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L’incontournable deuil du dessinateur

vendredi 18 septembre 2009 par "Francois Miville-Deschenes "

Faire réaliser la coloration de ses planches par un coloriste suppose inévitablement un risque d’étonnement, de désapointement ou même de déception au vu du résultat. D’autant plus si le coloriste en question se trouve à quelques milliers de kilomètres et que la communication s’effectue dans une langue qui n’est maternelle ni à l’un ni à l’autre.

Bon, évidemment, ce technicien reçoit une liste de précisions concernant le moment auquel se déroule l’action, le temps qu’il fait (le genre de ciel, de nuages, de luminosité, d’éclairage, etc.) et la disposition des ombres et des lumières; il n’est pas lâché en totale liberté sur les planches. Faut les tenir un peu en laisse, ces petites bêtes-là.

Mais il n’empêche qu’à la réception de certaines planches, on demeure un moment pantois et pour le moins perplexe, se demandant où se situait la faille, où se trouvait l’erreur ou le manque de précision dans les directives données. Par exemple, en ce qui concerne la case présentée ci-dessous, la quatrième de la seizième planche de “L’Ombre de l’Antéchrist“, les personnages participent à une petite fête privée, dans le style romain. La palette demandée devait être constituée de couleurs chaude et d’une lumière tamisée plutôt jaunâtre. Ouais, eh bien voyez un peu ce que ça a donné… C’est fou ce qu’ils doivent s’amuser. On croirait une veillée funèbre, avec tout ce gris et leur teint de déterrés.

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Planche 16, case 4, avant correction

Bien entendu, le dessinateur se doit de sévir; le coloriste est alors correctement puni, puis on lui explique de nouveau le contexte et les particularités chromatiques propres à l’événement.

Il est clair que, le temps s’écoulant implacablement, on doit se faire une raison et du même coup le deuil de ce que l’on avait en tête initialement. Comment pourrait-il en être autrement, hein, je vous le demande? Allez, allez, répondez! Ah, bien sûr, vous ne dites rien, j’ai donc raison! À moins de déménager au Mexique pour la durée de la coloration et de lui tenir la main au travail (pas question de le faire venir ici, il risquerait de s’incruster), il faut se résigner et faire contre mauvaise fortune bon coeur: ça aurait pu être infiniment pire. Là, ce sera très bien, mais simplement pas tout à fait comme je l’avais imaginé. Personne ne le saura, après tout…

Ci-dessous, le résultat après quelques coups de fouets bien placés. Souvenons-nous qu’à l’impression, tout ressort un tantinet plus foncé:

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Planche 16, case 4, après correction

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Coffret John Lord, croquis et proposition

mercredi 10 juin 2009 par "Patrick Laumond "

Je vous ai montré le visuel final du coffret John lord il y a quelques temps, voilà la première proposition que j'avais faite :

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Il reprenait la couv du 1 et la 4è de couv et, avec les humanos, nous n'en étions pas très satisfaits. On a alors décidé de donner aux deux faces un aspect de médaillon. Vous avez déjà vu la version finale, voici les crayonnés :


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Ca rend plutôt bien, je trouve, et ça colle avec l'époque et la classe qu'ont les personnages de clara et John.

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Les clins d'oeil dans PenDragon

mercredi 25 mars 2009 par "Mika "

Pour créer mes personnages dans Pen Dragon, je me suis principalement inspiré des contes et légendes qui nous entourent. Par exemple, Pen Dragon est tout simplement issu de l'univers "Arthurien", le titre vient du nom Pendragon, le roi de la Bretagne celtique. Merilun est un dérivé de Merlin, sa femme Viane vient de Viviane la vrai femme de Merlin, Célia est l'anagramme de Alice, personnage inspiré d'Alice aux pays des merveilles accompagné de son lapin. Oud est simplement un clin d'oeil à Robin Hood et son rival est bien sur le shérif de Notiga (Nottingham). Le Majoroaka est le dérivé de Major Oak qui est le vrai nom de la cachette de robin des bois dans la foret de Sherwood qui devient Sherwudo dans le manga. Il y a aussi les dragons rouges et blanc qui sont les emblèmes du roi Uther Pendragon qui selon l'histoire s'entretuèrent. Dans le manga les dragons rouges chassent les dragons blancs appelés Ora, véritable nom donné aux dragons de Komodo. Les Egams sont l'anagramme du mot Mages mais la sonorité du mot ressemble à Ogam qui désigne l'écriture celtique dans le manga. Cette écriture leur sert de grade. Le mot Thunder qui désigne les chasseurs de dragons provient de l'étymologie des noms désignant le dieu du tonnerre qui affronta le dragon destructeur du monde, dans la culture indo-européenne. Il y a aussi X-kalibur qui n'est autre que Excalibur la légendaire épée magique, etc...

