Carthago Adventures T4

Le Blog des Humanos

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Interview d'Halloween : les auteurs de Sarah !

vendredi 31 octobre 2014

Aujourd'hui, Halloween oblige, on parle de frissons, d'horreur et de malédictions dans un petit village, avec une interview des auteurs de Sarah, Christophe Bec et Stefano Raffaele.

Sarah est sorti en édition intégrale spéciale 40 ans le 15 octobre dernier, ce qui en fait une lecture de choix pour passer une bonne nuit d'Halloween !

Mais avant, les auteurs reviennent sur le travail de conception de l'album, et les possibilités de la bande dessinée pour aborder le genre de l'horreur et du thriller.

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D’où est venue l’idée de Sarah ? Quelles sont les origines du projet ?

Christophe BEC : Tout est parti d’une photo trouvée dans un magazine people où ils parlaient non pas de starlettes mais d’un ado chinois qui avait été retrouvé dans une cave. Il était enchainé et il avait fait sa croissance autour des chaines. Quand il a été retrouvé, il devait avoir, je sais pas, une vingtaine d’années. Il était enchainé depuis l’âge de 4 ou 5 ans parce qu’il était potentiellement dangereux et comme dans cette région reculée de la Chine il n’y avait pas d’hôpital psychiatrique ses parents avaient trouvé comme seule solution de l’enchainer.
Donc voilà j’ai trouvé que c’était un truc super fort, à la fois terrifiant et à la fois que ça pourrait être le point de départ d’une histoire. J’ai récupéré cette idée pour le personnage de Joey dans Sarah qui vit enchainé dans une cave. Après, comment exactement j’ai construit le scénario, ça c’est trop loin [NDLR : Sarah a été publié pour la première fois en 2008] pour en avoir vraiment des souvenirs. Je sais qu’il y a eu plusieurs étapes dans l’écriture. Bien sur c’est aussi tout un tas de références cinématographiques qui sont venues se greffer un peu par-dessus.
C’est comme ça, y a des déclencheurs, ici la photo. Ca me tombe souvent dessus par hasard, y a quelque chose qui fait écho, je me dis tiens ça, ça ferait un bon sujet alors bon des fois ça donne rien du tout et puis parfois voilà j’arrive petit à petit à construire un récit.

Stefano, lorsque vous dessinez, vous souhaitez être aussi surpris que le lecteur par l’histoire. C’était aussi le cas pour Sarah ?

Stefano RAFFAELE : Oui, je ne voulais pas tout connaitre dès le début ! Bien sur je lis l’intrigue générale avant de travailler sur un projet mais je ne lis le scénario détaillé que tome par tome. Je ne vais pas commencer celui du tome 2 avant d’avoir fini le 1 et d’être près à travailler sur le tome 2, page par page. De cette manière je sens l’ambiance générale de l’album mais je peux continuer à être surpris par les retournements de situation quand je dessine. Ca me permet de mieux me mettre à la place du lecteur, d’avoir un dessin plus spontané et de vraiment me concentrer sur chaque page afin de faire quelque chose de bon.

Dans les premiers tomes, il n‘y a pas beaucoup de paroles. Le dessin est de fait vraiment important pour transmettre les émotions. Quelle était votre méthode pour exprimer la peur, l’effroi en dessin ?

S.R. : Je travaille habituellement beaucoup sur les yeux ; l’expression des yeux est primordiale dans l’horreur. Je travaille aussi beaucoup le « storytelling », la narration, je pense que c’est un élément vraiment important. Dans les films d’horreur, on peut voir si le réalisateur est bon ou non parce que ce n’est pas facile de bien tourner ou d’avoir des scènes efficaces. Comme si j’étais dans un film d’horreur, j’essaye de choisir le bon angle de vue pour chaque situation. Je ne sais pas si je réussis à chaque fois mais je me concentre plus sur le récit et la narration que sur le dessin en lui-même. Je pense que l’important c’est le rythme, la fluidité de la page. Comment la page se lit globalement est plus important qu’un détail en particulier. Donc d’abord un bon découpage et ensuite seulement, un bon dessin.

