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Naissance du tigre

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Les reconnaissez-vous?

lundi 31 août 2009 par "Corentin "

Pour les décors, je ne me suis pas déplacé du tout, j’utilisais des références photo. Pour L.A., les Humanos avaient quelqu’un sur place qui m’a envoyé tout un dossier de photos. Tout ce qui est dessiné, c’est ce qui existe. Les poubelles sont vraiment comme ça à L.A !

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Je réunissais plusieurs vues de maison par exemple, et à partir de là je recréais tout un quartier. J’ai réuni pas mal de documentation sur les armes, les véhicules…

Les personnages sont souvent inspirés de la réalité ou de films que j’aime. Igor c’est le champion de Free Fight russe Fedor Emelianenko. Je trouve qu’il a une bonne tête de nounours !

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Fedor Emelianenko

Paline, c’est un mix entre Poutine et l’acteur Louis Jouvet, dont j’aimais le visage très sec.

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Vladimir Poutine

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Louis Jouvet, acteur français des années 30-40

Le vieux M. Gorski qui démasque Micha, c’est le parrain de la mafia russe dans Les promesses de l’ombre. On aperçoit même Vincent Cassel en bas de page.

Les photos ce sont des béquilles, c’est une sécurité, mais à un moment le but c’est de s’en détacher. Mais ce n’est pas simple car c’est le monde contemporain, il faut une grande précision. Un type au volant d’un Hummer, il va avoir une attitude différente de celui au volant d’une 4L, et ça ce sont des choses que tu ne peux pas imaginer librement.

Si évident, et pourtant!

jeudi 27 août 2009 par "Corentin "

Le plus dur a été de représenter le monde contemporain.

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Les rues, les voitures etc. c’est horrible à dessiner. Je ne m’amuse pas quand je dessine l’intérieur d’une boulangerie, je préfère dessiner des arbres ou des décors un peu spéciaux, comme des souterrains par exemple, des ambiances différentes. Ce n’est pas très sensuel de faire des immeubles en verre. New York dans le tome 2 ça va être difficile, enfin sauf certains vieux quartiers. J’aime bien quand c’est cassé, un peu sali. Ce n’est pas une question de temps, j’en passe autant sur le dessin, mais il faut que ce soit drôle car tu passes la journée entière sur ta planche ! Personne n’aime se taper une voiture avec tous les détails.

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C’est un travail très fastidieux, et qui demande une précision incroyable : tout le monde connaît la hauteur d’un panneau de circulation, ou d’un plot qui indique des travaux, si tu le fais 10cm trop haut, c’est raté, ça se voit tout de suite. Alors que si tu dessines un western et que ta maison fait 2 mètres de plus ou de moins, ce n’est pas grave parce que le lecteur n’en voit jamais, il ne s’en rend pas compte. Dans un album pareil, on ne doit pas être lyrique, et c’est tout ça qui n’est pas très drôle. Mais il faut dire aussi que je suis très perfectionniste.

La création de Milan K.

mardi 25 août 2009 par "Corentin "

Si chez Boucq tout tombe parfaitement sous son pinceau, moi je fais encore beaucoup d’étapes.

Le scénario m’était livré avec un découpage page par page, avec les dialogues, comme un script de cinéma. De là, j’ai travaillé en 4 étapes :

- D’abord je faisais un storyboard : je décidais le découpage case par case, comme ce dialogue-ci en case une, et je faisais toutes les cases sans penser à la page (par exemple, quand le personnage saute, ce serait mieux une case verticale). Et après seulement je réunissais les cases pour les agencer dans une page. Dans la BD, on a cette liberté de cadrage. Dans le même temps je faisais toute ma recherche de documentation.

- Ensuite je photocopiais la page en agrandissant d’un tiers, et je re-décalquais mes dessins en ajoutant des détails au crayon, sur un papier plus épais.

- Puis j’encrais la planche.

- Et enfin je la scannais et je la coloriais numériquement.

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Au final, une page c’est 4 jours de travail, un pour chaque étape : le board, le crayonné, l’encrage et les couleurs.

