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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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LE TOMBEAU MAGNIFIQUE DE JOHN FRANKENHEIMER

jeudi 18 juin 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Tout le monde croyait, y compris Tavernier et Coursodon, dans leur dernière édition de « 50 ans de cinéma américain » que la carrière passionnante de John Frankenheimer avait finie en lambeaux.

Il est vrai que ses derniers films ne sont pas extraordinaires, même il y a toujours des moments et un sens de la géographie qu’on trouve chez peu d’autres.

Pour prendre un exemple lointain, le sous-estimé « French Connection 2 ». Je crois que je n’ai jamais aussi bien compris la ville de Marseille où on déambule.

Dans la politique des auteurs, il a été très nettement sous-estimé, d’une part à cause de sa production pléthorique et d’autre part, à cause de quelques ratages ou objets de commande, alors même qu’on lui doit au moins dix chefs-d’œuvre absolus, ce qui devrait être largement suffisant pour le considérer davantage.

Personnellement, j’ai un faible pour « L’Opération Diabolique » (« Seconds »), où avec l’aide d’un des plus grands directeurs de la photo des origines, le chinois James Wong Howe - qui avait commencé aux temps du muet avec un très joli « Peter Pan » - il invente ici presque tout le cinéma moderne des années 70 et ses figures stylistiques qu’on retrouvera ad nauseum chez Boorman et les autres.
Et puis il y a un autre film que j’aime par-dessus tout, une histoire de loosers magnifiques, aussi belle que « Comme un Torrent » de Vincente Minnelli : le sublime « Les Parachutistes arrivent » (« The Gypsy Moths »).

Heureusement il y a une justice immanente, elle s’appelle DVD.

A la fin de sa vie, Frankenheimer participa à plusieurs aventures. D’abord, à une série de publicités (« The Hire ») dûes aux meilleurs metteurs en scène du monde, consacrée à la BMW, des petits films courts où l’on repérait le pilote de la voiture surgi du cinéma anglais de Mike Hodge, impassible dans les poursuites, c’était Clive Owen.

Il y avait tous les petits jeunes gens à la mode à ce moment là, de Wong Kar-wai à Guy Ritchie, mais loin des afféteries de John Woo, l’épisode le plus passionnant, la poursuite la plus brillante était celle de Frankenheimer qui enterrait tous les autres.
Et puis il y a quelques années à Deauville Amérique, nous avons vu « Path to War », formidable téléfilm réalisé pour HBO, où Frankenheimer réussissait comme personne au monde à rendre visuel un débat politique et l’on savait qu’il avait fait d’autres choses pour HBO justement.

En Amérique vient de sortir un autre formidable téléfilm de la série, son « George Wallace », avec Gary Sinise.
George Wallace, c’était cet homme politique très étonnant qui en rajoutait dans le genre cul-terreux texan et qui faillit devenir Président, fort habilement, s’appuyant sur la haine raciste du sud profond et sur le Klan.

Le téléfilm raconte la vie extraordinaire et terrible de George Wallace. Sa première femme tout à fait présidentiable, sa seconde, une bombe interprétée par une Angelina Jolie jeune et puis sa descente aux enfers et la manière dont, l’histoire est vraie, il fit amende honorable à la fin de sa vie auprès de la Communauté noire avant de se retirer et de se faire oublier.

Le téléfilm est complété par une longue et belle interview de Gary Sinise entre autres (l’interview d’Angelina Jolie est charmante). Cet acteur formidable sait qu’il n’a jamais eu de meilleure occasion pour montrer l’étendue de son talent considérable et explique comment il hésita longtemps à accepter le rôle car rendre Wallace humain ne lui semblait ni facile, ni évident, ni nécessaire.

Il raconte ensuite avec amour sa complicité avec Frankenheimer qu’on voit sur le tournage, extraordinaire d’efficacité, d’autorité, d’énergie et il explique comment à ce moment là, Frankenheimer qui venait de réaliser quatre téléfilms extraordinaires politiques – on attend les autres – et lui décidèrent de monter une société ensemble pour en faire d’autres, juste avant qu’il apprenne au téléphone que soudain le maître était mort.

On peut présumer, vue la qualité de « Path to War » et de « George Wallace », que les autres téléfilms, s’ils sont du même acabit, sont parmi les chefs-d’œuvre absolus de Frankenheimer et que celui qui commença par la télévision, finit aussi grâce à la télévision par nous donner peut-être quatre œuvres d’importance.

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