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Les romans peuvent se permettre des descriptions évasives, le cinéma peut créer des surprises brusques par mouvements de caméra ; ce qui manque en BD. Comment exprimer l’horreur en bande dessinée ?

C.B. : C’est sur, c’est plus compliqué mais il faut utiliser les armes de la BD : ce sont les ellipses. Par rapport au cinéma on n’a pas la musique pour suggérer certaines choses. Mais on peut pas mal jouer sur le hors cadre. Et sur l’ellipse. La BD c’est l’art de l’ellipse. C’est clair que sur ce genre de récit, tous les dessins ne fonctionnent pas. Il faut trouver un dessinateur qui, à la fois a cette culture là, et qui a le dessin qui correspond, où les créatures ne vont pas paraitre ridicules, ce genre de choses.

Quand on travaille sur un projet comme Sarah, ce n’est pas trop dur d’être dans de l’horreur comme ça, toute la journée ? Vous ne finissez pas déprimé ou avec des envies de meurtre ?

S.R. : Non, en fait c’est carrément l’opposé ! Je suis un grand fan de films d’horreur et plus ces films m’effrayent et plus je me sens détendu. Je pense que les films d’horreur sont pour moi les films les plus relaxants que je puisse voir. C’est marrant à regarder, j’apprécie vraiment ce genre. Donc même dessiner des histoires sombres, sinistres n’affecte pas mon humeur, je reste heureux Mais j’espère que les lecteurs auront eu peur en lisant Sarah !
Et ne vous trompez pas, j’aime vraiment être effrayé quand je regarde un film d’horreur, et je le suis. Quand j’en regarde un, je préfère être seul, concentré à 100% sur ce que je regarde, la maison entièrement plongé dans le noir. Ca m’aide à avoir encore plus peur. Et c’est dans ces conditions qu’on devrait lire Sarah !

C.B. : Je rejoins Stefano là-dessus. Pour beaucoup d’écrivains qui écrivent du fantastique c’est plus une manière d’exorciser des choses que de s’y complaire. C’est plutôt sain d’écrire ce genre d’histoires. Pour moi ce qui serait plutôt malsain ça serait d’écrire que des bluettes quoi. Je ne crois pas trop qu’y ait sur terre un seul homme qui n’ait que des pensées positives, qui écrive que ça. Pour moi ça n’existe pas ou alors c’est le plus grand des faux culs. Finalement c’est une catharsis écrire du fantastique. Ca permet de sceller certaines hantises, ça devient vraiment des thématiques. Chez un Lovecraft par exemple. C’est quelqu’un qui avait peur de l’étranger, qui vivait un peu en vase clos et tout ça est transformé dans ces récits. C’est cette peur de l’autre, même de l’étranger, du juif ; il l‘a transformé dans ces récits. On retrouve cette peur de l’indicible.

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Tags : Interviews

Milan Jovanovic nous parle de Carthago 4

mercredi 22 octobre 2014

Carthago 4 est paru la semaine dernière, son dessinateur Milan Jovanovic nous parle de son travail sur l'album.

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Les décors de Carthago sont très riches, comment procédez-vous pour les représenter dans les planches ?

La composition est dictée par l’histoire et la narration. Ensuite, je recherche la documentation adéquate pour la rendre convaincante et crédible. J’utilise tout ce que je peux trouver : les images trouvées sur internet, dans les livres, magazines, vidéos... L’année dernière, un de mes amis a visité un grand aquarium et a eu la gentillesse de faire beaucoup de photos pour moi.

L'avantage de Carthago est que l'exotique ne manque jamais. Dessiner le désert australien m'a beaucoup plu, de même que les fonds marins, toujours pleins de formes riches et fourmillantes. Et il y a aussi Kota Bharu pendant un tsunami !

