérée tout de suite et ça m'a bien fait rire !

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Les Profondeurs de la Terre parle des problèmes liés à la décolonisation. Quelle situation politique de votre époque vous a le plus inspiré ? Étiez-vous notamment touché par la guerre du Vietnam ?

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J'ai écrit Les Profondeurs de la Terre en 1969 quand les Etats-Unis étaient toujours en guerre au Vietnam et j'étais opposé à cette intervention. Mais le Vietnam n'a jamais été une colonie américaine. En revanche en 1968, mes voyages au Kenya et en Tanzanie m'ont donné matière à réfléchir. J'ai vu de très près les effets du départ d'une puissance coloniale d'une terre étrangère.

Tags : Interviews

Interview de Kurt McClung pour le T3 de Dragonseed

jeudi 12 octobre 2017


Comment s'est déroulé la réalisation de ce 3ème tome?

Une fois que ça a enfin démarré, c'était super fun. On s'entend bien maintenant avec Mateo et on a tous les deux beaucoup plus d'expérience. Je crois qu'on se respecte beaucoup et l'histoire est venue sans grande difficulté. Il faut dire aussi que l'équipe éditoriale des Humanos est très efficace. J'écris en anglais, Mateo est espagnol et a appris l'anglais et le français depuis qu'on a écrit les premiers deux tomes. Impressionnant !

Pourquoi avez-vous choisi un héros hybride, mi-homme, mi-dragon ou plus généralement un monde où ces deux espèces cohabitent en relative harmonie ?

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Ahh... Voilà mon secret le mieux gardé, car je ne le savais pas moi-même en commençant Dragonseed. Après avoir écrit trois tomes, j'ai enfin compris pourquoi. J'avais besoin de répondre à une question d'ordre existentiel et familial ! J'avais toujours senti un certain devoir de trouver le bonheur, car mes parents et grands-parents avaient sacrifié beaucoup de choses pour m'offrir un avenir. Je les voyais comme des super-héros, ou plutôt des dragons qui avaient réussi à bâtir mon village, mon Etat et mon pays. Le problème, c’est que je n'étais pas un dragon comme eux, j'étais plutôt un demi-dragon. Je crois qu'au fond, c'est la raison pour laquelle j'ai commencé l'histoire de Dragonseed. Si j’arrivais à trouver un chemin vers l'éveil et le bonheur pour Adam, alors peut-être qu’il y aurait là un chemin pour moi. Je sais que c'est bizarre, mais c'est ce que je pense. 

Il faut dire aussi que j'ai toujours adoré les dragons, qui me fascinent. Je suis un grand fan de Donjons & Dragons, Tolkien et Game of Thrones. J'avais acheté des tas de dragons pour mon fils, qui est à peine plus vieux que la série. Une des premières choses qu’il m’ait dite quand il a appris à parler (et surtout à parler des dragons) était que des dragons ne sont pas méchants... Ce sont les hommes qui les comprennent mal. Je pense que là j'ai eu le déclic. 


Que lisiez-vous enfant ? Êtes-vous un passionné de mythologie pour aujourd’hui écrire des histoires d’héroic-fantasy ?

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Mon livre pour enfants préféré est Max et les Maxi-monstres, de Maurice Sendak. Il m'avait fasciné. Après j'ai dévoré les livres de fantasy et science-fiction. Thomas Covenant l'incrédule de Stephen R. Donaldson, Les Chroniques d'Ambre de Zelazny, Xanth de Pierres Anthony, et les incontournables Tolkien, Herbert, Bradbury, Asimov... et plus tard Orson Scott Card, Dan Simmons, Barjavel, HG Wells et Jules Vernes. Ce n'est qu'une infime partie de ce que j'ai lu. Il y a trois œuvres importantes qu'il faut que je cite absolument : The Princess Bride (je parle bien du livre) m'avait vraiment touché ainsi que les nouvelles de O. Henry et Edgar Allan Poe. Elles me fascinaient, si courtes et si parfaites.

