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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Little Nemo la vente Arte e Seduzione

vendredi 24 juillet 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Je vous dis ailleurs tout le bien que je pense de la librairie « Little Nemo » à propos des librairies enchanteresses de par le monde, elle est à Turin. Dans son dernier catalogue, il y a une œuvre que je n’ai pas achetée et je le regrette, qui parle de la crise ou plutôt de l’autre crise, celle de 1929.

Mais puisque nous sommes en train d’en traverser une qui ne fait que commencer, insistons sur ce qui se passa alors (ça ne va pas vous plaire):

Malgré les promesses des présidents successifs, le redressement a bien tardé et il a fallu attendre 1938, puis est venue la guerre.

L’horreur était grande quand on voyait des villes comme New-York où un quart des habitants étaient logés dans les parcs municipaux.
Mais il y a eu un côté extrêmement positif à ladite crise que nous n’avons pas encore su retrouver, elle a provoqué des rires, de l’humour et de nouvelles visions artistiques, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Au cinéma, cela a été le temps de comédies drôles et émouvantes comme « My man Godfrey » de Gregory La Cava, un film RKO je crois, qui disait en gros que ce n’était pas parce qu’un homme était soudain devenu pauvre qu’il perdait sa dignité : il en avait beaucoup plus que ces nouveaux employeurs, qui avaient tout à apprendre de lui.


Je me souviens aussi d’un autre film américain qui avait enchanté ma jeunesse, où un chauffeur de taxi emmenait la fille de sa patronne à une fête : celle-ci découvrira avec stupéfaction qu’il était un grand prince russe, en exil, et qu'il faisait le taxi pour survivre.

Ce fut aussi le moment où s’épanouirent les grands polars de la Warner : James Cagney nous vengeait; le temps aussi des plus grands films fantastiques d’Universal : « La Fiancée de Frankenstein » et « King Kong » nous emmenaient ailleurs, effaçant le quotidien et l’Age d’Or de la comédie musicale : pianos blancs, girls démultipliées de Busby Berkeley, entrechats de Fred Astaire.
Des films qui nous permettaient de nous évader et d’oublier un moment le malheur dehors.

En 1930, donc juste après la crise de 1929, quelques génies graphiques, comme Iribe qui venait de quitter Cecil B. DeMille pour qui il faisait tout (décors, costumes, story boards pour ses sublimes films muets) se sont posé la question dès le début de la crise par rapport à la publicité.

Le lot n°24 dans la vente de « Little Nemo » était un livre publié par Draeger, grand éditeur d’art, qui se demanda comment vendre un choix d’objets de luxe très chers, dans cette période où l’on avait parfois honte de montrer son argent (si on en avait encore) et où, comme aujourd’hui, les riches étaient soudain gênés : les plus gentils seulement, ou les plus hypocrites.

Comment en 1930 donc, vendre alors des objets de luxe ?
Il trouva la solution.

Il fit sur des feuilles dorées ou argentées, en superposant des transparences, d’admirables dessins semi-abstraits de tissus, de bijoux, de robes et de chapeaux qui valaient la peau du cul. Il rendit le luxe encore plus luxueux, encore plus inatteignable, faisant un magnifique pied de nez à la crise en somme, comme ces comédies américaines dont je vous parlais un peu plus haut.

PS : Celui qui a tout compris c’est Ken Loach avec sa comédie sur une autre crise :
« Looking for Eric ».