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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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Charlie Schlingo for ever

mercredi 23 septembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Charlie Schlingo, qui ressemblait un peu à un Burt Reynolds concassé, finira par ressembler au vrai, dans sa splendeur, dans « Délivrance ».

Puisque polémique il y a autour du livre superbe que lui ont consacré Jean Teulé et Florence Cestac  « je voudrais me suicider mais j’ai pas le temps » aux éditions Dargaud, et qui, avec le petit roman paru chez Futuropolis, dont le titre m’échappe à la seconde, consacré à son intoxication involontaire – il n’allait pas laisser perdre toute cette bonne héroïne – et à sa manière radicale de se désintoxiquer, font maintenant partie de la légende Schlingo.

Stéphane Rosse m’a envoyé un courrier où il refuse de participer à ladite polémique qui semble grandir sur le net, autour dudit livre, puisque certains pensent que Teulé et Cestac ont trahi Schlingo. Bien sûr que non, bien sûr que oui.

Le Schlingo dont ils parlent est le Schlingo qu’ils ont vu, et ressemble pour partie au Schlingo que j’ai connu. Mais il y avait beaucoup de Schlingo et ma femme, par exemple, n’a pas aimé le livre car Charlie, qui était très pudique, pouvait être un charmeur extraordinaire avec les dames, laissant ses ennuis à la porte et leur faire passer une soirée merveilleuse. Il était pour elles une espèce de fou chantant à la Trenet, au sens propre, car il n’hésitait pas à entonner la mélodie, y compris le jour de notre mariage : c’était aussi quelqu’un qui apportait du bonheur.

Attendons maintenant le prochain livre sur Schlingo. Le plus important c’est qu’on le réédite et que l’Association a en projet une intégrale du maître, avec d’abord la réédition de « Gaspation ! » avec des tonnes de pages en plus, puisqu’on est allé compiler des planches de « Gaspation ! » certes, mais aussi certaines de « Josette de Rechange », d’autres de « Désiré Gogueneau est un vilain » et même du « 30/40 Schlingo de Futuropolis, c’est une merveille. Avec surtout de belles pages couleurs auxquelles il a apporté un soin maniaque, qui ne sont pas sans me faire penser à la première période de Jacovitti, la plus belle mais en plus crade.

Sacré Charlie !

Je regrette juste la préface de Wolinski qui avait son Schlingo à lui. J’en reprends un bout (j’espère que Wolinski ne m’en voudra pas), d’autant que nous avons bien rencontré le même Schlingo (mais j’ai aussi rencontré l’autre, celui de Teulé et Cestac et bien d’autres encore) :

« Un dessinateur humoriste, comme n’importe quel autre créateur, met à chaque fois dans son travail tout ce qu’il sait, tout ce qu’il aime et tout ce qui le terrifie. Mais il ne veut pas que cela se sache. Alors il brouille les pistes, il se cache. Que ce soit derrière la fausse vulgarité ou l’abstraction, le raccourci ou l’exagération, le paroxysme ou le parodique, la fausse sincérité ou l’agressivité, il se cache. Parce qu’il est là pour faire rigoler et que sa hantise, c’est de ne pas se prendre autant au sérieux que les pantins dont il se moque ».

Dans ce livre justement, on me fait poser la question que je posais sans cesse à Charlie : « Es-tu un idiot ou un génie ? » et à laquelle, la plupart du temps (pas dans le livre où il se dévalue), il ne me répondait pas.

De mon côté et sans rentrer dans la polémique, je dirais qu’il savait bien qu’il avait beaucoup plus de talent que la plupart mais qu’il souffrait du fait qu’il avait peu de lecteurs et ses disques, peu d’auditeurs.

Sache Charlie que tu en as que tu n’as pas connu, et que, par exemple, Michel Houellebecq à qui j’ai donné un des disques des « Silver d’Argent », m’a dit qu’en ce moment il l’écoutait sans cesse. Ce qui me fait penser d’ailleurs qu’une réédition de l’intégrale de Schlingo devrait comprendre forcément sa discographie.

C’est publié par l’Association qui, décidément, fait en ce moment un excellent travail, ne se trahissant pas mais évoluant vite et allant chercher un peu partout dans le monde, non seulement la suite des œuvres des associatifs, mais tout ce qui leur ressemble, en Serbie, en Afrique du sud ou ailleurs. Y compris pour le patrimoine dont hélas, mon vieux Schlingo, tu fais partie désormais.

Et évidemment, vous devez lire « Josette de rechange », également édité par l’Association qui, lui aussi, picore les aventures de Josette parues dans la première version de « Josette de rechange », celles inédites parues dans « Charlie Hebdo », et celles ultimes qui parurent dans le recueil « Désiré Gogueneau est un vilain » chez Futuropolis, plus un résumé inédit.

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