C’est dur de ne pas se laisser rattraper par le dessin, car on rentre dedans et on a envie de se faire plaisir. Or avant d’être beau, un dessin doit être efficace, au niveau de la narration. C’est la première règle.

Dans mon dessin, j’ai suivi l’ordre de l’histoire, mais j’ai coupé le travail en deux, au moment de l’arrivée de Micha et Igor à L.A. J’ai fait tout le crayon puis l’encrage des 23 premières planches, puis j’ai fait l’autre moitié. C’est important de faire beaucoup de pages d’un coup, pour les détails : si tu dessines un objet et que l’action se déroule au même endroit sur plusieurs pages, il ne faut pas oublier de le dessiner à chaque fois qu’il doit apparaître.

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Pour les couleurs, je les faisais séquence par séquence : toutes les pages où l’action est à Moscou, puis toutes celles qui se passent en Suisse, pour être sur de retrouver les mêmes tons. Quand je travaillais pour mon père, je faisais par exemple 10 pages puis plus tard 10 autres. Pour Milan K. j’ai mis en couleurs les 54 pages d’une traite ; c’était très long.

La naissance d'un album

dimanche 23 août 2009 par "Corentin "

Les Humanos m’ont fourni le script complet du tome 1. Nous étions en juin 2008, mais j’ai vraiment commencé sérieusement à travailler à partir de septembre. J’ai rendu toutes les planches en couleurs fin juillet 2009, il m’a donc fallu à peu près 10 mois pour réaliser l’album. Je suis allé voir François Boucq ("Bouncer") plusieurs fois à Lille pour bénéficier de ses conseils. Il m’a principalement aidé pour des retouches de mise en scène, quand je ne savais pas trop comment retranscrire telle ou telle action. C’était incroyable de le voir travailler, il va vraiment très vite. Pendant le temps de mon travail, lui a dû faire deux ou trois albums ! Car lui, il fait un crayonné très vague puis il encre directement ! Et c’est génial car c’est le problème du crayonné préalable : au moment de l’encrage, il ne faut pas repasser le crayon au millimètre car cela donne un trait trop étriqué, trop timide. Il faut réussir à faire un trait naturel. Je me suis acheté les même pinceaux que lui du coup, qui sont beaucoup plus durs que ceux que j’utilisais, assez secs, et qui ont changé mon trait. En le voyant travailler, par mimétisme, ça m’a fait évoluer.

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Un work-in-progress d'une planche de Milan K.

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Un encrage de Boucq : la 4ème planche de Bouncer tome 7

Comment je suis devenu dessinateur de bd

vendredi 21 août 2009 par "Corentin "

Mon père, Michel Rouge, est dessinateur donc j’ai commencé à dessiner très tôt. Il ne m’a mis aucune pression, d’ailleurs il ne voyait pas ça d’un œil sérieux jusqu’à ce que j’aie un certain âge et que je commence à l’aider, sur les couleurs ou des crayonnés.

À l’école, j’étais en section animation, mais je n’aime pas le dessin pour le dessin, ce que je préfère c’est raconter des histoires. Je ne cherchais pas du tout à me spécialiser dans la BD, j’étais curieux de cinéma, et j’ai beaucoup travaillé pour l’animation. En dernière année je devais monter un projet et j’ai fait un court métrage d’animation sur James Dean. J’ai eu des bons retours dessus; l’école l’a projeté avec ceux d'autres élèves dans quelques festivals de courts-métrages et il a reçu un prix en Angleterre.

Ce genre de travail m’a appris d’autres façons de réaliser, l’école m’a aidé en quelque sorte à ne pas rester « cantonné » à la BD. Je ne cherchais pas spécialement à me faire éditer, j’ai eu cette chance d’avoir toujours été plus ou moins dans le milieu, j’avais déjà eu l’occasion de montrer mes dessins à des auteurs ou à des éditeurs. Je n’étais pas du tout dans la dynamique d’aller frapper aux portes, d’autant que je n’étais pas pressé de commencer, car je sais que la BD, pour rentrer dedans, il ne faut faire que ça. Je voyais justement mon père ne faire que ça et moi je m’intéressais à d’autres domaines aussi.