Pour la mythologie, ça m'a pris tard, vers l'âge de 25 ans... J'étais un érudit du Bestiaire des Donjons et Dragons par contre, depuis l'âge de 13 ans.

Pour quelles raisons la sortie de ce troisième tome se fait-elle 10 ans après le deuxième tome ? Le T3 était-il déjà écrit il y a 10 ans et/ou avez-vous dû apporter des modifications au scénario ?

C'était une aventure épique digne d'une BD à proprement parler ! J'ai écrit trois versions du tome 3, qui, dans ma tête, faisait partie d'une série de 4 tomes pour constituer un premier arc. Le premier synopsis a été accepté, mais on a dû repousser la sortie à cause d'un problème de planning. Ensuite Mateo n'avait plus le temps car il avait démarré une autre série, et ensuite moi je n'avais plus le temps car j'avais des jeux-vidéos à écrire à la pelle. Avant qu'on s’en rende compte, 7 ans avaient déjà passé.

C'est Mateo et Fabrice qui m'ont convaincu d'écrire le troisième tome comme clôture du premier arc. Je suis content maintenant, car je trouve que la série a trouvé son rythme. Mais c'était chaud. Je bossais avec la technique que j'appelle "Jodo", c’est-à-dire que je ne connaissais pas la fin de l'histoire quand je l'ai commencée, laissant les personnages me la dicter. Ça marchait bien au début, c’est un truc qui fonctionne en fantasy... C'était un peu comme écrire l'histoire d'un jeu de rôle sur papier. 

J'ai compris mon erreur dans un cours sur l'écriture de films donné par John Truby, quand il expliquait que tu ne peux pas faire ça quand tu écris une histoire policière ou un thriller, ce qu’est Dragonseed en fait. C'est de la fantasy mais la structure du récit est celle d'un roman policier. Si tu ne connais pas la fin, c'est très très dur d’écrire, car on mélange le vrai et le faux. Ça m'a pris deux ans pour écrire le tome 3, et j'ai été obligé de retracer chaque fil possible avant de trouver ce qui se tramait derrière la fumée des personnages. Je crois que j'ai réussi, mais maintenant je sais qu'il faut écrire la fin d’une histoire policière avant le début !

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Une fois la fin trouvée, il suffisait d’écrire le reste. C'était très amusant. J'ai fini le scénario à Singapour en avril 2015... et il a été retravaillé avec Fabrice, mon éditeur, pendant trois mois, avant d’aboutir au scénario définitif qu'on a présenté à Mateo. Il a dit « bien » et c'était parti !


 Est-ce que vous regardez la série Game of Thrones et que pensez-vous du traitement qui a été fait des dragons ?

WOW ! Je les adore. Ce n’est pas le même traitement que dans Dragonseed. Nos Dragons sont supra-intelligents... Ils voient l'avenir et tout. Mais dans Game of Thrones, ils sont majestueux et incarnent tout ce qui est magique. J'adore ça. Ce ne sont pas que des monstres... Ils ont une mère humaine. Je trouve ça super cool. Je me demande quels problèmes psychologiques et familiaux JRR Martin avait à régler avec son histoire ! Ça laisse pantois. Dans tous les cas... c'est un chef-d’œuvre.

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 Mon plus grand rêve serait qu'on ait assez de fans de Dragonseed pour continuer à développer l'univers et les personnages. On a beaucoup d'idées encore, mais là, je crois qu'on a déjà livré une belle histoire en trois tomes. Je suis fier de ce qu'on a réussi à faire. On n'aurait jamais réussi à faire le tome 3 sans tous les fans des premiers tomes qui nous ont encouragés à terminer l'arc. On a été tellement soutenu par les lecteurs sur les forums et par des mails et même dans des salons de jeu vidéo. Ça nous a pris du temps, mais on a réussi, grâce à eux. Je les remercie avec tout mon souffle de demi-dragon.


Tags : Interviews

Interview de Saverio Tenuta à l'occasion de la sortie du Masque de Fudo T2

mardi 20 juin 2017

L'univers des Nuées écarlates recèle encore bien des mystères. Projetez-vous d'en révéler d'autres à travers des spin-off comme celui de Fudo ?

