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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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FROM THE TOMB (1ère partie)

jeudi 25 juin 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

« From the Tomb » est un fanzine anglais en couleurs consacré à la bande dessinée qui vaut cent fois mieux que la plupart des revues professionnelles spécialisées.
Passée la couverture généralement laide, c’est presque toujours une lecture indispensable.

Le dernier, par exemple, qui m’est passé entre les mains (le 25) est consacré aux zombies, sujet qui par ailleurs m’horripile :
il y a trop de zombies désormais. Belle métaphore de l’époque,
nous nous considérons tous comme des zombies, en quelque sorte.

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Si je croise un zombie dans la rue (c’est rare), je vois davantage de punk (ils devraient maintenant être protégés comme une espèce en voie de disparition) je lui parle en gardant mes distances et je lui dis - mais il ne comprend pas - qu’il me fait penser à certains groupes anglais des années 80 comme « Kajagoogoo » ou « Bow Wow Wow » - et encore, j’aimais bien « Bow Wow Wow » qui avait fait une version complètement barrée du standard immortalisé par Sinatra entre autres « Fools Rush in » - qu’il ferait mieux de retourner dans sa tombe et de manger ses collègues : il n’intéresse personne.
Je suis las des enfants de Romero même quand c’est Romero qui s’y colle.
Et je rêverai toujours au zombie magique de Maurice Tourneur qui était presque le grand dieu Pan.

Mais là on est content car il y a les couvertures d’innombrables comic books obscurs de zombies dont une superbe de Bill Everett, le créateur de « Sub-Mariner », un des dessinateurs les plus sous-estimés du monde.
Il y a d’autres zombis dûs à Wolverton ou à Wallace Wood et comme d’habitude les auteurs ont fouillassé dans les tombeaux de l’histoire et découvert des images de dessinateurs inconnus qui sont souvent les plus belles.

Il y a aussi l’impeccable chronique régulière sur la littérature bizarroïde. C’est ainsi que j’ai appris qu’il existait maintenant sous le titre de « Portable Darkness : An Aleister Crowley Reader », un gros ouvrage réunissant tout ce qu’avait écrit Crowley, escroc, magicien, obsédé sexuel, quelque part entre Le Grand Zampano de Fellini, Wilhelm Reich et Madame Blavatsky. Si ces noms ne vous disent rien, je vous expliquerais.

Ensuite, bien sûr, ils parlent des zombies récents. Ceux qui m’indiffèrent - même si j’ai un petit faible pour le zombie anglais forcément anti thatchérien, l’ombre de Thatcher ne s’étant jamais effacée - et qui consacrent l’essentiel de leurs efforts à détruire l’ordre établi.
Il y a même la reproduction d’une bande dessinée anonyme rééditée en couleurs « Corpses…coast to coast ! », où l’on trouve sous la plume d’un illustre inconnu de superbes zombies fascistes, sanglés dans d’impeccables uniformes : nous sommes dans les années 50, les nazis sont devenus des zombies.

Et vous retrouverez aussi la seconde partie indispensable comme la précédente (numéro précédent), de la bibliographie des magazines édités par Marion Fass et son complice Stanley Harris, consacrés au rock’n roll et au cinéma, totalement indéfendables dans leurs excès et plein de merveilles absurdes.

Je pense que ce numéro de « From the Tomb » est le plus mauvais depuis longtemps à cause de son sujet galvaudé et pourtant, il y a des milliers de choses passionnantes car l’éditeur et ses collaborateurs sont de véritables bénédictins de l’étrange qui étudient les pires magazines comme s’il s’agissait de la première version de la Bible de Gutenberg (qui succéda, selon ce que j’ai appris récemment, au premier livre religieux imprimé : c’était en Corée). Ils ont la même rigueur et peut-être la même folie mystique dans leurs yeux que ces trapistes qui recopiaient à l’infini des manuscrits religieux enluminés, leurs yeux injectés de sang.
Des fous comme ça, il en faudrait davantage.

Un de ces jours je retrouverai dans une des 400 caisses que je suis en train d’ouvrir (j’en ai déjà ouvert 60) et parmi les 50 000 volumes de livres et les 10 000 ou 15 000 magazines que j’ai accumulés, toute la collection, et je vous parlerai grâce à eux, d’artistes dont je n’avais jamais entendu parler qui pourtant méritent le détour et que je traque désormais.