Quel personnage préférez-vous dessiner ?

En passant autant de temps avec les personnages, on s'attache à chacun d’entre eux. Si je devais en choisir un, disons que j'aime dessiner Snyder. Mais c'est plutôt provisoire, car je les traite tous avec la même attention et tous peuvent être aussi exigeants qu'inspirants à dessiner.

En ce qui concerne les créatures, le mégalodon est le point focal de la série, sa forme et sa taille sont toujours un plaisir à dessiner. Les méduses géantes étaient aussi très intéressantes.

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Qu’est-ce qui est compliqué à dessiner dans une BD ?

Les émotions subtiles. Par exemple, j'ai accordé beaucoup d'attention à l'échange entre Kim et Donovan, devant la caravane dans la désert, essayant de montrer les réactions intérieures des personnages à travers les gestes et mimique.

Et aussi, le grand aquarium de Megalodon Show était exigeant, mais plutôt pour le nombre de spectateurs que pour le décor strictement.

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A votre avis, quel est le point fort de la BD par rapport à d’autres médias ?

Le fait que chacun suive son propre rythme de lecture. La fluidité de narration est, d’une certaine façon, suggérée par les auteurs, mais le lecteur l'adapte lui-même. On peut prendre le temps d'inspecter les cases ou planche, réfléchir avant de continuer... La BD est plus organique et moins dictée que les films et la télévision. Et la BD, c’est aussi l'interaction entre histoire et dessin, la fluidité de narration servie par la personnalité de la ligne graphique.

Une petite anecdote sur la réalisation de cet album ?

Dans la cabine de bateau, on voit Kim avec ses CDs sur lesquels sont enregistrées les rencontres avec le liopleurodon et le mégalodon. Pour assurer l'écriture particulière et plus féminine, j'ai demandé de l'aide à ma nièce : elle a écrit les titres que j'ai ensuite incorporés au dessin.

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Tags : Interviews

Retour du Méta-Baron

mardi 21 octobre 2014

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Personnage emblématique du bestseller international L'Incal, créé par Alejandro Jodorowsky et Mœbius dans les pages de Métal Hurlant en 1980, le Méta-Baron avait fait l'objet d'une série à part, consacrée à la généalogie de son clan : La Caste des Méta-Barons, devenu un monument de la science-fiction, vendu à plus d'un million d'exemplaires.

Mais les dernières pages de la saga laissaient planer le mystère sur ce qu'il adviendrait du dernier des Méta-Barons, Sans-Nom, qui choisit de ne pas avoir de descendance pour que cesse de se perpétuer la tradition de la lignée – car pour devenir le nouveau Méta-Baron, le fils doit en effet tuer son père...

La sortie du premier tome de Méta-Baron arrivera en novembre 2015.

Cette nouvelle saison, écrite par Jodorowsky et développée par le scénariste Jerry Frissen, se composera de quatre cycles de deux épisodes de 54 planches chacun. Ces albums paraîtront au rythme soutenu d'une nouveauté tous les quatre mois en moyenne, chaque cycle étant confiée à un dessinateur différent.

C'est le jeune prodige français, Valentin Sécher, qui à 26 ans reprend le personnage des mains de Gimenez, plus de dix après que celui-ci en a réalisé les derniers dessins. Révélé par la série Khaal, Chroniques d'un empereur galactique, Valentin Sécher est aujourd'hui considéré comme une des étoiles montantes de la bande dessinée européenne.

Ces deux albums seront suivis par ceux que réalisera le Canadien Niko Henrichon. Dessinateur à la carrière internationale, il s'est imposé aux États-Unis avec la parution en 2006 d'un graphic novel écrit par Brian K. Vaughan, Les Seigneurs de Bagdad. Il a récemment publié en Europe la série Noé, directement liée au film éponyme de Daren Aronofsky.