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Certains, oui, mais pas tous, car il y a encore beaucoup à raconter. Du point de vue de la chronologie, la série Le Masque de Fudo est située peu de temps avant le début de La Légende des nuées écarlates, alors que la série Izunas se déroule plusieurs siècles avant.

Il serait plus exact de dire que ce sont des préquelles, plus que des spin-of, ce qui les rend compréhensibles en soi, sans avoir lu la série originale. Je ne veux pas que les lecteurs aient besoin de lire autre chose avant de commencer ces séries. Les préquelles sont parfaites parce qu'elles invitent les lecteurs à en lire plus sur l'univers, sans obligation.

Pour revenir à votre question, je peux dire une chose : La fin de Fudo révélera un mystère de La Légende dont on ne pensait même pas qu'il existait ! Ha ha ha! Vous voyez que j'entretiens le mystère !

Que vous disent vos lecteurs lors des séances de
dédicaces ? Quelle importance accordez-vous à ces rencontres ?

Recevoir en direct des lecteurs des commentaires, des questions et des remarques est fondamental dans mon travail. C'est vrai qu'on peut lire des critiques dans des magazines ou sur internet, mais elles visent surtout à informer les lecteurs ou futurs lecteurs. Les chiffres de vente que je reçois de la maison d'édition sont importants, bien sûr, mais ne vous disent rien sur la raison pour laquelle ces ventes ont eu lieu, ou n'ont pas eu lieu, ou sur ce qui dans l'histoire a trouvé un écho dans l'imaginaire des lecteurs. On ne peut qu'émettre des hypothèses. Peut-être que certains auteurs n'en ressentent pas la nécessité mais moi, j'ai besoin de comprendre.

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Les lecteurs se nourrissent de mes histoires mais je me nourris aussi de leurs avis, y compris ceux des lecteurs qui ne sont pas les plus fidèles ni les plus inconditionnels. Pour moi, faire de la bande dessinée consiste avant tout à créer ce lien et que la communication se fasse dans les deux sens.

Si je ne connaissais pas mes lecteurs, ce qui les touchent, ce qui ne leur plaît pas et surtout ce qui dans mes histoires ou mes dessins résonnent en eux, je ne saurais pas comment faire mon travail. Les rencontres que je fais au cours des dédicaces sont des moments importants. J'en reviens toujours avec un sentiment merveilleux.

Tags : Interviews

Interview Laura Zuccheri pour Retour Sur Belzagor

mardi 4 avril 2017

Comment s'est déroulée l'adaptation de l'œuvre ?

J'ai lu l'œuvre originale avant de lire le scénario de Philippe Thirault et j'ai été complètement fascinée. C'était le premier roman de Robert Silverberg que je lisais. Les créatures et le monde de Silverberg ont commencé à se dessiner dans mon imagination. 

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Il a ensuite fallu trouver le bon équilibre entre les fantasmes de l'imaginaire et la réalité de la conception d'un univers cohérent de science-fiction. Ainsi, pour les décors, il fallait imaginer des bâtiments et des engins de transport dont les modules de base aient pu être transportées par vaisseau par les colons terriens. Leur forme, leur design devait refléter une logique de fonctionnalité, de simplicité, alors que mes premières recherches reflétaient plutôt mon goût pour des formes plus stylisées, qu'on peut trouver dans l'Art nouveau par exemple, période de l'histoire de l'Art que j'affectionne particulièrement. 

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Qu'est ce qui a finalement été le plus difficile à réaliser ?

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Je dirais qu'il s'agit de la conception graphique des Nildoror et des Sulidoror. Le défi était de taille : je devais devenir une vraie exo-biologiste ! Il fallait créer de nouvelles espèces ayant une physiologie qui reflète leur habitat, sans oublier qu'elles sont en plus intelligentes. Après de nombreuses études et discussions avec mon éditeur, je suis arrivée à une représentation cohérente. Les Nildoror, par exemple, ne devaient pas trop ressembler aux éléphants terrestres, ce qui aurait entraîné un effet comique. J'ai commencé par leur enlever leurs grandes oreilles, puis à les faire bouger, se comporter comme des hommes jusqu'à sentir leur présence, leur cohérence interne. Il a fallu aussi déterminer leur taille, leur couleur, comment se manifestait la différence mâle/femelle, jeune/âgé, s'ils portent des vêtements, ou pas, etc.

