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L'Ange du Bizarre - le blog de Jean-Pierre Dionnet

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La Gravité des bois gravés d'Agnès Miller Parker

vendredi 18 septembre 2009 par "Jean-Pierre Dionnet "

Le bois gravé n’est pas un art nouveau, loin de là.

Mais il vécut un Age d’Or entre la fin du siècle dernier et les premiers artistes qui l’utilisèrent d’une manière narrative comme Masereel bien sûr et surtout Lynn Ward, l’inventeur du roman graphique. Il n’a jamais été surpassé dans la narration et dans la richesse de ladite narration, quoique n’utilisant aucun texte, je me souviens d’un article imbécile qu’il contestait à ses romans graphiques, l’appellation de roman graphique puisqu’il n’y avait pas de bulles. Celui-là avait oublié que nous étions encore au temps du cinéma muet et qu’il n’y avait donc aucune raison dans des romans graphiques pour faire autrement. D’autre part, quand Ward passait du noir au sépia pour refaire la même scène en onirique, c’était autrement riche que les explications baveuses qu’on trouve dans les bulles la plupart du temps.

Mais ce n’est pas de ça dont je voudrais vous parler, mais plutôt de la manière dont le bois gravé, technique assez complexe à utiliser, qui parfois aboutit à des œuvres au sens propre « de bois », a aussi donné des merveilles éblouissantes grâce à l’habileté de ses utilisateurs.

Et dans ce genre habile, aussi fort que les grands américains comme Rockwell Kent, qui illustra en Amérique tous les grands textes fondateurs, des écrits de Jefferson à la déclaration des droits de l’homme, et en même temps pour Aurora quelques livres russes, sans être jamais inquiété par le Maccarthysme. Il avait illustré Lincoln, on allait quand même pas l’accuser de communisme, en dehors de quelques français magnifiques et oubliés comme Decaris qui fit entre autre le vampire de Jean Mistler et d’innombrables timbres magnifiques - en ce temps-là, les timbres étaient magnifiques, il y avait même une critique artistique philatélique dans certains journaux, et tout cela a duré jusqu’au temps où on a commandé la pièce de cinq francs à Mathieu mais qui connaît aujourd’hui le nom de l’auteur, si auteur il y a, du billet hideux qu’on appelle l’euro.

C’est ainsi donc, je finis ma dérive, que les deux meilleurs graveurs sur bois des années 30 et 40 furent anglais, et d’ailleurs concurrents. Il y eut Agnès Miller Parker, et dans le même genre et sur les mêmes sujets, Clare Leighton.

En attendant que la seconde ait droit au livre qu’elle mérite, je vous signale l’admirable livre « The Wood Engravings of Agnès Miller Parker » de Ian Rogerson, publié concomitamment par The British Library (www.bl.uk) et Mark Batty Publisher (www.markbattypublisher.com) en 2005. Il illustra Shakespeare et des tas d’autres sujets classiques, mais donna l’essentiel de son œuvre autour de la nature avec deux livres inoubliables « Through the Woods » et « Down the River » de H.E. Bates, deux merveilles que je vous conseille également de trouver en originaux car la qualité de reproduction des bois était supérieure.

Vous verrez que son obsession ce sont les fruits, les fleurs, les feuilles, les branches et les animaux familiers, et qu’elle arrive avec un pouvoir de suggestion rare, parfois égalé par certains modernes qui font du bois gravé (je pense à un ou deux allemands dont je vous reparlerai) ou à des équivalents à la carte à gratter ou avec d’autres techniques similaires (je pense à Ott bien sûr). Mais j’avoue que l’illustrateur auquel je reviens le plus souvent quand je veux partir pour des rêves paisibles, ce sont les dessins de nature, pourtant noirs et blancs et rigides forcément, de Agnès Miller Parker, et à sa vision panthéiste, simplifiée et pourtant pas simplificatrice, des ombres, des lumières, des animaux et des végétaux, où chaque image que je regarde me laisse pantois.

Plutôt qu’un long discours, je vous laisse regarder quelques images donc, d’Agnès Miller Parker.

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