Dans sa postface de l'édition anniversaire de La Caste des Méta-Barons à paraître début 2015 pour les 40 ans des Humanoïdes Associés, David S. Goyer, figure emblématique du cinéma hollywoodien, scénariste de la trilogie The Dark Knight, Man of Steel ou encore du très attendu Batman versus Superman, écrit : "Cette saga (…) est pour moi la meilleure bande dessinée jamais publiée."

>>> Retrouvez le Méta-Baron sur sa page Facebook.

Tags : preview - Méta-Baron

Préface d'Ardeur

lundi 20 octobre 2014

Georges WolinskiL'intégrale d'Ardeur est sortie mercredi dernier. Ce chef d'oeuvre n'a pas laissé indifférent dans le monde de la bande dessinée. George Wolinski se rappelle comment tout a commencé...


Un jour, en 1979, j’arrive rue des Trois Portes pour la réunion hebdomadaire de Hara-Kiri, journal bête et méchant. J’étais à l’époque rédacteur en chef de Charlie mensuel, journal de bandes dessinées lu par des gens qui ne lisent pas que des bandes dessinées. Je serre la main de mon ami Gébé, il me dit : « Il y a une bédé formidable qu’un type vient d’amener. »

Le type, c’était Alex Varenne. Je regarde. C’est vrai ! C’était formidable ! Une série nommée Ardeur. C’est rare de voir un dessinateur inconnu, inédit, apporter un chef-d’œuvre. Bien sûr, je le publie. Alex dessine divinement les femmes. Ses scènes d’amour sont inoubliables. J’écris, dans Charlie mensuel, quand nous publions le deuxième épisode de Warschau, que cette scène est la plus belle scène d’amour que j’aie jamais vue dans une bande dessinée. Au milieu des noirs, des gris veloutés, des femmes merveilleuses lèchent avec gourmandise le pinceau d’Alex. J’ai fait sa connaissance. Il m’a appris qu’il était prof de dessin. Je ne savais pas que les profs de dessin savaient dessiner.

Son frère Daniel est aussi un artiste. Il lui écrivait, au début, ses scénarios. Aujourd’hui Alex est seul avec les taches blanches de ses créatures satinées. Je le rencontre parfois, à la galerie Petits Papiers, rue Saint Honoré, où nous exposons tous deux, avec Bilal, Liberatore et d’autres… Nous nous sourions, nous nous serrons la main, nous nous parlons peu. Nous connaissons mieux nos œuvres que nos vies. C’est ça les dessinateurs !

Nous avons en commun l’amour pour celles qui n’ont jamais été aussi belles sur les écrans, dans les rues, les jambes découvertes, les seins offerts. Je me souviens de mes copines des années cinquante. Elles étaient charmantes, mais en l’an 2000, les charmantes sont ravissantes. Elles savent mieux mettre en valeur leur grâce. Alex et moi, nous observons leurs rires, le balancement de leurs hanches, leurs airs faussement indifférents. Nous avons vieilli, Alex et moi. Mais nos dessins sont un hommage à la jeunesse et à l’adorable splendeur de nos compagnes chéries.

Georges Wolinski, mai 2012

Tags : Ils en parlent

Enki Bilal exposé à Toulon

vendredi 17 octobre 2014

Du 18 octobre 2014 au 4 janvier 2015, l'Hôtel des Arts de Toulon accueille une exposition de plus de 100 oeuvres originales d'Enki Bilal.

Plus de 35 ans de carrière du célèbre auteur de BD seront ainsi retracés, un must pour n'importe quel fan de bande dessinée !

Informations pratiques :

Centre méditerranéen d'Art du Conseil Général du Var
236, Boulevard Maréchal Leclerc
83000 Toulon

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h Fermeture le lundi, le 25 décembre et le 1er janvier

Entrée libre

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Tags : exposition

Les frères Varenne

vendredi 17 octobre 2014

Ardeur, l'oeuvre mythique des frères Daniel et Alex Varenne parue pour la première fois en 1980, connaît ce mois-ci une nouvelle édition en version intégrale chez Les Humanos. A cette occasion, découvrez quelques photos et dédicaces d'époque !