Que pouvez-vous nous dire sur vos recherches sur les personnages humains ?Pourquoi cette idée de vous inspirer de Robert Silverberg pour le personnage de Kurtz ?

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C'était un clin d'œil que j'ai bien aimé réaliser; Siverberg devait probablement ressembler au Kurtz de notre album lorsqu'il a écrit le roman en 1970. La caractérisation physique des personnages est tombée plutôt facilement, à l'exception peut-être de van Beneker qui a longtemps ressemblé à Steve Buscemi ! Le travail de recherche a surtout porté sur les vêtements, les accessoires, autant d'éléments de caractérisation qui devaient faire écho, comme pour les Nildoror et Sulidoror, à un habitat et un mode de vie. Ainsi les Wingate portent des vêtements high tech terriens quand Seena s'habille d'un tablier ou d'une robe-créature locale de Belzagor qui s'adapte à sa morphologie
.

Tags : Interviews

Interview de Philippe Thirault pour Retour sur Belzagor

mardi 4 avril 2017

Quelle logique avez-vous suivi pour adapter le roman, Les profondeurs de la terre (choix de garder ou non tel ou tel perso...) ?

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Silverberg est un des plus grands écrivains du genre et ses qualités littéraires d'ailleurs le propulsent bien au-delà de tout ghetto de genre. C'est un grand écrivain, point. Et son œuvre est très introspective, dans la lignée des écrivains mainstream depuis Faulkner. Du coup, très littéraire, son roman est
redoutablement difficile à adapter car il faut y injecter de l'action et du
visuel, et les richesses des significations de l'œuvre étant spécifiquement écrites, on est quasiment obligé de bousculer la forme, voire la galerie de personnages, pour rapprocher l'histoire des canons de la bande dessinée (au cinéma, ça serait la même chose). Plus une œuvre est géniale, plus elle est difficile à adapter car on ne peut se contenter de la transposer. Il faut la réinventer, la trahir au niveau des anecdotes, pour mieux la servir au final sur un nouveau support totalement visuel. C'est pour cela que tout en gardant l'essentiel de cet univers (également recréé graphiquement par Laura), j'ai choisi d'ajouter des personnages, modifier des péripéties, de proposer une fin alternative, etc. Au bout d'un moment, c'est la nouvelle histoire qui a suivi sa propre logique, les personnages qui ont entraîné le récit. On dit parfois que traduction égale trahison. 

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C'est encore plus vrai pour une adaptation, mais ici la trahison est totalement assumée. Mais paradoxalement, elle est parfaitement respectueuse.

Pourquoi avoir changé le titre?

Deux raisons (en accord avec l'éditeur). D'abord pour marquer que ce n'est pas le roman comme dit plus haut, afin que les adorateurs de Silverberg ne s'attendent pas à une transposition impossible, mais veuillent bien jouer le jeu avec nous de broder sur le magnifique univers, imaginé par Silverberg, et imagé par Laura, de la planète Belzagor, qui est un des personnages (on le verra encore mieux dans le tome 2) de l'histoire. 

Ensuite, il est apparu que le titre français est un contresens : le titre original est une citation de la Bible (les auteurs anglo-saxons adorent toujours citer deux sources : la Bible et Shakespeare) qui fait écho  pour les anglophones, mais traduit de façon platement littérale pour le public français, ça ne veut plus rien dire. Là encore, ça montre bien que trop de fidélité nuit! CQFD.

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Quelle différence avec le travail scénaristique d'une œuvre que vous imaginez vous-même ?