En prime, voici quelques études de personnages :

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L'Enfant de l'Orage, fond de la 1ère page du tome 1

lundi 9 mars 2009 par "Didier Poli "

En fouillant dans mes archives, je suis tombé sur ce dessin qui a servi de fond à la première page du tome 1.
Vu ce qu'il est devenu une fois les cases ajoutées, on se rend vraiment compte que parfois je me fais "c..." pour rien :D

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Mes intentions pour Mandalay

mardi 17 février 2009 par "Philippe Thirault "

Dans Mandalay, je voulais intégrer des dialogues en birman. J’avais même acheté une grammaire français/birman ! C’était mission impossible, bien entendu. Je me suis résolu à simplement écrire des dialogues français avec des caractères birmans, mais je n’étais pas satisfait car, si cela faisait joli et couleur locale, en vrai birman cela ne voulait rien dire. Un collègue m’a alors dit : de quoi t’as peur ? D’une manifestation de Birmans devant l’ambassade de France à Rangoun ??
Cette anecdote pour dire combien j’avais à cœur de restituer fidèlement certaines caractéristiques de ce pays et de cette époque.
Le contexte militaire, par exemple, est fouillé, car la Birmanie a été un théâtre d’opérations crucial de la seconde guerre mondiale dans le Pacifique et a été l’objet de nombreux ouvrages. Mais Mandalay n’est pas une BD historique : je souhaitais aborder la face cachée de l’Histoire, ou plutôt sa face fantasmée. Les Anglais ont subi en Birmanie la plus grande retraite de toute leur histoire et « Mandalay » présente une explication à cette débâcle… Explication surnaturelle qui repose sur le thème du Double maléfique. Ce thème n’est pas birman, de même que les Miroirs. Mais les divinités du Mal qui les habitent sont issues directement du riche panthéon de cette région.

En accompagnement, une carte de Birmanie à l'époque de Mandalay.

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Laïth at the end of the tunnel

lundi 19 janvier 2009 par "Didier Poli "

4 ans… Purée 4 ans ! Qu’est ce qui a bien pu se passer pour que je mette si longtemps à sortir cet album?

Je crois que la bande dessinée est pour beaucoup un sacerdoce, mais pour ma part, j’ai toujours dit que j’avais la chance de pouvoir faire ça en dilettante, étant donné que ma principale activité professionnelle reste le dessin animé et le jeu. J'ai donc toujours fait mes planches sur mon temps libre en plus de mon boulot habituel. Jusqu'à présent, mon travail en studio de DA me laissait suffisamment de temps ; malheureusement ça n'a plus été le cas ces derniers temps à cause de la société de jeu que j'ai créée il y a 4 ans maintenant. Etant donné que c'est une petite structure je me suis retrouvé à faire 15000 trucs, un peu trop peut-être, qui m'ont pompé une grosse partie de mon temps et de mon énergie.
C'est sûr que c'est super enthousiasmant de voir le projet se construire et d'en être son propre éditeur. Je me suis jeté un peu tête baissée sur ce projet sans trop compter mes heures, j'ai donc laissé de côté mes activités annexes (ou simplement elles me sont sorties de la tête). J'étais alors rendu à la planche 16, donc très loin de la fin de l'album, et l'ampleur de la tâche restante était effrayante, surtout après les journées de fou que je me faisais.

Il aura fallu la rencontre avec Louis (l'auteur entre autres de TESSA) lors d'un salon pour relancer la machine. Le gros inconvénient de travailler seul chez moi, c'est qu'il n'y a personne pour vérifier ce que je fais, il est donc très facile de se laisser distraire de son travail. Lui étant un gars sérieux et discipliné, il m'a gentiment proposé de venir travailler avec lui, ça m'a permis de me remettre dans un cadre de travail " BD" et donc de ne me consacrer qu'à ça. Ca a été pour moi une bouffée d'air, une émulation extraordinaire, j'ai pu me remettre dans le bain et retrouver la sensation grisante de voir les planches tomber les unes après les autres. J'ai retrouvé un bon rythme et avancé super vite. Après quelques semaines, un peu gêné finalement de "squatter" chez Louis malgré son incroyable gentillesse, je décidai de "m'exiler volontairement" chez les Humanos avec l'accord de Fabrice Giger. Un bureau de ministre me fut octroyé et j'ai retrouvé cette sensation essentielle que j'avais lorsque je travaillais en studio: "Aller au boulot"!
Que de péripéties finalement pour un album qui aurait pu être fini bien plus tôt, si je savais dire non et si je ne m'emportais pas dès qu'un projet mortel pointe le bout de son nez.
J'espère que les gens seront encore au rendez-vous pour découvrir la fin de cette histoire que nous avons montée, avec Manuel, il y a maintenant de bien trop longues années.

Pour ceux que ça intéresse, voilà la cause de mon incommensurable retard: http://www.tannhauser-thegame.com

A bientôt

Didier

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