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(c) Gérard Poli pour l'ensemble des photos.

Tags : auteur

Entretien avec un chaman

jeudi 16 octobre 2014

Claude Dordis a été initié par les Apaches Navajos aux rites chamaniques sacrés. En tant qu'expert des cultures amérindiennes, il a rédigé la postface de La Danse du Temps (Edition spéciale 40 ans) d'Igor Baranko. Nous l'avons rencontré et il nous a raconté son parcours et le sens profond du chamanisme.

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© Roland Corte

Êtes-vous entré progressivement dans la culture amérindienne ou les portes se sont-elles ouvertes très rapidement ?

Cette entrée était certainement annoncée depuis ma plus tendre enfance. Mais, concernant le terrain même, elle fut foudroyante, tout comme un orage d’été qui surgit avec fureur sans prévenir.

Avec un certain recul, je peux dire que les portes de cet univers se sont ouvertes subitement sur un espace-temps difficilement imaginable pour un non-Indien. Dès le premier jour de mon arrivée, je me suis trouvé au cœur d’une cérémonie très importante sur la réserve apache de San Carlos en plein désert en Arizona à plus de douze heures d’avion de Paris, mais à des années lumières de ce qu’on peut imaginer. Je me trouvais en plein cœur d’une cérémonie de puberté apache. Alors, mes yeux, mon cœur se sont ouverts sur « Celle-qui-danse », entouré des Hommes-médecines et de leurs chants accompagnés par le rythme lourd des tambours à eau. J’ai eu l’opportunité de m’intégrer plus intimement dans la pensée et l’héritage sacré des nations apaches et navajo et, par association, d’une manière plus générale à toutes les autres nations amérindiennes.

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Par rapport à votre origine française, peut-on considérer que vous avez reçu une deuxième éducation, l’éducation apache ?

Tout d’abord, au cours de mon enfance et adolescence, j’ai reçu l’éducation de mes parents et je porterai celle-ci jusqu’à la fin de mes jours. Plus tard, les acquis de la culture apache/navajo ont enrichi mon être au-delà de mes espérances, voir de mes projets initiaux.

Au sens propre du terme, j’ai une seule et unique famille. C’est-à-dire celle que le Mystère de la Vie a mis à ma disposition lors de ma naissance. Plus tard au cours de mes séjours en Arizona, toujours le même Mystère de la Vie a mis sur ma route des personnes très chères à mon cœur qui sont à leur manière un reflet de celles qui sont en France. Mon espace familial occupe une très large part dans ce monde physique, me donnant ainsi l’opportunité de réaliser le sens universel de la famille.

Quels sont le rôle et la fonction de l’homme-médecine chez les Apaches-Navajos ? Qu’en est-il des femmes-médecines ?

Un livre entier serait nécessaire ne serait-ce que pour évoquer les fonctions et rôles divers des chamanes et hommes-médecines nord-amérindiens. Mais pour faire simple, on pourrait dire que ceux-ci agissent comme médiateur ou « os creux » entre notre monde physique et l’autre. Cette médiation s’effectue particulièrement au cours de visions, de phases oniriques, de quêtes cérémonielles ou à certain moments calendaires (solstices, équinoxes, etc.)

Il existe autant d’hommes que de femmes-médecines. Malheureusement notre société quelque peu machiste, s’est uniquement penchée sur les hommes-médecines d’une manière assez réductrice. Le rôle et la fonction des femmes-médecines sont similaires à ceux des hommes, mais les pratiques diffèrent. Maintenant en tant que « Askii » ou « homme-être-humain », je ne peux donner des détails car ces pratiques me sont inconnues. On peut simplement dire avec raison que les uns et les autres agissent en harmonie pour le bien du clan, de la communauté et parfois du monde.