C'est beaucoup plus difficile, plus technique, il faut assimiler un univers qui n'est pas le sien et se poser des questions de pure logique, de construction, de méthode. Impossible de travailler à l'intuition et d'ailleurs les Humanoïdes m'ont vraiment fait suer, j'ai été plusieurs fois au bord de l'abandon. Mais au final, quand on dépasse ce stade très laborieux, ça veut dire qu'on s'est approprié l'univers et alors ça revient au même.

Contrairement au livre Les Profondeurs de la Terre qui pourrait évoquer la décolonisation britannique (bien que l'auteur ne le mentionne pas), l'album Retour sur Belzagor fait surgir les images de notre propre histoire, celles de l'Algérie. Est-ce quelque chose de volontaire ?

Nous sommes dans la science-fiction, c'est une allégorie de toutes les décolonisations ; les Anglais penseront à l'Empire Britannique, les Français à l'Algérie. Aucune référence directe à l'une ou à l'autre, mais plutôt la volonté comme dans le roman de toucher à l'universel, parler de l'Autre, de savoir lui reconnaître ses différences, ses particularités, l'accepter pour s'accepter soi-même (ce qui est le parcours de Gundersen dans cette histoire, le colonisateur à la mauvaise conscience en quête de rédemption).

Pourquoi avoir choisi de transformer le groupe de touristes en groupe de scientifiques ?

Pour des questions de dramaturgie. L'exploration de la planète permettait avec des personnages en quête de révélations scientifiques de traiter de l'écologie bien particulière de Belzagor. Les colons s'intéressaient aux richesses de la planète, au mépris de ses habitants avec cette idée vraiment géniale de Silverberg qui est que l'apparence animale des autochtones (les Nildoror évoquent des sortes d'éléphants, les Sulidoror des grands singes) empêche l'inconscient humain de leur prêter un statut d'espèces intelligentes égales aux Terriens. Les scientifiques dans notre histoire sont eux aussi indifférents aux habitants, ils ne voient que l'objet scientifique — mais cela les forcera, on le verra, à revenir aux habitants… Autre idée tout à fait novatrice à l'époque : il n'y a pas une, mais deux espèces intelligentes. En fait, on racontait mieux l'histoire de la planète avec des scientifiques.

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Ce roman date des années 70, est-ce qu'il a fallu moderniser certaines idées ? 

Les idées non, mais la modernisation est venue de l'esthétique de la dessinatrice, sa représentation des vaisseaux, des vêtements... Ce n'est clairement pas quelque chose qui aurait pu être dessiné comme ça dans les années 70. Le cinéma, le design actuel, sont passés par là.

Qu'est ce qui vous a donné le plus de fil à retordre ? Et au contraire ce qui allait de soi ?

La construction, le démarrage, tout mettre en place, prévoir tous les ingrédients, bref toute l'horlogerie du récit. Je n'avais jamais été aussi loin, poussé par l'éditeur qui semblait ne tenir aucun compte de la fragilité mentale d'un auteur. Et non, rien n'allait de soi.

Comment s'est déroulée votre collaboration avec Laura Zuccheri ?

Nous avons eu très peu d'interaction, l'éditeur insistait pour la maîtrise de l'histoire que tout soit écrit de bout en bout et jusqu'à la fin, avant que la dessinatrice ne commence son travail. Et d'ailleurs, pendant qu'elle réalisait les croquis de personnages, des créatures et les design, c'est d'abord un story-boarder, Jorge Miguel, qui s'est emparé du scénario. Nous avons travaillé en fait comme pour un petit film (au niveau de l'équipe car le résultat, je l'espère, dépasse toutes les superproductions du genre).

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Tags : Interviews

Interview d'Aleksa Gajić sur Carthago Adventures T5 : Zana

mercredi 22 mars 2017

Aleksa Gajić a rejoint la team Carthago Adventures. Il nous livre ses impressions sur le 5e volet.

Comment s'est déroulé la réalisation du 5e tome de Carthago Adventures ? Quelles étaient vos instructions avant de commencer le travail ?

