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Carthago

Nuées écarlates

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Dans cette section vous pouvez découvrir ou approfondir vos connaissances sur l'univers des Nuées Écarlates : la Légende, Izunas et Fudo.

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Les marionnettes Japonnaises


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Les spectacles de bunraku tiennent une place importante dans l'univers des Nuées écarlates. Simple divertissement opéré par la jeune Meiki, les spectacles de marionnettes deviennent bien vite un moyen d'accès aux souvenirs enfouis de Raido Caym, une vérité depuis trop longtemps oubliée et ne demandant qu'à ressurgir du néant.

Les Marionnettes Japonaises : Le Bunraku

La culture japonaise recèle de nombreux arts de la scène, drames lyriques (), spectacle dramatique (kabuki) ou comique (kyōgen) mais peu connaissent le bunraku, un théâtre entièrement joué par des marionnettes savamment articulées. Le théâtre japonais connaît diverses évolutions avant d'aboutir aux formes que nous connaissons. Les premières mises en scène abouties naissent aux alentours du XIVème siècle, sous l'égide des shôguns Ashikaga – bien que la représentation théâtrale soit présente depuis l'antiquité. La plupart des nô n'étaient alors que des danses et pantomimes religieuses mêlant quelques histoires du folklore profane. Le bunraku, initialement appelé jōjuri, couple deux types d'art : celui du jōjuri, où la narration est effectuée par un chanteur et un musicien, et celui des marionnettes.

Du jōjuri au bunraku

Si ce type d'art existe depuis le XIIIème siècle, principalement dans les temples grâce aux marionettistes ambulants, ce n'est qu'au XVIIe siècle que le jōjuri s'implante véritablement. Sous l'égide de Takemoto Gidayū et Chikamatsu Monzaemon (célèbre dramaturge de kabuki), une école de jōjuri est ouverte à Osaka, destinée à former les futurs montreurs, chanteurs et musiciens. Les pièces de Monzaemon auront un impact décisif sur cet art : en plus de composer le cœur du répertoire de ce qui sera appelé plus tard le bunraku, il met en scène pour la première fois des commerçants.

C'est à cette période que deux genres distincts apparaissent : le jidai mono, des pièces historiques où les personnages issus de la noblesse sont en proie à des conflits opposant la doctrine de Confucius et les sentiments personnels, et le sewa mono racontant des histoires d'amours impossibles. Ce n'est qu'en 1872 que le jōjuri fut véritablement nommé «bunraku » lorsque Uemura Bunrakuken fit déplacer un petit théâtre à Matsushima qu'il renomma Buranku-za. Officiellement reconnu comme patrimoine culturel japonais en 1955, le bunraku devient une discipline et de nombreuses écoles et associations se développent afin de transmettre ce savoir ancestral.

La mécanique du bunraku

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Le bunraku est un art de précision imposant une discipline rigoureuse, avec une tâche affectée à chaque membre de la troupe. Une compagnie est composée d'un chanteur, d'un musicien, et de trois montreurs pour chaque marionnette. Si ces derniers sont les seuls à être présents sur scènes, le chant et la musique jouent un rôle capital dans les bunraku. Le chanteur, tayu, interprète tous les rôles de la pièce, féminin et masculin, ainsi que les parties narratives. Son chant doit rendre à la perfection chaque émotion, chaque mouvement de pensée des personnages. Seul à déclamer, son chant est exagéré afin de distinguer les différents personnages sur scène au même moment. Le tayu est toujours accompagné d'un joueur de shamisen ou de biwa (sortes de luths japonais) qui ne doit se consacrer qu'au chanteur, adaptant son jeu à sa performance. Leur coordination et leur complémentarité doivent être totales pour que la puissance évocatrice du texte atteigne son apogée. Une tradition voulait que ce couple soit formé dès leur plus jeune âge, vivant constamment ensemble et ne se séparant qu'à la mort de l'un des partenaires.

Chaque marionnette sur scène est contrôlée par trois montreurs, animant chacun une partie différente du corps. Le chef montreur, omo zukai, est chargé de manipuler la tête et le bras droit de la marionnette, une tâche d'autant plus difficile que chaque élément du visage peut être bougé indépendament afin de rendre avec précision les émotions des personnages. Le deuxième montreur, hidari zukai, contrôle la main gauche de la marionnette tandis que le dernier, ashi zukai, bouge les pieds et les jambes. L'animation des marionnettes recquiert une parfaite cohésion entre les montreurs afin d'obtenir les mouvements les plus fluides et naturels possibles. Une vieille tradition voulait que, pour manipuler les pieds et jambes de la marionnette, dix ans d'expérience étaient requis. Pour ne pas perturber l'audience et laisser les marionnettes au centre de l'attention, tous les montreurs sont vêtus de noirs, une couleur traditionnellement utilisée dans le kabuki pour suggérer l'invisibilité. Seul le chef montreur porte son visage découvert.

Un ensemble de mécanismes, leviers et baguettes permettent d'articuler l'ensemble de de ces marionnettes de près d'1m50. Les montreurs peuvent ainsi leur faire serrer les poings, cligner des yeux, hocher la tête, froncer les sourcils… Tous les gestes et expressions permettant de leur donner l'aspect le plus humain possible. Elles sont habillées d'une robe sur laquelle sont enfilés un kimono et un haori (veste) attachés avec un obi (ceinture large). Les costumes sont rembourrés à certains endroits afin de camoufler la raideur des marionnettes et leur donner une apparence plus humaine.

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Le bunraku se joue encore aujourd'hui, notamment au sein du Théâtre national de bunraku d'Osaka.


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