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Pourquoi des Européens sont-ils allés avec autant de convictions vers les Amérindiens ? Pensez-vous que l’adoption des pratiques chamaniques amérindiennes soit représentée en France par des personnes fiables ?

Tout d’abord très peu d’Européens à ma connaissance ont fait la démarche individuelle d’aller à la rencontre d’hommes-médecines. En revanche, beaucoup plus nombreux sont les Européens qui ont accueilli des hommes-médecines et des chamanes sur leur propre terrain. Cela pour le meilleur comme pour le pire. Je pense qu’il s’agit au départ d’une passion et d’un sentiment de recherche personnelle auprès des Indiens d’Amérique du Nord. Cette rencontre peut aussi toutefois susciter des déceptions quand le rêve idéaliste du monde indien est supplanté par la réalité d’aujourd’hui.

Actuellement en France et aussi en Europe, il existe un réseau complexe de groupes pratiquant des rituels et cérémonies amérindiennes. Ces pratiques font référence le plus souvent à la tradition lakota-dakota. Ces groupes se présentent sous différentes formes, de l’association organisée à caractère professionnel jusqu’à quelques individus isolés. La méconnaissance totale des différentes cultures et traditions nord-amérindiennes permet des exploitations surréalistes sur des personnes crédules. Aussi est-il difficile de définir qui est fiable et qui ne l’est pas.

Que pensent les hommes-médecines de la façon dont est diffusée leur voie spirituelle ?

L’intérêt croissant des non-Indiens ou Wanabewants to be ») envers les pratiques spirituelles amérindiennes est de plus en plus préoccupant pour certains leaders spirituels amérindiens. Certains natifs, particulièrement Lakotas-Dakotas, observent avec vigilance la manière dont certaines pratiques cérémonielles pourraient être utilisées par des non-natifs. Depuis l’apparition de l’American Indian Religious Freedom Act, la loi sur la liberté de pratiques religieuses indiennes (1978), de plus en plus de responsables de ces héritages s’inquiètent et dénoncent la manière dont les non-Indiens s’approprient des rituels, des artéfacts tout en violant l’aspect sacré de ces pratiques. Récemment, le gardien de la Pipe Sacrée, Arvol Looking Horse, a mis en garde ceux et celles qui abusaient de l’usage de la pipe Chanunpa et d’autres cérémonies appartenant aux nations Lakota, Dakota et Nakota (hutte à sudation, quête de vision, danse du soleil).

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Que peuvent apporter les pratiques spirituelles apaches-navajos et amérindiennes en général à ceux qui ne trouvent plus de réponses dans notre société ?

Ces pratiques chamanico/religieuses, du moins celles qui paraissent autorisées de la part de certains leaders amérindiens, peuvent apporter certaines réponses aux problèmes posés par notre société moderne. Je pense avec raison que l’homme-médecine Archie Fire Lame Deer est l’un des rares homme-médecine ayant profondément marqué l’Europe par ses interventions et ses nombreux enseignements. Très peu sont ceux qui sont venus vers nous dans une intention authentique et responsable. Mais ces-derniers ont certainement été, d’une manière ou d’une autre, missionnés par les Voix Célestes.

Ces enseignements veulent nous avertir et nous rappeler que nous sommes intimement reliés à notre Mère la Terre. Et ce qui peut lui arriver à plus ou moins long terme nous arrivera également à nous. Des hommes-médecines prennent la parole pour nous inviter à nous réveiller et prendre conscience de nos anciens héritages sacrés. Leur intention à travers les rituels partagés, est de nous relier au sens profond du Grand Mystère de la Vie, de nous montrer que nous appartenons tous à la même famille et que si nous ne saisissons pas l’urgence de ce message, nous courons à notre propre perte.