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C'est la première fois que je prends le relais sur une série en cours, et cela s'est passé sans problèmes. J'ai d'abord reçu tous les tomes précédents pour pouvoir m'immerger dans l'univers. Quand j'ai vu la diversité des styles sur le projet, les dessins de Drazen Kovacevic, Fafner et ceux de Milan Jovanovic sur la série mère, j'ai compris que je pourrais dessiner avec mon style également. Il n'y avait pas d'instructions particulières. Les éditeurs m'ont juste demandé « S'il vous plaît, ne soyez pas en retard » (rires) ! J'ai fait quelques planches et ils m'ont tout de suite dit « Super ! ».


L'univers Carthago a une forte identité. Quelles sont les difficultés quand on dessine un album dont les codes de la série sont déjà bien établis ?

La plus grande difficulté pour moi a été de dessiner le personnage principal, M. Feiersinger, jeune. L'intrigue se déroule dans les années 60 en URSS bien avant les albums précédents donc je n'avais aucun modèle sur lequel m'appuyer. Pour le reste, il y a bien sûr un certain niveau de réalisme à respecter. Comme il s'agit d'une histoire d'aventure inspirée d'un fait réel, Christophe m'a envoyé des dizaines de photos pour me guider. Le dessin devrait être précis, sobre mais rendre toute la tension palpable.

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Qu'est-ce qui vous a donné envie de rejoindre l'aventure ? 

J'avais entendu beaucoup de bien de Christophe, notamment par Valery Mangin et Denis Bajram. Et puis j'apprécie son travail, notamment sur sa série Sanctuaire. Par ailleurs, Christophe est un auteur connu, toujours performant dans son métier, qui a prouvé son talent à des nombreuses occasions. Je n'avais qu'à dire : Oui, allons-y ! Mais je n'ai pas lu le scénario auparavant. Je suis un de ces auteurs qui aime découvrir l'intrigue planche par planche.

Aviez-vous déjà entendu parler de l'Almasty ?

Oui, j'en avais entendu parler, mais le nom « Almasty » ne me disait rien. Lorsque Christophe m'a envoyé le scénario pour les premières planches, il a joint des nombreuses photos. Tout de suite j'ai compris ce qui m'attendait dans les prochains mois, et j'en étais très content : des montagnes, des arbres, des rochers enneigés… tout à fait mon truc ! Bien que je pense être doué en design et en architecture, avec le temps j'apprécie de plus en plus de dessiner la nature.

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Quel est votre rapport à la cryptozoologie ?

Honnêtement, le seul point commun entre moi et la cryptozoologie est le fait qu'il y a un L dans nos deux noms (rires) ! Je suis fasciné par beaucoup d'animaux et je les aime beaucoup, mais je ne voue pas une grande curiosité aux animaux fantastiques.

Tags : Interviews

Interview de Niko Henrichon sur Méta-Baron T4

mardi 28 février 2017

À l'occasion de la sortie du T4 de Méta-Baron, le dessinateur Niko Henrichon nous livre quelques secrets de fabrication.

Niko, vous avez travaillé sur le personnage du Simak, créature très intrigante, il s'agit d'un transhumain, quelles ont été vos inspirations ?

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Le personnage est super intéressant parce qu'il peut modifier son corps, c'est vrai que ça offre des défis ! Et c'est peut-être le personnage qui nous rappelle le plus l'univers précédent de Juan Gimenez, le dessinateur principal de La Caste des Méta-barons. Son travail est grandiose à plusieurs niveaux, donc c'était agréable d'avoir au moins un personnage qui rappelait cet univers-là. Ce côté bio-mécanique, c'est quelque chose qu'on voit beaucoup dans la Caste des Méta-Barons.

Dans ce 4e volet, vous déconstruisez le décor du Méta-Baron puisque tout est voué à la destruction ?

Oui j'ai bien aimé dessiner des décors délabrés ou des ruines plutôt que des bâtiments intacts ou des véhicules flambant neufs. Peut-être est-ce par facilité, car cela demande moins de rigueur dans le dessin pour construire la perspective. Mais peut-être aussi parce que les objets usés ou les débris sont chargés d'histoires, ils ont une âme et ils peuvent refléter aussi les fêlures des personnages qui peuplent ces décors. J'ai eu de belles occasions de dessiner aussi des décors de sites industriels.

Quels sont les clins d'oeil laissés dans cet album ?

Il y en a plusieurs !

D'abord tous les pansements qui recouvrent le Méta-Baron évoquent les stigmates de Marv dans Sin City. Travaillant régulièrement pour Marvel comics, je me suis amusé à faire ce petit clin d'oeil. Alors il y'en a beaucoup : 

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Le vaisseau p26 a été dessiné en pensant à ceux de Moebius et HR Giger.

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Aussi page 28 en dessinant la case 1 j'ai pensé à Jim Woodring. C'est un dessinateur qui s'inspire des dessins animés des années 1930 comme Betty Boop et qui a repris lui aussi l'aspect des dessins de Moebius en ce sens qu'il fait des formes très colorées et organiques. 

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Il y a aussi bien sûr des références à la Caste puisque je redessine des passages comme au moment de la destruction du Méta-Bunker où je représente quelques armes et armures qui apparaissent lors des différents épisodes.

Une anecdote ?

À la page 21 j'ai dû recommencer le dessin en modifiant le Méta-Baron pour qu'il tienne le cylindre avec le bras gauche au lieu du droit. Ici c'est primordial puisque le cylindre d'Othon se hérisse de pointes qui testent le sang du Méta-Baron. Or avec le bras artificiel, difficile pour le cylindre de tester le méta-Baron. 

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Tags : Interviews

Interview de Jerry Frissen à propos de Méta-Baron T4

jeudi 9 février 2017

Comment avez-vous imaginé le personnage fascinant du Simak, quelles ont été vos inspirations ?

J'aime les monstres, je l'ai déjà montré avec Wilhelm-100.
Pour le Simak, je ne pouvais pas aller plus loin, alors j'ai pris un chemin de
traverse. Je voulais qu'il n'ait pas l'air trop menaçant au premier abord. Mais
la base du Simak, c'est que c'est un homme modifié, une machine créée pour
obéir et ne pas avoir d'état d'âme. Ce sont pourtant ces états d'âme qui vont
émerger et en faire un vrai monstre. Car  ses sentiments lorsqu'ils sont trop humains, perturbent son fonctionnement... C'est un robot qui a été fabriqué pour être supérieur aux humains et il ne supporte plus l'idée de travailler pour eux. Sa frustration bout en lui et le motive. Tout supérieur qu'il est, il va se rabaisser bien plus bas que la majorité des humains. Pour son nom, j'ai pris celui d'un de mes écrivains favoris, Clifford D. Simak, qui était pourtant tout le contraire de la violence revancharde qui anime le personnage.

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Dans ce tome 4, vous allez jusqu'à donner une hypothèse sur l'apparition de la galaxie du Méta-Baron ?

Oui, une des explications les plus fréquemment avancées par les scientifiques pour expliquer la présence de la vie sur Terre est le rôle des comètes ou des astéroïdes qui en entrant dans l'atmosphère terrestre auraient apporté les briques fondamentales du vivant. On pensait jadis que la vie sur Terre était quelque chose de tellement hasardeux, impliquant la combinaison d'un nombre tellement élevés de facteurs, que la probabilité qu'elle soit présente ailleurs dans l'espace était proche de zéro. Mais aujourd'hui, on pense exactement le contraire, la vie est partout (ou presque !) dans l'univers. C'est cette image d'une vie effusive, qui ne demande que quelques briques très simples pour jaillir, que j'ai voulu donner à cet univers primitif, ancêtre de tous les univers.

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Où va-t-on retrouver le Méta-Baron après la destruction de son univers ?

Dans le 5e tome qui sera de nouveau dessiné par Valentin Sécher, on découvrira une nouvelle planète où l'épyphite coule à flot. D'ailleurs si vous prêter attention, dans le 4e volet, on a un aperçu du cadre du prochain cycle ! 


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Tags : Interviews