En Apache, il est dit « chaque mal trouvera sur son chemin un chant de guérison, de même, une nation, un peuple en mal de vivre, verra venir à lui en temps précis « l’homme-qui-chante » pour rétablir l’harmonie. »

Face à l’éventualité de catastrophes écologiques majeures, quel rôle pourraient jouer les hommes-médecines et la pensée chamanique à l’heure où ces préoccupations deviennent cruciales ?

Il me semble que la pensée universelle chamanique, de par son existence et sa lutte pour survivre, est mieux préparée. Les autres courants spirituels se focalisent plutôt sur la santé spirituelle des individus et sont animés par les idées de dogme, d’Élu, de Prophète, etc. Ils réalisent ainsi une sorte d’unification identitaire gouvernée ou représentée par des chefs religieux, mais cela, sans vraiment définir la position de l’homme avec son environnement.

En revanche, la religion « originelle de toutes les humanités » relève de l’équilibre et des liens qui unissent l’homme à la Terre, aux plantes et aux animaux. À l’heure des préoccupations, des pertes de repères et de la surexploitation des richesses, il paraît évident que cette forme originelle puisse nous apporter une certaine aide afin de nous projeter dans le futur dans de meilleures conditions. Les chamanes se désignent comme « Gardiens de la Terre ». Dans les années 70, un conseil de Sages de la nation Hopi (Arizona) a demandé à être reçu à Washington afin de délivrer un « message », des porte-parole de différentes nations amérindiennes tentaient de faire entendre leurs préoccupations quant au devenir de la planète. Les sociétés démocratiques auraient tout intérêt à inviter et à écouter les paroles de ces hommes-médecines au regard de la protection de notre Terre. Les sages amérindiens aiment à nous rappeler avec humour « qu’un jour l’homme blanc viendra visiter les réserves indiennes pour rappeler à ses enfants à quoi ressemble un brin d’herbe, un arbre ou un oiseau ».

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Quelle est votre philosophie de vie après toutes ses années à côtoyer les Apaches-Navajos ?

Ma pensée et ma sensibilité m’amènent à rétablir une certaine mémoire touchant à l’essentiel de la Vie. Pour différentes raisons, notre propre Histoire, nous a coupés de nos très lointains héritages. Notre humanité se trouve frappée d’une amnésie quant à sa nature originelle. Mes parents natifs expriment cela par cette formule : « l’Homme agit avec folie car il ne sait plus où se trouve le Centre des choses ». Au sommet d’une roche nommée Rez-de-Sol, j’aime à contempler le couchant et envoyer mes prières de reconnaissance à tous mes parents. Ce lieu et cet instant sont merveilleux. Cela je le dois à mes amis et parents de cœur, tandis qu’au même instant nombreux sont les êtres qui souffrent tout près parce qu’ils ont tout simplement oublié l’essentiel : ils ne savent plus où se trouve le Centre des choses. Alors par tous les moyens possibles, il faut faire connaître, faire partager ces instants à tous ceux qui ont le désir de renouer avec nos héritages et de sortir progressivement de cette torpeur.

Tags : Interviews

Kanye West et Jodorowsky

mercredi 15 octobre 2014

Le rappeur Kanye West a rencontré Alejandro Jodorowsky, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il a été impressionné !

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"Alejandro Jodorowsky est l’une des plus grandes sources d’inspiration artistique de notre époque. Son audace créative sans fin est un électrochoc dans un monde rempli de gens qui brident leurs véritables pensées par peur ou par cupidité.

Je voudrais le remercier d’avoir inspiré toute une génération d’audacieux nouveaux penseurs. J’ai regardé en boucle La Montagne sacrée en travaillant sur My beautiful Dark Twisted Fantasy. Sa sensibilité m’a amené à produire l’œuvre la plus aboutie à ce jour.

Tout simplement, Jodorowsky est un prophète de la créativité. Pour ceux qui le connaissent, la simple mention de son nom suscite le respect, il donne des sueurs froides aux faibles d’esprit et aux faux créatifs qui ne valent pas plus qu’une merde de chien"

Tags : Ils en parlent - Jodorowsky